dimanche 05 septembre 2021

Trois histoires montueuses

C’est bien un mot de la ville, ça, la nature. Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l’est. Nous, ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu’on peut montrer du doigt. Qu’on peut utiliser. Les choses qu’on ne peut pas utiliser, nous, on ne s’embête pas à leur chercher un nom, parce qu’elles ne servent à rien.

Les huit montagnes de Paolo Cognetti


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mercredi 19 mai 2021

Femmes Blafardes, de Pierre Siniac (1981)

Il a fallu un bandeau de l’édition Rivages pour attirer mon dévolu sur un livre de Pierre Siniac pourtant si connu et si fécond. Feu Pierre Siniac reçoit en 1981 le grand prix de littérature policière pour trois ouvrages : L’Unijambiste de la cote 284, Reflets changeants sur mare de sang (deux recueils de nouvelles) et Aime le Maudit. C’est la même année que paraît chez Fayard Femmes Blafardes au milieu d’une longue bibliographie s’étendant de 1958 à 2002.

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dimanche 18 avril 2021

Meurtres à Willow Pond, de Ned Crabb (2016)

Vous revêtez Meurtres à Willow Pond d’une couverture jaune et noire dans un format de poche tel que faisait la mythique maison d’édition du Masque et vous obtenez une imitation d’un roman d’Agatha Christie dans toute sa majesté. Sauf que le coupable de cette histoire s’appelle Ned Crabb à qui on doit un autre roman noir traduit en France qui est complètement barge : La bouffe est chouette à Fatchakulla.

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lundi 05 avril 2021

La mère noire, de Jean-Bernard Pouy et Marc Villard (2021)

Avec son illustration  de couverture coco... cocomitante... concomitante, j'ai célébré les fêtes de Pâques en dévorant le récit écrit à deux mains par Jean-Bernard Pouy et Marc Villard .

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mardi 19 novembre 2019

Cœur cousu, de Carole Martinez (2007)

Carole Martinez nous entraîne dans une fable lyrique à travers une Espagne ancienne et violente pour nous raconter le destin bouleversant d'une femme, Frasquita Carasco.

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dimanche 10 septembre 2017

Le rapport de Brodeck, par Manu Larcenet (2015)

C'est une parfaite découverte pour moi car je ne connaissais ni Philippe Claudel et son roman Le rapport de Brodeck (2007), ni le dessinateur Manu Larcenet qui l'a adapté en bande-dessinée en deux tomes : L'autre en 2015, suivi de L'indicible en 2016. Sortis de l'étagère d'une bibliothèque où ils prenaient la poussière, j'étais à la fois frileux par l'inconfortable noirceur qui colle aux yeux lorsqu’on évente les pages, et de l'autre intrigué par l’atmosphère angoissante et singulière qui se dégage des dessins.

La bande-dessinée débute sur une scène intrigante. Celle-si se passe dans l’auberge d’un village de montagne en un temps et un lieu indéterminé. Les habitants aux visages rudes se tiennent debout face à l’entrée par laquelle Brodeck, le narrateur de l'histoire, déboule attirant sur lui le feu des regards. 

Les villageois ont trouvé le moyen de décharger leur culpabilité et leurs infamies en l'assistance de Brodeck. 

Tu vas raconter l’histoire, tu seras le scribe.

Brodeck a l’habitude des rapports. Il rédige des notices sur l’état de la forêt, le climat, et tout ce qui relève de la nature, comme un garde-forestier le ferait. Mais le rapport, qu'il sera contraint d'écrire sous la pression du groupe, est de nature plus funeste. Brodeck va devoir écrire sur la mort de l’Anderer (l'Étranger), cet artiste venu se perdre quelques mois plus tôt dans leur village en compagnie de son âne et son cheval.

Le coup de crayon de Larcenet est magnifique, tantôt sombre quand il représente la communauté dans leurs noirs desseins, tantôt éclatant lorsqu'il s'attarde sur la personnalité de l'Anderer. D'intenses émotions sourdent des sublimes planches en noir et blanc, que ce soit dans les représentations du monde rural et ses personnages, que dans celles de la nature et ses décors. La narration avance avec une flagrante économie de mots, les choses étant le plus souvent suggérées, de manière à sans le dénaturer, incorporer ce qui est indicible ou bien du monde du sensible.

Le récit de Brodeck entremêle sa propre histoire à celle de l'Anderer en alternant le passé et le présent. C'est en nous confrontant aux souvenirs insupportables de Brodeck qui survécut aux camps de concentration, que le contexte d'après-guerre se dévoile clairement, et la connexion avec la mort de l'Étranger propulse l'enquête de Brodeck vers de terribles révélations.

Brodeck fera le point sur les événements bien au-delà de ce que la communauté, à laquelle il désespérait d'appartenir, souhaitait le voir écrire dans ce rapport. C'est une sorte de conte en huis-clos qui pose les questions sur l'altérité, l'humain, et la culpabilité. Larcenet a travaillé le noir avec raffinement dans cette bande-dessinée où font face la cruauté des hommes et des moments d'un intense lyrisme.

 

En deux mots, un chef-d'œuvre !

jeudi 31 août 2017

Le paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine (2015)


Jean-Pierre Boudine, professeur de mathématiques français, fait sa première incursion dans la SF en écrivant en 2002 une première version de ce court roman. Treize ans après, en 2015, l'auteur a ajouté certains développements au récit qui sont directement inspirés de notre histoire récente (crise financière mondiale, insécurité sociale et écologique,...). Dans un contexte réaliste, il imagine les évènements qui mènent l'humanité à sa destruction par le fait d'une crise systémique qui débute dans la finance. 

Témoin ordinaire dans cette lente apocalypse, le narrateur, Robert Poinsot, entreprend de raconter de sa cache - une grotte dans les Alpes - l'enchainement inexorable de l'anéantissement de nos sociétés. Courtement chapitré, le récit est prenant. L'auteur va droit au but, évite toute longueur mais parvient à dresser un spectacle très convaincant du cataclysme sous les yeux désabusés de son personnage principal. La psychologie de Robert Poinsot s'esquisse lorsque celui-ci raconte son périple chaotique : de son exode avec un groupe d'amis lorsqu'il devint impossible de survivre dans les villes, jusqu'aux circonstances extrêmes le contraignant à la solitude dans sa grotte.

A l'instar d'un journal de bord, il nous raconte son quotidien et les tâches indispensables à sa survie dans les montagnes. Il cherche à faire le point sur sa solitude et son existence sur la Terre. Impossible pour moi de ne pas évoquer la description par Carl Sagan (en écoute et en lecture ici) de la célèbre photographie de la planète Terre prise par la sonde Voyager 1 en 1990 : un message d'une remarquable concision qui saisit à merveille la fragilité de la race humaine dans la vaste arène cosmique. 

L'acte d'écrire de Robert Poinsot est animé par la nécessité de formaliser les choses qu'il a vu, et qu'il a compris. Il s'atèle à retranscrire l'effondrement de la civilisation humaine dont la technicité a balayé les modes de vie les plus simples. C'est dans la dernière partie de ce récit à la fois introspectif et méditatif que Robert Poinsot tire une solution simple au célèbre paradoxe de Fermi qui donne son titre au roman. En témoin désabusé de l'auto-destruction de la race humaine, il apporte une réponse d'un pessimisme halluciné, mais originale, au problème posé par l'interrogation de Fermi sur l’existence de civilisations extraterrestres.

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