dimanche 29 avril 2012

Metallica et l'orchestre symphonique de San Fransisco (1999)

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S&M est un double album live qui réunit une collection des plus grands titres de Metallica (Master of Puppets, Fuel, The Memory Remains...) sur lesquels est venu s'unir l'orchestre symphonique de San Francisco dirigé par Michael Kamen. L'idée originale vient du bassiste de Metallica, Cliff Burton, qui a une grande passion pour les compositeurs classiques. C'est ainsi que le temps de deux dates en 1999 dans le théâtre de Berkeley, ils ont joué un mélange de métal et de symphonie à nous en hérisser l'épiderme !

Ces interprétations éclatantes éclipsent à mon humble avis les versions originales. Là, je me mets à dos les vieux croutons ;-) fiers d'avoir découvert ces bêtes de scène durant leurs très longues tournées de 1989 à 1993 quand le groupe parcourait le monde pour jouer les titres du célèbre Black Album, ainsi que les djeun's métaleux chevelus qui arborent les t-shirts à l'effigie de leurs idoles en dodelinant de la tête.

L'interlude sur une des plus célèbres compositions d'Ennio Morricone, The Ecstasy of Gold démarre le concert magistralement. Puis, Metallica rejoue leurs morceaux les plus connus avec une précision grisante. Pas de temps mort, chaque titre semble suivre la continuité du précédent, au moins dans la première partie, l'intensité monte crescendo à vous en donner des frissons. Ces émotions courent la foule qu'on ressent fébrile, frémissante et stupéfaite à l'écoute des arrangements inattendus entre l'orchestre et le groupe. C'est une parfaite symbiose musicale qui opère, un réenchantement de leurs morceaux les plus athlétiques. Parmi mes morceaux préférés, je retiendrai la musique de The Call Of Ktulu qui dure quasiment 10 minutes, le titre fait référence à la tentaculaire créature des nouvelles fantastiques de Lovecraft, écrivain majeur pour ses récits d'horreurs et de SF dont je parlerai certainement à une autre occasion sur le blog.

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mardi 17 avril 2012

I wish, de Hirokazu Kore-Eda (2012)

Je change de ville, et je retrouve maintenant le chemin des petites salles obscures qui ne payent pas de mine, et projettent parfois de petites merveilles, ce qui représente une grande consolation quand dehors il caille et il flotte. Je vais donc vous parler d'un film réalisé par Hirokazu Kore-Eda sur une enfantine aventure ferroviaire.

Affiche de I wish

Le titre original du film en japonais Kiseki signifie « le miracle »... un miracle qui pourrait, dit-on, se produire au point de croisement des trains de la nouvelle ligne qui relie les domiciles respectifs de ces deux frères. Séparés après le divorce de leurs parents, ils organisent secrètement ce voyage avec la connivence de quelques amis.

SakurajimaL'histoire commence tout près du volcan Sakurajima qui recouvre les villes avoisinantes de ses cendres, en faisant de ce lieu un horizon tout à fait extraordinaire. C'est ici que Koishi, l'aîné, est parti vivre avec sa mère chez ses grands-parents. Quant à son petit frère Ryunosuke au sourire malicieux, il est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île de Kyushu.

Quand Koishi et ses deux meilleurs amis ne sont pas à la bibliothèque de leur école pour dévorer des yeux les jambes de la bibliothécaire, ils se réunissent pour discuter, et s'amuser à ces préparatifs du jour J où ils feront école buissonnière.

Je gage que l'affiche et le résumé devraient suffire à vous pousser à aller voir cette tendre histoire. Ou plutôt à aller la vivre, car s'il y a bien une impression qui se dégage de ce film, c'est sa respiration lente et relaxante qui convient naturellement au rythme de vie de ces deux frères, et c'est aussi l'énergie spontanée que les enfants délivrent avec un plaisir manifeste.

Cette escapade des enfants le long de la nouvelle ligne de TGV est joyeusement rendue à l'écran avec beaucoup de simplicité et de plaisir. Ces deux frères m'auront épaté.

Les 7

Nb : Je n'ai pas vu les autres films de ce réalisateur japonais qui a été récompensé par de nombreux prix internationaux dès ses premiers longs-métrages, Maborosi (1995), After Life (1999), ou plus récemment Nobody Knows (2004), et Still Walking (2008) qui ont été très bien reçus tant au Japon qu'à l'étranger.

dimanche 15 avril 2012

Somebody That I Used to Know, une reprise par Walk off the Earth

Difficile de ne pas avoir déjà entendu cette chanson du duo australien Gotye et Kimbra, ou de ne pas avoir été arrêté par le clip musical où ils interprètent nus leurs remontrances amoureuses pendant une séance de peinture corporelle. Mieux ! Les cinq artistes du groupe canadien indépendant Walk off the Earth se partagent une seule et même guitare le temps d'une reprise captivante à regarder comme à écouter. That's a bingo.


vendredi 02 mars 2012

Nager sans se mouiller, de Carlos Salem (2010)

A l'endroit, une blonde aguicheuse.
A l'envers, une quatrième de couv' croustillante .
A l'intérieur, c'est un roman noir délirant, et burlesque qui va vous chauffer les joues.

Nager sans se mouiller, de Carlos Salem

Comme le héros d'Un petit boulot de Iain Levison (chroniqué ici), Carlos Salem réussit à nous rendre sympathique un tueur à gages dont la droiture et le sens particulier de la probité vous feraient jalouser.

Le centre de toutes les attentions s'appelle Juanito Pérez Pérez, alias Numéro Trois. Dans la vie, ce quadragénaire effacé et divorcé travaille pour une multinationale qui vend des produits médicaux. Mais, en réalité, il s'est forgé une autre identité, il est un des plus redoutables tueurs à gages d'une « Entreprise » qui l'embauche pour supprimer des hommes d'affaires gênants.

Alors qu'il part prendre ses premières vacances seul avec ses enfants, le Numéro Deux de l'Entreprise lui colle un contrat de dernière minute. Elle lui a réservé un emplacement avec ses enfants dans un camps de naturistes où il pourra assurer parallèlement la surveillance d'une future victime qui y séjourne.

Commence alors une fantaisie amoureuse de vacances des plus excitantes, un imbroglio de rencontres et de coïncidences intrigantes lorsque son meilleur ami d'enfance borgne et unijambiste, son ex-femme dans les bras de son nouvel amant, un flic qui a plusieurs fois croisé sa route, et un écrivain avec le patronyme de Andréa Camilleri se retrouvent par le plus mystérieux des hasards tous nus dans le même camps de naturiste.

C'est la naissance d'une conscience dont Juanito ignorait l'existence, il lui faudra assumer ses différentes identités, se demander qui il est. Les doutes l'assaillent, et il ne sait plus où la menace se cache, craignant que ces coïncidences soient une manigance pour l'atteindre lui. Les rebondissements en valent le cul et la chandelle..!

dimanche 19 février 2012

Vie animale, par Justin Torres (2012)

Vie animale (VO : We the animals) est le premier roman de Justin Torres, jeune écrivain new yorkais, traduit en français par Lætitia Devaux.

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Trois frères métis de 6 et 7 ans vivent une enfance foutoir dans un quartier de New York. Enfants d'un père portoricain et d'une mère blanche, ils apprennent à se méfier de la colère de leur père et de la confusion de leur mère. Les bribes de vie de ces 3 enfants qui sont livrés à eux mêmes nous happent très vite grâce à une narration brute de réalisme. Ces scènes de vie désarçonnantes nous sont rapportées par la voix du benjamin.

L'usage du « on » devient naturellement la meilleure façon pour l'enfant d'exprimer les sentiments collectifs de la fratrie dans laquelle sa personnalité se fond. Ce même « on » dont la répétition dès les premières pages saute aux yeux, jouant sur l'anaphore et des phrases courtes pour imprimer un rythme incisif, une langue percutante et parfois poétique.

« On en voulait encore. On frappait sur la table avec le manche de nos fourchettes, on cognait nos cuillères vides contre nos bols vides ; on avait faim. On voulait plus de bruit, plus de révoltes. On montait le son de la télé jusqu’à avoir mal aux oreilles à cause du cri des hommes en colère. On voulait plus de musique à la radio ; on voulait du rythme ; on voulait du rock. On voulait des muscles sur nos bras maigres. On avait des os d’oiseau creux et légers, on voulait plus d’épaisseur, plus de poids. On était six mains qui happaient et six pieds qui trépignaient ; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore. »

Pas lavés, mal nourris, les enfants avides se conduisent comme une meute, et ils transcendent leur quotidien. Ils sont énergiques, instinctifs, tempétueux. Toutes les manifestations d'affection sont de vrais moments de grâce qui tranchent avec les coups de gueules et la fureur d'une mère résignée, épuisée, et désarmée qui travaille la nuit dans une brasserie, et la dureté d'un père autoritaire dont certains comportements sont tout simplement ahurissants.

Des scènes justifient à elles seules la lecture de ce court roman de 130 pages (les repas, une leçon de natation atypique, la scène charnelle dans la salle de bain...). En quelque sorte, le récit est cousu de fil blanc car nous pressentons que le benjamin va finir par sortir de l'indistinction, et cette césure inéluctable du groupe (passage du « on » au « je ») sera violente !

mardi 14 février 2012

Ainsi naissent les fantômes, de Lisa Tuttle (2011)

Nouvelles choisies, présentées et traduites par Mélanie Fazi. La couverture est une création de Stéphane Perger.

Quand une jeune et talentueuse auteure française de fantastique sélectionne et traduit les nouvelles d’une moins jeune auteure américaine installée en Écosse dont elle est une grande admiratrice, cela donne un très beau livre avec des histoires parfaitement ciselées, et qui habillent merveilleusement le titre sibyllin de ce recueil de nouvelles.

« En 2004, j’ouvrais mon recueil Serpentine sur cette dédicace : À Lisa Tuttle, dont les livres m’ont appris que les plus effrayants des fantômes sont ceux qu’on porte en soi. Ils étaient toujours là, ces fantômes : entre les pages des textes que je découvrais en cherchant la matière qui composerait ce recueil. » 

Mélani Fazi

Le petit bijou (Rêves captifs) qui ouvre le recueil, est le récit d'une enfant enlevée, et séquestrée dans un placard. A l’instar des évasions imaginaires du Vagabond des étoiles de London (présenté ici par Clément), cette jeune fille nous livre les souvenirs confus de sa longue réclusion au milieu des sombres et misérables mètres carrés dans lesquels son ravisseur l’a enfermée. La chute cauchemardesque qui vient éclairer les circonstances de son évasion ne sont pas également sans évoquer le roman de Jack London quand l’esprit de Darrel Standing – camisolé de force et jeté au fond d’un cachot - rôde parmi les fantômes de ses vies antérieures.

Les histoires de Lisa Tuttle renforcent mon idée que je suis plus sensible aux mésaventures surnaturelles lorsqu’elles sont racontées de l’intérieur. Leur point de vue redouble l’effet de mystère puisque leur récit à la première personne interdit de tout voir ou de tout entendre. Et les fins n'en sont que plus exquises. Ces nouvelles obombrent, et si vous décidiez de les lire, vous serez certainement troublés par la sensibilité et par les singulières mésaventures de ces héroïnes qui donnent naissance à des visions névrotiques dans lesquelles elles projettent leur angoisse... ainsi naissent les fantômes.

samedi 21 janvier 2012

Oh Amadou, par Amadou, Mariam et Bertrand Cantat

En regardant ce clip musical (plus bas dans ce billet) et ces images sur une route du Mali, je songe à ces quelques nuits chaudes dans le désert du Sahel où nous savourions avec des amis le thé traditionnel des Touaregs.

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Entre nos discussions passionnées sur le monde, et les silences qu’imposent la nuit, entre l’endroit où le soleil s’éteint et celui où il se lève, nous laissions le temps au temps. Par-delà les lueurs du feu, nous regardions captivés les gestes habiles de nos amis burkinabés qui transvasaient plusieurs fois le thé entre deux verres pour le faire mousser. Le verre servi passait de main en main. Et, la décoction des mêmes feuilles de thé donnait un goût particulier à la préparation des trois verres successifs qui nous étaient offerts. Ils prêtaient une signification à chacune de leur saveur :

« Le premier est amer comme la mort, le deuxième est doux comme la vie, le troisième est sucré comme l’amour. »


Ce retour inattendu de Bertrand Cantat au chant et à l'harmonica - s’associant le temps d’un blues avec Amadou et Mariam - est tout à la fois : doux, sucré et amer. Et, les quelques paroles répétées comme une litanie par ces trois voix puissantes, suaves ou éraillées s'incrustent facilement dans notre tête.

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