jeudi 10 août 2017

South, de Frank Hurley (1919)

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L'odyssée des pôles et la beauté des échecs

South, à travers l'objectif de l'aventurier et photographe australien Frank Hurley, raconte l'expédition britannique Endurance qui emmena 30 hommes et 70 chiens depuis la Géorgie du Sud et les Îles Sandwich du Sud en direction du Pôle Sud, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce fut un immense échec : pris au piège de la glace et des nombreux imprévus, la mission durera près de trois ans pour certains membres de l'équipage, de 1914 à 1917. Mais il semble bien difficile de trouver dans l'histoire des expéditions un échec aussi magnifique.

Le schéma suivant, comportant les données cartographiques actuelles dont ne bénéficiait évidemment pas l'expédition à l'époque, résume le périple (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

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Deux choses vraiment incroyables, en ce début de 20ème siècle :

- Tous, absolument tous les membres d'Endurance survécurent. Ils étaient largement sous-équipés, sans ravitaillement extérieur, sans GPS, sans source alternative d'énergie. Après quelques mois de traversée sur les eaux gelées, leur bateau finira bloqué pendant neuf longs mois, prisonnier de la glace, comme incrusté dans une roche glaciale, avant d'être définitivement détruit sous la pression des glaciers en formation puis abandonné. Les membres de l'expédition survécurent pendant 22 mois par des températures atteignant les -45°C. Une mission de secours, montée par le chef de l'expédition Ernest Shackleton et cinq de ses hommes partis de l'épave en direction de la Géorgie du Sud, leur point de départ, pour y trouver de l'aide, mettra deux ans avant de les retrouver. Encore une fois, car il faut bien le répéter plusieurs fois pour l'assimiler : tous survécurent.

- De manière plus anecdotique, les pellicules de Frank Hurley survécurent elles aussi à la catastrophe. En soi, les images sont déjà extraordinaires et constituent un matériau documentaire d'exception (à titre de comparaison, Nanouk l'esquimau racontant l'expédition de Robert Flaherty dans la baie de Hudson, sortira 3 ans plus tard). Mais à la lumière des péripéties que l'équipage et donc les bobines du film ont endurées, entre l'hiver polaire, la catastrophe du bateau et la mission de secours, le fait qu'elles soient revenues intactes — ou du moins exploitables — en Grande-Bretagne relève presque du miracle.

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Ernest Shackleton et son équipage ne furent cependant pas les premiers à fouler les terres antarctiques. En décembre 1911 déjà, les membres de l'expédition norvégienne conduite par Roald Amundsen atteignaient le Pôle Sud. C'était l'époque de la course à l'exploration : une équipe concurrente composées de cinq Britanniques, au sein de l'expédition Terra Nova commandée par l'officier de la Royal Navy Robert Falcon Scott, y arrivèrent un mois plus tard en janvier 1912. Mais cette expédition-là sera entièrement anéantie par la faim et le froid lors du trajet retour : voilà l'expression de la beauté des échecs britanniques par excellence. C'est donc au cœur de cette dynamique de l'exploration qu'Ernest Shackleton conduisit une expédition avec pour objectif la traversée du continent antarctique en 1914 : 11 mois plus tard, le cauchemar britannique se reproduisit tandis que la banquise s'emparait de leur bateau quelque part dans la mer de Weddell.

Les encarts initiaux insistent sur la dimension héroïque de cette bataille pour la survie en ces terres hostiles et gelées, ainsi que sur le contexte géopolitique très particulier de l'expédition, alors que l'Empire britannique déclarait la guerre à l'Allemagne en août 1914. Les membres de l'expédition, comme tous leurs compatriotes, pensaient que la guerre serait terminée rapidement, avant la fin de l'année : à leur retour en Europe en 1917, les tranchées seront toujours actives et les rapports de force auront radicalement changé.

Frank Hurley documente énormément la lente destruction du bateau pris dans la glace, en dépit des nombreuses tentatives de l'en sauver. L'équipage se retrouva ainsi coincé à une centaine de kilomètres de la côte antarctique, prisonnier d'un hiver plus rigoureux que la moyenne, sur une plaque de glace à la dérive pendant neuf mois. Alors que l'amertume devait gagner Shackleton, l'échec cuisant signant sans doute la fin de sa carrière d'explorateur, Hurley filme les membres de l'expédition qui s'activent autour de l'épave, évacuant les chiens et construisant des piliers de glace comme repères dans le blizzard. Surtout, il prend quelques clichés spectaculaires du bateau, de nuit, éclairé par une vingtaine d'ampoules d'appoint faisant ressortir la surface gelée de tous les cordages et tous les mâts : un véritable vaisseau fantôme. La taille ridicule de l'expédition, une vingtaine d'hommes, saute alors aux yeux.

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Une fois la mission de sauvetage initiée, ce passage en canot de sauvetage sur une distance de plus de 1000 kilomètres n'étant bien évidemment pas filmé (long de quelques mètres, on imagine qu'il n'y avait guère de place pour une caméra, pas plus que de ressources psychologiques pour filmer : cette absence d'images, bien qu'elle soit compréhensible, n'en est pas moins frustrante), South vire étonnamment au reportage animalier dans les environs de l'île de Géorgie du Sud. Le film avait déjà fait la part belle aux chiens de traineau dans la première partie, images essentielles au succès commercial semble-t-il, mais on imagine bien que si l'on n'entend plus parler de tous ces animaux à partir d'un certain moment, c'est bien tristement qu'il a fallu les abattre quand la phase de survie fût engagée.

La fin du documentaire se tourne ainsi vers la faune essentiellement constituée de manchots (comparés par les auteurs, dans les intertitres, à des sosies de Charlie Chaplin... drôle d'instant à la limite du sarcasme) et d'éléphants de mer, filmés très (trop) longuement sous toutes les coutures. Les auteurs de mentionner "these pictures were obtained with a good deal of time and effort"... Bel euphémisme.

Le Norvégien Amundsen, premier homme à avoir foulé le Pôle Sud à la barbe des Anglais, aurait déclaré "never underestimate the British habit of dying. The glory of self-sacrifice, the blessing of failure". L'épopée de l'Endurance fut en effet un magnifique échec. Mais l'histoire de ces hommes prisonniers de la glace pendant près de deux ans, présumés morts avant que les secours ne les retrouvent au cours d'une mission de la dernière chance initiée par Shackleton, force le respect. Les images que Hurley en a tirées sont d'une beauté incroyable et témoignent un état d'esprit d'aventuriers et d'explorateurs polaires qui restera gravé dans l'histoire, au passé. C'est la beauté des découvertes de terres inexplorées alliée aux dangers de ces expéditions vers le Pôle Sud virant à la survie, à une époque où le Pôle Nord commençait déjà à être balisé par des explorateurs comme Frederick Cook et Robert Peary.

Frank Hurley était occupé par un travail documentaire au fin fond de l'Australie quand il eu vent de l'expédition en cours d'élaboration par Shackleton. Il n'hésita pas une seconde. Il devint ensuite photographe de guerre durant la Seconde Guerre mondiale et en Palestine. Ernest Shackleton s'embarqua par la suite dans une nouvelle expédition vers le Pôle Sud au cours de laquelle il mourut. Il fut enterré en Géorgie du Sud et sa mort signa la fin de la fièvre des explorations polaires.

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Le photographe Frank Hurley et l'aventurier Ernest Shackleton.

jeudi 03 août 2017

Born Bad, Volume 4 (1989)

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Beaucoup moins Garage, et un peu plus de morceaux instrumentaux que les trois volumes précédents... Un cran en-dessous, clairement.

Richard Berry - Louie Louie https://www.youtube.com/watch?v=z-2CKsaq5r8
Nat Couty - Woodpecker Rock https://www.youtube.com/watch?v=0-vaos88ICs
Shorty Long - Devil With the Blue Dress https://www.youtube.com/watch?v=jaZ3pxgvfhY
The Rumblers - Boss https://www.youtube.com/watch?v=VsDEw4O9J8I
The Standells - Barracuda https://www.youtube.com/watch?v=AvluZro-esA
The Shades - Strollin´ After Dark https://www.youtube.com/watch?v=l_FYKsbZhP4
(l'introduction rappelle "I was a teenage werewolf" des Cramps : https://www.youtube.com/watch?v=1vzkYARhWjw)
Buddy Love - Heartbreak Hotel https://www.youtube.com/watch?v=lEbcoAeRqjA

Et pour l'anecdote... Alf Newman - It´s a Gas https://www.youtube.com/watch?v=5J-LvMxKvFY

mercredi 02 août 2017

Divorce à l'italienne, de Pietro Germi (1961)

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Ode au divorce

Divorce à l'italienne est un pur plaisir, concentré en 1h45, à mon sens articulé selon trois axes principaux. Le talent constant avec lequel ils sont respectivement traités explique sans doute l'étendue de la réussite :
- La comédie à l'italienne (dont le présent film est à n'en pas douter un jalon, un archétype), dynamique et cinglante, sans temps mort.
- La mise en scène, avec une gestion des images et des sons extrêmement soignée, au service du récit comique (un exemple parmi des dizaines, la voix off qui se fait couper la parole pour rentrer dans le droit chemin alors qu'elle se perdait dans des élucubrations existentielles), dans une symphonie parfaitement maîtrisée.
- Le contenu terriblement en phase avec son époque, nous rappelant, en 2017, que le divorce ne fut autorisé en Italie que suite au référendum de 1974. Pendant de nombreuses années, certaines dispositions juridiques existaient concernant les "crimes d’honneur", permettant à l'époux trompé de tuer la femme infidèle (ou supposée comme telle...) et de ne subir en conséquence qu’une peine légère. Ces petits aménagements judiciaires furent abrogés en 1981.

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Un constat s'impose dès les premières séquences : Marcello Mastroianni tient une immense partie du film sur ses épaules, c'est l'exemple-type du personnage-charpente, artisan de la réussite ou responsable de l'échec selon les cas. Cet acteur est incroyable, sa première apparition délectable. Une fine moustache, des cheveux gominés, un fume-cigarette et un tic buccal comme gimmick tenace : le portrait en lui-même fait mourir de rire dès qu'on l'aperçoit dans le train. Tout le film s'articule autour de son désamour pour sa femme (qui excelle dans l'insupportable, soit dit en passant) et de son désir pour sa jeune cousine Angela, les deux sentiments évoluant en parfaite opposition. L'amour qui enfle est un puissant attendrissement, tandis que le désamour qui enfle tout autant est le carburant du meurtre. Le divorce étant illégal, il met un place un stratagème abominable pour assassiner "légitimement" (comprendre dans un cadre législatif qui autorisait la clémence) sa femme en la jetant dans les bras d'un homme judicieusement choisi : c'est aussi moralement scandaleux qu'hilarant dans la satire sociale qui s'en dégage. La dénonciation teintée de cynisme ne fait aucun doute de la part de Pietro Germi.

Le film enchaîne les coups d'éclat avec une fluidité déconcertante. La scène où les amants s'enfuient alors que toute la ville est rassemblée pour regarder La Dolce Vita (sorti l'année précédente, avec le même acteur principal : Mastroianni dans le film regarde Mastroianni jouer dans le film projeté dans le film) est à se tordre de rire. L'hypocrisie de toute la société italienne est en outre étalée au grand jour, avec l'église et la mafia main dans la main pour couvrir les crimes censément passionnels et à ce titre "justifiés", ils sont les premiers à dénoncer le scandale du sulfureux Fellini (et de la non moins sulfureuse Anita Ekberg...) tout en se rinçant l'œil allégrement au passage.

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Pietro Germi disait lui-même "le mot divorce fait plisser le front des Italiens, comme le mot nègre pour les Américains, le mot colonie pour les Français ou le nom Staline pour les Russes. Chez nous, le mariage est indissoluble. Il est tabou, comme les fétiches pour les polynésiens." Le talent du cinéaste et des auteurs réside dans leur capacité à faire naître un sentiment minimal d'empathie pour le protagoniste, au-delà des aspects purement comiques (séquences à se tordre de rire où il imagine comment se débarrasser de sa femme, dans des sables mouvants, dans une fusée, victime d'une balle perdue, etc.), lui, le vil salaud aux plans machiavéliques qui n'aura même pas le dernier mot. Pas même sur un bateau de plaisance, dans un cadre idyllique : rien ne résiste à l'épreuve du mariage, semble nous dire Germi comme mot corrosif de la fin.

Cinq ans plus tard, il tournera Ces messieurs dames (Signore E Signori), encore plus brut, encore plus brutal.

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lundi 31 juillet 2017

Born Bad, Volume 3 (1986)

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Troisième fournée de Rockab et Garage. Pas mal de Surf aussi, du plus classique (The Trashmen) au plus étrange (The Frantics).

Jack Scott - The Way I Walk https://www.youtube.com/watch?v=OaoRmc2B4Tk
The Frantics - Werewolf https://www.youtube.com/watch?v=axOrB2zuyPs
Herbie Duncan - Hot Lips Baby https://www.youtube.com/watch?v=7VrGdnhFb5k
Andy Starr - Give Me a Woman https://www.youtube.com/watch?v=hJg8Wb-pv9Q
Jett Powers - Go Girl Go https://www.youtube.com/watch?v=dUpbcDAVzLo
Andre Williams - Jail Bait https://www.youtube.com/watch?v=XTNdcQaUIs0
Kip Tyler & The Flips - Jungle Hop https://www.youtube.com/watch?v=yKFOMjvd1qw
The Trashmen - Surfin' Bird https://www.youtube.com/watch?v=9Gc4QTqslN4
The Busters - Bust Out https://www.youtube.com/watch?v=p4ZOW5LZ3aI
The Rivingtons - The Bird's the Word https://www.youtube.com/watch?v=edYQiZxyw0I
The Riptides - Machine Gun https://www.youtube.com/watch?v=dxd1ImM4-tU

Les Contes de la lune vague après la pluie, de Kenji Mizoguchi (1953)

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L'art et l'oubli

Après l'heureuse découverte des Contes des chrysanthèmes tardifs et la redécouverte de Mizoguchi ainsi amorcée, il apparaît encore plus clairement que des films comme Cinq Femmes autour d'Utamaro ou encore Les Sœurs de Gion ne soient pas les meilleurs points d'entrée dans son œuvre. Non pas que ces morceaux-là soient foncièrement mauvais (cela dit, je ne pourrais pas affirmer le contraire non plus), mais il me semble que des films comme les deux précédemment cités gagneraient à être vus ou revus avec le recul offert par une connaissance minimale du réalisateur, de son style et de ses thématiques de prédilection. Avancer en terrain un tant soit peu connu pour être capable de mieux en cerner les enjeux, en quelque sorte.

En tous cas, plus on parcourt sa filmographie et plus son discours sur la condition de l'artiste apparaît clairement, dans toutes ses variations. De manière frontale, comme c'était le cas dans les Contes des chrysanthèmes tardifs (1939) avec une célébrité artistique entachée de népotisme, ou de manière beaucoup plus indirecte comme dans ces autres contes de 1953. Si le cœur du récit est dédié à l'état de guerre civile au 16ème siècle, les enjeux évoluent rapidement vers les trajectoires de deux couples perdus au milieu des batailles : d'un côté, un paysan miséreux aveuglé par le statut social que garantit l'ordre des samouraïs, et de l'autre, un artisan potier (c'est ici qu'on reconnaît la thématique "habituelle" de l'artiste chère à Mizoguchi) aveuglé par l'appât du gain généré par la vente de ses objets en temps de guerre. Dans chacun des deux cas, les hommes sont épaulés par des femmes en retrait mais d'une importance capitale, des femmes-sacrifices, aimantes, soutiens solides autant que victimes collatérales de la folie de leurs maris.

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Si c'est bien la guerre elle-même, à travers le chaos qu'elle suscite, qui déclenchera le début du mouvement de perdition des deux hommes, elle constitue assez vite une toile de fond sur laquelle Les Contes de la lune vague après la pluie vient se focaliser pour dépeindre chacune des deux trajectoires.

Genjuro, le potier parti en ville pour vendre sa production, finira charmé et envoûté par Dame Wakasa dont la première apparition, spectrale, est renforcée par un puissant contraste de noir et blanc : le blanc de sa tenue est éclatant, comme le seraient les tissus dans lesquels s'enveloppent les fantômes, et contraste avec le noir de la foule anonyme au marché. Le film emprunte d'ailleurs un sentier explicitement fantastique lors de la séquence en barque, au milieu d'un étang sur lequel flotte un voile brumeux très symbolique et duquel émergera un esquif funèbre. Séquence magnifique, évidemment, aux portes de l'onirisme après les adieux à sa femme et à son enfant. L'illusion, autant que la désillusion, sera aussi totale que fatale.

Tobei, la paysan, empruntera un chemin semblable en direction d'un autre rêve, celui de devenir samouraï, lui permettant ainsi d'arborer une armure scintillante sur son destrier aussi fier que lui. La route vers cet idéal sera plus dure, plus cruelle que celle de Genjuro, mais elle n'en sera pas moins trompeuse, sertie de leurres et de désillusions multiples. Comme son ancien voisin avec son art, il aura fait passer son ambition avant sa femme et son fils, nourrissant un puissant antagonisme au sein du couple.

Tout comme l'art et les contraintes que sa pratique sérieuse impose, la femme semble occuper une place centrale chez Mizogushi, d'une importance également supérieure. L'homme comme la femme souffrent de nombreuses faiblesses mais ce sont toujours ces dernières qui en paient le prix fort, celui de l'oubli.

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jeudi 27 juillet 2017

Born Bad, Volume 2 (1986)

Et la pluie de pépites Garage et Rockabilly continue... C'est l'extase. Aujourd'hui, le volume 2 (sur 8) de la compilation Born Bad.

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Ma playlist :

Little Willie John - Fever https://www.youtube.com/watch?v=y27vBA68Zyk
(et la version des Cramps : https://www.youtube.com/watch?v=WQ0FJmh8hxM)
Charlie Feathers - I Can't Hardly Stand It https://www.youtube.com/watch?v=QX3UEGFrINI
(et la version des Cramps : https://www.youtube.com/watch?v=PTXrxW7-Ons)
Dave 'Diddle' Day - Blue Moon Baby https://www.youtube.com/watch?v=V2y-G7iC9XI
Dale Hawkins - Tornado https://www.youtube.com/watch?v=80MTjwxiGOY
Hasil Adkins - She Said https://www.youtube.com/watch?v=sLka7gxpivw
(et la version des Cramps : https://www.youtube.com/watch?v=_R9-84SmsRw)
Ricky Nelson - Lonesome Town https://www.youtube.com/watch?v=mVvIfoNBY3w
The Phantom - Love Me https://www.youtube.com/watch?v=8zgsIdMa8qA
Kasenetz - Katz Super Circus - Quick Joey Small https://www.youtube.com/watch?v=ShJ2TzQmvp0
Tommy James & The Shondells - Hanky Panky https://www.youtube.com/watch?v=bsgKZb9jQ1s
Jimmy Lloyd - Rocket In My Pocket https://www.youtube.com/watch?v=VlLXZ7FXBOQ

mardi 25 juillet 2017

Le Trésor de la Sierra Madre, de John Huston (1948)

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Reflets d'or balayés par le vent

Le film de John Huston, avec un titre aussi évocateur et une renommée presque pesante, avec le temps qui passe et qui laisse infuser ces sensations dans la partie cinéphile de l'inconscient, conduit de manière presque obligatoire à construire des attentes sous diverses formes — des attentes qui en général enflent avec le temps et sont susceptibles voire vouées à être déçues, d'une manière ou d'une autre. Mais rien de tout cela ici. Le Trésor de la Sierra Madre emprunte des directions vraiment étonnantes, agréable mélange des genres à la croisée du western et du film d'aventures, avec une histoire originale autour des orpailleurs et un trio de portraits extrêmement soignés. Il m'en aura fallu, du temps, et le chemin aura été long, sinueux, et semé d'embûches, mais après Gens de Dublin, Le Faucon maltais ou encore À nous la victoire, le voilà le film signé John Huston que j'apprécie directement et sans réserve.

Le Trésor de la Sierra Madre, au-delà de son titre relativement explicite, est une magnifique peinture de l'échec, à des degrés divers, au terme d'un long cheminement jalonné par de multiples épreuves et autant d'enseignements. Dans son dépaysement lié aux décors naturels sud-américains, le film en rappelle un autre sorti quelques années plus tard, Le Salaire de la peur de Clouzot (1953), avec un petit groupe d'européens attirés par l'appât du gain sous de telles latitudes. Mais ici, dans le cadre des années 20 et des mirages dorés véhiculés par les montagnes mexicaines, dans la logique des genres multiples, le destin des trois protagonistes prend tour à tour la forme du conte moral, de la tragédie et de la farce. Trois personnages qui incarnent trois visions bien différentes de l'aventure, aussi : il n'en retireront pas du tout la même chose.

Évacuons d'abord le conte moral, bien présent à travers le sort réservé à Humphrey Bogart (aka Fred C. Dobbs), victime évidente de ses vices apparents même si l'illustration se fait en dehors de toute lourdeur démonstrative. Un personnage tout à fait secondaire au moment de son intervention, Howard (génialissime Walter Huston, le propre père de John Huston), annoncera cette sentence au tout début du film, comme une prophétie : la ruée vers l'or finit toujours par gangréner la santé mentale des apprentis aventuriers. Mais le précieux métal n'aura une influence notable et irréversible que sur l'un des trois personnages principaux, Dobbs, et accompagnera son évolution psychologique jusqu'à la folie.

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La tragédie, ensuite, où le film surprend par ses accès de violence subite au sein d'un récit que l'on aurait pu croire inoffensif. Les menaces des bandits sont sérieuses et coûteront la vie à Cody dans un premier temps, par la poudre, redéfinissant les rapports du groupe, avant de s'abattre sur Dobbs à coups de machette. La pression qu'exercent les rochers dorés sur l'équilibre des relations entre les trois chercheurs d'or est soigneusement introduite, sans hâte, en prenant le temps de décrire son immixtion.

Et enfin la farce, avec les premières suspicions au sein du groupe, alors qu'ils sont prêts à dormir dans leur tente, déclenchant une série de rondes nocturnes assez comiques : la méfiance des uns (principalement celle de Dobbs, évidemment, et Bogart surprend vraiment à ce titre, dans ce rôle de parano, tour à tour menaçant et attachant) alimente celle des autres dans une boucle infinie. Mais c'est surtout ce superbe fou rire final de plus d'une minute : "Oh, laugh, Curtin, old boy, it's a great joke played on us by the Lord, or fate, or nature, whatever you prefer but whoever or whatever played it certainly had a sense of humor. The gold has gone back to where we found it. This is worth 10 months of suffering and labor, this joke is." Quand Howard lâche cette tirade entre deux immenses éclats de rire, il est bien difficile de ne pas en faire autant. L'ironie de la situation déclenche un rire salvateur, après deux heures de tension, alors que la poudre dorée durement acquise finit balayée par le vent comme une vulgaire poussière. On réalise alors la valeur d'une telle expérience pour le troisième personnage, Curtin (Tim Holt), à mi-chemin entre l'apprentissage accéléré et la transmission quasiment filiale.

La fuite en avant qui accompagne le pur attrait du gain, l'étape nécessaire pour la réalisation réfléchie d'un projet, et la simple raison de vivre de l'aventurier : les trois personnages offrent à travers leur rapport à l'or et à sa quête un spectre très large d'interprétations, très éloignées des canons habituels du genre. Mais c'est le personnage de Howard (interprété par Walter Huston, encore une fois, le père du réalisateur : cette configuration ne doit pas être totalement étrangère à la réussite du film) qui reste le plus savoureux. Son attitude terriblement naturelle est excellente, impressionnante même, que ce soit en tant qu'expert en localisation des précieux filons ou confortablement allongé dans un hamac, dans un état de jouissance apaisée et de joie de vivre communicative. Son éclat de rire final est une vraie perle.

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