mercredi 30 août 2017

Le Nouveau Monde, de Jan Troell (1972)

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Dernière lettre pour la Suède

Le Nouveau Monde reprend l'action du premier film du diptyque adapté de Vilhelm Moberg, Les Émigrants (lire le billet), exactement là où il l'avait laissée : un groupe d'émigrés suédois, principalement centré sur la famille de Max von Sydow et Liv Ullmann, arrivent sur les terres vierges du Minnesota après un très long périple à travers l'Océan Atlantique. Alors que le premier volet s'était concentré sur la dureté des conditions de vie de cette famille paysanne en Suède et les raisons de leur(s) émigration(s) aux raisons multiples en Amérique, au milieu du XIXe siècle, ce deuxième temps raconte l'établissement de cette colonie nordique bigarrée, dans le nouveau monde éponyme, dans un souci de naturel et d'authenticité immersive toujours aussi important et appréciable. Encore plus long que le précédent (qui atteignait déjà plus de trois heures), doté d'une structure narrative un peu plus complexe faisant appel à des flashbacks, cette fresque arbore toutefois la même lenteur dans le rythme. Elle illustre une facette de la vie des immigrants de l'époque, dans toute sa complexité et sa diversité, en saisissant le mouvement à la fois dans son ensemble, d'une temporalité écrasante, et aussi dans les détails de ses aspects quotidiens qui avaient déjà fait le sel et le charme de l'autre film.

C'est autant la chronique intrinsèque d'une population suédoise émigrée qu'un portrait croisé, celui de nouveaux colons et d'une nouvelle terre.

Alors qu'ils arrivent sur les rives du lac Ki Chi Saga, la famille investit les lieux progressivement. Jan Troell insiste (agréablement, à titre personnel) sur la description minutieuse de leur nouveau mode de vie et de son évolution. Ils passent d'une vieille cabane en bois à une maison construite avec l'aide de leurs compatriotes et autres compagnons candidats à l'émigration. Ils s'habituent à la configuration du terrain, sa terre beaucoup plus fertile et son climat beaucoup plus rude. Ils font connaissance avec les populations locales, des marchands avoisinants aux Indiens de passage. Peu à peu, leur rapport à la propriété s'accorde avec le rêve qui leur avait été vendu à l'autre bout du monde : ils peuvent réclamer une parcelle de terre américaine sur la base du "first come, first served" et ils deviendront, par la force des choses, des citoyens américains.

Mais leur histoire n'évolue pas en vase clos, indépendamment de celle du pays qu'ils ont choisi d'habiter. Petit à petit, l'histoire des États-Unis s'invite dans la leur, notamment à travers le début de la Guerre de Sécession, la révolte des Sioux de 1862, et la "fièvre jaune" de la ruée vers l'or qui semble briller depuis l'autre bout du continent, en Californie.
La peinture des tribus indiennes est d'ailleurs très intéressante, nuancée et évolutive, en partant d'un apprivoisement mutuel et d'une certaine entraide à la tristement célèbre exécution collective de 38 Indiens par pendaison. Ce moment de l'histoire américaine est capté très simplement, de l'intérieur, comme une toile de fond qui laisserait le temps de ressentir l'évolution des rapports et d'apercevoir la naissance d'une nation en même temps que celle d'une spoliation. La réalité et la fiction intimement mêlées.
La convoitise que suscitait l'or alors est également traitée soigneusement, au centre des enjeux pendant une longue partie, c'est même à ce titre le motif d'un flashback très singulier. Le frère de Max von Sydow (aka Karl Oskar Nilsson) reviendra dans le Minnesota après un très long et douloureux périple à l'Ouest, raconté de manière très originale : pendant une grosse demi-heure, presque aucun dialogue, seulement des sons et des percussions pour habiller un montage volontairement hasardeux, illustrant la difficulté de ce voyage, la mort qui rôde et la surdité partielle du personnage. C'est un épisode expérimental déroutant, parfois difficile à supporter (à plusieurs titres).

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À l'image des Émigrants, Le Nouveau Monde s'attache à décrire de manière réaliste et anti-spectaculaire la vie de colons et de paysans, en donnant une vision de l'exode qui prend aux tripes. C'est un vrai voyage avec des émigrés, au cœur de l'immigration, sans idéalisation. Le déracinement aussi cruel qu'inévitable, la précarité menaçante, la découverte de nouveaux espaces, et tous les maux dont on peut souffrir quand on est contraint de vivre à des milliers de kilomètres de sa terre natale. C'est un élément essentiel de cette œuvre de plus de six heures au total : rendre intelligible, presque palpable, ce que ces gens ont pu vivre et ressentir au XIXe siècle. Tous les points d'attache avec leur passé qui jalonnent le film deviennent autant de sursauts émotionnels tangibles : une pomme issue d'un arbre planté il y a de nombreuses années et un plant qui avait fait le voyage avec eux, la chaussure d'un de leurs enfants mort en Suède qui ressurgit, et autant de souvenirs que le personnage de Liv Ullmann n'arrive pas à oublier, à reléguer dans la case de sa vie passée.

La fin de cette seconde partie ressemble beaucoup à celle de la première : Max von Sydow est seul, âgé cette fois-ci, il a vu ses enfants et petits-enfants grandir et peupler ce nouveau continent. La joie du précédent volet, alors qu'il trouvait un espace idyllique où s'établir, a cédé sa place à une vague de mélancolie nostalgique. C'est sa mort qu'un de ses voisins annonce, à la faveur d'une lettre envoyée en Suède, expliquant que plus aucun de ses enfants ne sait parler suédois désormais. C'est la fin du très long mouvement d'émigration, et l'illustration magnifique des titres des romans originaux de Vilhelm Moberg : "Nybyggarna" (les nouveaux colons) et "Sista brevet till Sverige" (la dernière lettre pour la Suède).

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vendredi 25 août 2017

Green Onions, de Booker T. & The M.G.'s (1962)

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Avec son orgue groovy à souhait et ses accès de guitare électrique bien sentis, la chanson-titre Green Onions envoie du bois. Le reste de l'album, instrumental (comme le reste des productions de Booker T. & The M.G.'s qui était l'orchestre rattaché au label américain Stax), fait par contre un peu décoration, à une ou deux exceptions près.

lundi 21 août 2017

Montesquiou on the Rock's — On remet ça

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Ah, le Gers. Son festival Jazz in Marciac, ses routes nationales vallonnées, ses paysages bucoliques, ses parcelles agroforestières, sa gastronomie gasconne à base de canard et de porc noir de Bigorre, ses grippes aviaires, son madiran, son pousse-rapière, sa vue imprenable sur la chaîne des Pyrénées du Pays basque jusqu'en Ariège... et son festival de Garage annuel à Montesquiou bien sûr. Cette onzième édition aura été beaucoup plus modeste et tranquille que la précédente qui avait vu de très grands groupes comme les Monsters ou les Magnetix sillonner ses ruelles, remplir ses grandes tablées et écluser ses bières locales. Mais bon, on n'a pas tous les jours 10 ans.

Cette année, le festival a plus que d'habitude mis l'accent sur des genres différents du Garage pur jus, avec tout de même 3 groupes (sur 6) clairement orientés Glam ou Surf. N'étant pas particulièrement amateur, je ne m'épancherai pas davantage sur ces groupes au-delà de ces quelques remarques : je n'ai jamais vraiment accroché à Giuda, le côté très lisse et aseptisé de leurs derniers albums m'ayant particulièrement agacé, et le délire des Zelators autour d'une sorte de Glam 80s revival m'indiffère au plus haut point. Un peu comme Capsula l'année dernière en réalité.

Mais il y avait beaucoup de belles choses à côté de ça, à commencer par le ciné club ambulant des Projectivers qui a lancé les hostilités samedi. Une petite heure de projections rétro en tous genres et en Super 8 : de bien obscurs dessins-animés, des muets vieux de cent ans, et toute une série de clips musicaux des années 50 et 60 vraiment délirants, anglais et français, mettant en scène des pin-ups d'ici et d'ailleurs, des personnalités plus ou moins connues, mais aussi des coiffures improbables, des maillots de bain à froufrous, des costumes en cuir étonnants, et surtout, surtout, des déhanchés twist de l'espace. De vieux enregistrements de Vince Taylor, par exemple : Peppermint Twist. Ou encore cette petite fête au bord d'une piscine, dans le clip de Stacy Adams and the Rockabily Boys : Pussycat A Go Go. Et la perle de Sylvie Vartan, dans une reprise à la française du morceau What'd I Say de Ray Charles : Est-ce que tu le sais (avec en guest star, danseur en arrière-plan, le sosie de Johnny Hallyday jeune). Et puis aussi Françoise Hardy avec Tous les garçons et les filles, Antoine et ses élucubrations, etc. Sacrée plongée dans l'époque du Scopitone...

Ce sont les parisiens de Chrome Reverse qui ont ouvert le bal (pour sa partie musicale), avec une ambiance rock'n'roll 60s très soignée et agrémentée ici ou là de passages surf plutôt bienvenus. Pour se faire une idée : They wanna fight. La guitariste-chanteuse Lili Zeller, avec ses faux airs de Poison Ivy (Kristy Marlana Wallace, guitariste des Cramps) et son chant éraillé, a assuré une bonne partie du show aux côtés d'un guitariste dont les grimaces hallucinantes (et volontaires) me hantent encore. Les petits problèmes de son (une enceinte défaillante) n'ont clairement pas entaché le spectacle. Les douze coups de minuit ont sonné l'arrivée de la (ma ?) tête d'affiche : le trio suisse des Jackets et leur garage énergique. Jackie Brutsche était en forme ce soir, elle sait très bien jouer de son personnage, avec ses lunettes de soleil cachant le temps de quelques morceaux son maquillage si caractéristique. Plus je les écoute et plus je suis convaincu de leur potentiel en live : c'est le genre de groupe parfait pour ce festival. Leur tube : Wasting my time.

La deuxième soirée a commencé par les sonorités gothico-psychédéliques d'un duo de frérots grenoblois, Moonrite. Une batterie et un orgue (avec un des deux claviers pour la basse, dans le style Manzareck, première comparaison venant à l'esprit) : c'est tout. La pochette de leur album (à mon sens très inégal) ne m'avait pas particulièrement inspiré, pas plus que leurs univers gothique à base de vêtements noirs et de gros médaillons, mais force est de constater que sur certains morceaux, ils parviennent à créer une atmosphère très originale, issue de plusieurs courants, au groove entraînant. Les passages que l'on pourrait qualifier de "dark pop" me plaisent par contre beaucoup moins. Deux morceaux caractéristiques de leur style : Time is fast running out et Let's start a fire. Et enfin, si l'on devait remettre la palme du groupe le plus enflammé et le plus enflammant, ce serait sans hésiter les Fuzillis qui la recevraient avec leur Surf Rock festif mitonné quelque part au Royaume-Uni. Leur show a beau sembler parfaitement millimétré, sans grande inventivité ou nouveauté d'un lieu à l'autre, d'un pays à l'autre, ils savent y faire. Entraînés par Monsieur Fuzilli (Frankie Sr de son prénom), leur répertoire compte beaucoup de morceaux instrumentaux (le chant n'est pas leur spécialité) de ce style : Fish Gumbo. À traverser la foule dans tous les sens et à la faire monter sur scène, quitte à ce qu'il y ait presque plus de monde dessus que devant (j'exagère un peu), l'implication du public est maximum.

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Tout ça pour dire que c'était sympa dans l'ensemble, cette année encore, le festival de Montesquiou. Les contacts sont faciles et naturels, l'ambiance est toujours la même, chaleureuse, conviviale, en comité restreint, comme une grande famille réunie au cœur d'un tout petit village perdu au milieu de la campagne gersoise. À l'année prochaine, en espérant que la proportion de Garage âpre et rugueux soit un peu plus importante !

mercredi 16 août 2017

Les Émigrants, de Jan Troell (1971)

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Une histoire de déracinement

Regarder Les Émigrants après Pelle le conquérant, sur le thème de l'émigration, c'est un peu comme regarder Blue Collar après Selma, sur celui de la ségrégation : les sujets ont beau avoir une zone de recouvrement non-négligeable, le traitement et le recul qu'ils proposent sont tellement différents qu'il est impossible de les ranger au même rayon. Là où Bille August se contente d'illustrer platement (et très artificiellement) une série de stéréotypes et de caricatures ambulantes, Jan Troell propose une plongée nuancée et extrêmement immersive dans le quotidien paysan de la Suède du milieu du 19ème siècle. Max von Sydow incarne une figure de l'immigration dans les deux films, de la Suède vers le Danemark dans Pelle le conquérant et de la Suède vers les États-Unis dans Les Émigrants, mais les sensations qui en résultent et la portée du projet n'ont strictement rien à voir.

Les Émigrants se déroule essentiellement en trois temps, correspondant grosso modo aux trois bonnes heures du film : la vie d'une famille paysanne suédoise en grande difficulté dans l'exploitation de leurs terres, puis l'émigration à proprement parler, très éprouvante, par voie navale, et enfin la découverte de la nation américaine tant idéalisée. Cette dernière partie sera plus amplement abordée dans un second film, Le Nouveau Monde (lire le billet), également réalisé par Jan Troell, qui complètera l'adaptation de la saga des émigrants en quatre volumes écrite par Vilhelm Moberg dans les années 40 et 50.

Durant la première partie, un spectre assez large de personnages nourrit en secret un rêve d'émigration, les États-Unis suscitant divers fantasmes, déjà, au 19ème siècle, à travers son American Dream mondialisé. Pour les habitants des environs, c'est un pays vu comme une île lointaine, dénuée d'accès terrestre (chose difficilement concevable pour certains), et dont les multiples avantages sociaux sont racontés (et idéalisés) dans un petit livre, circulant à travers les familles et alimentant le rêve comme un mirage. Ce ne sera qu'après la cooccurrence d'une série d'échecs à la limite de l'insurmontable qu'une troupe bigarrée de candidats à l'émigration se constituera : une famille de paysans (avec Liv Ullmann et Max von Sydow pour parents) ne pouvant plus subvenir à leurs besoins sur des terres rocailleuses trop hostiles, de jeunes métayers soumis à la brutalité de leur maître, des religieux aux croyances trop hétérodoxes pour l'époque, ou encore des personnes aux mœurs condamnées par la communauté. Jan Troell insiste longuement sur la dureté des conditions de vie et illustre très naturellement cet état de survie quotidien, à mesure que les récoltes s'amenuisent : il est en ce sens très proche du film finlandais de Rauni Mollberg encore plus âpre, La Terre de nos ancêtres, qui sortira deux ans plus tard.

Puis vient le temps de l'émigration, en bateau, chargé de toutes les formes d'espoir imaginables : une configuration qui constituait à peu de chose près le point de départ de Pelle le conquérant. C'est sans doute le passage le plus éprouvant du film, au cours duquel la suffocation et la claustrophobie deviennent palpables. Le voyage est synonyme d'agonie et ses six longues semaines verront progressivement s'installer la faim, la promiscuité, les soupçons, les menaces, et la maladie sous toutes ses formes : poux, choléra, scorbut et même scrofule dissimulé sous les traits d'un banal mal de mer, emportant femmes et enfants. La nausée ainsi générée est aussi puissante que celle, dans un registre évidemment bien différent, d'un autre célèbre voyage en bateau raconté par Louis-Ferdinand Céline.

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L'arrivée sur le continent américain est un immense soulagement, même s'il ne correspond pas exactement à la description élogieuse qui en avait été faite. Non, tous les paysans ne peuvent pas devenir riches sur la base de leur simple bonne volonté. Non, les esclaves ne sont pas forcément mieux traités que les pauvres de leur propre pays ("Je me déclarerai comme esclave !", s'était écrié un jeune homme un peu trop enthousiaste dans la première partie). Non, tous les hommes ne sont pas égaux, à l'écart de tout système de classe (la scène sur le bateau les menant au Minnesota, avec les riches propriétaires terriens à l'étage, illustre ceci de manière légèrement poussive). Non, ce pays n'est pas la terre promise, il n'est pas l'idylle tant attendue, il n'est pas aussi prospère que ce que les livres rapportaient sur le Vieux Continent.

Les désillusions s'enchaînent mais devant l'ampleur de leur décision et devant l'impossibilité de faire marche arrière, d'autres illusions viennent régulièrement remplacer celles qui se sont envolées. À mesure que se cristallise le choc entre le rêve et la réalité, on réalise que le soin apporté à l'immersion dans cette communauté a porté ses fruits. Après la dureté des deux premiers tiers, on partage instinctivement leurs joies, si petites soient-elles, leurs peurs, et dans une certaine mesure leurs rêves les plus candides. La dernière séquence du film est un accomplissement bouleversant, d'une incroyable tranquillité : Max von Sydow, après avoir parcouru des kilomètres dans la nature nord-américaine, trouve l'emplacement de son nouveau domicile, face à un lac, au pied d'un arbre sur lequel il a gravé son nom. Il y a dans son sourire apaisé, alors qu'il est adossé à l'arbre, l'air profondément soulagé, quelque chose d'aussi émouvant et intelligible que la dernière scène du Pays du silence et de l'obscurité de Herzog, qui voyait un personnage handicapé embrasser un tronc. Au terme de ce long voyage, son état d'esprit est devenu parfaitement compréhensible, ses émotions limpides. C'est une vision de l'émigration qui m'aura autant frappé, de manière aussi profonde, viscérale et déchirante, que celle illustrée dans Heimat d'Edgar Reitz.

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mardi 15 août 2017

Balade autour (et au sommet) du Pic du Balaïtous

Le Pic du Balaïtous, du haut de ses 3144 mètres d'altitude, est le plus haut sommet sur la portion de la chaîne des Pyrénées qui le sépare de l'Océan Atlantique. Près de lui, également situé à la frontière franco-espagnole à 15 kilomètres au Sud-Est, le Vignemale (3298 m) est quant à lui le point culminant des Pyrénées françaises. Ce dernier étant particulièrement fréquenté en période estivale, avec son glacier et son refuge du club alpin français non loin de là, c'est la région des Hautes-Pyrénées autour du Balaïtous qui nous aura le plus tentés pour notre petite escapade de trois jours en bivouac.

Le Balaïtous tient probablement son nom de l'occitan : "vath leitosa", la vallée laiteuse, en raison des glaciers qu'il abrite et qui donnent naissance à des lacs de couleur laiteuse. Il se situe au fond du val d'Azun, près de Bigorre et Gavarnie. Avec les pics Palas (2974 m) et d'Arriel (2824 m), il forme une chaîne montagneuse qui a servi de tracé pour la frontière avec l'Espagne. C'est un massif granitique, très escarpé, dont les reliefs rocailleux marquent durablement les esprits (et les chevilles). L'ascension du pic à proprement parler, à partir des lacs espagnols d'Arriel Alto, est une épreuve plutôt difficile, à réserver aux randonneurs expérimentés. Les dernières centaines de mètres sont particulièrement éprouvantes, avec des passages en (petite) escalade, de grandes marches à grimper (puis à redescendre), et des passages bien collés à la paroi. L'ascension vaut assurément le détour et la vue impressionnante au sommet récompense largement tous ces efforts.

Ces trois jours de randonnée, à raison d'une quinzaine de kilomètres en distance et de 1000 mètres de dénivelé positif et négatif cumulé en moyenne par jour, sillonnent toutes les vallées autour du Balaïtous et notamment le magnifique Circo de Piedrafita. Les lacs (naturels mais aussi artificiels) sont légion : Suyen, Remoulis, Campo Plano, Respomuso, Arriel Bajo et Alto, Arrémoulit, Artouste, Carnau, Migouélou, etc. La biodiversité de la région est très différente de celle des Pyrénées ariégeoises (que l'on connaît mieux). En quelques heures de marche, on peut rencontrer des paysages très variés : des vallées de pins et des prairies vertes et humides, des sommets très secs, rocailleux et parfois volcaniques, des falaises rougeoyantes du côté de l'Aragon, des étangs aux multiples bleus, et quelques jolies touches violettes avec la bruyère en fleurs au mois d'août. Cette randonnée partagée entre Pyrénées françaises et espagnoles, en jonglant de part et d'autre de la frontière, offre une belle boucle de 3 jours. Les variantes sont très nombreuses, les difficultés pouvant ainsi être modulées, et les zones de bivouac se trouvent essentiellement près des refuges (Parc National des Pyrénées oblige), voire même au sommet du Balaïtous pour les plus courageux.

Émilie et Renaud.


N'hésitez pas à cliquer sur les photos pour les afficher en plein écran.


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Le profil de la randonnée : en moyenne quotidienne, 15 kilomètres et 1000 mètres de dénivelé positif et négatif cumulé.

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Le tracé en 3D de la randonnée : jour 1 en rouge, jour 2 en bleu, jour 3 en vert. En jaune, la frontière France-Espagne.

JOUR 1

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Premières foulées, entre le Plaa d'Aste et le col de la Peyre St Martin. Les lacs de Suyen et de Remoulis, les pics des Cristayets, Soulano et Gavizo-Cristail.

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Premières visions du versant espagnol, avec le Circo de Piedrafita. Les picos des Infierno sont en arrière-plan et le réservoir Campo Plano en contrebas.

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Les environs du refugio de Respomuso : des marmottes bien grassouillettes (elles doublent de poids en été pour atteindre une petite dizaine de kilos), el embalse (réservoir) de Respomuso et ses abords tantôt rocailleux, tantôt propices à un bivouac fort sympathique. Notez comment la tente MSR se fond admirablement bien dans le paysage sur la dernière photo...

JOUR 2

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Le calme des étangs (Respomuso, Arriel Bajo et Alto) au petit matin, avant l'ascension du Balaïtous. La cadre idéal pour des petits-déjeuners apaisants, ou les vertus méditatives de la randonnée...

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L'ascension du Balaïtous : el ibón (lac) Chelau aussi connu sous la dénomination française Gourg Glacé, aux couleurs laiteuses, la vue en haut de la grande diagonale, les sentiers très rocailleux en mode escalade, et le panorama au sommet. La dernière photo donne une vue plongeante sur les lacs d'Arriel, avec en arrière-plan le pic du Midi d'Ossau, volcanique et en forme de dent.

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La descente du sommet, en passant par le lac d'Arriel Alto et le col Palas, et une petite rencontre avec un isard peu farouche : il était un peu tard, on a bien senti qu'on le dérangeait en plein milieu de son repas.

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L'arrivée au refuge d'Arrémoulit, au bord du lac éponyme, dans une vallée remplie de volutes brumeuses formant une mer de nuages, et la tombée du jour avec ses teintes violacées au loin et des reflets rougeoyants sur les roches proches.

JOUR 3

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Le départ du refuge d'Arrémoulit, le grand lac d'Artouste (avec son grand barrage) et la vallée dans laquelle on peut apercevoir, sur le versant gauche (dernière photo), le tracé des chemins de fer qui amènent des petits trains jaune et rouge, très nombreux et remplis de touristes.

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La montée vers le col d'Artouste : les lacs de Carnau vus d'en bas et d'en haut, et le grand lac de Migouélou avec ses falaises abruptes du côté Sud-Ouest.

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Descente vers le point de départ de la randonnée, le Plaa d'Aste : des sentiers brumeux, et sur la dernière photo un aperçu des premières mètres de la randonnée, à la faveur d'une éclaircie.

jeudi 10 août 2017

South, de Frank Hurley (1919)

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L'odyssée des pôles et la beauté des échecs

South, à travers l'objectif de l'aventurier et photographe australien Frank Hurley, raconte l'expédition britannique Endurance qui emmena 30 hommes et 70 chiens depuis la Géorgie du Sud et les Îles Sandwich du Sud en direction du Pôle Sud, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce fut un immense échec : pris au piège de la glace et des nombreux imprévus, la mission durera près de trois ans pour certains membres de l'équipage, de 1914 à 1917. Mais il semble bien difficile de trouver dans l'histoire des expéditions un échec aussi magnifique.

Le schéma suivant, comportant les données cartographiques actuelles dont ne bénéficiait évidemment pas l'expédition à l'époque, résume le périple (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

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Deux choses vraiment incroyables, en ce début de 20ème siècle :

- Tous, absolument tous les membres d'Endurance survécurent. Ils étaient largement sous-équipés, sans ravitaillement extérieur, sans GPS, sans source alternative d'énergie. Après quelques mois de traversée sur les eaux gelées, leur bateau finira bloqué pendant neuf longs mois, prisonnier de la glace, comme incrusté dans une roche glaciale, avant d'être définitivement détruit sous la pression des glaciers en formation puis abandonné. Les membres de l'expédition survécurent pendant 22 mois par des températures atteignant les -45°C. Une mission de secours, montée par le chef de l'expédition Ernest Shackleton et cinq de ses hommes partis de l'épave en direction de la Géorgie du Sud, leur point de départ, pour y trouver de l'aide, mettra deux ans avant de les retrouver. Encore une fois, car il faut bien le répéter plusieurs fois pour l'assimiler : tous survécurent.

- De manière plus anecdotique, les pellicules de Frank Hurley survécurent elles aussi à la catastrophe. En soi, les images sont déjà extraordinaires et constituent un matériau documentaire d'exception (à titre de comparaison, Nanouk l'esquimau racontant l'expédition de Robert Flaherty dans la baie de Hudson, sortira 3 ans plus tard). Mais à la lumière des péripéties que l'équipage et donc les bobines du film ont endurées, entre l'hiver polaire, la catastrophe du bateau et la mission de secours, le fait qu'elles soient revenues intactes — ou du moins exploitables — en Grande-Bretagne relève presque du miracle.

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Ernest Shackleton et son équipage ne furent cependant pas les premiers à fouler les terres antarctiques. En décembre 1911 déjà, les membres de l'expédition norvégienne conduite par Roald Amundsen atteignaient le Pôle Sud. C'était l'époque de la course à l'exploration : une équipe concurrente composées de cinq Britanniques, au sein de l'expédition Terra Nova commandée par l'officier de la Royal Navy Robert Falcon Scott, y arrivèrent un mois plus tard en janvier 1912. Mais cette expédition-là sera entièrement anéantie par la faim et le froid lors du trajet retour : voilà l'expression de la beauté des échecs britanniques par excellence. C'est donc au cœur de cette dynamique de l'exploration qu'Ernest Shackleton conduisit une expédition avec pour objectif la traversée du continent antarctique en 1914 : 11 mois plus tard, le cauchemar britannique se reproduisit tandis que la banquise s'emparait de leur bateau quelque part dans la mer de Weddell.

Les encarts initiaux insistent sur la dimension héroïque de cette bataille pour la survie en ces terres hostiles et gelées, ainsi que sur le contexte géopolitique très particulier de l'expédition, alors que l'Empire britannique déclarait la guerre à l'Allemagne en août 1914. Les membres de l'expédition, comme tous leurs compatriotes, pensaient que la guerre serait terminée rapidement, avant la fin de l'année : à leur retour en Europe en 1917, les tranchées seront toujours actives et les rapports de force auront radicalement changé.

Frank Hurley documente énormément la lente destruction du bateau pris dans la glace, en dépit des nombreuses tentatives de l'en sauver. L'équipage se retrouva ainsi coincé à une centaine de kilomètres de la côte antarctique, prisonnier d'un hiver plus rigoureux que la moyenne, sur une plaque de glace à la dérive pendant neuf mois. Alors que l'amertume devait gagner Shackleton, l'échec cuisant signant sans doute la fin de sa carrière d'explorateur, Hurley filme les membres de l'expédition qui s'activent autour de l'épave, évacuant les chiens et construisant des piliers de glace comme repères dans le blizzard. Surtout, il prend quelques clichés spectaculaires du bateau, de nuit, éclairé par une vingtaine d'ampoules d'appoint faisant ressortir la surface gelée de tous les cordages et tous les mâts : un véritable vaisseau fantôme. La taille ridicule de l'expédition, une vingtaine d'hommes, saute alors aux yeux.

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Une fois la mission de sauvetage initiée, ce passage en canot de sauvetage sur une distance de plus de 1000 kilomètres n'étant bien évidemment pas filmé (long de quelques mètres, on imagine qu'il n'y avait guère de place pour une caméra, pas plus que de ressources psychologiques pour filmer : cette absence d'images, bien qu'elle soit compréhensible, n'en est pas moins frustrante), South vire étonnamment au reportage animalier dans les environs de l'île de Géorgie du Sud. Le film avait déjà fait la part belle aux chiens de traineau dans la première partie, images essentielles au succès commercial semble-t-il, mais on imagine bien que si l'on n'entend plus parler de tous ces animaux à partir d'un certain moment, c'est bien tristement qu'il a fallu les abattre quand la phase de survie fût engagée.

La fin du documentaire se tourne ainsi vers la faune essentiellement constituée de manchots (comparés par les auteurs, dans les intertitres, à des sosies de Charlie Chaplin... drôle d'instant à la limite du sarcasme) et d'éléphants de mer, filmés très (trop) longuement sous toutes les coutures. Les auteurs de mentionner "these pictures were obtained with a good deal of time and effort"... Bel euphémisme.

Le Norvégien Amundsen, premier homme à avoir foulé le Pôle Sud à la barbe des Anglais, aurait déclaré "never underestimate the British habit of dying. The glory of self-sacrifice, the blessing of failure". L'épopée de l'Endurance fut en effet un magnifique échec. Mais l'histoire de ces hommes prisonniers de la glace pendant près de deux ans, présumés morts avant que les secours ne les retrouvent au cours d'une mission de la dernière chance initiée par Shackleton, force le respect. Les images que Hurley en a tirées sont d'une beauté incroyable et témoignent un état d'esprit d'aventuriers et d'explorateurs polaires qui restera gravé dans l'histoire, au passé. C'est la beauté des découvertes de terres inexplorées alliée aux dangers de ces expéditions vers le Pôle Sud virant à la survie, à une époque où le Pôle Nord commençait déjà à être balisé par des explorateurs comme Frederick Cook et Robert Peary.

Frank Hurley était occupé par un travail documentaire au fin fond de l'Australie quand il eu vent de l'expédition en cours d'élaboration par Shackleton. Il n'hésita pas une seconde. Il devint ensuite photographe de guerre durant la Seconde Guerre mondiale et en Palestine. Ernest Shackleton s'embarqua par la suite dans une nouvelle expédition vers le Pôle Sud au cours de laquelle il mourut. Il fut enterré en Géorgie du Sud et sa mort signa la fin de la fièvre des explorations polaires.

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Le photographe Frank Hurley et l'aventurier Ernest Shackleton.

jeudi 03 août 2017

Born Bad, Volume 4 (1989)

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Beaucoup moins Garage, et un peu plus de morceaux instrumentaux que les trois volumes précédents... Un cran en-dessous, clairement.

Richard Berry - Louie Louie https://www.youtube.com/watch?v=z-2CKsaq5r8
Nat Couty - Woodpecker Rock https://www.youtube.com/watch?v=0-vaos88ICs
Shorty Long - Devil With the Blue Dress https://www.youtube.com/watch?v=jaZ3pxgvfhY
The Rumblers - Boss https://www.youtube.com/watch?v=VsDEw4O9J8I
The Standells - Barracuda https://www.youtube.com/watch?v=AvluZro-esA
The Shades - Strollin´ After Dark https://www.youtube.com/watch?v=l_FYKsbZhP4
(l'introduction rappelle "I was a teenage werewolf" des Cramps : https://www.youtube.com/watch?v=1vzkYARhWjw)
Buddy Love - Heartbreak Hotel https://www.youtube.com/watch?v=lEbcoAeRqjA

Et pour l'anecdote... Alf Newman - It´s a Gas https://www.youtube.com/watch?v=5J-LvMxKvFY

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