samedi 22 octobre 2011

Kids Return, de Takeshi Kitano (1996)

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Kids Return narre l'histoire de deux, voire trois adolescents en marge du système scolaire qui essaient de s'en sortir, chacun à sa manière : dans un club de boxe, chez les yakuzas et comme chauffeur de taxi.
Le contexte est particulier : d'un côté, c'est le premier film que Takeshi Kitano réalisa suite au grave accident de moto qui faillit lui coûter la vie ; d'un autre côté, il occupe une place assez ingrate dans sa filmographie : trois ans après Sonatine, le film qui a consacré sa notoriété occidentale, et un an seulement avant l'éblouissant Hana-Bi (« feux d'artifice » en japonais, un titre parfait). Et pourtant, cette histoire de Shinji et Masaru, des gamins qui n'ont même pas 20 ans et dont les destins semblent intimement liés, est touchante et élégante. Kitano, à défaut de jouer dans son film (ce qui, en soi, est assez exceptionnel de sa part), joue avec la caméra, avec le scénario (1) et avec nous-mêmes, tout en se jouant des codes du genre, comme à son habitude.

Le film démarre et se termine sur la même note : velo.jpgdeux gamins partageant un même vélo, dans la cour de leur école qu'ils ont abandonnée depuis belle lurette. Ils cherchent sans succès à rompre avec le prosaïsme qui semble régir leur existence, mais sont bien incapables de remplir leurs journées qui leur filent entre les doigts. Assez paradoxalement, chacun des protagonistes cherche à vivre au quotidien l'expression la plus concrète de sa vision de la liberté, mais s'enferme peu à peu dans une prison dont il a lui-même bâti les murs à la sueur de son front. Au lieu de s'épanouir et de s'ouvrir à l'infini des possibles de l'adolescence, ils s'acheminent lentement vers le désespoir le plus total.

« Quand on est petit, on rêve grand » dit l'un des ados. Et si grandir, c'était savoir rester petit ? C'est une réponse proposée par Kitano, qui nous propulse — de manière plus ou moins autobiographique (2) — au cœur du malaise propre à l'adolescence qui parfois dure toute une vie : cette sensation de flotter sans savoir si, demain, on va couler ou atteindre la rive. Non sans rappeler, dans une certaine mesure, L'Attrape-Cœurs, le classique de Jerome David Salinger.


(1) La palme du scénario aussi brillant que torturé revient quand même à Takeshis' (2005), que je viens à peine de terminer.
(2) Lire l'excellent bouquin de Michel Temman, « Kitano par Kitano », Grasset (2010), biographie qui s'appuie sur des conversations et des entretiens plus ou moins formels
entre les deux hommes.

mercredi 19 octobre 2011

La vie à 2 000 images par seconde

La plupart des appareils photo, caméscopes et autres caméras fournissent, à l'heure actuelle, des vidéos en haute définition à raison de 24 images par seconde, seuil maximal de la perception de l’œil humain. À titre d'exemple, le D7000 de chez Nikon garantit une vidéo dite « full HD » de 1920 x 1080 (résolution) à 24 FPS (ou frames per second).
Cependant, une technologie relativement récente permet de tourner des séquences à des frame rates très élevés, variant de 1 500 à 4 000 FPS suivant la définition. On arrive alors à un niveau de détail (temporel) impressionnant, comme le montre la séquence expérimentale suivante, somme toute assez convaincante. Jamais l'ébrouement d'un chien mouillé n'avait été filmé d'une telle manière : épique.

Séquence filmée par Stargate Studios avec une caméra WEISSCAM HS-2.

lundi 17 octobre 2011

5:46 am

Une étrange balade dans Paris, à la limite de l'hypnose, les pieds dans l'eau. Une atmosphère très particulière, à la fois apaisante et lancinante. Un réalisation presque parfaite (on ne voit pas le reflet des oiseaux dans l'eau...).
Un court-métrage réalisé par Olivier Campagne et Vivien Balzi, sur une musique de Brice Tillet.

dimanche 16 octobre 2011

La Gueule de l'emploi, de Didier Cros (2011)

La Gueule de l'emploi est un documentaire de Didier Cros sur l’obscénité du processus de recrutement et la violence du monde du travail. On y observe les méthodes employées par les grandes entreprises (en l'occurrence, l'assureur Gan) pour recruter leur « force de vente », illustrées par une session collective de recrutement sur deux journées.
Comme dans l'excellent La Mise à mort du travail (2009) de Jean-Robert Viallet, l'entreprise sollicitée voit plutôt d'un bon œil (au moins dans un premier temps) la publicité qu'elle pourrait en retirer, dans un souci de transparence vis-à-vis de ses méthodes de recrutement (1).

Le principe est désormais — tristement — célèbre : on invite une dizaine de chômeurs à se rabaisser les uns les autres, plus ou moins subtilement, dans un individualisme et une déshumanisation qui atteignent très vite leur paroxysme, et ce afin de trouver les candidats les plus à même de rentrer dans le moule de l'entreprise (le terme de formatage convient assez bien). Face à eux, des recruteurs tout-puissants, tour à tour méprisants, insolents et sardoniques. Il suffit de les écouter parler des personnes qui refusent de se soumettre à leur jeu pour s'en convaincre. Et comment ne pas parler de « jeu » pour eux quand on sait que ces chômeurs se battent pour un emploi rémunéré, pour la partie fixe... au SMIC !

Bien entendu, il serait réducteur d'y voir la seule critique d'une entreprise donnée (2) ; il s'agit plutôt d'un constat bien plus général sur des conditions de recrutement perverses qui se sont considérablement dégradées ces derniers temps. Chacun se fera son avis, mais pour peu qu'on s’intéresse et / ou connaisse le sujet, force est de constater que ces pratiques basées sur l'humiliation et l'infantilisation des candidats (entre autres) font partie intégrante des procédures d'embauche, et qu'elles tendent à se généraliser.

Documentaire diffusé le 6 Octobre 2011 sur France 2, disponible en intégralité sur le site www.soymalau.com/lagueule.

MÀJ du 18/10/2011 : Il semblerait que la vidéo YouTube ait été supprimée suite à un problème de droits d'auteur.

MÀJ du 20/10/2011 : À son tour, le site a dû être fermé, suite à de nombreuses pressions. Il fallait être réactif...

MÀJ du 01/11/2011 : Un article de Télérama et le site d'Arrêt sur images abordent la polémique. Didier Cros est mis en cause, mais devrait produire un droit de réponse sous peu. L'affaire continue !

MÀJ du 07/11/2011 : Didier Cros s'exprime dans une tribune pour réagir aux événements récents. Ultime épilogue de l'histoire ?


(1) Dans un premier temps seulement : Carglass, une des entreprises citées dans le documentaire de Jean-Robert Viallet, réclama 200 000 € pour diffamation dans un procès qu'elle perdit.
(2) C'est un reproche assez éculé et très peu pertinent qui est souvent formulé en dernier ressort.

vendredi 14 octobre 2011

Les dilemmes du journaliste politique

À elle seule, la photo ci-contre exprime journalistes1.jpg parfaitement l'ambivalence qui peut exister au sein de la profession, frisant parfois le ridicule. Le métier exige une certaine proximité avec le pouvoir (au sens littéral du terme, comme le montre ces journalistes agglutinés sur un tracteur, symbole de la presse « embarquée »), mais quelle distance (ici, dans tous les sens du terme) adopter afin de préserver son indépendance ? En ces temps qui fleurent bon l'échéance électorale, et quelques mois après le battage médiatique autour de l'affaire DSK, Télérama s'est amusé à dresser les cas de conscience auxquels les journalistes politiques sont confrontés.

  1. Être dans le bus (le train, l'avion, le tracteur, etc.) ou pas.
    « La vacuité du voyage [du président en Libye] et les détails donnés sur l'hôtel et les repas ont déclenché un flot de commentaires furieux, fustigeant ce journalisme de salon. Ces voyages organisés, vite consanguins, personne ne les assume vraiment. »
  2. Être politiquement engagé ou pas.
    « Miroirs d'une société de plus en plus apolitique, les jeunes journalistes débarquent d'ailleurs dans les services politiques de plus en plus par hasard. Côté positif : ils ont plus de distance. Côté négatif : moins de culture politique. Enfin, c'est ce que grognent les anciens... »
  3. Briser le off ou pas.
    « Longtemps, le off a été l'objet d'un accord tacite, policé, entre politiques et journalistes politiques. Attention, le off est "fait pour être brisé, avec élégance. La question étant de savoir quand, et comment [souvent dans un livre]", explique Nicolas Domenach. Mais depuis quelques années, notamment avec les médias du Web et les téléphones portables permettant de tout filmer et enregistrer, les règles explosent. »
  4. Raconter la vie privée (et le reste) ou pas.
    « On a souvent reproché aux journalistes politiques de garder leurs petits secrets entre eux. De Mazarine à DSK, les lignes ont pourtant bougé. "Il faut sortir l'info si elle a un impact sur la vie publique", entend-on de plus en plus. Mais à partir de quel moment une info privée touche-t-elle la vie publique ? »
  5. Se fâcher ou pas.
    « "Le politique et le rubricard forment un vieux couple", constate Françoise Fressoz (Le Monde). En France, contrairement aux Etats-Unis, les deux populations se renouvellent peu. Pendant des mois, des années, on voyage, dîne, discute, s'épuise, côte à côte. Avec un jeu complexe : le journaliste est un agent double, qui doit entrer en empathie, pour comprendre et se faire accepter, mais aussi trahir, alors que l'autre cherche à vous manipuler. »

D'une manière certes consensuelle, Télérama se joue des contradictions qui habitent beaucoup de professionnels du journalisme politique, qui oublient peu à peu la signification des mots « éthique » et « déontologie ». C'est au profil d'informations dont la rapidité n'a d'égal que la vacuité qu'ils sont prêts à sacrifier leur pertinence sur l'autel de la sacro-sainte modernité. Et soyons réalistes : cela ne va pas en s’arrangeant...

Article à lire dans le Télérama n°3221 du 8 au 14 Octobre 2011 et sur Télérama.fr.

lundi 10 octobre 2011

The Cramps

songs_the_lord_taught_us.jpg bad_music_for_bad_people.jpg

Comme les nombreux tags de ce billet le suggèrent, il est très difficile de qualifier précisément le genre de musique que produisirent les Cramps. Ce qui est sûr, c'est que le passé est de rigueur, puisque Lux Interior, le chanteur et cofondateur du groupe avec la guitariste Poison Ivy, est mort en février 2009.

Ce sont eux deux qui, au milieu poison_ivy_and_lux_interior.jpgdes années 1970, ont profité de leur rencontre — amoureuse — pour fonder le groupe qui deviendra une véritable référence (voir par exemple The Mummies et The Meteors). Les débuts ne furent pourtant pas des plus faciles : n'étant pas des professionnels à la base, ils jouèrent leur premier concert en première partie des Dead Boys avec des cordes neuves, et donc constamment désaccordés, ce qui leur valut une interdiction de revenir se produire au célébrissime CGBG & OMFUG (« Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers »), lieu de naissance de pas mal de groupes Rock underground. Mais ils s'imposèrent rapidement sur les scènes new-yorkaises grâce à leur style unique : des riffs d'outre-tombe mêlant Punk sixties, Garage et Rockabilly, mais aussi Blues, Rock 'n' Roll et Psychédélic Rock (certains parlent même de « Psychobilly », même si le groupe de référence en la matière reste The Meteors). Et des prestations scéniques toujours plus folles, comme en témoigne la vidéo du live de I Was A Teenage Werewolf...
Leur premier vrai album, Songs The Lord Taught Us (1980), contient pas mal d'excellentes reprises de Charlie Feathers the_cramps.jpget Hasil Adkins, ce qu'on retrouvera sur des albums comme Psychedelic Jungle (1981) ou les très bonnes compilations Off The Bone (1983) et Bad Music for Bad People (1984).
Les titres qui permettent de se plonger au mieux dans cet univers animal : Mad Daddy, Garbageman, TV Set, Human Fly, I Was A Teenage Werewolf, et les reprises Strychnine, She Said, I Can't Hardly Stand It, Primitive... Et l'énorme Fever, la meilleure de toutes les versions qu'il m'ait été donné d'écouter, parmi l'originale de Little Willie John et les reprises de James Cotton, Elvis Presley, Ray Charles, The DoorsElla Fitzgerald, etc.

Lux et Ivy avaient pour commune passion l'horreur des films de série B, et leur musique transpire cette horreur-là. Mais c'est surtout sur scène qu'on peut observer leur côté complètement dérangé (cf. la vidéo ci-dessous), avec des performances comparables à celles d'Iggy Pop à la fin des 1960s  / début des 1970s. Un peu vieillis mais jamais surannés, cela faisait un moment que les Cramps n'étaient plus aussi bons qu'à leurs débuts ; il n'en demeure pas moins un groupe mythique qui laisse un vide abyssal derrière eux.

D'autres vidéos : Tear It Up, Fever, The Mad Daddy, ...

mercredi 05 octobre 2011

Balade autour du Pic Pédrous (Puig Pedrós)

porte_puymorens.jpgCette balade entre dans la catégorie des randonnées envisageables le temps d'un week-end (compter 10 bonnes heures de marche), sans trop se presser, et qui laissent la possibilité de s'adonner à de longues séances photos et/ou méditation transcendantale sans considérer le temps qui passe comme une épée de Damoclès. Le départ peut s'effectuer depuis L'Hospitalet-près-l'Andorre (Ariège) ou depuis Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), villages distants d'une petite dizaine de kilomètres et tous deux accessibles en train (ligne Toulouse → Latour-de-Carol).

En partant de Porté-Puymorens, l'ascension vers l'Étang de Lanoux (ou Lanòs) par le GR 107 est très agréable : plusieurs petits lacs en contrebas dans lesquels se ressource la faune locale, une pierre rougeoyante qui balise naturellement le sentier, et le Pic Carlit toujours présent dans l'arrière plan, imposant et provocateur. L'Étang de Lanoux surprend toujours par son étendue oblongue et majestueuse (2 500 m de longueur pour 600 m de largeur), ses sommets adjacents (Pédrous à 2 842 m, Coma d'Or à 2 826 m, Carlit à 2 921 m) et ses reflets turquoises dans lesquels se baignent quelques bruyantes truites. Ce qui est frappant, hormis l'énorme barrage à l'origine du lac (ou presque, puisqu'il est « seulement » responsable du doublement de sa superficie) qui rompt avec l'harmonie des paysages naturels, c'est la sérénité qui règne dans les alentours. On ne croise pas une seule personne plusieurs heures durant, et les seuls bruits qui viennent interférer avec le calme ambiant sont les sifflements des marmottes en alerte et les cris des isards et des mouflons farouches, tous effrayés par la présence d'étrangers.

lanoux2.jpg lanoux1.jpg

Une fois le Col de Coma d'Anyell (ou Coume D'Anyell) franchi, on descend l'autre versant en suivant le GR 10 et les multiples cours d'eau qui se jetteront dans l'Étang des Bésines quelques kilomètres plus loin. crocus.jpgIl y a là de nombreux endroits où passer une nuit agréable à l'abri du vent, bercé par le murmure léger et apaisant des eaux, le sol jonché d'innombrables crocus à demi-ouverts. On est tout de même rappelé à la dure réalité des nuits en montagne quand, sur les coups de 5 heures du matin, la température flirte avec le 0°C.
La seconde journée fut l'occasion de renouveler une expérience champi.jpgmalheureuse au refuge des Bésines (refuge fermé, compromettant le ravitaillement en eau ; lors de mon dernier passage, le gérant n'avait pas fait montre d'une très grande courtoisie à notre égard), rattrapée par la générosité des randonneurs qui suivirent. On redescend ensuite rapidement vers L'Hospitalet, en passant par l'Étang des Bésines qui fait pâle figure à côté du géant longé la veille, et en empruntant des sentiers escarpés, bordés de bouleaux mais assez fréquentés.

lundi 03 octobre 2011

Blackthorn, de Mateo Gil (2011)

blackthorn.jpg

Selon certains, il est déjà mort depuis plus de vingt ans. D'autres affirment qu'il ressuscite de temps à autre. Ce qui est sûr, c'est que de bons westerns éclosent régulièrement, dans un genre — plutôt atypique si l'on se réfère au western classique — qui n'a de cesse de se renouveler. Le western aurait-il encore son mot à dire ?
La réponse semble être oui. Les années 1990-2000 ont vu fleurir une myriade de westerns en tout genre : Dead Man (1995), There Will Be Blood (2007), L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford (2007), Appaloosa (2008), Le Bon, La Brute Et Le Cinglé (2008), et plus récemment True Grit (2010). Beaucoup d'autres s'y sont essayés, avec plus ou moins de succès...

Blackthorn fait chateau_eau.jpgassurément partie des réussites, en reprenant le mythe de Butch Cassidy là où George Roy Hill l'avait laissé en 1969. À l'époque, Paul Newman et Robert Redford avaient enfilé les habits de Butch et Sundance Kid pour finir en Bolivie, où ils se seraient fait tuer en 1908 (1). La version espagnole prolonge le mythe et dépeint un Butch Cassidy reconverti en éleveur de chevaux, caché depuis vingt ans sous le nom de James Blackthorn. C'est au crépuscule de sa vie qu'il décide de retourner aux États-Unis, rongé par ses souvenirs et par l'existence de ce fils qu'il n'a jamais connu (ou peut-être est-ce celui du Kid ?). Sauf qu'ici, le Kid appartient au passé ; il est habilement « remplacé » par Eduardo, un jeune ingénieur qui aurait dérobé une grosse somme d'argent au magnat local, un riche propriétaire minier. Cette fois-ci, dans le rôle de Butch : Sam Shepard, parfait en cowboy épris de liberté, fatigué mais alerte, la barbe épaisse et grisonnante, le visage buriné par le soleil.
On peut cependant déplorer la présence de ces flash-back incessants, mielleux et un brin poussifs, assénés assez maladroitement tout au long du film, même si la classique confrontation présent / passé reste primordiale dans le film. Autre imperfection : le rythme du récit. Si la première moitié progresse à une allure folle, la seconde s'autorise des lenteurs savoureuses et nous laisse contempler des paysages grandioses qui semblent taillés sur mesure, comme ce saisissant désert de sel (le Salar de Uyuni, un lac salé asséché à 3500 mètres d'altitude). Mais cela n'empêche pas le réalisateur espagnol d'agrémenter le récit de scènes plutôt déroutantes, à l'image de cet ancien détective désabusé dont on suit les déboires (interprété par Stephen Rea, décidément à l'aise dans le rôle du flic marginalisé, cf. son rôle dans V pour Vendetta) et qui semble avoir perdu pied dans ce monde où les valeurs d'autrefois ont disparu.

Comme dans le western des frères Cohen, on voyage paisiblement avec les personnages, ici à travers la Bolivie, ses déserts, ses montagnes et ses vallées à perte de vue. Mateo Gil a su magnifier ces paysages grâce à une photographie particulièrement soignée ; on sort du film avec en tête des images de toute beauté, sur le rythme entêtant de chants traditionnels dont nous gratifie Sam Shepard et son banjo.
Mais surtout, on garde en bouche cette note amère et langoureuse : le temps passe et nous file entre les doigts, sans pouvoir l'infléchir de quelque manière que ce soit. Un constat qui prend tout son sens lors du dénouement, via cette parabole qui évoque une bien triste réalité : hier, on pillait les banques ; aujourd'hui, on vole les peuples.

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(1) Dans le Butch Cassidy et le Kid de 1968, on les avait quittés dans un ultime plan, un arrêt sur image, où Newman et Redford sortent de la banque, toutes armes dehors, face à l'armée bolivienne.