mercredi 23 mai 2018

L'Exposition universelle de 1937

Il y a des photos qui restent gravées sur la rétine.

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L'Exposition universelle de 1937 s'est tenu à Paris du 25 mai au 25 novembre 1937, et ce fut le premier et le dernier événement de ce genre à avoir lieu ici. Cette exposition est restée célèbre pour l'affrontement symbolique et titanesque entre le pavillon de l'Union soviétique, avec son immense sculpture de l'ouvrier et de la kolkhozienne, et celui de l'Allemagne hitlérienne avec la gigantesque structure surmontée de l'aigle nazi. Les deux pavillons se faisaient face de part et d'autre du pont d'Iéna.

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lundi 21 mai 2018

La Ballade du petit soldat, de Werner Herzog (1984)

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Un sourire suffit

La Ballade du petit soldat s'intéresse à un groupe d'Indiens Miskito, en lutte contre les troupes sandinistes au Nicaragua, et plus précisément à l'utilisation d'enfants-soldats pour mener cette guerre. Herzog est emmené là-bas par un de ses amis, Denis Reichle, qui fut lui-même dans la situation de ces enfants-là au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au sein du Volkssturm, une milice populaire allemande levée en 1944. Le documentaire est étonnamment simple et limpide de la part de Herzog, un peu comme l'était la fiction Le Pays où rêvent les fourmis vertes avec son message écologiste très explicite, et à ce titre surprenant dans une filmographie jalonnée par des lubies bien plus obscures. Mais cela n'enlève rien à la force du regard, et diversifie à mes yeux l'éventail des aspirations du réalisateur.

Herzog s'attarde longuement sur l'entraînement militaire de ces enfants, par l'intermédiaire d'un instructeur recruté spécialement pour les former au maniements d'armes diverses, du fusil mitrailleur au mortier. Les exercices sont réalisés à balles réelles, naturellement. La rhétorique de l'instructeur pourrait se résumer, en substance, au fait que "c’est le meilleur âge car ils ne sont pas encore corrompus, on peut les entraîner à combattre les communistes". Un crédo qui semble impulsé par la CIA comme elle a pu le faire du côté des contras, et qui parvient à faire rentrer dans la tête de ces enfants l'idée d'appartenance à un pays et la défense d'un territoire présentée comme nécessaire et inéluctable, en exploitant la violence de leur courte existence (ils ont tous vu des proches mourir).

Mais ce contexte géopolitique n'est pas ce qui intéresse le plus Herzog, au final, avec le recul : son idée fixe est vraiment de se concentrer sur ce paradoxe vivant, cette association arme-enfant. Une âme a priori innocente transformée en machine à tuer, parfois "plus courageuse que des adultes" quand il s'agit de partir en mission suicide. Les instructeurs savent parfaitement canaliser la colère et la peur de ces enfants, ils savent attiser la flamme de la vengeance qui brûle intensément chez ceux qui ont vu leurs parents assassinés. On sent poindre un vrai traumatisme chez Herzog, qui parvient à capter des regards d'enfants déchirants. C'est le cas de la scène introductive et de la scène finale : un enfant qui chante, en uniforme de combat, une énorme mitraillette dans les mains. Le visage est dur mais la voie est encore enfantine. Et au détour d'une prise de vue, un sourire éclate, magnifique, l'émail d'un blanc éclatant contre le métal noir de l'arme, brisant un instant l'image des guerriers qu'ils sont devenus.

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mardi 15 mai 2018

Land Of The Living, de The Schizophonics (2017)

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Une décharge électrique tout droit venue de Californie, du Garage Psyché d'une énergie communicative assez folle encapsulée dans une ambiance faite de sonorités très 70s. L'EP Ooga Booga est sans doute un peu plus efficace que l'album Land Of The Living, plus concis et direct, mais l'esprit est le même, sous l'influence du MC5 et de Led Zeppelin. Des prestations qui donnent furieusement envie de les voir en concert : Pat Beers sur scène, visiblement, c'est quelque chose. Et ça tombe bien : ils seront de passage à Montesquiou cet été.

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Un extrait de l'EP cité plus haut : Rat Trap.

D'autres extraits : Venus Transit , Streets Of Heaven And Hell, et Black to Comm.

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Pat Beers -voz y guitarra- y Lety Beers -batería- de The Schizo

vendredi 11 mai 2018

Retour de la page de présentation

La foule en liesse de lecteurs attardés la réclamait avec insistance depuis longtemps (sans aucune exagération), la voici de retour ! La page de présentation du site et de ses scribouilleurs acharnés est à nouveau accessible en suivant ce lien ou via l'onglet consacré dans le menu en haut de toutes les pages du site.

Chantier en construction, ouverture au public définitive prévue... bientôt.

Sylvie et le Fantôme, de Claude Autant-Lara (1946)

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Le fantôme de Tati et le Ku Klux Klan dans un château

Il se dégage de Sylvie et le fantôme un charme suranné assez savoureux, typique de cette période et de ce genre-là, dans le cadre d'une histoire qui entend faire le portrait romantique d'une jeune fille de 16 ans (jouée de manière assez surréaliste par Odette Joyeux, une femme de 32 ans au moment du tournage, mais passons) et d'un véritable fantôme errant dans le château de son père. Un romantisme doucement désuet, mais à la teneur poétique pas tout à fait tarie, notamment grâce à la présence de Jaques Tati dans le rôle-titre du (vrai) fantôme : voir Monsieur Hulot sous ces traits, c'est assez drôle, il y a un décalage absolument involontaire (enfin, je crois) entre la personne et le personnage qui confère au fantôme en question une présence encore plus étrange.

Un film fantastique tout en douceur, alternant entre différents registres avec une certaine souplesse, à l'image des mouvements amples dudit fantôme qui vole et se meut tranquillement à travers les cloisons, sols et plafonds. C'est parfaitement naïf, mais c'est tellement sincère que ça en devient captivant. Si l'on ajoute à cela des costumes de (faux) fantômes tout droit sortis des placards du Ku Klux Klan, on a là un tableau détonant, détonnant et haut en couleur.

Sylvie et le fantôme tente d'aborder ce thème sous l'angle de la rêverie, avec de nombreux procédés de surimpression (systématique pour représenter le fantôme et ses va-et-vient), appuyant encore davantage son côté suranné, la technique étant déjà antédiluvienne en 1946. Le film est comme enveloppé dans un voile de béatitude touchante, avec l'affrontement très léger entre les deux prétendants (dont l'un est interprété par François Périer, très jeune), et la présence du personnage acariâtre de service dans la peau de la comtesse.

En réalité, tout l'esprit du film est semble-t-il concentré dans une tirade du père à sa fille : "nous souffrons d’un mal incurable : nous ne sommes plus des enfants", lui qui engagera un puis deux puis trois fantômes pour égayer le bal de la soirée organisée pour l'anniversaire de sa fille. Il ne se doutait bien sûr pas des imbroglios et autres quiproquos que cela aller générer... Par moment, le film hésite un peu trop entre ses différents registres et ses différentes composantes, mais le parfum mélancolique et imaginaire qui se dégage de ce pot-pourri, tout comme l'éveil à l'amour et à la sensualité qui l'accompagne, ne sont pas du tout désagréables.

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vendredi 04 mai 2018

I Walked All Night, de The Embers

Un morceau hypnotisant, présent dans le septième volume de la (géniale) compilation de Garage et de Rockab' Born Bad (voir tous les billets afférents : ici). Difficile de trouver des informations au sujet du groupe, The Embers, perdu quelque part dans les limbes du temps, entre 50s et 60s.

Les Cramps (oui, encore eux !) en ont fait une reprise : lien youtube.

lundi 23 avril 2018

Une Place au soleil, de George Stevens (1951)

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"Seems like we always spend the best part of our time just saying goodbye."

Au-delà du mélodrame hollywoodien typique de ce que le cinéma américain des années 50 a pu engendrer, A Place in the sun constitue un portrait très corrosif de l'American Dream, et en tous cas beaucoup moins idyllique que ce que le titre et la première partie du film peuvent laisser supposer. C'est tout le contraire, en réalité : une charge vigoureuse contre un mythe et sa représentation au cinéma, dont George Stevens aura repris les principaux codes pour mieux les cuisiner à petit feu et renverser la perspective.

Le tableau des classes sociales est à la fois simple dans son principe et complexe dans son exercice. Quand Montgomery Clift pénètre dans l'empire financier de son oncle à la recherche d'un petit boulot, au tout début, il entre par la petite porte, effectue un travail à la chaîne correspondant à son statut implicite et flirte avec une collègue. Il se plonge dans le bain de ses semblables sans renâcler. Tout le renvoie à sa condition, de ses fréquentations à son costume en passant par ses aspirations : quand il aperçoit pour la première fois Elizabeth Taylor, une femme à la beauté rayonnante appartenant à la haute société, dans le décor de la luxueuse maison familiale, sa sidération entérine leur différence, sa stupéfaction résonne comme une hypnose.

Tout le film se concentrera alors sur une trajectoire impossible, celle d'un jeune homme qui oscillera entre deux femmes aux statuts antagoniques. À mesure que sa passion le détourne de sa condition initiale et l'entraîne vers la haute société, des zones d'ombre apparaissent tant dans la possibilité d'émancipation qu'il avait entrevue que dans son détournement de son flirt original. La fracture sociale enfle progressivement, jusqu'à exploser lors d'une séquence-climax à bord d'un bateau, sur un lac paisible, où la tension dramatique grandissante et interminable pourrait faire écho à celle de L'Aurore de Murnau. Le revers amer du rêve américain, à partir de se moment-là, sera sans cesse alimenté dans ce qui s'apparente à une descente aux enfers, judiciaire, intellectuelle et sentimentale.

Très peu de stéréotypes dans ce canevas pourtant classique, même si on sent poindre un certain fatalisme forcené dans les enchaînements. À l'image de l'avocat du jeune homme, porteur d'un symbole de l'Amérique, aux strates imperméables et aux jugements moraux prédominants : "If he's innocent, I'll get the best defence I can get for him. If he is guilty, I won't spend a single cent to save him from the electric chair!" Son ascension sociale n'aura été que de très courte durée. Dans sa description des désillusions qui explosent et d'une idylle qui se referme comme un piège sur sa proie, Une Place au soleil constitue un élément essentiel du cinéma américain des 50s.

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