mercredi 05 avril 2017

2017 n'aura pas lieu, d'Olivier Minot

Le titre de ce documentaire radiophonique me rappelle Irene Kampen qui écrivait  En raison de l’indifférence générale, demain est annulé . ou encore la nouvelle de SF intitulée The shortest science-fiction story ever told publiée dans l'anthologie Bateaux ivres au fil du temps (1978) que je retranscris dans son intégralité :  Le Temps a pris fin. Hier. 

Documentariste, Olivier Minot questionne avec humour sa militance politique et radiophonique. Avec ARTE Radio il a remporté le Prix Longueur d’ondes 2015 du meilleur documentaire pour Là-bas si j’y suis plus, sur son rapport avec la défunte émission de Daniel Mermet ; et le Prix Italia 2016 du meilleur documentaire pour La Révolution ne sera pas podcastée, sur son rapport aux manifs.

jeudi 23 mars 2017

Il était une fois les mythes

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Cet enthousiasmant article de Stéphane Foucart a été publié en 2014 dans le supplément Culture & Idées du journal Le Monde. Il a consacré deux pleines pages aux travaux de Michael Witzel, professeur de sanskrit à Harvard, sur les origines des mythes lors de la sortie de son ouvrage académique : The Origins of the World’s Mythologies (2013).

Le contenu de l’article est accessible aux abonnés du Monde à ce lien ; pour tous les autres, vous pouvez télécharger le scan de sa version papier que m’avait gentillement glissé sous le nez un collègue de travail pendant la pause café (merci Fabrice !). 

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Cliquez pour aggrandir les pages, ou bien téléchargez le pdf en annexe.

La coïncidence de deux chroniques récentes m’y a fait repenser - à savoir deux chefs-d'œuvre : un roman Lavinia d'Ursula K. Le Guin (lien) et un film Les Nibelungen en deux parties La Mort de Siegfried et La vengeance de Kriemhild, de Fritz Lang (lien). Le spectateur et le lecteur découvrent souvent les récits fondateurs de la mythologie au travers d'œuvres contemporaines qui sont des réécritures et des interprétations se chargeant avec finesse et érudition, en tout cas pour ces deux-là, de les développer. Autrement dit, ils ne contentent pas de les commémorer mais de leur faire prendre de nouveaux chemins de sens en adoptant des points de vue narratifs originaux.

L’émergence et la diffusion de certains mythes et motifs sont des sujets fascinants, particulièrement quand on les analyse dans leur ensemble. Il existe de nombreuses études et thèses qui interrogent de manière théorique et pluridisciplinaire les chemins de transmission, de mutation et de métamorphose des récits mythologiques, depuis les bribes d'histoires originelles jusqu’aux versions actuelles de ces épopées. Cet article est une géniale plongée dans la géographie mythologique du monde ainsi qu'un habile résumé de la théorie de Witzel dont l’exposé a quelque chose de profondément stimulant.


Bonne lecture ! :-)

dimanche 19 mars 2017

Lavinia, de Ursula K. Le Guin (2008)

Lavinia, d'Ursula K. Le Guin (2008)

Dans une interview de l'auteure, Ursula K. Le Guin dit que son intérêt pour les cultures les plus diverses tient surement à une affinité de tempérament ou d’intellect avec son père qui était anthropologue : lui étudiait des sociétés étrangères, elle en invente. Elle a ainsi écrit de nombreux romans et nouvelles en suivant une inclination pour les genres de l’imaginaire dont elle est devenue une incontournable artisane. Lavinia paru en 2008 se situe pour sa part à mi-chemin entre l’Histoire et la Mythologie Antique.

Photo d'Ursula K. Le Guin

Le Guin raconte une grande épopée au travers le regard et la vie d’un personnage féminin peu documenté du nom de Lavinia. Elle est la fille de Latinus qui était un souverain sur les terres du Latium, durant la période faisant suite à la guerre de Troie. Selon la légende, le troyen Énée reçoit la prophétie d’un oracle : il ira avec ses compagnons, obligés à l’exil, vers cette région de l’ouest de l’Italie (Latium) pour trouver une nouvelle cité et fonder la lignée qui érigera un grand empire (Rome). Le poète Virgile - à la fin du premier siècle avant JC - a donné une nouvelle vie à cette légende à travers l’Énéide, un poème subdivisé en douze chants qui retracent le périple d'Énée. Lavinia y tient une place centrale car son destin se trouve croisé et intimement lié à celui d’Énée.

Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre.

Lavinia reste cependant une figure muette dans l’Énéide, jusqu'à ce que Le Guin s'attarde récemment sur ce personnage laissé à l'arrière-plan, pour lui donner une complexité nouvelle et une véritable personnalité. Cette œuvre contemporaine vient compléter merveilleusement le récit de Virgile, qui mourut en laissant son poème inachevé, en donnant une perspective nouvelle – un point de vue féminin – à cette épopée. L’Énéide de Virgile s’arrête en effet abruptement après la guerre qui affronta Énée et un prince local du nom de Turnus, tous deux prétendants à la main de Lavinia.

Le lecteur ne trouvera pas le merveilleux mythologique de l’Iliade ou l’Odyssée d'Homère auquel il pourrait s'attendre, mais une vision beaucoup plus humaine et réaliste du récit mythologique. Le récit de Lavinia comporte cependant de subtiles intrusions fantastiques et ouvre de subtiles portes entre la réalité et la fiction. Le récit de Lavinia prend en effet une dimension troublante (on pourrait dire métaphysique) lorsqu'elle entre par le biais de ses rêves en conversation avec son poète, Virgile lui-même. Elle prend ainsi conscience de sa propre essence fictionnelle tandis qu’elle n’est encore qu’une enfant dans son présent à elle. Quant à Virgile, en provenance du futur, il est sur son lit de mort quand Lavinia découvre de sa voix la prophétie attachée à sa personne : elle devra épouser un étranger et non un prince latin.

Tantôt la narration est lente dans le roman, tantôt elle jette au lecteur un souffle qui le porte. Le Guin ne confond pas vitesse et précipitation construisant méticuleusement une histoire fabuleuse à partir de petites choses pour raconter la grande épopée. Dans un passage vraiment étonnant, Le Guin retranscrit en une seule page presque chaque scène des violents combats de l’Énéide, en imprimant un rythme saisissant, résumant ainsi de manière cynique et réjouissante le passage de vie à trépas des illustres protagonistes de cette violente guerre qui opposa Troyens et Italiens.

La simplicité et la beauté de la prose de Le Guin, sa crédible évocation d’un autre lieu et d’un autre temps, son appréciation subtile et continue pour les beautés de la vie de tous les jours émanant de la cité ou de la nature sont autant de qualités qui ravivent cette épopée au côté d'Énée et Lavinia

dimanche 14 février 2016

Infinis, de Vendana Singh (2013)

Infinis de Vandana Singh, traduit par Gilles Goullet. C'est une nouvelle de science-fiction en lecture libre dans la revue électronique Angle Mort :

Vandana Singh est Indienne, possède un doctorat de physique sur la théorie des particules et enseigne la discipline dans une université américaine. Sur son temps libre, elle écrit des nouvelles de science-fiction.

Le personnage principal de cette nouvelle est un professeur de mathématiques qui réfléchit à la nature des infinis. Cette histoire a du souffle, on y cause de mathématiques, de poésie, des multiples dimensions de l'univers et de l'absurdité d'une humanité qui s'entretue. Le récit est captivant et a des résonnances profondes, un peu comme la nouvelle (celle-ci réelle) des ondes gravitationnelles codées sur les traits saillants de signaux affichés à l'écran d'un ordinateur, qui révèlent dans les tréfonds de l'univers la rencontre entre deux trous noirs. 

Cette nouvelle fait partie à l'origine d'un recueil de nouvelles intitulé The Woman who thought she was a Planet and other Stories (2013) qui doit paraître au mois de mai aux éditions Denoël, sous le titre Infinités.

Attardez vous pour lire cette nouvelle magnifique car ce n'est pas tous les jours que c'est gratuit.

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lundi 28 avril 2014

Sur ta tombe, de Ken Bruen (2013)

C’était le lundi de Pâques.
Je rentrais en train d’un we en famille.

Voiture 6. Place assise 66. Diable !
Une nouvelle semaine qui s’ouvrait sous de gais auspices. 

Rajoutons à ça le titre du bouquin que j’avais dans mon sac :
Sur ta tombe
Le lendemain de la commémoration de la résurrection de Jésus,
signification religieuse dont on se cogne pas mal de nos jours,
je trouvais la coïncidence sinon frappante, du moins comique.

Notez le souci de mise en forme, je pousse le vice jusqu'à esquisser une stèle. :)

Ken Bruen - Sur ta tombe

Sans parler du titre de la précédente enquête de Jack Taylor... Le Démon que j'avais chroniqué ici

J’étais en résumé dans les meilleures prédictions pour entamer cette nouvelle enquête de Jack Taylor que je place parmi les plus déglingués et attachants détectives de la littérature noire. Ridge, l'amie flic de Jack Taylor à propos de ce dernier :

Mais qu'il soit alcoolique au dernier degré et, elle le soupçonnait, accro à pratiquement toutes les substances illicites en circulation n'y changeait rien : le jour où vous vous retrouviez le dos au mur, c'était vers cette épave vieillissante à moitié sourde et affligée d'une patte folle que vous vous tourniez.

J'ai tourné les pages à une vitesse grand V à la manière du paysage filant à toute allure par la fenêtre du train. J'avais le sublime Détroit dans les esgourdes et du chocolat noir comme encas ce qui accompagnaient très bien cette histoire. On se lie à Jack un peu davantage à chaque enquête, frappé par son énergie du désespoir et l'amertume profonde et durable que lui laissent ses déboires. Epaulé par ses deux amis Ridge et Stewart, il enquête sur une bande de psychopathes, trois garçons et une fille qui ont décidé de nettoyer Galway - port de pêche irlandais - de tous ses :

  • marginaux
  • handicapés
  • démunis
  • tocards
  • et autres miséreux.
Je vous invite à prendre le train en marche, la série de Ken Bruen se lit avec un réel plaisir. 

mercredi 02 avril 2014

Trois cent soixante-cinq personnes par Katya Konioukhova


Le site de Katya Konioukhova

Chaque jour, Katya Konioukhova poste le portrait d'une personne. Ses portraits en disent long sur le regard et l'intérêt qu'elle porte à ces gens. Sa façon d'être journellement en rupture avec ses précédentes photographies force l'admiration. On l'imagine au gré de ses pérégrinations convaincre passants et amis de les laisser se faire photographier. Voici quelques-unes de ses rencontres... 

(Vous avez simplement à cliquer sur les portraits pour les agrandir)

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Le archives de Katya Konioukhova

vendredi 29 novembre 2013

Blancanieves, par Pablo Berger (2012)

« Vous vous rappelez vos rêves de cette époque – les rêves que font les gens simples sur l'amour, l'honneur, et le triomphe du bien sur l'injustice. Bien sûr, les critiques font la fine bouche devant ces films, ils l'ont toujours fait. Mais le commun des mortels ne fait pas la fine bouche. Parce qu'il a besoin de rêves, et quand il n'est plus capable de rêver tout seul, il se tourne vers les gens comme vous – ceux qui créent des rêves à leur mesure. »

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Ô la Merveille !

Ce film fantastique réalisé par Pablo Berger est une nouvelle adaptation du conte de Blanche-Neige. Il m'évoque la tendresse et la nostalgie de Robert Bloch - l'auteur de Psychose - pour le cinéma muet. Bloch écrivit notamment sur ce thème un polar Le crépuscule des stars d'où est tiré la citation plus haut ainsi qu'une nouvelle fantastique Le monde de l'écran qui nous ramène, au travers d'une sublime histoire d'amour, au muet et à son assassin : le parlant..!

A ce même titre, Blancanieves illustre merveilleusement les bienfaits oubliés du muet. Celui qui ravive les images et la musique, les visages et les décors, la lumière et l'obscurité, la tristesse et la joie, la poésie et l'histoire.!

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dimanche 20 octobre 2013

Montessori, Freinet, Steiner... Une école différente pour mon enfant ? par Marie-Laure Viaud

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Est-ce-que les méthodes alternatives d'enseignement permettraient de ne plus contribuer à consolider les hiérarchies qui structurent la société..? de ne pas reproduire les inégalités de classe en classe..? Mieux encore de s’épanouir à l'école.! Le témoignage lucide et représentatif de Henri Deruer paru dans Rue89 sous le titre « Mon fils a fait sa première rentrée. J’aurais voulu autre chose pour lui » reflète bien l'opinion générale, et exprime une réalité scolaire dans laquelle la plupart d'entre nous pourront se retrouver.

Car, lorsqu’il est question du « système » scolaire français actuel, je me représente celui qui s'inscrit dans une logique forte de sélection, d’orientation. Celui qui s’accommode comme il peut de l’inégale répartition du capital économique, culturel et social sur le territoire. Celui qui se met à la norme de l’employabilité, de l’efficacité, et de la performance. Celui aliénant qui porte nos choix vers les établissements et les filières qui débouchent sur les titres scolaires les plus facilement monnayables sur le marché du travail.

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Marie-Laure Viaud est docteur en sciences de l'éducation, spécialiste des écoles alternatives. Elle nous présente de façon aussi objective que possible le fonctionnement de ces écoles et de ces pédagogies « différentes » créées par des enseignants, des médecins, des psychologues et des philosophes qui - depuis près de cent cinquante ans - explorent la possibilité d'un autre modèle d'école. Consciente que sa personne, ses jugements, et son idéologie influent même à son insu sur ses analyses et ses interprétations, elle construit ce document en donnant une représentation fidèle de ces classes qu'elle a longuement observées.

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Sommaire du livre. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Le livre commence avec les mots d'Adolphe Ferrière (début du XXe siècle) dont la critique acérée pique dans le vif du sujet :

« Et sur les indications du diable, on créa l'école. L'enfant aime la nature : on le parqua dans des salles closes. L'enfant aime bouger : on l'obligea à se tenir immobile. Il aime manier des objets : on le mit en contact avec des idées [...]. Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser. Il voudrait s'enthousiasmer : on inventa les punitions... »

Dans son introduction, Marie-Laure Viaud pose la question suivante « Pourquoi y a-t-il si peu d'écoles différentes ? ». Elle avance plusieurs éléments de réponse que je retranscris ici car cette analyse me paraît essentielle :

On peut considérer que les écoles différentes, privées ou publiques, scolarisent environ vingt mille élèves, sans compter l'enseignement professionnel et les classes Freinet isolées dans des établissements classiques. La majorité d'entre elles reçoivent un nombre de demandes d'inscription bien supérieur au nombre de places offertes :  par exemple, l'école Decroly reçoit chaque année de cent à cent cinquante demandes pour vingt-cinq places. Comment expliquer que ces écoles soient si peu nombreuses ?

En premier lieu, la mobilisation des citoyens en faveur de ce type d'école n'a jamais été suffisamment importante pour contraindre l'Education Nationale à ouvrir davantage d'établissements de ce type dans l'enseignement public. Les parents sont plus souvent demandeurs de réussite aux examens que d'épanouissement ; ils mobilisent leurs ressources pour soutenir l'effort scolaire de leurs enfants, cherchent la « bonne école » ou la « bonne classe » - celle où l'on fera allemand première langue, option théâtre. Ce type de comportements n'incite pas à des engagements collectifs ni à la recherche d'une amélioration générale de l'école. Le faible intérêt des enseignants pour les pédagogies nouvelles tient notamment au fait que ces pédagogies sont présentées dans les instituts de formation des maîtres (IUFM). Les mouvements qui pourraient relayer de tels projets, comme les Verts ou Attac, s'intéressent davantage aux problèmes éducatifs sous l'angle de la dénonciation de la « marchandisation » de l'école. Ils ne constituent donc pas des relais auprès des milieux populaires. Quant aux décideurs et aux politiques, ils ont souvent été de bons élèves dans le passé et ont du mal à remettre en cause un système qui leur a permis de réussir...

En second lieu, les écoles différentes sont mal connues et leur représentation dans l'imaginaire collectif est ambigüe. La moindre émission de télévision, le moindre article dans une revue grand public déploie le mythe : « il existe quelque part, très loin, un endroit (une école) extraordinaire...», une école où les adolescents seraient heureux de se rendre chaque matin, où ils se passionneraient pour les apprentissages, où ils pratiqueraient des activités sportives et artistiques épanouissantes, et ce par la magie de quelques éducateurs géniaux... Mais, dans le même temps, ces écoles suscitent un certain effroi : elles sont associées aux écoles parallèles des années 1970, au laisser-faire, au laisser-aller ; on imagine que l'on n'y apprend pas grand-chose ou qu'elles sont destinées uniquement à des enfants « spéciaux ». On leur adresse des jeunes en très grande difficulté avec lesquels on attend qu'elles réussissent là ou tout le monde a échoué, qu'elles fassent des miracles. La représentation de ces écoles se tisse donc entre l'émerveillement, l'effroi et les pratiques miraculeuses... loin du travail scientifique et des discours rationnels qui montrent pourtant le bien-fondé de ces méthodes.

La question est aussi politique. D'une part, les pédagogies nouvelles favorisent, bien plus que le système standard, l'esprit critique, la capacité à s'exprimer, à monter des projets, à prendre des responsabilités collectives. En un mot, elles forment des citoyens capables d'une contestation active de la société. D'autre part, si de tels établissements fonctionnaient correctement (avec des élèves et des moyens ordinaires et en nombre suffisant, afin que leurs résultats ne soient pas attribuables aux conditions de l'expérience), cela signifierait que la réponse aux difficultés actuelles de l'école est d'ordre pédagogique, et non d'ordre quantitatif, et que c'est donc la structure du système qu'il faut transformer.

Vous commencez certainement à percevoir la teneur de ce livre et le ton de son auteur. Il ne s'agit donc pas d'encenser les pratiques des pédagogies alternatives en adoptant une admiration béate. L'école standard pourrait sans doute mieux fonctionner si le ministère de l'éducation restructurait en profondeur la formation des enseignants. On rappellera qu'en 2010, la réforme Chatel a supprimé les cours en IUFM pendant l'année de stage, jetant les lauréats du concours dans des classes à plein temps et multipliant ainsi les cas d'abandon et de burn-out. Aujourd'hui, au lieu d'une entrée progressive dans le métier (par alternance), avec des stages d'observation avant le concours, puis des stages accompagnés dans la classe d'un maître-formateur, le gouvernement Hollande fait une resucée timorée de la formation, les étudiants auront donc deux années menées tambour battant pour obtenir le master, réussir le concours et effectuer les stages à mi-temps. Peu de chances de voir émerger des enseignants capables d'enrayer cette machine à sélectionner les élèves, ils n'auront d'autres choix que d'appliquer les vieilles recettes à défaut d'avoir eu le temps propice à une formation critique et intégrée.

Parlez à de jeunes diplômés des méthodes Montessori, Steiner, Freinet, il y a fort à parier qu'ils n'en connaissent ni les pratiques, ni les enjeux. Pourtant elles ouvrent à une réflexion humaniste (l'adjectif ne me semble pas galvaudé ici) des méthodes d'enseignement. Les enseignants Freinet, par exemple, veulent former des citoyens capables d'agir sur le monde : une grande partie de leur travail consiste donc à développer le sens critique de leurs élèves, à leur apprendre à travailler en groupe, à s'écouter, à s'organiser, à prendre des décisions démocratiques, et à monter des projets collectifs dès la petite enfance.

Ces méthodes sont diamétralement opposées sur des points majeurs, ce qui peut rendre perplexe n'importe quel néophyte comme moi sur le sujet, et j'imagine bien plus encore les parents qui attendent des réponses claires sur l'éducation à promulguer à leur enfant. Car s'il est bien question de l'école dans ce livre, il en est tout autant de l'enseignement des savoirs et des savoir-être par les parents à leurs enfants (cf. principalement les chapitres 7 - 8, et - 9). Concernant les sujets qu'opposent Steiner, Montessori, Freinet et les Pédagogies Institutionnelles, je pense notamment aux passages sur : la part de temps du travail individualisé, le matériel pédagogique, les jeux des enfants, l'approche de l'écriture et de la lecture, l'enseignement des savoirs à partir de situations  « vraies » (et non « scolaires »), l'instauration des « métiers »  et des « ceintures de couleur » (cf. tableau ci-dessous), le nombre des sorties à l'extérieur de l'école.

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Une responsabilité - un métier - est attribuée à chaque élève : gardien du temps (il prévient lorsqu'une activité est terminée), jardinier (il prend soin des plantes), etc. Les ceintures correspondent à un certain nombre de compétences (donnant des droits et des devoirs différents aux élèves). Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Quant aux résultats de ces pédagogies alternatives, Marie-Laure Viaud y consacre plusieurs pages dans le chapitre 6 intitulé « Et après ? Les résultats de ces écoles ». Elle répond entre autres aux questions restrictives que je posais en accroche de la chronique, et elle élargit ces interrogations à d'autres aspects de comparaison. Mais au risque d'amoindrir davantage les idées et les analyses pertinentes de son auteur, je vous invite donc chaudement à vous procurer ce guide. Il constitue un document synthétique, et tourné assurément vers la pratique. J'insiste sur le fait que ces méthodes alternatives sont expliquées par des exemples concrets observés dans les classes existantes : structure d'une journée d'école, détails des activités, analyse des comportements des enfants, description du matériel, etc. Tout cela sans jamais être rébarbatif, faisant resurgir des souvenirs d'école et poussant à reconsidérer les pratiques des enseignants dont nous avons partagé les journées. Le paratexte est par ailleurs très riche et nous incite à poursuivre la découverte de ces méthodes sur internet (vidéos, sites web, publications, etc) ou à se déplacer dans ces écoles dont on trouvera une liste quasi-exhaustive à la fin du livre.


NB : Toujours autour du thème de l'école alternative, on pourra s'attarder sur le billet de Renaud, Du paradigme de l'éducation : « Ken Robinson says schools kill creativity ».