Société

Phénomènes de société, documentaires atypiques non commercialisés, humeur du moment, etc.

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vendredi 14 décembre 2012

Profession, domestique : un film photographique

En septembre 2011, le Monde diplomatique publiait un dossier consacré aux emplois de service à la personne, comprenant une enquête de Julien Brygo sur la formation des bonnes aux Philippine (voir le billet).

[...] Chaque année, plus de cent mille Philippines choisissent l'exil dans les services à la personne à l'étranger, assurant 12 % du PIB du pays pour l'année 2010. Des écoles y sont spécialisées dans la formation de domestiques « exportables » dans le monde entier. On y apprend à se servir correctement d'une soupière, à formuler les phrases suffisamment polies sans être trop insistantes, à respecter à la lettre les préceptes issus d'un manuel de bonne conduite, etc. Un diplôme en bonne et due forme est remis en fin de formation, avec la prise en compte des compétences, des connaissances théoriques et des qualités comportementales. Un service marketing rôdé vante même la qualité du service rendu, avec des accroches du genre « Avec Shiva, la corvée des tâches ménagères ne sera plus qu'un mauvais souvenir ». À tel point qu'en 2005, le dictionnaire américain Merriam-Webster donnait comme définition : «Philippine : 1. Femme originaire des Philippines ; 2. Employée de maison ».[...]

Renaud (dans un exercice subtil d'auto-citation), extrait du billet « Le Monde diplomatique - Septembre 2011 »

Aujourd'hui, le Diplo propose (en complément de cet article et en accès libre : lien) un film photographique inédit, alimenté par des entretiens de terrain et accompagné d’une bande-son originale. Un reportage sidérant qui se termine sur les préceptes du manuel de bonne conduite cité plus haut. On en rirait presque, s'il ne traduisait pas une tragique réalité : la « professionnalisation » de ce phénomène de surexploitation des travailleurs immigrés.

Montage : Matthieu Parmentier
Musique : Antoine Dubost
Réalisation et photographies : Julien Brygo


jeudi 06 décembre 2012

« La femme ne doit pas être la proie des partis ! »

Ah, le bon vieux temps du Mouvement Démocrate-Chrétien...

mouvement_democrate_chretien.jpg

Magnifique slogan du milieu du XXe siècle (ou de la fin de la Préhistoire, on ne sait pas trop), plein de tendresse et d'attention patriarcales à l'égard de la gente féminine. Il paraît même que depuis, les femmes se sont tellement émancipées qu'elles seraient en quête d'une égalité salariale homme-femme...
Heureusement, des pays responsables tels que l'Irlande veillent au maintien de traditions millénaires, notamment en matière d'IVG. Le 28 octobre dernier, une femme victime d'une fausse couche à 17 semaines de grossesse est morte d'une septicémie après s'être vue refuser un avortement (lien France 24). Le blasphème a été évité de justesse, alléluia !

N.B. : Alors comme ça, « on n'a pas besoin d'être féministe » dans la génération de Carla Bruni ? Parfait, on progresse...


mardi 27 novembre 2012

Interview de Frédéric Lordon par Daniel Mermet : qu'est-ce que la finance ?

Vendredi 23 novembre, Là-Bas si j'y suis (l'émission de Daniel Mermet sur France Inter) avait pour titre « Prolétaires de tous les pays, devenez trader ! ». Je vous en retranscris le résumé :

« Le Hero du père, c’était Che Guevara, le Hero du fils, c’est Jérôme Kerviel. Le monde change. Vous aussi, devenez trader, apprenez le trading, écoutez BFM Business ! N’importe qui peut s’enrichir vite et facilement. C’est ce que nous sommes allés voir. En effet, la connaissance et la pratique de la finance et du placement, voilà ce qui est indispensable à la France pour sortir de la crise et connaître un avenir radieux. Ecoutez les conseils de notre expert, Frédéric Lordon, laissez tomber la lutte des classes, prolétaires de tous les pays, devenez trader ! »

L'émission a rencontré un franc succès — tout comme l'émission de la veille, autour du livre de Jean Stern, Les patrons de la presse nationale, tous mauvais (éditions La Fabrique, 2012). Aussi, le lundi suivant, l'équipe de Là-bas a publié le message suivant :

« Ça ne vous a pas échappé, chers AMG [auditeurs modestes et géniaux], dans notre reportage du vendredi 23 novembre, "Prolétaires de tous les pays, devenez trader !", on a fait appel à notre expert financier, Frédéric Lordon. Résultat, on a passé tout le weekend à lire vos messages réclamant plus de Lordon dans Là-bas si j’y suis ! C’est incroyable. Certains d’entre vous décrivent des troubles du comportement, d’autres des tremblements, des frissons, et même des accès de fièvre ! Chers AMG, on ne pouvait pas vous laisser plus longtemps dans cet état. Voici donc, en exclusivité pour les auditeurs de Là-bas, un entretien indispensable pour comprendre ce qu’est la finance. »

Je vous invite donc à prendre dix minutes de votre temps (libre) pour écouter le professeur Frédéric Lordon, très bon pédagogue, expliquer ce qui se cache derrière ce mot fourre-tout : la finance. Une notion élémentaire, rébarbative de prime abord, mais nécessaire à la compréhension du bordel planétaire actuel.
 

Si vous voulez en savoir un peu plus, écoutez l'émission sur le métier de trader, à l'origine de cette interview : Prolétaires de tous les pays, devenez trader !


mercredi 04 juillet 2012

J'ai un doute...

Si vous en avez assez des sites d'informations conventionnels, J'ai un doute.com est fait pour vous.

jai_un_doute.pngTrès rigoureux sur le fond comme sur la forme, il s'agit d'un condensé d'informations mêlant vidéos personnelles et documentaires de qualité, au service d'une information simple et précise. Le but est clairement de souligner la désinformation environnante, sur des sujets parfois difficilement abordables mais pourtant essentiels.
Les articles sont regroupés par grands thèmes, comme Environnement, Politique, Économie, Santé, Médias, Sciences, Histoire... Chaque vidéo bénéficie d'un montage particulièrement soigné qui rend le contenu encore plus percutant. Enfin, le site est participatif : à tout moment, on peut apporter sa pierre à l'édifice en communiquant les éléments nécessaires à la confirmation ou l'infirmation d'une information donnée.

Dernier exemple en date, les événements récents en Libye.

Merci Robin, voilà un élément de plus dans mes raccourcis Firefox...


jeudi 19 avril 2012

Le plan de bataille des financiers, par François Ruffin

À l'origine, une conférence à la librairie de la Renaissance à Toulouse. François Ruffin, journaliste à Fakir, au Monde diplomatique et à l'émission de France Inter Là-bas si j'y suis, auteur en 2011 de Leur grande trouille, sous-titré « journal intime de mes "pulsions protectionnistes" », discutait du « Made in France », de la notion de protectionnisme et de ses conditions d'applicabilité. Au détour d'une question, il avait évoqué un document accablant concernant l'avenir de la politique économique en France, rédigé en anglais par un certain Nicolas Doisy, « chief economist » de Chevreux, la première société de courtage européenne du groupe Crédit Agricole.

Le document, sa traduction et quelques explications sont disponibles ici : www.masutti.lautre.net. Il s'agit d'une note brève (une dizaine de pages), en anglais, qui n'était pas destinée au grand public mais plutôt aux opérateurs de marchés.

Puis, l'apothéose. Lors d'une émission de Là-bas si j'y suis diffusée le 11 avril 2012 (disponible ici), François Ruffin interviewe ce cher Nicolas Doisy. Ce dernier va donner, empreint d'une sincérité qu'on ne saurait lui reprocher, les détails de ce qu'il faut d'ores et déjà appeler le plan de bataille de la finance au soir de l'élection présidentielle. Il y explique, d'une manière assez cynique, que le prochain président de la République – quel qu'il soit, même si l'on sent bien que l'un devra effectuer un retournement de veste d'une plus grande ampleur que l'autre – sera amené à tromper le peuple français et, un exemple parmi tant d'autes, devra casser le fameux Contrat à Durée Indéterminée (CDI), dernier rempart et principal obstacle aux politiques libérales de flexibilisation du marché du travail français.

Renseignez-vous par vous-même, faites-vous votre propre avis, mais je trouve que la vidéo de dix minutes ci-dessous résume assez bien l'enjeu et constitue un bon point de départ.

N.B. : Pour les affamés qui osent s'engager sur les sentiers tortueux de l'Économie, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de cet article sur la création d'un nouvel outil de spéculation, entré en vigueur le 16 avril dernier et qui n'a pas fait grand bruit dans la presse. Le lien : http://reflets.info/la-france-en-faillite-yes-we-can.

Ajout du 29/04/2012 : Suite à la remarque de Louis – que je remercie au passage – du 25/04/2012, je rajoute ici les liens vers deux bons articles qui creusent le sujet, parus sur le « Blog de Nico » : le premier et le second. Et si vous voulez vous marrer, regardez ça : http://blogdenico.fr/?p=1114.


lundi 02 janvier 2012

Du paradigme de l'éducation : « Ken Robinson says schools kill creativity »

L'école, la famille, les médias, structurés implicitement autour de la comparaison, conditionnent à la fragmentation, au manque, à la conformation – ce qui génère blessures, peurs et souffrances. Que serait et comment mettre en place une « éducation » véritablement libératrice, qui préparerait à vivre harmonieusement, dans toutes les circonstances de la vie ? C'est ce sur quoi travaille le Cercle de Réflexion pour une Éducation Authentique (CREA) « Apprendre la vie ».

La vidéo suivante est un extrait d'un exposé de Ken Robinson (« Ken Robinson says schools kill creativity »), plutôt habilement retranscrit en dessins.

Des informations supplémentaires sont disponibles pour les attardés intéressés sur le site du CREA, www.education-authentique.org. On peut aussi regarder d'autres vidéos de Ken Robinson sur le site de TED, comme par exemple celle-ci de 2006, ou celle-là de 2010 (merci à Gilles).

MÀJ du 05/01/2012 : La version originale de cette vidéo pour celles et ceux (dont je fais partie) que le ton monocorde de la version française dérangerait. Merci Laïla !


mercredi 30 novembre 2011

Denis Robert, Journaliste avec un grand « J »

Denis Robert est écrivain et journaliste. Un vrai journaliste, devrait-on préciser aujourd'hui, étant donnée la dépréciation patente du terme ces derniers temps. Chroniqueur occasionnel à Siné Hebdo (ancien Siné Mensuel), investigateur hors pair, il est surtout connu pour s'être attaqué à Clearstream (1), une chambre de compensation financière, dans des bouquins comme Révélation$ et La Boîte Noire, mais aussi dans un documentaire diffusé sur Canal+, Les Dissimulateurs. Le but est toujours le même : dénoncer le fonctionnement opaque et l'évasion des capitaux vers les paradis fiscaux que pratiquent certaines grandes institutions dont Clearstream fait partie (elle conserve 11,4 trillions d’euros dans ses coffres luxembourgeois), chose qui n'était pas évidente au début des années 2000 et qui ne l'est pas forcément plus aujourd'hui. Le garçon est plutôt du genre coriace : on reste stupéfait devant l'acharnement dont il fut l'objet dix années durant, avec une soixantaine de procédures judiciaires intentées contre lui en France, en Belgique et au Luxembourg, par Clearstream et des banques russes et luxembourgeoises.

Autant dire que pendant toutes ces annéesdenis_robert.jpg, il a envisagé de jeter l'éponge à plusieurs reprises, face à des pressions morales et financières grandissantes. Les sommes astronomiques que réclamaient Clearstream pour diffamation - qui se chiffrent en millions d'euros - rappellent celles que Carglass réclama, sans succès, à Jean-Robert Viallet pour son excellentissime (le mot est faible) documentaire La Mise à mort du travail (2). L'image de David contre Goliath n'est pas complètement stupide... Mais le 3 février 2011, Denis Robert est blanchi de toutes ses condamnations par la Cour de cassation. Les juges ont considéré « les allégations bien-fondées et étayées par de solides arguments ». Dans un entretien à Siné Hebdo, Denis Robert déclare : « J'étais poursuivi pour « recel de vol » mais le tribunal l'a justifié en indiquant qu'il y avait un intérêt supérieur qui s'appelle le devoir « d'informer le public sur un sujet d'intérêt général ». C'est une décision impo-rtante pour l'ensemble des journalistes. » Et qui fera jurisprudence, on l'espère...

Hier, le 29 novembre 2011, la Cour d'appel de Lyon a rejeté sa demande de dommages et intérêts qu'il réclamait à Clearstream pour lui avoir pourri la vie pendant dix ans. Il devra donc se contenter des quelques 56 500 euros que la société doit lui verser au titre des frais de procédure, ce qui n'est pas rien. On peut aussi se demander dans quelle mesure cela remet en question l'égalité des individus devant la justice : on ne dispose pas tous de telles sommes pour se défendre sur le plan juridique. Quoiqu'il en soit, malgré quelques zones d'ombres (3), il n'en reste pas moins une éclatante victoire de la liberté d'expression et la consécration du travail de Journaliste, avec un grand « J ».

Pour en savoir plus : un article du Nouvel Observateur, deux articles de Télérama (une interview du 2 mai 2011 et un article plus récent), et le blog de Denis Robert (la domination du monde).


(1) En référence à l'affaire du même nom, affublée du numéro 1 pour bien identifier l'une des nombreuses facettes du scandale Clearstream...
(2) Ou comment les logiques de rentabilité pulvérisent les liens sociaux et humains, en trois actes : la destruction, l'aliénation et la dépossession. Courez voir ce documentaire si vous ne l'avez pas encore vu !
(3) Une parmi des dizaines d'autres : l'avocat de Clearstream, Richard Malka, était aussi l'avocat de Charlie Hebdo, représenté à l'époque par Philippe Val. Un lien avec son aversion pour le travail de Denis Robert ? Regardez cette vidéo affligeante de 2009, à l'aune des informations dont on dispose aujourd'hui...