lundi 21 mai 2018

La Ballade du petit soldat, de Werner Herzog (1984)

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Un sourire suffit

La Ballade du petit soldat s'intéresse à un groupe d'Indiens Miskito, en lutte contre les troupes sandinistes au Nicaragua, et plus précisément à l'utilisation d'enfants-soldats pour mener cette guerre. Herzog est emmené là-bas par un de ses amis, Denis Reichle, qui fut lui-même dans la situation de ces enfants-là au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au sein du Volkssturm, une milice populaire allemande levée en 1944. Le documentaire est étonnamment simple et limpide de la part de Herzog, un peu comme l'était la fiction Le Pays où rêvent les fourmis vertes avec son message écologiste très explicite, et à ce titre surprenant dans une filmographie jalonnée par des lubies bien plus obscures. Mais cela n'enlève rien à la force du regard, et diversifie à mes yeux l'éventail des aspirations du réalisateur.

Herzog s'attarde longuement sur l'entraînement militaire de ces enfants, par l'intermédiaire d'un instructeur recruté spécialement pour les former au maniements d'armes diverses, du fusil mitrailleur au mortier. Les exercices sont réalisés à balles réelles, naturellement. La rhétorique de l'instructeur pourrait se résumer, en substance, au fait que "c’est le meilleur âge car ils ne sont pas encore corrompus, on peut les entraîner à combattre les communistes". Un crédo qui semble impulsé par la CIA comme elle a pu le faire du côté des contras, et qui parvient à faire rentrer dans la tête de ces enfants l'idée d'appartenance à un pays et la défense d'un territoire présentée comme nécessaire et inéluctable, en exploitant la violence de leur courte existence (ils ont tous vu des proches mourir).

Mais ce contexte géopolitique n'est pas ce qui intéresse le plus Herzog, au final, avec le recul : son idée fixe est vraiment de se concentrer sur ce paradoxe vivant, cette association arme-enfant. Une âme a priori innocente transformée en machine à tuer, parfois "plus courageuse que des adultes" quand il s'agit de partir en mission suicide. Les instructeurs savent parfaitement canaliser la colère et la peur de ces enfants, ils savent attiser la flamme de la vengeance qui brûle intensément chez ceux qui ont vu leurs parents assassinés. On sent poindre un vrai traumatisme chez Herzog, qui parvient à capter des regards d'enfants déchirants. C'est le cas de la scène introductive et de la scène finale : un enfant qui chante, en uniforme de combat, une énorme mitraillette dans les mains. Le visage est dur mais la voie est encore enfantine. Et au détour d'une prise de vue, un sourire éclate, magnifique, l'émail d'un blanc éclatant contre le métal noir de l'arme, brisant un instant l'image des guerriers qu'ils sont devenus.

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mardi 15 mai 2018

Land Of The Living, de The Schizophonics (2017)

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Une décharge électrique tout droit venue de Californie, du Garage Psyché d'une énergie communicative assez folle encapsulée dans une ambiance faite de sonorités très 70s. L'EP Ooga Booga est sans doute un peu plus efficace que l'album Land Of The Living, plus concis et direct, mais l'esprit est le  […]

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vendredi 11 mai 2018

Retour de la page de présentation

La foule en liesse de lecteurs attardés la réclamait avec insistance depuis longtemps (sans aucune exagération), la voici de retour ! La page de présentation du site et de ses scribouilleurs acharnés est à nouveau accessible en suivant ce lien ou via l'onglet consacré dans le menu en haut de toutes  […]

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Sylvie et le Fantôme, de Claude Autant-Lara (1946)

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Le fantôme de Tati et le Ku Klux Klan dans un château Il se dégage de Sylvie et le fantôme un charme suranné assez savoureux, typique de cette période et de ce genre-là, dans le cadre d'une histoire qui entend faire le portrait romantique d'une jeune fille de 16 ans (jouée de manière assez  […]

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vendredi 04 mai 2018

I Walked All Night, de The Embers

Un morceau hypnotisant, présent dans le septième volume de la (géniale) compilation de Garage et de Rockab' Born Bad (voir tous les billets afférents : ici). Difficile de trouver des informations au sujet du groupe, The Embers, perdu quelque part dans les limbes du temps, entre 50s et 60s. Les  […]

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lundi 23 avril 2018

Une Place au soleil, de George Stevens (1951)

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"Seems like we always spend the best part of our time just saying goodbye." Au-delà du mélodrame hollywoodien typique de ce que le cinéma américain des années 50 a pu engendrer, A Place in the sun constitue un portrait très corrosif de l'American Dream, et en tous cas beaucoup moins  […]

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vendredi 20 avril 2018

L'Aventurier du Rio Grande, de Robert Parrish (1959)

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"I'm always betrayed by hope." The Wonderful Country est un western vraiment bizarre : il y a un décalage étonnant entre ce qu'il aurait pu être, dans le fond, une puissante décharge mélancolique autour de la condition de Robert Mitchum, tiraillé entre deux pays et deux vies, et ce qu'il  […]

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lundi 16 avril 2018

Crainquebille, de Jacques Feyder (1922)

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Réalisme des rues et surréalisme du tribunal Une plongée dans le début du XIXe siècle, en plein cœur de Paris, sur les places de marché et dans les ruelles avoisinantes, itinéraires des marchands ambulants. Le (Jérôme) Crainquebille du titre fait partie de ces gens-là, et son histoire est contée en  […]

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vendredi 13 avril 2018

La Belle et la Bête, de Nils Malmros (1983)

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La confusion des sentiments Tout l'intérêt de La Belle et la Bête tourne autour de la relation extrêmement complexe entre un père et sa fille de 16 ans, aux prémices de l'éveil de sa sexualité. Force est de constater que le film du cinéaste danois Nils Malmros (inconnu au bataillon) est parvenu à  […]

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vendredi 06 avril 2018

Hypocrites, de Lois Weber (1915)

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La vérité nue, ou la vertu en surimpression Le montage parallèle qui sous-tend Hypocrites met en correspondance deux figures religieuses de deux époques très différentes : un pasteur contemporain du film, prêchant un sermon sur l'hypocrisie à une audience assez peu concernée, et un moine nommé  […]

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