mercredi 04 septembre 2019

Samuraï, de Kihachi Okamoto (1965)

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Les arcanes de l'écriture de l'histoire

Les années 60 ont vu fleurir dans le paysage cinématographique japonais de nombreuses œuvres arborant des considérations très éloignées du mythe du samouraï vertueux, détachées de l'idéal de probité prôné par le bushido et ses nombreux principes moraux. Aux côtés de Masaki Kobayashi ou Hideo Gosha, il faut donc accorder une place de choix à Kihachi Okamoto. Là où un Hara-kiri cherchait à dénoncer l'austérité et la rigidité qui s'étaient développées au sein de ces codes, là où un Le Sabre de la bête proposait une plongée presque satirique dans l'enfer des compromissions derrière les belles postures, Samouraï y oppose une construction éminemment psychologique. En faisant la part belle à une grande galerie de personnages, Okamoto échafaude un réseau incroyablement dense et complexe de rapports directs et implicites, au sein desquels les antagonismes n'auront de cesse d'enfler jusqu'à un climax final d'une intensité et d'une violence inouïes.

Le film s'ouvre et se clôt sur un même lieu, dans les mêmes conditions météorologiques, mais dans deux configurations bien différentes. On est en 1860, 7 ans avant la fin hautement symbolique du shogunat Tokugawa (comme dans Le Sabre de la bête) vieux de près de 3 siècles, devant la porte de Sakurada, sous une neige abondante : un ministre de haut rang est sur le point de se faire assassiner par un groupe de samouraïs plus ou moins errants. La séquence introductive consacre l'avortement d'une première tentative, la séquence conclusive illustre un fait historique connu sous la dénomination "incident de Sakuradamon", et entre les deux figure une longue contextualisation où les rivalités s'entrechoqueront autant que les temporalités.

C'est dans cette partie que réside l'un des principaux intérêts du film : tout au long de la narration, tandis que la caméra enregistre le déroulement des événements, un scribe sauvegarde la même chose sur papier, dans le même mouvement. Mais alors que nous, spectateurs, observons la réalité telle qu'elle est survenue (du moins, c'est ainsi que les faits sont présentés), l'écriture officielle de l'histoire subira de nombreuses retouches. Comme un corollaire du principe selon lequel ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, certaines choses doivent être tues, semble nous dire ceux qui tiennent les rênes — et le pinceau. À la faveur de l'effondrement de l'empire des samouraïs et du basculement vers l'ère moderne, Okamoto invite à considérer l'histoire (grande ou petite, individuelle ou collective) comme une substance mouvante, fluctuante, partielle et résolument instable. Les nombreux flashbacks qui ornent le récit et dessinent les contours de la personnalité de Toshirō Mifune vont ainsi dans ce sens : on n'oublie jamais que l'histoire n'est pas accessible en prise directe, elle nous est racontée en grande partie à l'aide d'un intermédiaire.

Ce tissu narratif dense et incertain alimente une autre composante essentielle, que l'on pourrait rapprocher de la tragédie grecque. L'ironie largement dramatique de la boucherie finale intervient dans un contexte de profonde déstabilisation, alors que l'ère des samouraïs arrive à son terme. Le groupe de protagonistes renégats, à la tête duquel trône Yûnosuke Itô et sa gueule inimitable de méchant patibulaire, s'interroge sur la capacité du shogun a gérer le pays : "Comment un shogun de 14 ans peut-il diriger le pays ? Que fera-t-il face à la Russie, à l'Amérique, à la France ? Le Japon est menacé de toutes parts." Dans ce climat instable, les zones d'ombre volontairement entretenues par les uns constituent autant d'incertitudes chez les autres : c'est ainsi que Niiro, le personnage interprété par Mifune, se retrouvera avec la tête décapitée d'un haut dignitaire au bout de son sabre sans en connaître la véritable identité. Au terme d'une séquence finale incroyablement rageuse et sanglante, l'électrochoc délivrée par cet accès de violence (à faire pâlir un Misumi, ou presque) confère au discours teinté d'amertume et de désillusion une puissance phénoménale.

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mardi 03 septembre 2019

Berlin, symphonie d'une grande ville, de Walther Ruttmann (1927)

berlin_symphonie_d_une_grande_ville.jpg, sept. 2019
Symphonie expérimentale

Ne serait-ce que pour la prouesse cinématographique qui recèle une primeur indiscutable, on a envie de saluer le travail de Walter Ruttmann. On peut l'applaudir ici, précisément, parce que dans les années qui ont précédé il a réalisé une série de courts-métrages d'animation relativement peu intéressants, et dans les années qui suivront il se retrouvera du côté du nazisme avec Leni Riefenstahl, avant d'être tué sur le front russe en 1941 alors qu'il tournait un film de propagande pour le régime.

Je formulerais tout de même quelques réserves préliminaires. Tout d'abord, Ruttmann arrive 20 ans après les frères Miles qui réalisaient en 1907 un court-métrage documentaire hypnotisant : A Trip Down Market Street Before the Fire, dévoilant l'activité impressionnante d'une rue de Los Angeles peu avant le tremblement de terre qui fera des milliers de morts et dévastera les lieux du tournage. On pouvait déjà voir dans ce court document une forme de symphonie visuelle, où un ballet improvisé de voitures, de charrettes et de passants s'organisait devant les yeux de la caméra (positionnée à la tête d'un tramway) dans un lent mouvement rectiligne constant. Ensuite, si on peut difficilement ne pas voir Ruttmann comme un disciple de Dziga Vertov, ce film peut donner l'impression d'être une ébauche de L'Homme à la caméra, certes antérieure d'une paire d'années, mais à la fois plus grandiloquente et plus conventionnelle d'un point de vue purement technique. Enfin, l'accompagnement musical servi aujourd'hui avec la pellicule silencieuse a tendance à provoquer quelques sursauts liés à l'anachronisme de la manœuvre (composition originale ou pas, c'est aussi la précision et la netteté du son qui détonne presque paradoxalement avec les images, beaucoup plus rugueuses et imparfaites).

Ceci étant dit, cette symphonie orchestrée dans les rues de Berlin, après la catastrophe de la fin de la Première Guerre mondiale et avant la crise boursière de 1929 voire l'avènement du nazisme, dispose de sérieux atouts. 5 actes découpent 5 temps dans la journée-type de la capitale, de l'aube au crépuscule, au fil des différentes activités des différents corps de métier. Le montage digne des cinéastes de propagande soviétique de l'époque enflamme la pellicule et concentre l'action dans quelques séquences particulièrement mouvementées, insufflant une vitalité incroyable à l'ensemble. Le sens du rythme est vraiment fascinant de maîtrise, avec les temps forts agréablement pondérés par des temps plus calmes, et avec cette armée de machines et de métal qui envahit régulièrement l'écran. Le sens de la mise en scène, aussi, se dessine au détour de quelques séquences qu'on imagine au moins légèrement scénarisées, à l'image de l'altercation de deux passants dans la rue. Le "ciné-oeil" est déjà là. Walter Ruttmann se fait parfois un peu répétitif ou du moins insistant dans l'utilisation de l'analogie, en dressant des parallèles de manière quelque peu abusive voire dénués de sens (la classe aisée qui prend son repas comme le lion dévore sa carcasse, par exemple).

En 5 temps, Ruttmann fait le tour de la ville en passant par les trains et leurs réseaux de chemins de fer, par les hauts fourneaux et les usines qui dépeignent l'activité industrielle, par tous les habitants qui s'activent au lever du jour en direction du bureau ou pour ouvrir les vitrines, par les rues qui s'emplissent progressivement, et par les activités de loisir au cours de la journée avant que les activités nocturnes n'envahissent le champ. Déjà, au détour de quelques séquences, l'opulence des uns et la pauvreté des autres formaient un contraste simple et net que le cinéma s'empressait de capturer.

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vendredi 30 août 2019

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, de Elio Petri (1970)

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"À d'autres, la tâche de guérir, d'éduquer. À nous, le devoir de réprimer !"

Le fait que le film d'Elio Petri soit sorti la même année que celui réalisé par son compatriote Michelangelo Antonioni, Zabriskie Point, invite à les considérer comme les deux faces d'une même pièce. Même élan critique à l'orée des 70s, même volonté de verser dans l'outrance. La comparaison ne se poursuit pas beaucoup plus loin, étant données les différences gigantesques de style (que l'on pourrait presque résumer à Morricone d'un côté et Pink Floyd de l'autre) et de points focaux (la répression fasciste en Italie et la société de consommation aux États-Unis), mais il y a tout de même une certaine continuité dans ces excroissances subversives du cinéma italien de l'époque.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon est avant tout le portrait d'un symbole, à tel point que le policier interprété par Gian Maria Volonté n'aura jamais de nom ni de prénom. Il s'agit d'une fonction plus que d'une personne, d'un archétype de l'autorité plus que de son bras armé. Une figure sans nom qui ne semble éprouver aucun doute, aucun remord : on comprend assez vite, après une délicieuse séquence d'introduction perverse (aux sens propre et figuré, de par la nature des jeux entre les amants et le contenu de l'action qui n'est pas immédiatement compréhensible), que l'inspecteur se perçoit comme un être supérieur tout-puissant et que personne n'aura ni l'audace ni l'intelligence de l'accuser de quoi que ce soit. Pétri de suffisance, ivre de pouvoir, lové dans son impunité. Il est tellement supérieur, il connaît tellement bien les rouages des institutions qu'il peut se permettre de semer comme bon lui semble des indices l'incriminant formellement avec la garantie de ne jamais être inquiété.

Pour décrire ce criminel profondément mégalomane, Petri use d'un style proche du grotesque, à travers le comportement du protagoniste mais aussi des cadrages très serrés, centrés sur les visages boursouflés, parfois en contre-plongée. On se croit régulièrement dans un western spaghetti à la Leone. Il ira jusqu'à vociférer, devant un parterre de policiers acquis à sa cause, "Nous sommes les protecteurs de la loi, que nous voulons immuable, sculptée dans l'éternité ! Le peuple est mineur, la ville est malade. À d'autres, la tâche de guérir, d'éduquer. À nous, le devoir de réprimer ! La répression est notre vaccin. La répression est la civilisation !". Et de terminer sur un "N'applaudissez pas, je vous en prie. Soyons modestes... au travail."... Il n'y a pas de limite à la bêtise, et les excès ne connaissent aucune frontière. La citation finale entérine la dimension kafkaïenne de la fable, au terme d'un défilé de gradés qui renvoie plus au carnaval (certes terrifiant) qu'à la réunion administrative.

Plus on avance, et plus le jeu auquel s'adonne Gian Maria Volonté perd en maîtrise, en passant de la jouissance perverse et cynique au caprice d'enfant immature pris les doigts dans le pot à confiture. Après l'enivrement et le stupre, les sanglots dans les jupes de maman. On s'enferme alors (encore) dans une autre forme de grotesque, tout en étayant une autre partie du propos : le corps policier ne peut admettre aucun maillon faible, au risque de voir l'institution toute entière s'écrouler. Le statut de policier comme gage d'immoralité.

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Human Exploration, de Uranium Club (2016)

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Petite décharge d'énergie Punk avec Uranium Club, simple mais efficace. 25 minutes sans gras. Leur second album, All of Them Naturals, sera plus engagé dans les textes idiots, simples et drôles. Plutôt Art Punk : "We built the wheel/ It was easy, it's just a wheel" ou "Now that it's the 21st century/ I only get high on video weed/ And I only drink communist coke" ou encore "There's no racism anymore/ Because there's no other colours in my sensorary spectrum". Du grand n'importe quoi.

Black Semen, extrait de leur premier album Human Exploration :

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mardi 27 août 2019

Le Tour du Mont Blanc en 7 jours

Ça faisait sept longues années que l'on n'avait pas crapahuté et arpenté les sentiers de haute montagne sur de très longues distances, assorties de jolis dénivelés. C'était en 2012, à l'occasion d'une promenade de santé sur le GR 54 autour de la Meije et de la Barre des Écrins (4102 m) dans le massif du même nom. Nos occupations respectives avaient rendu ce genre de périple impossible, expatriés en Écosse et en Australie. Il était grand temps de renouer avec le trek. Après la Diagonales des Fous à La Réunion, le GR 10 dans les Pyrénées et le GR 54 en Isère (qui aura peut-être droit à son billet, un jour), on s'est dit un peu par hasard "pourquoi pas le Mont Blanc ?" et nous voilà embarqués sur le tracé du TMB au milieu du mois d'Août, le sac rempli de victuailles de circonstance. Non pas à l'assaut du Mont Blanc, un jour peut-être, qui sait, mais plutôt de ses flancs.

Avec ses dizaines de milliers de personnes qui le parcourent chaque année, et particulièrement en cette période estivale de préparation pour l'ultra-trail du Mont Blanc, on avait un peu peur de ne jamais se sentir seuls au monde, perdus dans les montagnes. Si la fréquentation est largement plus conséquente que tous les treks précédents, avec une grande diversité de nationalités issues de tous les continents, on a vite été rassuré : en dehors du weekend, dès qu'on s'éloigne des régions habitées, la sensation grisante de la solitude montagnarde reprend ses droits.

Arrivés la veille de la randonnée en Haute-Savoie pour notre dernière nuit sur un vrai matelas et pour notre dernier repas non-lyophilisé à Saint-Gervais-les-Bains, on hésitait toujours quant au sens à adopter pour la rotation autour du Mont Blanc : le sens inverse des aiguilles d'une montre, comme traditionnellement, ou l'inverse ? Au final, c'est la météo qui nous a aidé à choisir : étant donné la densité plus faible de refuges entre Les Houches et la frontière suisse au Nord, et sachant que les deux premiers jours allaient être parsemés d'orages et de pluies, on a opté pour la direction Sud, comportant plus d'abris potentiels en cas de pépin pour les deux premiers jours.

Notre version du TMB a emprunté plusieurs variantes, pour éviter de redescendre vers les villages dans certaines vallées et pour favoriser le passage par des cols aux panoramas plus intéressants — et pour profiter au maximum de notre autonomie. Des écarts qui se sont souvent révélés payants (à une exception près) : plutôt que de passer au fond de la vallée par Les Contamines, on est monté jusqu'au refuge de Tré-La-Tête ; plutôt que de descendre vers Les Chapieux, on a gravi les pentes du Col des Fours ; plutôt que de se contenter du Grand Col Ferret, on a également rejoint le Petit Col Ferret avant de redescendre vers La Fouly ; et plutôt que de faire le détour par Trient et le Col de la Forclaz, on est passé à travers la Fenêtre d'Arpette. Autant dire que les passages sur du plat se sont révélés quasiment inexistants... De col en col, on est passé de Haute-Savoie en Savoie, de France en Italie et d'Italie en Suisse avant de revenir en France.

Au final, le parcours s'est étalé sur 160 - 170 km, pour un dénivelé cumulé positif (D+) autour de 14 800 mètres. Le point culminant du trek n'a pas dépassé les 2700 mètres d'altitude : le Mont Blanc, du haut de ses 4809 m, n'a jamais paru ne serait-ce qu'un peu accessible. On s'était fixé pour objectif un tour en 7 jours plutôt que les 10 classiquement recommandés (principalement pour des raisons de congés en voie de disparition), ce qui revient à 25 km et 2100 m de D+ / D- par jour. Même pas peur... Hum. Voilà. Eh ben on s'est pas ennuyé !


N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les afficher en plein écran.


INFORMATIONS DIVERSES


Le tracé en 3D du trek à trois échelles différentes, avec une couleur par jour.
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Le dénivelé de la randonnée jour après jour.
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Et une petite juxtaposition juste pour le plaisir...
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JOUR 1
15 km / 1600 m D+ / 1000 m D-
Les Houches → Col de Voza → Col du Tricot → Refuge de Miage → Refuge du Truc

Le départ des Houches (prononcer "dézouch", un peu comme Chamonix se prononce "cham") est fixé à 8h45. Premier objectif : le Col de Voza, avec son petit train qui amène les passagers à la gare du Nid d'Aigle située à 2372 m (la plus haute gare ferroviaire de France). Premières vues sur le Glacier de Bionnassay.

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La première variante du parcours nous fait passer par le Col du Tricot (qui aurait pu s'appeler le Col au vent à décorner les bœufs), avant de redescendre dans le petit vallon où se love le joli Refuge de Miage, avec une magnifique vue sur les Aiguilles de Bionnassay.

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Dernière petite suée de la petite journée : la montée en direction du Refuge du Truc, situé en dessous du Col du Truc, lui-même dominé par le Mont Truc. Notons que "truc" a une définition beaucoup moins imprécise que ce qu'on pourrait penser : il s'agit d'un sommet arrondi (en celte).

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Il est déjà l'heure de planter la tente, à 16h, car un orage approche et il est généralement déconseillé de randonner sous le tonnerre. Il pleuvra toute la nuit, avec de grands éclairs nous faisant économiser quelques secondes de batterie de frontale. La tente a tenu bon. Ouf.

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JOUR 2
20 km / 2000 m D+ / 1300 m D-
Refuge du Truc → Refuge Tré-La-Tête → Nant Borrant → Col de la Croix → Refuge de la Croix du Bonhomme

Après une telle nuit, inutile de dire à quel point on est content de sortir la tête de la tente au petit matin et de constater que la pluie s'est arrêtée. Elle nous laissera d'ailleurs tranquille le temps de prendre le petit déjeuner, et de profiter du lait frais à peine sorti du pis ("du producteur au consommateur", on fait pas mieux), grâce à l'étable adjacente. La mer de nuages chargés en pluie commence à monter depuis la vallée, il est temps de partir. Il est 7h30.

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L'essentiel de la journée se fera dans la grisaille et l'humidité, même si aucune photo n'est là pour l'attester : dans ces moments-là, le D7500 reste au sec, bien emmitouflé. "On n'a pas pris les habits de pluie pour rien !" dit-on pour se remonter le moral. Quelques éclaircies et un repas chaud (après un passage peu chaleureux au Refuge alpin Tré-La-Tête) nous requinquent suffisamment pour ne pas déclarer forfait dès le deuxième jour.

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On rejoint le tracé officiel en passant par Nant Borrant et le refuge de la Balme. Cette portion est censée être magnifique (elle fait la couverture du topo, c'est dire), mais plongée dans la brume et la bruine, elle ressemble à n'importe quel coin plongé dans la brume et la bruine. La montée vers le Col de la Croix du Bonhomme nour permet de prendre un peu de hauteur et de discerner les sommets avoisinants. On marche sur d'immenses névés, on rencontre un trailer belge de 65 ans (armé de son téléphone-GPS qu'il tient le bras tendu sans discontinuer), et les couleurs jaune et verte des reliefs commencent à ressortir.

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On finit la journée comme elle a commencé : dans la brume et le froid. Heureusement, les jolies campanules ornent le bord des sentiers. Arrivés près du Refuge de la Croix du Bonhomme, le vent nous dissuade très vite de manger dehors : tant mieux, car l'ambiance à l'intérieur est géniale et les gérants sont très cools.

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JOUR 3
30 km / 1700 m D+ / -2800 m D-
Refuge de la Croix du Bonhomme → Col des Fours → Ville des Glaciers → Col de la Seigne → Courmayeur

On n'échappe pas au rituel de la photo de la tente même par grand froid. Les va-et-vient de la brume glacée nous enjoignent de profiter d'un intérieur sec pour la dernière fois. Comble de l'extase : la lessive de la veille ainsi que les chaussures ont pu sécher dans la nuit grâce au poêle à bois. Au loin, les bouquetins veillent.

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La montée vers le Col des Fours s'effectue rapidement, et la redescente en direction de la Ville des Glaciers se fait sur des pentes schisteuses, dans une brume qui s'évanouit progressivement. Les cours d'eau ont sculpté la roche pour en faire des œuvres d'art.

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Il est déjà temps de remonter en direction du Col de la Seigne, frontière entre la France et l'Italie. À la faveur d'une belle éclaircie, on peut enfin profiter d'une vue plongeante sur la vallée que l'on vient de traverser, parcourue par de nombreuses pistes et autres sentiers. Là-haut, un grand troupeau de brebis pâture tranquillement, tandis qu'un berger le déplace à l'aide de son border collie (il le commande avec quelques signes, perché dans les hauteurs à une centaine de mètres, c'est impressionnant). On voit les montagnes italiennes pour la première fois.

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Première rencontre avec un glacier d'aussi près : il y a le Glacier de la Lex Blanche avec sa roche rouge en contrebas, le Glacier du Miage saupoudré de caillasse, et une magnifique vallée entre les deux, sillonée par un cours d'eau de couleur bleu-vert caractéristique.

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Et c'est reparti pour la dernière montée de la journée : on s'élève par des sentiers situés en-dessous du Monte Berio Blanco, avec un paysage à couper (un peu plus encore) le souffle. Petite pause près du Refuge Maison Vieille construit sur le Col Chécrouit, avant de redescendre vers Dolonne et Courmayeur à travers un sentier escarpé et arboré. On bivouaque à l'orée de la forêt, non loin de la ville.

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JOUR 4
20 km / 2000 m D+ / -1300 m D-
Courmayeur → Refuge Bertone → Tête Bernarda → Tête de la Tronche → Refuge Bonatti

Au petit matin, on se rend compte que la tente est parfaitement orientée en direction de l'objectif de la journée : le Refuge Bertone après avoir traversé Courmayeur, et un gros morceau sur une variante, la Tête Bernarda et la Tête de la Tronche. Une fois la crête atteinte, la vue panoramique sur la chaîne des Grandes Jorasses est impressionnante. On voit d'un côté où on était hier, et de l'autre où on sera demain.

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C'est l'heure des premières très grosses marmottes très à l'aise dans leur terrain de jeux et accessoirement salon de bronzage, en redescendant vers le Refuge Bonatti. Dans les ruines des anciennes maisons, les épilobes s'épanouissent particulièrement. Le soleil se couche dans la vallée, et on profite des dernières minutes de soleil car la nuit s'annonce très fraîche à plus de 2000 mètres d'altitude...

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JOUR 5
30 km / 2000 m D+ / -2500 m D-
Refuge Bonatti → Refuge Elena → Grand col Ferret → Petit col Ferret → La Fouly → Issert → Champex

Comme prévu, la nuit a été vivifiante, et on ne traîne pas pour le petit déjeuner de 6h30. Le lever du jour est glacial mais grandiose, avec ses teintes rosées déposées au-dessus des cols Ferret et la silhouette des arbres qui se découpe dans l'ombre.

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Une petite pause au Refuge Elena nous permet de discuter avec un guide de haute montagne qui nous met en garde contre le sentier montant directement au Petit Col Ferret, plus entretenu depuis longtemps : deux randonneurs américains y sont morts il y a quelques années. Il nous informe en revanche que le sentier reliant le Grand et le Petit Col Ferret vient juste d'ouvrir, les névés ayant disparu : changement de plan, on passera donc par non pas un mais deux cols.

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De l'autre côté des cols Ferret, c'est la Suisse ! La végétation ne change pas dramatiquement, les épilobes et les myrtilles sont toujours aussi présentes. On arrive à La Fouly, notre unique point de ravitaillement au cours du trek. On s'était habitué à nos sacs allégés... Dommage. On longe la Drance de Ferret sur plusieurs kilomètres, en traversant Praz de Fort, avant d'arriver dans le petit village d'Issert. Petite omelette et petite bière (qui fait l'effet de 10) avant d'attaquer la montée vers Champex où l'on bivouaquera. On mange à la tombée de la nuit, on contemple les quelques étoiles qui percent à travers la brume, et on s'endort sous des télésièges.

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JOUR 6
20 km / 2500 m D+ / -2000 m D-
Champex → Fenêtre d'Arpette → Refuge du Glacier du Trient → Col de la Balme → Col des Posettes

Le programme de la journée est chargé (si tant est que certains ne le soient pas) : de bon matin, on s'engage dans la longue et abrupte montée vers la Fenêtre d'Arpette, une variante qui nous évite un détour par Trient et le Col de la Forclaz. Mais à quel prix... L'ascension est rude, des éboulis freinent quelques personnes, mais la difficulté est clairement compensée par la beauté du spectacle au sommet. La vue sur le Glacier du Trient est vraiment magique.

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Le contrechamp offert lorsqu'on traverse la rivière du Trient au fond de la vallée est spectaculaire. De quoi nous donner des forces pour remonter le versant opposé, jusqu'au Col de la Balme, ultime frontière que nous traverserons pour rejoindre la France. Monter, descendre, monter, descendre, monter, descendre... Le TMB, ça se résume en deux mots en fait !

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On se ressource à l'intérieur du refuge d'Henry qui nous régale de ses gâteaux, bières et blagues, qu'on partage avec le groupe rencontré lors de cette pause. On aura fait plein de belles rencontres d'ailleurs, bien plus que sur tous les autres GR : c'est la contrepartie positive d'un tel niveau de fréquentation. Suite aux conseils du maître des lieux, on décide de continuer un petit peu notre route pour camper au niveau du col des Posettes (et sa fameuse orientation Est-Ouest abritant grandement du vent). Le paysage est tout simplement renversant, avec le Mont Dolent (point de frontière triple France-Italie-Suisse) à gauche, le Mont Blanc tout droit, et les Aiguilles Rouges sur la droite. Le coucher de soleil rougeoyant sur les neiges éternelles (enfin... pour le moment en tous cas) donne des frissons. Et la photo de tente ci-dessous est en compétition pour la plus belle photo de tente de l'histoire de la photographie de tente.

Pour l'anecdote, on pensait profiter d'une nuit tout confort sur un terrain plat et bien moelleux, parfait pour se reposer correctement avant la dernière très grosse journée. Grossière erreur : alors qu'on savourait notre dernier repas à base de pâtes 3 minutes cuites à la perfection et agrémentées d'une sauce à l'échalote divine (on a découvert qu'il existait de la tartiflette lyophilisée, félicitations aux plus courageux !), des cloches se font entendre au loin. Il se trouve qu'on a choisi pour zone de bivouac le passage qu'empruntent les vaches entre leur pâturage et l'étable... Résultat, on a entendu des cloches toute la nuit. Et on peut désormais affirmer qu'il existe une variété de sons de cloche proprement incroyable. Des longs, des courts, des sourds, des secs, des chauds, des froids, des graves, des aigus, des répétitifs, des ponctuels. Fantastique. Sacré Henry... Cette nuit-là, on a dû dormir le quart du temps de marche qui nous attendait le lendemain.

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JOUR 7
30 km / 2500 m D+ / -3400 m D-
Col des Posettes → Tré-Le-Champ → Flégère → Brévent → Les Houches

Au petit matin, la lune est encore là. Cette journée sera la plus longue de tout le trek, mais on ne le sait pas encore... On commence à marcher à 7h15 et on ne terminera pas avant 21h45, à la frontale ! On profite du massif du Mont-Blanc pendant toute la journée : il suffit de lever la tête dès qu'un coup de mou se fait sentir, et on est immédiatement rasséréné. Quelques heures avant la fin, on s'autorise une (voire deux) glace face aux glaciers du Mont Blanc : on estime que c'est un peu mérité.

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C'est l'heure de monter tout en haut du Brévent ! La vue plongeante sur la vallée de Chamonix, avec cette barre montagneuse qui se tient 3000 mètres plus haut, est stupéfiante. On ne se lasse pas de ces paysages, heureusement. Au sommet, outre les personnes arrivées là en téléphérique, on croise de nombreux bouquetins très curieux et des choucas par dizaines qui jouent avec le vent. Ce petit moment suspendu à 2500 m, sans autre compagnie que celle des bouquetins qui avancent ou se chamaillent en contrebas, provoque un enivrement proche de l'ivresse occasionnée par une petite bière au terme d'un trek de 7 jours avec une alimentation rationnée.

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jour7_5-1.jpg, août 2019 jour7_6-1.jpg, août 2019 jour7_7-1.jpg, août 2019

Et tout là-haut, il n'y a que de la rocaille à perte de vue. Certains font de l'escalade, d'autres se demandent à quelle heure descend le dernier téléphérique. Tout le monde profite de la vue imprenable sur les Glaciers du Tour, d'Argentière, et des Bossons ainsi que sur la Mer de Glace qui n'en finit pas de reculer. Perché sur un tel poste d'observation minéral, on se dit qu'il reste encore un sacré paquet de sommets à découvrir.

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La descente vers Les Houches ("lézouch") sera longue, avec seulement un petit arrêt au Refuge Bellachat (perché, littéralement, blotti dans un petit creux à flanc de montagne). On retrouve la ville de nuit, à la frontale : this is the end. On engloutit notre premier vrai repas vaguement équilibré depuis 7 jours en compagnie d'un groupe de trois personnes avec qui on a échangé tout au long du TMB, et qu'on a bouclé en même temps sans se concerter, à une heure près.

Il ne reste plus qu'à descendre encore un peu plus (en voiture cette fois-ci) dans la vallée, à Sallanches, pour profiter d'une vraie douche, d'un vrai matelas, d'un vrai petit déjeuner, et pour enfin retrouver forme humaine. Prêts à renouer avec la civilisation.


Bonus : avant - après. Pas grand-chose de différent au final !

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lundi 26 août 2019

Burning out, dans le ventre de l'hôpital, de Jérôme Le Maire (2017)

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Le petit théâtre des expérimentations managériales

Burning Out ne propose dans le fond rien qu'on n'ait déjà vu, lu ou entendu ailleurs sur le sujet. Rien de nouveau sous le soleil de la destruction d'un service public ou de l'organisation de la désorganisation (qui ne se limite évidemment pas au cas de l'hôpital), et le constat ne change pas d'un iota : on en sort toujours dans le même élan de déprime. Les seules variations portent sur l'angle d'attaque, sur le ton, sur l'exacerbation de tel ou tel détail. Sauf qu'ici, l'origine même du documentaire constitue à elle seule un incontournable, dans le registre du comique caustique involontaire : Jérôme Le Maire se rendait à une conférence sur le syndrome du burn-out et il découvrit sur place qu'il n'était pas question du point de vue des patients hospitalisés à Saint-Louis mais plutôt de l'épuisement professionnel des praticiens, eux-mêmes victimes et impuissants.

Le mal-être qui se dégage à tous les niveaux de l'hôpital, dans toutes les strates du moteur qui le fait tourner, est à la fois évident, omniprésent et désespérant. Chirurgiens, anesthésistes, et les infirmiers de toutes les catégories se débattent dans une mélasse organisationnelle et administrative, au sein d'un tissu dense d'injonctions absurdes découlant d'un management totalement décorrélé du pragmatisme quotidien. Jérôme le Maire a passé deux ans en immersion dans ce service et cela se ressent énormément à travers son interaction avec le personnel de l'unité chirurgicale et dans l'air malicieux de ses interventions. La tension qui ressort de l'organisation en flux tendu sur quatorze salles d'opération est immédiatement tangible. Et lorsque les conditions de travail ne sont pas bonnes, comme partout ailleurs, les hostilités deviennent monnaie courante.

Le pire dans ce témoignage, ce sont sans doute ces réunions au terme d'un audit où un représentant de la direction explique aux équipes au bout du rouleau qu'il faudrait qu'ils travaillent plus et plus vite. L'optimisation des plannings comme seul et unique graal, en faisant fi de tous les problèmes qui découlent d'une telle organisation stressante et éreintante — dans un cadre, le médical, où l'on souhaiterait j'imagine en voir encore moins qu'ailleurs. Voir ces gens souffrir dans l'exercice de leur travail a quelque chose d'inhumain, tant on les sent contraints de ne pas laisser l'objet de leur travail pâtir de la situation. Ils ne semblent bénéficier d'aucun véritable levier d'action pour peser dans la balance et contribuer à l'évolution de leurs conditions de travail. Ils finissent forcément par se taper les uns sur les autres, ça paraît presque inévitable. Une belle diversité d'opinions émerge peu à peu des couloirs de l'hôpital, de l'infirmière en charge du ménage qui doit se battre pour exister aux yeux des autres au chirurgien qui a vu les conditions se dégrader à petit feu. La hiérarchie institutionnelle se ressent beaucoup, aussi.

Et si ce cas de figure est loin d'être une exception, il y a de quoi rester stupéfait qu'une telle structure tourne aussi "bien" dans une configuration aussi chaotiquement catastrophique.

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vendredi 09 août 2019

L'Idiot !, de Youri Bykov (2014)

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Дон Кихот

Le film allégorique dénonçant la pourriture du système (les institutions comme leurs représentants) semble être un genre à part entière dans la cinéma russe contemporain : difficile de ne pas penser à Andreï Zviaguintsev et son Léviathan, sorti la même année, même si les approches diffèrent sensiblement dans la façon de structurer la narration. On est ici presque dans le registre du thriller nocturne, avec un citoyen lambda embarqué dans une course contre la montre haletante pour sauver la vie d'un millier de personnes, habitants d'un HLM sur le point de s'effondrer.

Deux principaux obstacles se dressent sur son chemin : d'un côté la misère des pauvres hères peuplant les lieux, partagés entre violences conjugales et thérapies alcoolisées, et de l'autre la corruption absolue des officiels, le cul entre deux chaises, celles de la cupidité et de l'avilissement moral. Le tableau peut paraître quelque peu surchargé, à la lecture de cette accumulation de travers et autres points douloureux, et il serait un peu insincère de ne pas aborder la lourdeur du trait et de la démonstration par moments. Mais Youri Bykov parvient tout de même à rendre son protagoniste intéressant, attachant dans son symbole de petite fourmi dotée d'une conscience plutôt rare en ces lieux, sorte de Don Quichotte qui se moque éperdument (et dangereusement) de la taille des moulins qu'il entend combattre. Des moulins qui peuvent pourtant se faire particulièrement menaçants.

Le résultat est aussi sombre que sec, les séquences en extérieur sont quasiment toutes plongées dans une lumière nocturne angoissante, qui ne laisse pas plus respirer que lorsque la caméra est enfermée dans les couloirs miteux des différents HLM. Dans de telles conditions de corruption, impossible de faire éclater la vérité, même si Bykov se garde bien de l'expliciter : le plan final renvoie le protagoniste à sa propre folie, comme un whistleblower qui n'aurait pas réussi à rendre intelligible les enjeux de sa dénonciation. Au-delà du caractère de pamphlet un peu démonstratif que le film revêt assez naturellement, la dimension tragique de son protagoniste, l'idiot aux yeux de tous alors qu'il semble être le seul capable d'ouvrir les yeux sur la réalité du monde, lui confère un intérêt à mon sens indiscutable.

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