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vendredi 11 janvier 2013

Brassens libertaire, de Marc Wilmet

Je suis anarchiste au point de toujours traverser dans les clous pour ne pas avoir à discuter avec la maréchaussée.

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Georges Brassens est l'un des artistes français les plus appréciés. Ses textes demeurent et demeureront — à juste titre — dans l'imaginaire populaire. Cependant, malgré sa célébrité (il serait d'ailleurs bien embêté d'en apprendre l'existence), il n'en reste pas moins fortement méconnu du grand public, qui n'a souvent que l'image répandue du sympathique chanteur amateur de chats. Marc Wilmet nous permet de découvrir une facette intéressante de Brassens, à savoir son amour de l'anarchie et son engagement inébranlable et humaniste pour la liberté.

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Si le livre s'articule autour de trois phases de vie de Brassens (le chroniqueur marginal, le chansonnier déroutant et l'écrivain semi-officiel), il s'attarde plus particulièrement sur son passé de chroniqueur pour Le Libertaire, revue anarchiste de la fin des années 40. Sous le pseudonyme de Geo Cédille, il écrivit en 1947 une dizaine d'articles, commentant l'actualité avec un style déjà plein d'humour et de provocation. Brassens, qui a lu Proudhon, Bakounine et Kropotkine, s'attaque à la religion, à la police (« Les policiers tirent en l'air mais les balles fauchent le peuple », titre une des chroniques de Geo Cédille) et aux diverses personnalités en vue de l'époque, dont « Aragon, dorénavant soumis à la force capitaliste » (Brassens qui par ailleurs connut le succès en chantant le magnifique poème d'Aragon Il n'y a pas d'amour heureux prit alors soin de retirer la dernière strophe qui parle d'amour de la patrie).

Qu'attend la masse pour se soulever ? Le mercantilisme insolent de la guerre et de la paix n'a pas dissuadé les Français de participer au scrutin pour la Constitution de la Quatrième République (13 octobre). Puisse le peuple se réveiller (piller les commerces, rosser les boutiquiers...), prendre conscience de sa force, refuser à l'avenir la domination des riches !

Wilmet (qui est linguiste) s'amuse à disséquer les thèmes évoqués par Brassens, sa poésie, l'évolution de sa pensée et de son style. Jamais Brassens ne sera apparu au lecteur dans une telle globalité, révélant ainsi l'incroyable cohérence de son œuvre, et sa richesse.  

dimanche 16 septembre 2012

Le Retour du Gang de la Clef à Molette, de Edward Abbey (1989)

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Le Retour du Gang de la Clef à Molette (Hayduke lives! en V.O.) est un roman écrit en 1989 par Edward Abbey, traduit de l'américain par Jacques Mailhos. Il s'agit de la suite des aventures des membres de l'écolo-gang le plus célèbre et le plus déjanté au monde, relatées quinze ans plus tôt dans Le Gang de la Clef à Molette (chroniqué ici).

Mais qu'est-il arrivé aux héros écolos, intrépides et insolents qui sévissaient à l'ouest du Pecos (affluent du Rio Grande), aux frontières de l'Utah et du Nevada ? L'activisme d'antan et le sabotage certifié bio semblent avoir été relégués au second plan. Doc Sarvis et Bonnie Abbzug, qui se sont mariés entre les deux volumes, pouponnent tranquillement avec leur chérubin Reuben — en attendant le suivant (ou la suivante, selon Bonnie). « Seldom Seen » Smith organise des excursions en canoë pour touristes et gère ses deux ou trois ménages — il est mormon et en profite tant qu'il peut. Seuls George Hayduke et un mystérieux cavalier solitaire perpétuent la lutte ancestrale de l'homme allié de la Nature contre l'homme allié de la Machine. Car il y a du boulot : le super-excavateur géant GOLIATH, le plus terrifiant engin jamais construit par l’homme, menace les déserts de l’ouest. Lentement mais sûrement, réduisant à néant tout ce qui se présente sur son passage (forêts luxuriantes, genévriers en fleurs, tortues centenaires), il se dirige vers le site d'une future mine d'uranium, nouvel Eldorado de la région. L'évêque Mgr Love, dont la cupidité n'a pas fléchi avec les années, rêve de construire de luxueux hôtels au milieu des quelques terres vierges restantes et n'hésite pas à déguster à pleines dents du minerai radioactif en public pour persuader l'opinion commune du caractère inoffensif de l'énergie nucléaire.
Heureusement, le mouvement « Earth First! », dénué de chef mais représenté par la délicieuse scandinave Erika, est bien présent et proteste activement contre les méfaits de la société industrielle en manque de terrains constructibles. Amoureux des sites sublimes de l'Amérique sauvage, de ses rapides comme de ses canyons, les guerriers de l'écologie ne reculent devant rien, pas même devant les tonnes d'acier motorisées qui se font chaque jour plus menaçantes.
Le deuxième round peut commencer...

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Les ingrédients qui ont fait la réussite et la renommée du premier opus demeurent : dialogues crus et potentiellement graveleux de personnages hauts en couleur, envolées lyriques quand il s'agit de décrire les paysages bucoliques de l'ouest américain, et final époustouflant où convergent toutes les tensions, toutes les inconnues du récit. Même si le roman d'Abbey peut par endroits manquer de renouveau par rapport à l'œuvre première, l'intensité du plaisir suscité est telle qu'on ne saurait se priver de cette friandise.

« One final paragraph of advice: do not burn yourselves out. Be as I am – a reluctant enthusiast….a part-time crusader, a half-hearted fanatic. Save the other half of yourselves and your lives for pleasure and adventure. It is not enough to fight for the land; it is even more important to enjoy it. While you can. While it’s still here. So get out there and hunt and fish and mess around with your friends, ramble out yonder and explore the forests, climb the mountains, bag the peaks, run the rivers, breathe deep of that yet sweet and lucid air, sit quietly for a while and contemplate the precious stillness, the lovely, mysterious, and awesome space. Enjoy yourselves, keep your brain in your head and your head firmly attached to the body, the body active and alive, and I promise you this much; I promise you this one sweet victory over our enemies, over those desk-bound men and women with their hearts in a safe deposit box, and their eyes hypnotized by desk calculators. I promise you this; You will outlive the bastards. »

Edward Abbey

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D'autres citations et aphorismes du monsieur : http://people.tribe.net/shamanjamin/blog/647768d3-44dc-4bee-9200-bec0d317009c.

mercredi 07 décembre 2011

La Morale Anarchiste, par Pierre Kropotkine (1889)

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« Pourquoi devrait-on suivre les principes d'une morale hypocrite ? Pourquoi telle ou telle morale serait-elle obligatoire ? Pourquoi serais-je moral ? » Voilà la base du raisonnement d'un des théoriciens de l'anarchie, Pierre Kropotkine, dans La Morale Anarchiste, une œuvre courte mais fondamentale parue en 1889. Les premières lignes de ce texte donnent le ton, résolument révolutionnaire, dans la droite lignée de Pierre-Joseph Proudhon (Qu'est-ce que la propriété ?, 1840) et Charles Fourier (Théories des quatre mouvements et des destinées générales, 1808), et en bon contemporain de Mikhaïl Bakounine (Dieu et l’État, 1882), Paul Lafargue (Le Droit à la Paresse, 1880), Friedrich Engels (L'Idéologie Allemande, 1845, et Manifeste du Parti communiste, 1848, co-écrit avec tonton Marx) et Karl Marx (1), donc :

« L'histoire de la pensée humaine rappelle les oscillations du pendule [...]. Après une longue période de sommeil arrive un moment de réveil. Alors, la pensée s'affranchit des chaînes dont tous les intéressés – gouvernants, hommes de loi, clergé – l'avaient soigneusement entortillée. »

Le constat est simple : les actions de l'Homme, réfléchies ou simplement conscientes, vertueuses ou vicieuses, ont toujours la même origine. Elles répondent à un besoin naturel chez l'individu : la recherche du plaisir, le désir d'éviter une peine. Voilà l'essence même de la vie. Là où veut en venir Kropotkine, c'est que les questions posées en début de billet ne sont pas les bonnes.

« La moralité qui se dégage de l'observation de tout l'ensemble du règne animal [...] peut se résumer ainsi : " Fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent dans les mêmes circonstances." Et elle rajoute : "Remarque bien que ce n'est qu'un conseil ; mais ce conseil est le fruit d'une longue expérience de la vie des animaux en société et chez l'immense masse des animaux vivant en sociétés, l'homme y compris, agir selon ce principe a passé à l'état d'habitude". »

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Ainsi, le sens moral serait une faculté naturelle, au même titre que l'odorat et le toucher ; nul besoin d'institutions prosélytes pour en garantir l'application, forcément partiale. La Loi et la Religion (à qui tout bon anarchiste se doit de déclarer sa profonde aversion), grandes prêcheuses de ce principe de solidarité, l'ont simplement escamoté pour en couvrir leur marchandise, c'est-à-dire leur prescription à l'avantage du conquérant, de l'exploiteur et du prêtre. N'oublions pas que ce texte date de la fin du 19ème siècle ; gageons que des progrès ont depuis été faits, au moins en matière de Justice (pour les sceptiques : voir le billet consacré à Denis Robert).
Mais se déclarer anarchiste, c'est aussi transcender l'opposition qui peut exister entre égoïsme et altruisme, étant donnée l'origine commune de ces deux affects.

« En nous déclarant anarchistes, nous proclamons d'avance que nous renonçons à traiter les autres comme nous ne voudrions pas être traités par eux ; que nous ne tolérons plus l'inégalité qui permettrait à quelques-uns d'entre nous d'exercer leur force, ou leur ruse ou leur habileté, d'une façon qui nous déplairait à nous-mêmes. Mais l'égalité en tout, synonyme d'équité, c'est l'anarchie même. »

Pierre Kropotkine fait état d'un homme de convictions, hostile à toute forme de compromis. La disctinction entre sentiments égoïstes et sentiments altruistes qui semblent régir la vie de l'homme utilitariste est absurde à ses yeux. L'anarchiste ne se repaît pas dans l'oisiveté de la suffisance et des bons sentiments ; à l'inverse, l'intégrité est son maître mot, et les luttes quotidiennes jalonnent son existence.

« Une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l'auras comprise – une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre , révolte-toi contre l'iniquité, contre le mensonge et l'injustice. Lutte ! La lutte c'est la vie d'autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais. » (2)


N.B. : À lire, dans un genre un peu plus subversif, un brûlot anarchiste allemand qui expose de long en large « comment réussir à foutre complètement le boxon » (dixit Noël Godin, le célèbre entarteur belge, dans le Siné Mensuel de décembre 2011). Ça s'appelle Manuel de communication-guérilla, de Autonome a.f.r.i.k.a. gruppe, Luther Blisset, Sonja Brünzels, adapté de l'allemand par Olivier Cyran, chez Zones, l'édition (géniale) des Sentiers de l'Utopie.


(1) Si celui-ci ne vous dit rien, ce n'est peut-être pas la peine de continuer... On peut aussi citer, dans un courant socialiste « authentique » aux antipodes des partis sociaux-démocrates actuels auxquels le Parti (dit) Socialiste appartient, des personnalités comme Jean Jaurès, Jules Guesde et Léon Blum.
(2) Extrait qui n'est pas sans évoquer Indignez-vous !, de Stéphane Hessel
, au moins dans une certaine mesure.

dimanche 13 novembre 2011

Les Sentiers de l'Utopie, par Isabelle Fremeaux et John Jordan (2011)

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Sillonner les routes d'Europe pendant sept mois, à la rencontre d'une dizaine d'utopies vécues au quotidien comme une alternative au capitalisme : c'est le pari fou que se sont donné en 2007 Isabelle Fremeaux et John Jordan, deux globe-trotters activistes partagés entre anarchisme et écologisme.
Isa est maître de conférences en Media & Cultural Studies au Birkbeck College-University de Londres. John est un artiste activiste, cofondateur du CIRCA (Clandestine Insurgent Rebel Clown Army), un groupe de clowns activistes ayant essaimé dans toute l’Europe. À bord d'un camion, de Londres à Copenhague en passant par l'Espagne, la France, la Serbie et l'Allemagne, leur objectif était de « rendre visibles ces utopies proches de nous, sans avoir cette tendance à décontextualiser des expériences lointaines », et « raconter des expériences avec leurs imperfections - des collectifs et des êtres humains faillibles. » Lassés de leur quotidien londonien urbain et stressé, de leur consommation compulsive de l’information made in Internet, ils sont partis à l'aventure et sont revenus métamorphosés, ce livre-film en guise de témoignage. Un récit de voyage fascinant pour découvrir quelques unes de ces « utopies réalisées ». « Il n’est pas question d’atteindre l’autosuffisance pour vivre détaché du monde, mais de choisir ses propres réseaux d’interdépendance afin d’être autant que possible maître de ses choix et de sa vie. »

Ci-dessous, un aperçu de ces lieux de vie alternatifs à picorer selon l'humeur.

  • Camp Climat
    Un climate_camp.JPGécovillage temporaire et désobéissant, près de l'aéroport d'Heathrow en Angleterre. Durant quelques semaines de 2007, un camp fut monté en un éclair — la description de l'investissement des lieux est à mourir de rire — au nez et à la barbe des autorités locales, avec une organisation modèle : tout le monde participe à la fois au bon fonctionnement du camp et aux différentes réflexions qui jettent les bases d'un monde (plus) respectueux de l'environnement.
    Plus d'informations sur tous les « Camp Climat » (in english) sur http://www.climatecamp.org.uk.
  • Landmatters
    Une communauté soucieuse de limiter son empreinte écologique, toujours en Angleterre. Un maître mot : harmonie ; harmonie avec la nature et harmonie avec ses semblables. Ils sont à l'origine du concept de « permaculture » (contraction de permanent et agriculture), un système coopératif basé sur une agriculture respectueuse de la biodiversité garantissant eau, nourriture, abri, énergie, transport et gestion des déchets pour l'ensemble de la communauté. Ils gèrent aujourd'hui un terrain de 17 hectares de manière autonome.
    Envie d'en savoir plus (encore in english) ? Allez sur http://www.landmatters.org.uk.
  • Paideia
    Une paideai.jpgécole anarchiste qui fonctionne depuis le 9 janvier 1978 à Merida, dans le Sud-Ouest de l’Espagne. Un lieu unique où des enfants de 18 mois participent à des assemblées générales pour régler les problèmes de groupe. Leurs valeurs : « Égalité, justice, solidarité, liberté, non-violence, culture, et bonheur. » Loin, très loin des poncifs en matière d’éducation :

    « Quand on passe six heures par jour pendant douze ans dans un endroit où l’on n’a quasiment pas son mot à dire sur quoi que ce soit, où être dirigé est la seule chose que l’on connaisse, une forte passivité devient la norme. »

    Un jour, les élèves se soulevèrent et exclurent les adultes avant de faire machine arrière une semaine plus tard : « Diriger l’école sans les adultes, c’était trop de travail. » Le secret de la réussite de l’école ? Un partenariat savamment dosé entre adultes et enfants, chacun bénéficiant de droits similaires, sans hiérarchie.
    Selon moi, la plus belle et la plus intéressante de toutes les rencontres. Celle qui nous met face à la rigidité de notre système de pensée et nous oblige à penser au-delà de ce carcan institutionnel.
  • Marinaleda
    Un village espagnol de 3 000 âmes où furent récupérés, après maintes grèves et occupations, quelques 1 200 hectares de terres (parmi 17 000) qui appartenaient au duc d’Infantado. Une sorte de municipalisme libertaire cher à Murray Bookchin (1) : les maisons sont construites collectivement, et il n’en coûte que 15 euros par mois pour devenir propriétaire dans ce paradis immobilier géré par le CUT, le Colectivo de Unidad de los Trabajadores. On sent toutefois une certaine amertume chez les John et Isa, encore envoutés par la magie de Paideia et pas totalement convaincus par cet endroit qu'ils ont visité par hasard au cours de leur périple.
    Pour un autre regard sur ce village : « Marinaleda, une utopie vers la paix », un reportage de Daniel Mermet et Antoine Chao dans Là-bas si j'y suis, accessible sur http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2200. Et le site officiel : http://www.marinaleda.com.
  • Can Masdeu
    Uncan_masdeu.JPG immense squat où de vastes jardins communautaires jouxtent d'imposants bâtiments, en pleine campagne mais à seulement 20 minutes de Barcelone. Ils sont à l'origine d'un concept de désobéissance civile assez singulier : l’approche Yomango (« yo mango » signifie « je vole » en argot espagnol) du vol à l’étalage, en référence à la célèbre marque de vêtement. La vie collective est exemplaire, avec pour seule règle celle de participer à l’entretien du squat et des jardins deux jours par semaine, et de cuisiner un repas collectif hebdomadaire. Une solidarité paisible qui contraste avec les débuts de Camp Masdeu et le combat contre les forces de police qu'il a nécessité : un siège quasi-médiéval de trois jours dont l'issue positive ne tint qu'à la ténacité des occupants et au soutien du voisinage.
    Le site Internet du squat (en español) : http://www.canmasdeu.net.
  • La Vieille Valette
    Un hameau français géré par des punks qui y organisent régulièrement des concerts réputés. À l'entrée du village, on peut admirer un panneau peint à la main, cloué sur un tronc : « La Vieille Valette : Commune Libre ». Un lieu beaucoup moins chaleureux que les précédents (« c'est pas le village des Schtroumpfs »), en apparence seulement : les occupants se revendiquent « articulteurs », à mi-chemin entre artistes et agricultureurs. Au final, un véritable bastion anarco-punk, loin du syndrome Ikea qui caractérise notre société, assez espiègle pour rebaptiser le poulailler « Commissariat », et adepte du « DIY » : Do It Yourself. Une communauté qui étonne encore aujourd'hui les badauds à l'entour, qui ont parfois du mal à comprendre comment elle s'est construite ; certains pensent même qu'ils ont des appuis haut placés ou qu'il s'agit d'une secte...
    Allez donc faire un tour sur http://collectif.valette.free.fr !
  • Cravirola
    Une cravirola.jpgferme autogérée initialement établie dans un petit hameau des Alpes du Sud, et récemment relocalisée dans l'Aude « pour cause de chaussure devenue trop petite », à une trentaine de kilomètres de Caunes-Minervois (le "chez moi" de mon enfance !). Une vingtaine de personnes d’âges et d’origines divers y partagent valeurs et aspirations, travail et revenus pour « expérimenter de façon collective et autogestionnaire une alternative au système établi ». Tout à la fois idéalistes et pragmatiques, ils font vivre un lieu ouvert, Le Maquis, dont la polyvalence reflète et concrétise leurs convictions. L'activité agricole est la base de leur économie : ils produisent, consomment et fournissent par vente directe sur place ou sur les marchés des produits de qualité tels que fromage, viande, pain et bois. Comme beaucoup d'autres « utopies réalisées », Cravirola propose des formes d’accueil originales où les hôtes sont impliqués dans la gestion et l’animation du site.
    Jetez un coup d’œil à ce maquis : http://www.cravirola.com.
  • Longo Maï
    Une communauté delongo_mai.jpg « longos » née en 1973 sous la forme d'une société de coopérative ouvrière de production (SCOP) à Forcalquier (Alpes de Haute-Provence), mêlant agriculture paisible et activisme radiophonique. « Longo Maï » signifie « longtemps encore » en occitan : depuis la libération des ondes FM du 9 novembre 1981 sous Mitterrand et la fin des radios dites pirates, ils animent Radio-Zinzine, une antenne qui émet 24 heures sur 24, la moitié du temps en direct, sans une once de publicité. Tous les habitants du villages sont impliqués plus ou moins directement dans la gestion et l'animation de la radio, selon les connaissances, les passions, la culture et les envies de chacun, avec musique, cinéma, émissions spéciales, informations...
    Les longos ont essaimé dans toute l'Europe : à ce jour, il existe 5 coopératives Longo Maï en France, une en Suisse, une en Autriche et une en Ukraine. Ils disposent d'une crédibilité telle que Noam Chomsky les cite en exemple d'une résistance réussie contre le « modèle de propagande » des grands médias (2).
    L'histoire et le fonctionnement du mouvement sont décrits sur la page non-officielle http://humanismepur.free.fr/communautes/longo_mai.php.
  • Jugoremedija
    Des usines de Zrenjanin (Serbie) occupées et autogérées après un combat acharné contre les privatisations à outrance. Cette victoire est le fruit de luttes douloureuses (on déplore quelques morts et d’innombrables blessés parmi les manifestants) étalées sur plusieurs années autour de 2004, à braver le froid polaire et à batailler quotidiennement contre la faim. La valse des actionnaires et les restructurations coordonnées ont poussé à bout ces ouvriers qui décidèrent de prendre le contrôle de leurs propres outils de travail, en exigeant que la totalité des actions de l'entreprise soit détenue par les ouvriers eux-mêmes, et personne d'autre.
    Aujourd'hui, ils sont complètement autonomes et dirigent — mieux que les anciens « locataires » — une usine pharmaceutique produisant des médicaments à la chaîne, et cherchent d'ailleurs à étendre ce mouvement à d'autres usines, comme celles de Bek et de Šinvoz. En somme, l'illustration parfaite d'une lutte menée à son terme et, surtout, réussie.
    Un résumé plutôt costaud de cette action, en anglais, sur ce site.
  • ZEGG
    Une communauté allemande qui prône l'amour libéré dans une ancienne base de la Stasi, parfois considérée, à tort, comme une secte par ses détracteurs. ZEGG est un acronyme pour « Zentrum für experimentelle Gesellschaftsgestaltung » (centre pour le design culturel expérimental). Leur principale démarche vise à se libérer des traditionnels préjugés que véhicule le sexe (tabou, honte et autres bassesses), conséquence de deux mille ans de discours patriarcaux et religieux profondément ancrés dans la culture commune. À titre d'exemple, ils essaient de penser la libération sexuelle féminine en dehors du carcan habituel qui se résume aujourd'hui à la liberté de porter des talons hauts et d'avoir recours à une chirurgie plastique hors de prix. Ils sont naturellement opposés à la structure de la famille dite « nucléaire », en référence aux travaux d'Emmanuel Todd.
    Plus généralement, et dans la droite ligne de son membre fondateur Dieter Duhm qui a depuis quitté la communauté, ils s'inspirent de la philosophie anarchiste de Charles Fourier et des théories psychanalytiques de Wilhelm Reich (3) pour s'affranchir de ce qu'ils considèrent comme une pathologie sociétale, responsable selon eux des plus grandes névroses, et dépassant largement les domaines du sexuel et de l'affectif. Leurs réflexions sont aussi intéressantes que dérangeantes, pour les auteurs comme pour les lecteurs, et mettent en branle un débat qui est aux abonnés absents dans notre société.
    Leur site est en anglais ou en allemand : http://www.zegg.de/communaute-zegg.html.
  • Christiania
    Une ville rebelle à la normalisation, issue d'un squat sur une base navale désaffectée de Copenhague et autoproclamée ville libre. Phénomène mondial, cette petite « ville dans la ville », avec ses 900 habitants, est le troisième lieu le plus visité de la capitale. Christiana possède son propre hymne (« vous ne pouvez pas nous tuer », interprété par le groupe de rock Bifrost), son propre drapeau (trois ronds jaunes sur fond rouge), et sa propre monnaie. Il est interdit d'y circuler en voiture : on se gare à l'extérieur. Il est interdit d'y courir : on serait pris pour un voleur. Chaque année, un million de touristes s'y rendent pour déambuler entre les baraquements ornés de fresques psychédéliques et se procurer illégalement du cannabis dans Pusher Street.
    Malheureusement, en février 2011, quelques années à peine après le passage de John et Isa, Christiania a perdu son statut de ville libre suite à une décision de la Cour suprême du Danemark, laissant le champ libre à une horde de promoteurs immobiliers désireux d'expulser les habitants pour y réaliser de juteux investissements. Et mettant un terme à cette expérience de société vieille de plus de quarante ans, dont vingt-deux d’indépendance reconnue par la loi.
    Leur site web est en Danois et en Anglais (http://www.christiania.org), mais vous pouvez aussi lire ceci, en Français.

John et Isa ont cherché «  des lieux sans empreinte spirituelle, sans hiérarchie, horizontaux ». De nombreux thèmes sont abordés sans concession, en attaquant de front les problèmes de fond, avec un souci du détail toujours ludique : les motivations, les objectifs, les relations sociales, l’argent, les prises de décisions, les contacts avec l’extérieur, etc. On a vraiment l'impression de vivre ces expériences et ces rencontres à leurs côtés, de ressentir comme eux les émotions du moment et de partager leur état d'esprit, dans les moments les plus radieux comme lors des quelques expériences malheureuses qui viennent ponctuer le livre a posteriori (cf. Christiania).
Quoi qu'il en soit, on en ressort vivifié, revigoré, les batteries rechargées... mais aussi un peu confus à l'idée de vivre si loin de nos propres utopies.

Quelques liens sympas à propos du bouquin : un article du site article XI, un court papier du Monde diplomatique, et le site officiel. Concernant l'éditeur (génial) ZONES : accès gratuit en ligne au livre et au film « Les Sentiers de l'Utopie » qui retrace et complète leur périple. La vidéo est reproduite ci-dessous.


(1) Lire « Pour un municipalisme libertaire », Atelier de création libertaire, 2003.
(2) Lire Noam Chomsky et Edward Herman, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Agone, 2008.
(3) Wilhelm Reich était un psychiatre, psychanalyste et scientifique autrichien des années 1930 dont les idées radicales rassemblaient celles de Marx et Freud. Il affirmait que les névroses trouvaient leurs racines à la fois dans le moi et dans les structures sociétales, et que la santé mentale et physique dépendait du déblocage de notre énergie sexuelle.

mardi 20 septembre 2011

V pour Vendetta, de James McTeigue (2006)

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Londres, XXIème siècle. Un régime totalitaire fait régner l'ordre dans un climat de terreur omniprésente, secondé par une milice (« Le Doigt ») sans aucune limite. C'est en ayant affaire à elle qu'Evey Hammond (Nathalie Portman) fait la connaissance de « V » (Hugo Weaving, dont on ne verra jamais le visage), un justicier masqué qui la sauve in extremis d'une mort certaine. Inspiré par Guy Fawkes, catholique anglais du XVIème siècle et principal acteur de la « conspiration des poudres » qui visait à assassiner le roi le 5 novembre 1605, V projette de mettre fin au régime dictatorial en cette date anniversaire.

Le scénario de V for Vendetta fut assuré par les frères Wachowski, d'après la bande dessinée éponyme d'Alan Moore et David Lloyd. Après un fulgurant premier volet, la trilogie Matrix s'était quelque peu essoufflée, égarée entre un Reloaded par-ci et un Revolutions par-là... Les revoilàv.jpg trois ans plus tard, bon an, mal an, dans un film d'anticipation révolutionnaire — au premier sens du terme, c'est à dire en rapport avec une révolution politique, sociale, etc. — et avant un navrant Speed Racer. Qu'on se le dise : la dénomination de « film culte » qu'on voit fleurir un peu partout me paraît quelque peu exagérée. V for Vendetta n'est pas entièrement dénué d'intérêt, mais on ne peut s'empêcher de le voir comme une version édulcorée du Fight Club de David Fincher (qui fera l'objet d'un autre billet, j'en suis sûr), sorti en 1999 et adapté du roman de Chuck Palahniuk (1996).

Aussi, on peut regretter :

  • La rapidité avec laquelle est posée la situation. Le film aurait gagné en intensité et en profondeur si les événements clés suivants n'avaient pas été réduits à de vulgaires flashbacks : les conditions d’accès au pouvoir du « haut chancelier » Adam Sutler (pas mauvais John Hurt en Hitler des temps modernes), les conditions de rétention des opposants au régime, les causes de l'atonie caractérisée de la population etc. Et pourquoi pas évoquer la situation au niveau international, éludée dans le film.
  • Le manque de crédibilité d'un soulèvement soudain et massif de la population. Étant donné d'une part le zèle avec lequel le régime s'emploie à réprimer toute dérogation à la (sa) norme, et d'autre part la faible — mais incisive — prise de position de V en comparaison (démolition du symbole de la justice corrompue, attentats télévisuels, distribution de masques à grande échelle), il est difficile de croire en une telle implication populaire et unilatérale sans passer par la phase de « déconstruction ». Seule Evey semble y avoir été confrontée.
  • La confusion entretenue entre vengeance personnelle et révolution. L'emprisonnement et la torture de V constituent la base de son engagement terroriste, bien qu'il fût déjà impliqué sans l'opposition. Mais en s'appliquant à cibler les principaux responsables de sa propre condition, fort des références explicites au Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas (1846) — sans parler du titre même du film —, on peut avoir du mal à voir dans sa démarche autre chose qu'une vengeance froide et réfléchie. La violence ne servirait alors qu'un dessein très personnel, ne posant pas clairement la question : « La fin justifie-t-elle les moyens ? ».
  • L'emprunt aux théories anarchistes. sigle.jpgLe plus préjudiciable à mon sens. Les références sont plus ou moins explicites : le signe de V proche du symbole de l'anarchie, une rébellion face à l'ordre établi, une personne s'écriant « Anarchy in the UK! » (certainement un fan des Sex Pistols...), etc. anarchie.gifMais ces références restent vagues et superficielles, comme si les auteurs n'avaient voulu en retenir que les aspects les plus consensuels pour brasser un public plus large. Et se mettre à dos les amateurs de Proudhon, Fourier, Kropotkine, Bakounine et autres Reclus (hahaha)...

Certaines scènes brillent cependant par leur réalisation impeccable : les rues de Londres où résonne l'Ouverture 1812 de Tchaïkovski au travers des haut-parleurs du régime, certaines scènes de combat ultra-stylisées, la conjonction des explosions et des feux d'artifice en parfaite harmonie, la sérénité d'une femme qui attend sa mort (sans savoir qu'elle l'est déjà, morte), ou encore le suicide télévisuel d'un animateur de talk-show qui pensait pouvoir se moquer du haut chancelier sans en subir les conséquences.
Mais V for Vendetta ne pose pas la question inhérente à toute révolution : certes, il faut s’abstraire de l’aliénation sociale ou politique, mais comment éviter de tomber dans une autre forme d'aliénation ? À ma connaissance, un seul film a réussi à poser cette problématique en des termes corrects, dans le contexte de l'aliénation sociale et de la sphère consumériste : Fight Club, un des films les plus importants pour et de l'époque (1).


(1) Pour reprendre les termes
d'un blog philo passionnant : http://metamonde.over-blog.com.

vendredi 05 août 2011

Le Gang de la Clef à Molette, de Edward Abbey (1975)

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Le Gang de la Clef à Molette (« The Monkey Wrench Gang » en version originale, laquelle est assez difficile à lire quand on n'est pas au moins quasi-bilingue) est un de ces livres dont le caractère subversif attise votre curiosité. Il s'agit du roman le plus célèbre d'Edward Abbey, dont la bibliographie se divise en deux catégories : les œuvres fictionnelles (Fire on the Mountain, Haydukes Lives! chroniqué ici) et les essais (Desert Solitaire: A Season in the Wilderness, Down the River en collaboration avec Henry David Thoreau).

Le livre décrit la rencontre de quatre hurluberlus dont un point commun (pas sûr qu'ils en aient vraiment...) pourrait être l'amour de la nature, ou plus précisément la haine de ceux qui la maltraitent à coup de routes goudronnées et de barrages géants, les responsables de cette « agression permanente. »
On fait donc chronologiquement la connaissance de :

  • A.K. Sarvis, M.D. (aussi appelé « Doc »), un étrange chirurgien, fortuné, et dont le passe-temps favori consiste à brûler les panneaux publicitaires bordant les autoroutes. Il s'adonne ainsi à ce qu'il nomme une « opération routinière d'assainissement du paysage. »
  • George Washington Hayduke, un « ex-béret vert, » un vétéran des Forces spéciales du Vietnam. Une vraie montagne de muscle, particulièrement efficace dès qu'il s'agit de faire sauter n'importe quelle structure en béton armé ou en acier.
  • Seldom Seen Smith, un Jack Mormon (Un Jack Mormon est à un mormon ordinaire ce qu'un lièvre est au simple lapin) qui fut affublé de ce surnom (« Rarement Vu ») à cause de sa polygamie notoire. Il est également guide en rivière à ses heures perdues.
  • Bonnie Abbzug, la jeune et pulpeuse assistante de Doc Sarvis, qui le seconde aussi bien dans son métier de chirurgien que dans leurs escapades nocturnes.

Les compères, réunis par hasard lors d'une balade en rivière, vont partir à l'assaut de chantiers, ponts, barrages, armés de clefs à molettes, entre autres. La description des scènes de sabotage sont à se tordre de rire, n'arrivant jamais à tomber tous les quatre d'accord sur le moyen le plus destructeur mais le plus discret (en somme, le plus sournoisement possible) de torpiller un chantier quelconque. S'ils s'accordent sur la nécessité de poster des guetteurs maîtrisant le cri du hibou et d'arracher les jalons topométriques (C'est le putain de commandement de base du saboteur dixit Hayduke), ils ne parviennent pas à accorder leurs violons sur le mode opératoire pour les pelles mécaniques. Cela donne lieu à des échanges insolites du genre :

Quoi d'autre ? Abbzug, Smith et Hayduke reculèrent un peu et contemplèrent la paisible carcasse de l'engin. Ils étaient tous impressionnés par ce qu'ils avaient perpétré. Le meurtre d'une machine. Un déicide. L'énormité de leur crime, de leur sacrilège, les terrorisait presque. George lui-même semblait pétrifié.
- Lacérons les sièges, lança Bonnie.
- Ce serait du vandalisme, répliqua Doc. Et je suis contre le vandalisme. Lacérer les sièges serait petit-bourgeois.

Ou encore :

- Sais-tu ce qui serait drôle ? demanda-t-il à Smith qui, en bas, découpait les circuits hydrauliques à coup de hache.
- C'est quoi, Georges ?
- Démarrer ce putain d'engin, l'emmener en haut de la falaise et le laisser tomber.
- Ça nous prendrait au moins la moitié de la nuit.
- On s'amuserait bien.
- De toute façon, on ne peut pas le mettre en marche.
- Pourquoi ?
- Il n'y a plus de rotor dans la magnéto. J'ai regardé. Ils l'enlèvent en général lorsqu'ils laissent ces monstres sur la route.
- Ah !
Hayduke pris son carnet et son crayon dans la poche de sa chemise, alluma sa lampe et nota : rotor.
- Tu sais ce qui serait drôle aussi ?
- Quoi ? dit Smith occupé à détruire les connexions entre les têtes de cylindres et les injecteurs.
- Nous pourrions enlever les goupilles de chaque roue. Quand ce machin démarrera, il sortirait de ses putains de chenilles. Ça les ferait pisser de rire.

Faisant preuve d'une remarquable inventivité en la matière, Hayduke opte pour une poignée de sable dans le carter d'une autre machine et troue le filtre à huile. Smith, quant à lui, préfère verser dans le réservoir quatre bouteilles d'un épais sirop d'érable afin de condamner cylindres et pistons.

Le Gang de la Clef à Molette est à l'origine de l'activisme écologique, mais pas de l'écologie au sens large, bien entendu : sur le sujet, se référer à Élisée Reclus (La Terre, Histoire d'un Ruisseau, Histoire d'une Montagne, L'Anarchie, L'Homme et la Terre) et Henry David Thoreau (La Désobéissance Civile, Walden ou la Vie dans les Bois, Les Forêts du Maine) pour ne citer qu'eux. Il donna même son nom (« monkeywrench ») à toute opération de sabotage hors-la-loi visant à préserver la nature ou un quelconque écosystème menacé. Mais décrire Edward Abbey simplement comme un écologiste ou un anarchiste serait bien trop restrictif, tant l’œuvre du personnage est immense et variée. Et il nous emmerde tous, tel un misanthrope solitaire (et drôle) : S'il y a quelqu’un toujours ici présent et que je n'aie pas encore insulté, je lui présente mes excuses.

Croire en Dieu ? En une vie après la mort ? Je crois en ce rocher qui est sous mes pieds.
Edward Abbey est enterré quelque part dans un désert de l'Arizona, dans un sac de couchage, là où personne ne pourra le trouver.


À Lire : le billet sur Le Retour du Gang de la Clef à Molette, de Edward Abbey, paru en 1989 et chroniqué ici.

lundi 13 juin 2011

Colère du présent, de Jean-Bernard Pouy (2011)

Colère du Présent, par J-B. Pouy

C'est à Arras que chaque 1er mai, des écolos aux anarchistes, des pacifistes aux trotskistes… des poètes, des économistes fumeux, des militants antifascistes, des amoureux du bio, des passionnés de la décroissance, des antinucléaires, des écrivains maudits se regroupent lors du Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale.

Imaginez cette petite assemblée entrain de fomenter une révolution. Pouy la fait. Cette bande de révolutionnaire s'organise derrière des barricades de fortune bloquant tout un quartier au cœur d’Arras après avoir chouravé le matos de la première vague de CRS. C'est un face à face désopilant qui les oppose à l’Armée que le Ministre s’est dépêché d’appeler pour « négocier » le retour au calme.

Le suspens est distillé à bonne dose, on tourne les pages à vitesse grand V riant de bon cœur de la malice de ses personnages et nous inquiétant de la tournure finale de cette révolte. Vous sourirez bêtement pendant plusieurs jours en repensant à cette fiction contestataire, militante, utopique, caustique, comique qui renoue avec les vraies questions fondamentales aujourd'hui : la solidarité humaine, et le combat !

Vive l’utopie ! Et en route pour la joie..!