mardi 29 janvier 2013

The Black Keys

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Les Black Keys : Dan (guitare et chant) et Pat (batterie).

Découverts sur le tard, à l'aube de leur septième et (pour l'instant) dernier album El Camino, les Black Keys occupent une place de choix au panthéon du Rock contemporain. L'énergie dégagée par le duo Dan Auerbach / Patrick Carney et leur sens du rythme sans pitié pour nos pieds sont tels qu'il est difficile d'admettre, aujourd'hui, qu'on ait pu passer toutes ces années sans les avoir vraiment écoutés. Une raison à cela : la qualité du dernier album en date, sorti fin 2011, qui surclasse tous les autres.

Mais tout d'abord, con-tex-tu-a-li-sons. On aurait tôt fait de comparer ce groupe aux Kills (premier album) ou aux White Stripes (période 1999-2003), un autre duo guitare-chant + batterie revenu aux sources du Rock, notamment dans leur premier album éponyme The White Stripes aux accents garage et punk minimaliste. Mais une comparaison plus avisée — et moins pop rock, moins médiatique — serait déjà de les ranger aux côtés des Gories (voir la chronique dédiée aux Gories), le groupe de Garage Rock mené par Mick Collins qui excellait dans la maîtrise du rythme et dans la profusion de riffs acérés dès la fin des années 1980. On remarquera que cette formation, elle aussi à effectif réduit, ne comptait que trois membres. Notons enfin l'absence de basse pour les enregistrements studio de ces quatre groupes (1).


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Premier et dernier albums.

Entre 2002 et 2011, les Black Keys ont enfanté 7 albums, oscillant entre le Heavy Blues des débuts (The Big Come Up), le Blues Rock de l'entre-deux (Rubber Factory et Attack & Release par exemple) et le Rock'n'roll parfois sauvage des deux derniers (Brothers et surtout, donc, l'excellent El Camino). Partis du label indépendant Alive Records, spécialisé en musique underground et fondé par le Français Patrick Boissel, ce n'est qu'en 2003 qu'ils rencontreront le succès mondial avec l'album Thickfreakness, paru sur le label de blues Fat Possum Records. The Black Keys fait partie de ces groupes qui ont su bâtir, pierre après pierre, album après album, un édifice solide dont les derniers éléments viennent consacrer leur talent. Il y a d'un côté Dan Auerbach, cet enfant anachronique amoureux du blues le plus brut, aussi enflammé que décharné, le cerveau du groupe. De l'autre, Pat Carney, autodidacte des fûts et chef d'orchestre à l'origine de ce rythme endiablé. Tous deux ont enrichi leur palette sonore pour El Camino, tout en revenant à un Rock'n'roll plus essentiel, sobre et lumineux, comme millésimé, tranchant de manière radicale avec leur album précédent, Brother, trop produit à leur goût et trop difficile à reproduire sur scène, en petit comité.

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Les Black Keys, à leurs débuts.black_keys_2.jpg

À côté de ça, on peut trouver quelques reprises bien senties, comme She Said, She Said des Beatles, sur The Big Come Up, ou Have Love Will Travel sur l'album Thickfreakness, titre écrit en 1959 par Richard Berry (pas l'acteur français hein, il n'avait que 9 ans) et dont l'interprétation la plus connue et la plus réussie reste celle des Sonics, en 1965.

Les Black Keys sont par ailleurs les rois du clip humoristique, avec pour principe une idée géniale et un budget minimal. Que ce soit la dispute amoureuse de Tighten Up (lien vidéo, 27 millions de vues sur Youtube), la performance dansée de Lonely Boy (lien vidéo, 20 millions), le sérieux des extraits de concert de Gold On The Ceiling (lien vidéo, 10 millions), les filles en bikini de Next Girl (lien vidéo, 9 millions), ou encore la fausse bande-annonce de Howlin' for you (lien vidéo, 7 millions), ils savent faire mouche à chaque coup. À noter un second clip pour le morceau Gold On The Ceiling, quasi inconnu, et plutôt... étrange : c'est ici. Pour le plaisir des oreilles, voici une version live de Little Black Submarines, extrait du dernier album El Camino. Une attaque acoustique, tout en douceur, suivie à mi-parcours d'une explosion électrique parfaitement maîtrisée.

Oh, can it be
The voices calling me
They get lost and out of time
I should've seen it glow
But everybody knows
That a broken heart is blind
That a broken heart is blind

En enregistrant El Camino, justement, Dan et Pat écoutaient en boucle les Clash et les Cramps (lire le billet sur les Cramps) : du très bon Rock'n'roll et ses variantes. Et autant dire que ça s'entend clairement, leur musique respirant autant la jouissance de l'instant que le respect stimulant du passé. D'ailleurs, après avoir décortiqué leurs albums préférés, ils étaient un jour arrivés à cette conclusion : le disque parfait doit contenir onze chansons et durer entre trente-sept et trente-neuf minutes, soit le format et la durée exacts d'El Camino, entre autres. « Tout disque de blues ou de rock'n'roll postérieur à 1972 me donne la nausée », affirmait récemment Dan Auerbach. Autant dire qu'ils avaient intérêt à assurer... Voilà qui est fait.

(1) Conscient du conflit d'intérêt dans lequel je nage, je m'abstiendrai de commenter l'absence de basse. Disons simplement que ces petits malins s'en sortent bien sans... en studio. En concert, ils sont accompagnés de Gus Seyffert (basse et voie) et de John Wood (claviers, guitare, chœurs, percussion). (retour)

jeudi 24 janvier 2013

Sous-surveillance : un projet du collectif Rebellyon

Surveiller ceux qui nous surveillent : voilà ce que propose depuis fin 2012 Rebellyon, un collectif lyonnais composé de bénévoles et de militants autonomes. Défiant la politique du « Big Brother is watching you », le groupe s'est mis en tête de créer une base de données nationale sur la vidéosurveillance en France. Leur site (lien) se base avant tout sur des données publiques, publiées par exemple par les municipalités, que chacun peut compléter et affiner dans une logique collaborative, preuve à l'appui. Toutes les caméras, privées comme publiques, sont localisées avec précision et disposent d'une fiche technique.

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Pour Toulouse, c'est ici : toulouse.sous-surveillance.net.
Pour Paris, c'est là : paris.sous-surveillance.net.
Pour Lyon, c'est ça : lyon.sous-surveillance.net.
Je vous laisse deviner le reste...

Je retranscris ci-dessous la présentation du projet par ses instigateurs, que l'on peut trouver sur le site http://sous-surveillance.net.

Dans les rues, dans les transports en commun, devant les commerces et les écoles... Les caméras se multiplient ! La vidéo-surveillance enregistre nos faits et gestes au quotidien, alors que les dispositifs de contrôle ne cessent de s’intensifier et de se perfectionner. Dans ce contexte, "Sous-surveillance.net" propose un outil de lutte. Ce projet permet à chaque ville de se doter facilement d’un site local de cartographie des caméras, publiques comme privées, qui filment l’espace public.

Cette cartographie est participative, collaborative et accessible au plus grand nombre. Elle permet de rendre visible la prolifération des caméras tout en collectant un maximum d’informations les concernant. Dès maintenant, chacun et chacune peut s’approprier le site, lutter, agir, participer, partager ses idées, informer, consulter la revue de presse et se réapproprier l’espace urbain !

Lyon, Bourges, Marseille, Paris, Toulouse, Angers, Clermont-Ferrand, Rennes, Dijon, Luxembourg… ont déjà lancé leur site ou préparent son lancement. Si un site existe déjà dans votre ville, participez à la cartographie ou, mieux, rejoignez son collectif ! Sinon, pour ouvrir un site dans votre ville, contactez-nous ! À vous de jouer pour déjouer la surveillance !

Présentation du projet sous-surveillance (lien)

dimanche 20 janvier 2013

Le Grand Retournement, de Gérard Mordillat (2013)

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Projeté mardi dernier en avant-première à l'Utopia de Toulouse, le dernier film de Gérard Mordillat sortira dans toutes les bonnes salles le mercredi 23 janvier 2013. Et autant le dire d'emblée : Le Grand retournement est une vraie réussite, une de ces œuvres exigeantes de prime abord, mais qui peu à peu se laissent apprivoiser et qui finissent par nous émerveiller.

On dun_retournement_lautre.jpgest tout d'abord surpris, peut-être dérouté par ce film qui allie la rigueur du fond (la crise économique, racontée avec minutie et sans ambages) à la grâce de la forme (le théâtre, la poésie, et ces alexandrins qui virevoltent pendant 80 minutes). Il ne s'agit pas d'une pièce de théâtre filmée, pas plus que d'un film au sens classique, puisque le scénario est adapté du livre — en quatre actes, et en alexandrins — de Frédéric Lordon, D'un Retournement l'autre, sous-titrée « Comédie sérieuse sur la crise financière. » Rappelons que Lordon est un économiste hétédoxe, directeur de recherche au CNRS, collaborateur du Monde diplomatique et membre du collectif des « Économistes atterrés. »
Plus qu'une simple version cinématographique, on savoure une composition protéiforme, harmonieuse, tirant pleinement profit de cette dualité théâtre / cinéma et mêlant le vocabulaire du capitalisme aux formules élégantes du théâtre classique. Car Gérard Mordillat n'est pas un illustre inconnu (quel bel oxymore) : auteur de nombreux romans, films et autres documentaires, il a notamment signé en 2010, pour la télévision, l'adaptation de son livre Les Vivants et les Morts sur la condition humaine et le monde ouvrier. Avec Jérôme Prieur, il a également réalisé une série documentaire consacrée à l'histoire du christianisme. Enfin, grand amoureux du verbe, il a publié en 2011 un recueil de poèmes intitulé Le Linceul du vieux monde (chez Le Temps qu’il fait).

Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt, à notre crise économique, un thème à caractère hautement répulsif... "Crise" et "Économie" : voilà deux mots que beaucoup fuient. L'abstraction est telle qu'aujourd'hui, on n'en entend presque plus parler de cette « crise sans précédent » qui ébranla les fondements du capitalisme mondialisé. mordillat.jpgCertes, ses conséquences se rappellent à nous de manière brutale dans les JT et dans les journaux, avec ces répercussions dramatiques en termes de délocalisations (inévitables, forcément), ce « coût du travail » (comprendre : salaires) qu'il faut baisser, et ces « charges » (comprendre : cotisations) sociales qu'il faut diminuer. Mais l'essence même de cette crise, ce qui lui donne cette saveur particulièrement amère, est tue. Sciemment. Son origine profonde est enfouie sous les décombres d'un système qui déjà renaît de ses cendres. Souvent, on la retrouve tapie dans l'ombre d'un langage abscons ; et quand elle est évoquée sans détour, beaucoup voudraient la cantonner aux délires d'une poignée de traders cupides ou à l'épisode américain des subprimes — qui, soit dit en passant, est en train de se réincarner aux États-Unis dans les emprunts étudiants. C'est là qu'intervient le film de Gérard Mordillat.

On avait adoré Les Nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (lire le billet à ce sujet, rédigé il y a déjà un an) qui dénonçait avec humour et talent l'emprise de l'empire médiatique sur l'opinion publique. Dans sa droite lignée, Le Grand retournement procure la même jubilation, doublée du même effroi, sur un sujet voisin. Petit retour en arrière...
C'est la crise ! Nous sommes en 2007-2008 : la bourse s'effondre, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort et enterré, l'économie est à l'agonie. Ne parlons même pas du taux du livret A... Pour se sortir de ce pétrin incommensurable (pour ne pas dire : de ce gigantesque merdier), les banques ont une idée de génie : faire appel à celui pour qui elles ont toujours ressenti le plus grand mépris, celui qui subitement incarnera le saint sauveur. En un mot comme en cent : l'État. Les citoyens du monde entier paieront pour que le système perdure. L'ont-il voulu ? Le leur a-t-on seulement demandé ? Ceci ne semble pas faire partie de leurs prérogatives... De toute façon, tout le monde le sait, « c'est ça ou la nationalisation » — aussi connue sous les dénominations suivantes : théorie cryptocommuniste, œuvre du diable, dessein lénino-trotskyste, généralisation des kolkhozes, goulag institutionnalisé, etc. La conclusion, si tant est qu'il y ait eu le moindre début de raisonnement, est simplement thatchérienne : « There is no alternative » (TINA).

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Les banquiers : Jacques Weber, Jacques Pater, Franck De La Personne et Jean-Damien Barbin.

ACTE III, scène 2
Le bureau du président de la République, les banquiers — tout juste rescapés du désastre par l’intervention de l’État. Et au milieu d’eux un conseiller un peu particulier, voix improbable de la critique du système au cœur du système.

Le banquier

Monsieur le Président, votre haut patronage
Nous offre l’occasion de multiples hommages.
A votre action d’abord qui fut incomparable
Et victorieusement éloigna l’innommable.
Mais à votre sagesse nous devons tout autant
La grâce que nous vaut le parfait agrément
De vous entretenir et d’avoir votre oreille,
Pour éloigner de vous tous les mauvais conseils.

Le quatrième banquier

Nous savons le courroux qui saisit l’opinion,
Tout ce que s’y fermente, toute l’agitation.
Nous entendons la rue rougeoyant comme forge
Vouloir nous châtier, nous faire rendre gorge.
Le peuple est ignorant, livré aux démagogues,
Outrance et déraison sont ses violentes drogues.
Il n’est que passion brute, impulsion sans contrôle,
Un bloc d’emportement, et de fureur un môle.

Le troisième banquier

Mais nous craignons surtout que des opportunistes,
Sans vergogne excitant la fibre populiste,
Propagent leurs idées, infestent les esprits.
Ils ne nous veulent plus que raides et occis.
Même les modérés sont assez dangereux.
Incontestablement ils semblent moins hargneux,
Et s’ils n’ont nul projet de nous éradiquer,
Ils ne veulent pas moins nous faire réguler...


Extrait du livre de Frédéric Lordon, D'un retournement l'autre, Seuil, Paris, 2011.

Selon Mordillat, il faut se réapproprier le débat par les mots et chasser cette novlangue omniprésente, créée de toute pièce et alimentée par des économistes de garde, qui a pénétré les mentalités. Et l'écriture en alexandrins est là pour nous le rappeler, avec ces sonorités et ce rythme qui magnifient le propos et qui rendent l'histoire incroyablement limpide. Le Grand retournement, plus qu'une simple explication de texte sur la crise, donne à penser que l'ensemble est beaucoup plus simple qu'il n'y paraît. Là où le roman de DeLillo conférait à Cosmopolis (le film de David Cronenberg chroniqué ici) une très forte symbolique, le livre de Lordon, avec son discours empreint d'ironie, donne naissance à une œuvre multiple, à mi-chemin entre la tragédie de Racine et la comédie de Molière (les références sont avouées). On serait même tenté de voir dans le personnage du président de la République (Élie Triffault) l'incarnation assez inspirée d'un Hamlet tout droit sorti de la pièce de Shakespeare, qui aurait troqué le fameux crâne de Yorick contre une Nintendo DS...

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Les conseillers : François Morel et Benjamin Wangermee .

Si les décors jouent ici un rôle primordial, au même titre que les personnages, c'est à ses derniers que revient le mérite de nous immerger dans cette atmosphère peu amène. Ils sont interprétés par des acteurs qui ont tous grandi sur les planches et chez qui le maniement du ver semble être un art ancestral, de François Morel (le premier conseiller) à Édouard Baer (le trader) en passant par Patrick Mille (le nouveau deuxième conseiller) et Odile Conseil (la grande journaliste). Les plans serrés sur les visages grossiers des banquiers (incarnés par Jacques Weber, Franck De La Personne, Jacques Pater et Jean-Damien Barbin) donnent des images hideuses à souhait, pleines de boursouflures, de rires sardoniques et de doubles mentons. La séquence où ils rivalisent d'habileté dans la surenchère, pour convaincre le président de les sauver de la banqueroute, en s'exprimant dans un jargon ésotérique à l'oral comme à l'écrit (il faut les voir s'exciter avec leurs graphiques et leurs formules mathématiques stériles), atteint des sommets. La conclusion est quant à elle sans équivoque, et fut réaffirmée par Gérard Mordillat lors du débat qui suivit la projection : c'est aux citoyens, et à eux seuls, que revient la responsabilité et le devoir de cette « insurrection qui vient ».


Des choses à lire, des choses à voir, des choses à écouter :
  • Le livre de Frédéric Lordon, D'un Retournement l'autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins, Paris, Seuil, 2011 ;
  • Les Nouveaux chiens de garde, le film documentaire urticant de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat sur l'empire médiatique français (lire la chronique) ;
  • Cosmopolis, le film crépusculaire sur le capitalisme de David Cronenberg (lire la chronique) ;
  • Les billets consacrés à Frédéric Lordon (voir les billets associés à ce mot-clé) ;
  • L'émission de Daniel Mermet  Là-bas si j'y suis du lundi 21 janvier, sur France Inter, consacrée au film (écouter l'émission) ;
  • Ce soir (ou jamais !) du mardi 22 janvier, l'émission présentée par Frédéric Taddeï, et le dialogue final avec Frédéric Lordon (regarder l'émission).

vendredi 18 janvier 2013

Fever, interprété par Rita Moreno

De passage au Muppet Show un jour de juin 1976, la chanteuse portoricaine Rita Moreno se frotte à l'orchestre de marionnettes (plus connu sous le nom de « The Electric Mayhem Band ») pour une interprétation du classique Fever. La confrontation avec Animal, le batteur fou inspiré par Keith Moon, le batteur des Who, reste un classique.

La version originale de Fever, composée par Eddie Cooley et John Davenport à la fin des 1950s, a été reprise des centaines de fois : Little Willie John (la version originale), les Cramps (une des meilleurs interprétations, voir le billet), Peggy Lee (la plus connue), mais aussi James Cotton, Nina Simone, Elvis Presley, Ray Charles, The Doors, Ella Fitzgerald, etc. La liste est longue, mais la version de Céline Dion (si si, elle existe !) a été sciemment omise...

lundi 14 janvier 2013

Moonwalk

Après l'impressionnant « I Believe I Can Fly » des Frenchies (voir le billet), c'est au tour de l'équilibriste américain Dean Potter de réinventer avec brio l'exercice de highline (une variante épicée du slackline). La scène se passe au lieu-dit Cathedral Peak, en Californie, et a été filmée par le photographe Michael Schaefer dans le cadre d'un projet pour National Geographic intitulé « The Man Who Can Fly ». En arrière plan : une pleine lune majestueuse, obtenue sans trucage grâce à une installation située à 1,5 kilomètres de là. Des images à couper le souffle...
Plus d'infos sur la page Vimeo.

jeudi 10 janvier 2013

Les Franchises Hollywoodiennes

Après l'annonce du rachat de Lucasfilm par Disney, après la mise en chantier des nouveaux Star Wars fin octobre, et un mois après la sortie du film Le Hobbit : un voyage inattendu, il peut être bon de faire le point sur cette horde de blockbusters qui savent se montrer extrêmement lucratifs.

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À l'instar du site Vodkaster et sa « carte des meilleurs films de tous les temps » (voir le billet), le magasine Empire a réalisé une infographie assez réussie (voir ci-contre), très belle et très complète, montrant quels studios possèdent quelles franchises. La concurrence a l'air rude : Disney, Warner Bros., Sony, Universal, Lionsgate, 20th Century Fox et Paramount doivent se partager le gâteau...
On apprend que Star Wars et les Avengers sont désormais cousins (via Disney), ou encore que Batman, Bilbon et Sherlock Holmes sont logés à la même enseigne (Warner Bros., en l'occurrence).

À noter que seules les franchises ayant récemment enfanté un film ou laissant présager une sortie prochaine ont été recensées. C'est pourquoi y figure la saga Pirates des Caraïbes (elle pourrait bientôt revenir sur nos écrans), alors que les franchises Harry Potter et Matrix en sont exclues (elles sont a priori terminées). Petit bémol : certains films doivent encore faire leurs preuves pour accéder au statut de véritable franchise, comme par exemple le récent Jack Reacher (Paramount) avec Tom Cruise.

Cliquez sur l'image (ou bien ici) pour l'agrandir et ainsi éviter, s'il n'est pas déjà trop tard, myopie et presbytie.

lundi 07 janvier 2013

« Mais qu'est-ce que tu bétonnes, doudou, dis donc ? »

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Le projet d'autoroute sur la côte ouest de La Réunion.

Dans le Charlie Hebdo de cette semaine, un article plein de réminiscences de mon séjour sur l'île de La Réunion écrit par Fabrice Nicolino, auteur des passionnants Bidoche, l'industrie de la viande menace le monde (2009) et Qui a tué l’écologie ? (2011) (1), tous deux sortis chez Les Liens qui Libèrent (voir le site de l'éditeur). On se situe au cœur des Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) du type Notre-Dame-des-Landes, qui ont leur propre site internet (lien) et qui avaient fait l'objet d'un article dans le Diplo d'août 2012 (lire le billet correspondant, ou lire l'article intégral sur le site du Diplo).

À La Réunion, comme on ne sait plus trop comment dilapider l'argent public, les politiques locaux (un certain Didier Robert en tête) et le lobby du BTP (incarné par Bernard Siriex, président de la fédération réunionnaise du BTP) semblent prêts à dépenser entre 1,6 et 3 milliards d'euros pour une route de 12 kilomètres, entre Saint-Denis et La Possession. Tous ceux qui vivent ou ont vécu à La Réunion connaissent les problèmes récurrents de circulation sur l'île, localisés aux abords des deux grandes villes (Saint-Denis au nord et Saint-Pierre au sud) et qui resteront donc grosso merdo inchangés suite à ce projet pharaonique. La principale cause de ces embouteillages : des transports en commun pratiquement inexistants, qui assurent seulement 6% des déplacements aujourd'hui contre 30% il y a une vingtaine d'années.
Jean-Pierre Marchaud (voir son site), écolo réunionnais et l'un des « criminels » dénoncés par l'homme du BTP local, se démène avec une poignée d'autres pour faire capoter ce qu'il appelle « Notre-Dame-du-littoral » et rappelle que, jusqu'en 2007, l'ancien conseil régional envisageait la construction d'une ligne de chemin de fer pour une sorte de tram-train, sur le même tracé que l'actuel projet. Le coût aurait été bien moindre, certes, mais le béton n'aurait pas coulé avec autant d'enthousiasme, pour le plus grand bonheur de Siriex & Cie...

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Jean-Pierre Marchaud, « criminel » selon certains, mais surtout écolo.

Rappelons que La Réunion est une île de 880 000 habitants, l'un des départements français les plus pauvres et les plus endettés, et que 30% de la population est au chômage, avec un pic à 60% chez les jeunes actifs de 15 à 24 ans. Investir une somme aussi colossale pour faire passer les lotos (bagnole, en créole réunionnais) signifie très probablement qu'aucun autre investissement ne sera envisagé, comme ce tram-train qui aurait au passage rendu un immense service aux pauvres, dans cette île où un habitant sur trois n'a pas de voiture.

(1) Écouter à ce sujet l'émission de Mermet consacrée au bouquin de Nicolino : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2139. Attention, amateurs du Grenelle de l’environnement, de WWF, de France Nature environnement, de Greenpeace ou encore de la Fondation Nicolas-Hulot : déprime assurée... (retour)

mardi 01 janvier 2013

The Hitcher, de Robert Harmon (1986)

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The Hitcher est un film américain réalisé par Robert Harmon en 1986. Il a fait l'objet d'un — mauvais — remake en 2007, sous la houlette de Dave Meyers.
Jim Halsey, un jeune américain originaire de Chicago, traverse les États-Unis en voiture jusqu'à San Diego, en Californie. Fatigué par cette longue route monotone (mais par ailleurs très évocatrice, en référence à Sur la Route, de Jack Kerouac, chroniqué ici par Clément), évitant de justesse un accident en plein désert, il décide de prendre quelqu'un en stop. Ce personnage sombre et mystérieux, un certain John Ryder, s'avèrera être un redoutable psychopathe...

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Un pauvre auto-stoppeur sous la pluie...

Il s'agit du deuxième film dans lequel jouent Jennifer Jason Leigh (Nash, une fille rencontrée en cours de route par Jim, aka C. Thomas Howell) et Rutger Hauer (John Ryder, l'auto-stoppeur psychopathe) après le désormais culte dans son genre La Chair et le Sang, réalisé par Paul Verhoeven en 1985. Rutger Hauer avait déjà tenu des rôles inquiétants (le cardinal Roark dans Sin City, de Frank Miller et Robert Rodriguez, et surtout le célèbre réplicant « Roy Batty » dans Blade Runner, de Ridley Scott), des rôles envoûtants (comme celui du sculpteur bohème de Turkish Délices, ou Turks fruit en V.O., de Verhoeven), ou même des rôles insignifiants (une apparition dans le Batman Begins de Christopher Nolan, et dans pas mal d'autres films de Verhoeven). Mais ici, il pousse le concept de la terreur encore un peu plus loin, le psychopathe qu'il incarne faisant preuve d'un parfait sadisme et d'un jusqu'au-boutisme effrayant. Sa relation pour le moins ambiguë avec Jim participe de cette atmosphère pesante, et chacune de ses nombreuses apparitions glace le sang.

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Un duel épique entre Rutger Hauer (ci-dessus) et C. Thomas Howell (ci-dessous).

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Le scénario est signé Eric Red ; il déclara que l'histoire lui fut inspirée par la chanson des Doors Riders on the Storm. Quand on songe au film réalisé par Morrison, An American Pastoral (en filigrane du documentaire de Tom DiCillo, cf. le billet correspondant), la filiation devient évidente. Le désert américain y tient une place de choix, symbolique, tour à tour magnificence et oppression de la nature, théâtre du duel opposant John Ryder à Jim Halsey. Malgré l'immensité de ses étendues, le désert semble être une prison pour le protagoniste qui subit les assauts répétés du psychopathe. On notera le parallèle avec le premier (et seul vraiment bon) Mad Max, de George Miller, autre film exaltant l'hystérie frénétique d'une lutte gratuite sur des routes ensanglantées — et sorti 7 ans plus tôt. Cette gratuité vient renforcer l'identité mystérieuse de Ryder (dont on ne saura absolument rien), consacrant la terrifiante omnipotence de ce personnage magnétique et destructeur.
En définitive, The Hitcher a beau traîner son lot de casseroles (des incohérences et des absurdités éparses), il n'en reste pas moins un très bon thriller de série B, sobre, efficace, rigoureux, et qui semble se bonifier avec le temps.