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L'autre Sergio

Premier film du troisième Sergio spaghetti (Sollima, après Leone et Corbucci) que je vois, et c'est à se demander comment j'ai mis autant de temps à le rencontrer. Non pas que Colorado soit un western sensationnel et incontournable, mais il propose une variation supplémentaire autour du genre qui vaut le détour à plusieurs titres.

Déjà, le duo de tête est une satisfaction en soi : d'un côté Lee Van Cleef le hiératique, avec son visage anguleux et son regard perçant tous deux uniques (pour une fois dans la peau d'un plus ou moins "gentil"), et de l'autre Tomas Milián le cabotin hispano — que je n'avais jamais vu ailleurs il me semble. Leur opposition est certes de principe, avec une rétention d'information pas franchement justifiée (pourquoi Milián ne tente pas de se justifier au tout début, ça reste un mystère), mais elle reste efficace du point de vue de la dynamique narrative. Du point de vue comique, j'aime beaucoup ce personnage de pouilleux qui prend tous ses proches pour des cons et use de la ruse pour se dépatouiller d'à peu près n'importe quelle situation.

Au final les grands thèmes classiques du spaghetti ne sont pas forcément là, il n'y a pas de vrai sadisme, pas de grands duels interminables mis en scène de manière typiquement baroque (il y en a quelques uns quand même). Il y a Morricone, certes. Mais le film tend beaucoup plus frontalement que n'importe quel Leone vers la fable politique, avec une bonne composante anar qui n'est pas pour me déplaire, l'éternel étranger bouc-émissaire et quelques petits tacles anti-cléricaux (avec des répliques, en substance, du type "J'ai sauvé votre fille — C'est ma femme."). Étonnamment ici, Van Cleef n'incarne pas un salopard de première mais un simple chasseur de prime mi-shérif mi-sénateur qui commencera par servir ses propres intérêts (prudemment) avant que sa conscience ne le rattrape. Il y a aussi un petit je ne sais quoi de subversion sociale avec le personnage du baron von Schulenberg, un aristocrate germanisant avec son monocle, évoquant vaguement le baron von Rauffenstein de La Grande Illusion dans son rapprochement de classe avec Van Cleef.

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