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Montesquiou, c'est un petit village du Gers, à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Toulouse. Quelque cinq cents âmes à l'année, perdues dans les très beaux paysages gersois, verdoyants et vallonnés. Chaque été depuis 10 ans, la population connaît une hausse du nombre de têtes par mètre carré, le temps d'un weekend allongé, à l'occasion d'un festival de Garage (mais en plein air) baptisé "Montesquiou on the Rock's".

Un festival gratuit, à l'ambiance agréable, détendue, familiale, où tout le monde trouve sa place : il y a des jeunes et des moins jeunes, des vieux et des moins vieux, des garageux de tout le Sud de la France, des punks à grosses crêtes et blousons cloutés, des fans de Glam Rock et des gens qui passaient tout simplement par là et qui se demandaient d'où venait cet incroyable bordel. Il est franchement étonnant de voir que pour son dixième anniversaire, le festival a su conserver un esprit génial en petit comité, une bonne organisation, et une excellente programmation. Les repas sont pris un peu partout autour et sur les grandes tablées disposées pour l'occasion, ce qui facilite les contacts avec d'autres sympathiques et anonymes garageux et avec, au choix, Looch Vibrato et Aggy Sonora des Magnetix, le chanteur de King Salami Dirty Sanchez, ou encore un Reverend Beat-Man (lire le billet) qui passe par là derrière ses lunettes noires. Bref, des repas sympas avec des produits locaux, bons et pas chers.

Rentrons dans le vif du sujet. Les toulousains de Dividers [extrait : The Way of the Brave] ont ouvert les hostilités jeudi soir, pour une entrée à base de Folk, Garage, et Punk. La première moitié du set était vraiment bonne, avec des ballades plus ou moins énergiques et électriques. Le temps de quelques morceaux, on peut y voir (entendre) les cousins éloignés des Jack of Heart, un excellent groupe de Garage bordelais. La dernière partie était plus pop, plus convenue, et moins attrayante, avec un morceau (Hook) dont les sonorités flirtaient dangereusement avec celles de Patrick Coutin sur J'aime regarder les filles... Puis vint le tour du trio argentin Capsula [extrait : Voices Underground], nouvellement basé à Bilbao en Espagne. Un groupe de Glam Rock réputé pour ses prestations de folie, mais avec à la clé un live qui s'avère désagréablement surjoué, à grand renfort de paillettes, mèches rebelles apprivoisées et petits sauts frisant le ridicule. Il faut sans doute être sensible à ces excès du Glam pour apprécier, mais tout ce qui tournait autour d'une guitare grattée dans le dos ou avec les dents n'était pas franchement convaincant. Pour terminer, un rappel à base de reprises, un Bowie (Suffragette City) correct et un Iggy & The Stooges (I Need Somebody) pas tellement dans l'esprit du groupe. Prestation assez mitigée de mon point de vue, mais beaucoup semblent avoir apprécié.

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Deuxième soir, après une journée ensoleillée de repos pour se remettre de la veille, à siroter diverses boissons dans les différents champs autour de Montesquiou. King Automatic [extrait : Here comes the terror] ouvre le bal avec tout son attirail de one man band accompli : claviers, grosse caisse, charleston modifié, maracas, guitare (la même que celle avec laquelle il jouait pour Thundercrack [lire le billet]) faisant office de baguette de manière épisodique, et bien sûr l'indispensable looper. Un multi-instrumentiste vraiment talentueux. Il aura préparé le terrain assez efficacement pour le duo de Stop II [extrait : Monkey], génial groupe de Country Trash dans la même veine que Honkeyfinger. Casquette de redneck sur tracteur John Deere vissé sur la tête, percussions à base de plats à tartes divers, washboard et autres fonds de cafetières italiennes, vieux westerns en noir et blanc projetés en arrière plan, le folklore de la cambrousse américaine fait partie intégrante du groupe. Et autant dire qu'ils envoient du bois avec leurs gros riffs et leur grosse voix, malgré un set un peu trop long. Ils laissèrent la place à un autre duo, les Magnetix [extrait : Living in a box], une petite révélation qui m'aura coûté un tympan. Une batteuse acharnée et une guitare au son savamment distordu pour une ambiance de folie. La gestion du bruit est assez impressionnante, comme un fouillis aux contours bien maîtrisés. Une prestation exceptionnelle, la meilleure du festival probablement, enflammée du début à la fin. Petit extrait de leur performance à Montesquiou : vidéo. Le public chauffé à blanc était alors dans les meilleures dispositions pour accueillir la tête d'affiche du festival, The Monsters [extrait : Juvenile delinquent]. Le groupe suisse du Reverend Beat-Man arrive dans des conditions idéales et ne s'est pas fait prier pour foutre le boxon, après une introduction étrangement cordiale sur fond de Queen. Il n'aura cependant pas attendu deux minutes avant de filmer tout et n'importe quoi en live (comme son batteur ou, diantre, ses parties génitales). Comme prévu, une fois les deux batteries (disposées face-à-face) lancées, l'ambiance est vite devenue électrique et la foule est entrée dans une transe délirante. Les pogos ont laissé des marques. Pas un moment de répit. Un final survolté, accompagné d'une pluie fine et rafraîchissante. Les Monsters sortiront bientôt leur nouvel album, enregistré à Toulouse dans le studio analogique de Lo' Spider.

(Pas de troisième soirée pour moi.)

Une chose est sûre : je repasserai à Montesquiou en 2017.

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