lundi 09 juillet 2018

La Route sauvage, d'Andrew Haigh (2018)

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"It's no way to live."

La pudeur avec laquelle ce récit d'apprentissage décrit les pérégrinations d'un jeune adolescent paumé des contrées rurales des États-Unis est un de ses principaux (et précieux) atouts. La Route sauvage emprunte des sentiers particulièrement balisés dans son registre, mais il parvient, à défaut de les sublimer, à jouer sur une ligne de crête intéressante du début à la fin de la trajectoire.

On ne s'en rend compte qu'à mi-parcours, mais il est avant tout question d'une solitude que le portrait de cinéma vient dessiner progressivement, par touches successives, entre un père biologique peu présent et un père de substitution peu aidant. Charley a entre 15 et 16 ans et se trouve déjà confronté à des considérations d'adulte, seul. Il doit se prendre en charge, vivoter à droite à gauche, et enchaîner des petits boulots qui l'amèneront à croiser la route de Lean on Pete, un cheval en fin de course promis à l'abattoir, avec lequel il s'échappera.

Le garçon et son cheval pourraient alors constituer le symbole parfait du western ou d'un road movie plus moderne, le symbole est tentant, mais il n'en sera rien. Le film n'en fait jamais trop dans la noirceur, on ne trouve aucune trace de misérabilisme, mais on est tout de même plongé dans la quête incertaine d'un gamin lâché dans la nature, à la recherche d'un tante lointaine, comme la vague promesse d'un foyer enfin serein. Dans cette optique-là, Charley et Lean on Pete apparaissent comme de minuscules figures dans l'immensité du cadre, et tous deux semblent errer comme des âmes en peine, à mesure que leur forme physique s'amenuise.

La Route sauvage est en réalité une odyssée difficile, loin des canons d'un genre qui a tendance à magnifier l'exil et la nature. Charley refusera d'ailleurs catégoriquement de monter sur son cheval : sur ce point précis, c'est l'antithèse du film de Chloé Zhao, The Rider. On traverse de grands espaces, mais c'est l'incertitude et les contretemps qui perfusent le récit, et non l'émancipation. Seule la douceur de la note finale insuffle une petite quantité d'espoir.

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vendredi 06 juillet 2018

Échos d'un sombre empire, de Werner Herzog (1990)

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La dictature d'opérette, un carnaval sanglant En 1990, Jean-Bedel Bokassa vient d'être condamné à la peine de mort, avant que cette peine ne soit commuée en prison à vie puis en 10 ans de réclusion, pour finalement être amnistié en 1993. Mais trois ans seulement après la fin de son procès qui se  […]

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jeudi 05 juillet 2018

Le Grand Chantage, d'Alexander Mackendrick (1957)

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"He's got the scruples of a guinea pig and the morals of a gangster." Pour son premier film américain, loin des délires écossais délicieusement alcoolisés de Whisky à gogo ! (Whisky Galore, 1949) et loin de la définition de l'aventure à venir dans Un Cyclone à la Jamaïque (A High Wind in  […]

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mercredi 04 juillet 2018

The Rider, de Chloé Zhao (2018)

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Défiance obsessionnelle Le parallèle est un peu hasardeux mais je garde le souvenir d'une séance étrange, l'impression d'occuper une position semblable aux chevaux sauvages que le protagoniste tente de dresser avec soin et minutie. À reculons, qui plus est, avec des réserves alimentées par le  […]

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mardi 03 juillet 2018

La Fille aux allumettes, d'Aki Kaurismäki (1990)

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Violence anémique Regarder (et surtout apprécier) un film comme La Fille aux allumettes donne un aperçu des raisons pour lesquelles on peut ne pas accrocher à l'immense majorité des comédies contemporaines. On pourrait avoir du mal à classer ce film dans la catégorie "comédie", d'ailleurs,  […]

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mercredi 20 juin 2018

Gasherbrum, la montagne lumineuse, de Werner Herzog (1985)

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Le cinéaste et l'alpiniste Dix ans après La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner, Herzog revient sur une thématique très fortement symbolique, comme une multitude de ponts suspendus entre le monde de la performance sportive et l'univers du cinéaste. Cette image de l'exploit en haute montagne  […]

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dimanche 17 juin 2018

Amadeus, de Miloš Forman (1984)

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La découverte horrifiée du génie Le grain de folie caractéristique du cinéma de Miloš Forman peut suffire à réconcilier avec un genre, celui du biopic, qui ne figure pas en règle générale dans la catégorie des mouvements les plus novateurs. On est d'ailleurs très loin du mètre étalon des productions  […]

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mardi 12 juin 2018

Une Jeunesse allemande, de Jean-Gabriel Périot (2015)

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Une histoire de privation de parole Le parti pris qu'adopte Jean-Gabriel Périot dans sa retranscription de l'histoire de la RAF (Fraction armée rouge) produit deux effets bien distincts et potentiellement constructifs : c'est une expérience à la fois déroutante dans son accumulation conséquente de  […]

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lundi 04 juin 2018

Les Sorcières de Salem, de Raymond Rouleau (1957)

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"L'ennemi est chez nous et dans nos propres foyers." Les Sorcières de Salem est un objet étonnamment peu connu du cinéma français, une pépite non pas incontournable ou transcendante, mais un de ces films à l'originalité notable qui était resté relativement confidentiel. Il prenait  […]

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mercredi 30 mai 2018

Dans la brume, de Sergeï Loznitsa (2012)

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Peinture contrastée de la résistance biélorusse Dans sa démarche radicale et immersive nous projetant sans ambages dans un segment particulier de la Seconde Guerre mondiale, Dans la brume peut vaguement faire penser à son cousin (éloigné) hongrois Le Fils de Saul. L'enveloppe formelle revêt ici  […]

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