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jeudi 06 mars 2014

Le Monde diplomatique - Mars 2014

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Les entreprises ne créent pas l'emploi
Inanité du « pacte de responsabilité »
Par Frédéric Lordon, économiste (voir son blog, La pompe à phynance)

Il faut avoir sérieusement forcé sur les boissons fermentées, et se trouver victime de leur propension à faire paraître toutes les routes sinueuses, pour voir, comme s’y emploie le commentariat quasi-unanime, un tournant néolibéral dans les annonces récentes de François Hollande. Sans porter trop hauts les standards de la sobriété, la vérité appelle plutôt une de ces formulations dont Jean-Pierre Raffarin nous avait enchantés en son temps : la route est droite et la pente est forte — mais très descendante (et les freins viennent de lâcher).

Voici les premiers mots truculents de l'article de Frédéric Lordon paru dans le Diplo du mois de mars 2014. Comment résister à la lecture de ce papier (disponible ici), relativement court eu égard aux habitudes de l'économiste spinoziste, après une telle entame ?

Il ne se passe pas une semaine sans que le gouvernement socialiste français affiche son ralliement aux stratégies les plus libérales : "politique de l'offre", amputation des dépenses publiques, stigmatisation du "gâchis" et des "abus" de la Sécurité Sociale. Au point que le patronat hésite sur le cap à tenir. Et que la droite avoue son embarras devant tant de plagiats...

Attention toutefois à ne pas mal comprendre le titre :

En tout cas, derrière « les entreprises ne créent pas d’emploi » il ne faut certainement pas voir un énoncé à caractère empirique — que les vingt dernières années confirmeraient pourtant haut la main en tant que tel... Il s’agit d’un énoncé conceptuel dont la lecture correcte n’est d’ailleurs pas « les entreprises ne créent pas d’emploi » mais « les entreprises ne créent pas l’emploi ». Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — du dehors, c’est-à-dire du bon-vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises.

En résumé, les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si l’on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises.

L'article dont je vous recommande la lecture intégrale : http://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi

mardi 06 août 2013

« Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe »

Le dévoilement par M. Edward Snowden du caractère tentaculaire de l’espionnage américain n’a suscité que des réactions frileuses de la part des dirigeants européens. Lesquels, en revanche, n’ont pas hésité à immobiliser l’avion du président bolivien Evo Morales, soupçonné de transporter l’informaticien fugitif.



Par Evo Morales, août 2013.


Le 2 juillet dernier s’est produit l’un des événements les plus insolites de l’histoire du droit international : l’interdiction faite à l’avion présidentiel de l’Etat plurinational de Bolivie de survoler les territoires français, espagnol, italien et portugais, puis ma séquestration à l’aéroport de Vienne (Autriche) pendant quatorze heures.

Plusieurs semaines après, cet attentat contre la vie des membres d’une délégation officielle, commis par des Etats réputés démocratiques et respectueux des lois, continue de soulever l’indignation, cependant qu’abondent les condamnations de citoyens, d’organisations sociales, d’organismes internationaux et de gouvernements à travers le monde.

Que s’est-il passé ? J’étais à Moscou, quelques instants avant le début d’une réunion avec M.Vladimir Poutine, quand un assistant m’a alerté de difficultés techniques : impossible de nous rendre au Portugal comme prévu initialement. Toutefois, lorsque s’achève mon entretien avec le le président russe, il devient déjà clair que le problème n’a rien de technique…

Depuis La Paz, notre ministre des affaires étrangères, M. David Choquehuanca, parvient à organiser une escale à Las Palmas de Gran Canaria, en Espagne, et à faire valider un nouveau plan de vol. Tout semble en ordre… Pourtant, alors que nous sommes dans les airs, le colonel d’aviation Celiar Arispe, qui commande le groupe aérien présidentiel et pilote l’avion ce jour-là, vient me voir : « Paris nous retire son autorisation de survol ! Nous ne pouvons pas pénétrer dans l’espace aérien français. » Sa surprise n’avait d’égale que son inquiétude : nous étions sur le point de passer au-dessus de l’Hexagone.

Nous pouvions bien sûr tenter de retourner en Russie, mais nous courions le risque de manquer de kérosène. Le colonel Arispe a donc contacté la tour de contrôle de l’aéroport de Vienne pour solliciter l’autorisation d’effectuer un atterrissage d’urgence. Que les autorités autrichiennes soient ici remerciées pour leur feu vert.

Installé dans un petit bureau de l’aéroport que l’on avait mis à ma disposition, j’étais en pleine conversation avec mon vice-président, M. Alvaro García Linera, et avec M. Choquehuanca pour décider de la suite des événements et, surtout, tenter de comprendre les raisons de la décision française, lorsque le pilote m’a informé que l’Italie nous refusait également l’entrée dans son espace aérien. C’est à ce moment que je reçois la visite de l’ambassadeur d’Espagne en Autriche, M. Alberto Carnero. Celui-ci m’annonce qu’un nouveau plan de vol vient d’être approuvé pour m’acheminer en Espagne.

Seulement, explique-t-il, il lui faudra au préalable inspecter l’avion présidentiel. Il s’agit même d’une condition sine qua non à notre départ pour Las Palmas de Gran Canaria. Lorsque je l’interroge sur les raisons de cette exigence, M. Carnero évoque le nom de M. Edward Snowden, cet employé d’une société américaine auprès de laquelle Washington sous-traite certaines de ses activités d’espionnage. J’ai répondu que je ne le connaissais qu’à travers la lecture de la presse. J’ai également rappelé au diplomate espagnol que mon pays respectait les conventions internationales : en aucun cas je ne cherchais à extrader qui que ce soit vers la Bolivie.

M. Carnero était en contact permanent avec le sous-secrétaire aux affaires étrangères espagnol, M. Rafael Mendívil Peydro, qui, de toute évidence, lui demandait d’insister. « Vous n’inspecterez pas cet avion, ai-je dû marteler. Si vous ne croyez pas ce que je vous dis, c’est que vous traitez de menteur le président de l’Etat souverain de Bolivie. » Le diplomate ressort pour prendre les consignes de son supérieur, avant de revenir. Il me demande alors de l’inviter à « prendre un petit café » dans l’avion. « Mais vous me prenez pour un délinquant ? lui demandé-je. Si vous tenez à pénétrer dans cet avion, il vous faudra le faire par la force. Et je ne résisterai pas à une opération militaire ou policière : je n’en ai pas les moyens. »

Ayant certainement pris peur, l’ambassadeur écarte l’option de la force, non sans me préciser que, dans ces conditions, il ne pourra pas autoriser notre plan de vol : « A 9 heures du matin, nous vous indiquerons si vous pouvez ou non partir. D’ici là, nous allons discuter avec nos amis », m’explique-t-il. « Amis » ? « Mais qui donc sont ces “amis” de l’Espagne auxquels vous faites référence ? La France et l’Italie, sans doute ? » Il refuse de me répondre et se retire…

Je profite de ce moment pour discuter avec la présidente argentine Cristina Fernández, une excellente avocate qui me guide sur les questions juridiques, ainsi qu’avec les présidents vénézuélien et équatorien Nicolás Maduro et Rafael Correa, tous deux très inquiets à notre sujet. Le président Correa me rappellera d’ailleurs plusieurs fois dans la journée pour prendre de mes nouvelles. Cette solidarité me donne des forces : « Evo, ils n’ont aucun droit d’inspecter ton avion ! », me répètent-ils. Je n’ignorais pas qu’un avion présidentiel jouit du même statut qu’une ambassade. Mais ces conseils et l’arrivée des ambassadeurs de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) (1) décuplent ma détermination à me montrer ferme. Non, nous n’offrirons pas à l’Espagne ou à tout autre pays — les Etats-Unis encore moins que les autres — la satisfaction d’inspecter notre avion. Nous défendrons notre dignité, notre souveraineté et l’honneur de notre patrie, notre grande patrie. Jamais nous n’accepterons ce chantage.

L’ambassadeur d’Espagne réapparaît. Préoccupé, inquiet et nerveux, il m’indique que je dispose finalement de toutes les autorisations et que je peux m’en aller. Enfin, nous décollons… Cette interdiction de survol, décrétée de façon simultanée par quatre pays et coordonnée par la Central Intelligence Agency (CIA) contre un pays souverain au seul prétexte que nous transportions peut-être M. Snowden, met au jour le poids politique de la principale puissance impériale : les Etats-Unis.

Jusqu’au 2 juillet (date de notre séquestration), chacun comprenait que les Etats se dotent d’agences de sécurité afin de protéger leur territoire et leur population. Mais Washington a dépassé les limites du concevable. Violant tous les principes de la bonne foi et les conventions internationales, il a transformé une partie du continent européen en territoire colonisé. Une injure aux droits de l’homme, l’une des conquêtes de la Révolution française.

L’esprit colonial qui a conduit à soumettre de la sorte plusieurs pays démontre une fois de plus que l’empire ne tolère aucune limite — ni légale, ni morale, ni territoriale. Désormais, il est clair aux yeux du monde entier que, pour une telle puissance, toute loi peut être transgressée, toute souveraineté violée, tout droit humain ignoré.

La puissance des Etats-Unis, ce sont bien sûr leurs forces armées, impliquées dans diverses guerres d’invasion et soutenues par un complexe militaro-industriel hors du commun. Les étapes de leurs interventions sont bien connues : après les conquêtes militaires, l’imposition du libre-échange, d’une conception singulière de la démocratie et, enfin, la soumission des populations à la voracité des multi-nationales. Les marques indélébiles de l’impérialisme — fût-il militaire ou économique — défigurent l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie. Des pays dont certains ont été envahis parce qu’on les soupçonnait de détenir des armes de destruction massive ou d’abriter des organisations terroristes. Des pays où des milliers d’êtres humains ont été tués, sans que la Cour pénale internationale intente le moindre procès.

Mais la puissance américaine provient également de dispositifs souterrains destinés à propager la peur, le chantage et l’intimidation. Au nombre des recettes qu’utilise volontiers Washington pour maintenir son statut : la « punition exemplaire », dans le plus pur style colonial qui avait conduit à la répression des Indiens d’Abya Yala (2). Celle-ci s’abat désormais sur les peuples ayant décidé de se libérer et sur les dirigeants politiques qui ont choisi de gouverner pour les humbles. La mémoire de cette politique de la punition exemplaire est encore vive en Amérique latine : que l’on pense aux coups d’Etat contre Hugo Chávez au Venezuela en 2002, contre le président hondurien Manuel Zelaya en 2009, contre M. Correa en 2010, contre le président paraguayen Fernando Lugo en 2012 et, bien sûr, contre notre gouvernement en 2008, sous la houlette de l’ambassadeur américain en Bolivie, M. Philip Goldberg (3). L’« exemple », pour que les indigènes, les ouvriers, les paysans, les mouvements sociaux n’osent pas relever la tête contre les classes dominantes. L’« exemple », pour faire plier ceux qui résistent et terroriser les autres. Mais un « exemple » qui conduit désormais les humbles du continent et du monde entier à redoubler leurs efforts d’unité pour renforcer leurs luttes.

L’attentat dont nous avons été victimes dévoile les deux visages d’une même oppression, contre laquelle les peuples ont décidé de se révolter : l’impérialisme et son jumeau politique et idéologique, le colonialisme. La séquestration d’un avion présidentiel et de son équipage — que l’on était en droit d’estimer impensable au XXIe siècle — illustre la survivance d’une forme de racisme au sein de certains gouvernements européens. Pour eux, les Indiens et les processus démocratiques ou révolutionnaires dans lesquels ils sont engagés représentent des obstacles sur la voie de la civilisation. Ce racisme se réfugie désormais dans l’arrogance et les explications « techniques » les plus ridicules pour maquiller une décision politique née dans un bureau de Washington. Voici donc des gouvernements qui ont perdu jusqu’à la capacité de se reconnaître comme colonisés, et qui tentent de protéger la réputation de leur maître…

Qui dit empire dit colonies. Ayant opté pour l’obéissance aux ordres qu’on leur donnait, certains pays européens ont confirmé leur statut de pays soumis. La nature coloniale de la relation entre les Etats-Unis et l’Europe s’est renforcée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et a été dévoilée à tous en 2004, lorsque l’on a appris l’existence de vols illicites d’avions militaires américains transportant de supposés prisonniers de guerre vers Guantánamo ou vers des prisons européennes. On sait aujourd’hui que ces « terroristes » présumés étaient soumis à la torture ; une réalité que même les organisations de défense des droits humains taisent bien souvent.

La « guerre contre le terrorisme » aura réduit la vieille Europe au rang de colonie ; un acte inamical, voire hostile, que l’on peut analyser comme une forme de terrorisme d’Etat, en ce qu’il livre la vie privée de millions de citoyens aux caprices de l’empire.

Mais le camouflet au droit international que représente notre séquestration constituera peut-être un point de rupture. L’Europe a donné naissance aux idées les plus nobles : liberté, égalité, fraternité. Elle a largement contribué au progrès scientifique, à l’émergence de la démocratie. Elle n’est plus qu’une pâle figure d’elle-même : un néo-obscurantisme menace les peuples d’un continent qui, il y a quelques siècles, illuminait le monde de ses idées révolutionnaires et suscitait l’espoir.

Notre séquestration pourrait offrir à tous les peuples et gouvernements d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Nord l’occasion unique de constituer un bloc solidaire condamnant l’attitude indigne des Etats impliqués dans cette violation du droit international. Il s’agit également d’une occasion idéale de renforcer les mobilisations des mouvements sociaux en vue de construire un autre monde, de fraternité et de complémentarité. Il revient aux peuples de le construire.

Nous sommes certains que les peuples du monde, notamment ceux d’Europe, ressentent l’agression dont nous avons été victimes comme les affectant également, eux et les leurs. Et nous interprétons leur indignation comme une façon indirecte de nous présenter les excuses que nous refusent toujours certains des gouvernements responsables (4).


(1) Dont sont membres Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, le Nicaragua, la République dominicaine, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Venezuela. (Toutes les notes sont de la rédaction.)

(2) Nom donné par les ethnies kunas de Panamá et de Colombie au continent américain avant l’arrivée de Christophe Colomb. En 1992, ce nom a été choisi par les nations indigènes d’Amérique pour désigner le continent.

(3) Sur ces différents événements, consulter la page « Honduras » sur notre site et lire Maurice Lemoine, « Etat d’exception en Equateur », La valise diplomatique, 1er octobre 2010, et Gustavo Zaracho, « Le Paraguay repris en main par l’oligarchie », La valise diplomatique, 19 juillet 2012 ; Hernando Calvo Ospina, « Petit précis de déstabilisation en Bolivie », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(4) Depuis, Lisbonne, Madrid, Paris et Rome ont présenté des excuses officielles à La Paz.

mardi 09 octobre 2012

À ceux qu'on foule aux pieds, par Victor Hugo (1872)

Je reproduis ici un extrait d'un poème en alexandrins de Victor Hugo, magnifique plaidoyer populaire écrit en 1872 pour la défense des Communards, à une époque où la forme littéraire était encore utilisée pour donner de la force à un propos.

Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai c
ombattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
Et c’est pourquoi j’ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.

mercredi 04 juillet 2012

J'ai un doute...

Si vous en avez assez des sites d'informations conventionnels, J'ai un doute.com est fait pour vous.

jai_un_doute.pngTrès rigoureux sur le fond comme sur la forme, il s'agit d'un condensé d'informations mêlant vidéos personnelles et documentaires de qualité, au service d'une information simple et précise. Le but est clairement de souligner la désinformation environnante, sur des sujets parfois difficilement abordables mais pourtant essentiels.
Les articles sont regroupés par grands thèmes, comme Environnement, Politique, Économie, Santé, Médias, Sciences, Histoire... Chaque vidéo bénéficie d'un montage particulièrement soigné qui rend le contenu encore plus percutant. Enfin, le site est participatif : à tout moment, on peut apporter sa pierre à l'édifice en communiquant les éléments nécessaires à la confirmation ou l'infirmation d'une information donnée.

Dernier exemple en date, les événements récents en Libye.

Merci Robin, voilà un élément de plus dans mes raccourcis Firefox...

lundi 28 mai 2012

Le Monde diplomatique - Mai 2012

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Les médias contre l'égalité
Pierre Rimbert

« Moi, je voudrais qu'il y ait une révolte, des manifestations de journalistes, qu'on aille devant le siège du Conseil constitutionnel, que deux ou trois confrères courageux fassent la grève de la faim – pas moi, hein ! »
Jean-Michel Apathie, LCI, 20 janvier 2012.

Ce n'est pas l'abrogation récente du délit de harcèlement sexuel par le Conseil constitutionnel qui provoque l'ire de ce cher Jean-Michel Apathie. S'il s'est ainsi insurgé, durant la campagne présidentielle, ce fut contre l'égalité d’accès aux médias audiovisuels garantie à tous les candidats à l'élection. Cette prise de position, aussi stupide soit-elle, soulève une question fondamentale : qui, du législateur issu du suffrage ou des directions éditoriales nommées par les actionnaires, doit fixer les critères distinguant le prétendant légitime du « candidat inutile » ?

Cette bataille, en apparence cantonnée à des questions de forme, touche aussi au fond. Ainsi, la campagne présidentielle connaît trois phases bien distinctes : « Durant la première, le principe dit d'équité proportionne le temps de parole des candidats potentiels à leurs résultats antérieurs et... aux sondages. Dit autrement, l'équité favorise les points de vue les plus connus. La campagne officielle, qui a débuté le 9 avril, met en revanche les compteurs à zéro : l'égalité accorde aux faibles les mêmes droits qu'aux forts. Entre les deux périodes, un régime intermédiaire distribue à chacun une même durée de parole, mais à des horaires inégaux : austérité à 20 heures, lutte des classes à 3 heures du matin. » Bien entendu, seul la phase relative à l'équité du temps de parole trouve grâce aux yeux des principaux patrons de chaînes...

Les propos tenus par Franz-Olivier Giesbert, invité à commenter les prestations des prétendants à la présidence à l'issue de l'émission « Des paroles et des actes » le 12 avril sur France 2, illustrent parfaitement cet état d'esprit. Et, disons le franchement, ça fait froid dans le dos.

Pourtant, les interventions des candidats hors cadres sont loin d'être dénuées d'intérêt. Moins assujettis que les vedettes aux règles du spectacle médiatique, ils savent n'avoir rien à attendre des grands journalistes, et donc rien à redouter d'eux. Vecteurs d'idées souvent minoritaires (ce qui ne signifie pas qu'elles soient systématiquement vaines, faut-il le rappeler), ils sont autant de grains de sable dans les rouages de l'ordre médiatique établi. L'égalité du temps de parole expose les faiseurs d'opinion au risque de voir la complicité habituelle tourner à la confrontation. Le désormais célèbre passage de Nicolas Dupont-Aignan sur le plateau de l'émission « Le grand journal » de Michel Denisot en est le parfait exemple (voir la vidéo), tout comme celui de Philippe Poutou sur TF1 dans le journal de Claire Chazal (voir la vidéo).

DSK, Hollande, etc. (voir le billet), le film documentaire de Julien Brygo, Pierre Carles et Aurore Van Opsta sorti début 2012, étudiait cette mécanique opaque constitutive d'un large pan du paysage médiatique français. Si la mécanique institutionnelle rétrécit l'éventail des idées politiques mises aux voix (comme par exemple, de fait, le courant anarchiste), on imagine sans peine l'atrophie d'une campagne livrée au seul bon vouloir des journalistes. Savoureux paradoxe, puisque face à la contradiction entre liberté de la presse et liberté d'opinion, la loi étend un peu le pluralisme en restreignant le droit des grands médias. Aux États-Unis, où la publicité anime désormais la politique, la « fairness doctrine » (équivalent américain de notre principe d'égalité de temps de parole) a été formellement supprimée des textes en août 2011, sous la présidence de Barack Obama. La commission fédérale des communications (Federal Communications Commission, FCC) l'a en effet jugée « obsolète et dépassée. » Comme la presse française, l'égalité du temps de parole.


À écouter du lundi au vendredi entre 15 et 16 heures : Là-bas si j'y suis, l'émission de Daniel Mermet sur France Inter, consacrée au Diplo une fois par mois. Celle de mai est accessible sur http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2456.

mardi 08 mai 2012

Le Quinquennat

En guise de souvenir...

lundi 30 avril 2012

DSK, Hollande, etc. de Julien Brygo, Pierre Carles et Aurore Van Opstal (2012)

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DSK, Hollande, etc. est le dernier film documentaire de Pierre Carles (accompagné de Julien Brygo et Aurore Van Opstal), réalisateur corrosif dont la réputation tient essentiellement à une analyse critique et alerte des médias. Souvent ostracisé, c'est pourtant à lui qu'on doit par exemple la révélation du scandale de la fausse interview de Fidel Castro, que Patrick Poivre d'Arvor prétendit avoir réalisée en 1991. Il est l'auteur de nombreux travaux étudiant la mécanique implacable de l'univers médiatique comme Juppé, forcément (1995), Pas vu pas pris (1998), Enfin pris ? (2002) et Fin de concession (2010). Il porte par ailleurs un regard singulier sur le monde du travail dans des documentaires comme Attention danger travail (2003) ou Volem rien foutre al païs (2007). Enfin, on retiendra le film de 2001, La sociologie est un sport de combat, œuvre de sensibilisation à la sociologie au travers des travaux de Pierre Bourdieu (1).

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C'est aujourd'hui le principal paradoxe de – la majorité de – la presse : un corps opaque censé faire la transparence sur le monde qui nous entoure. Les quelques téméraires qui ont accepté de recevoir l’équipe sont confrontés, de manière plus ou moins détendue, à un regard critique sur leur métier, preuves à l’appui. Il s'agit là d'un retour critique salutaire au regard de l’amnésie ordinaire qui frappe le monde médiatique, comme l'analysent Frédéric Lordon, Gilles Balbastre, François Ruffin et d'autres belles cervelles dont les commentaires s’insèrent entre les interviews et les images d’archives. Exactement comme dans Les Nouveaux Chiens de Garde (excellent film documentaire de 2012 chroniqué ici)...

Ici, Jean-Michel Apathie, Nicolas Demorand, Laurent Joffrin et les autres journalistes-éditorialistes ne se prêtent au jeu de l’interview qu’avec une grande méfiance, alors qu'ils pratiquent l’exercice quotidiennement dans leurs médias respectifs. Si le début de l'entretien se passe relativement bien, ils sentent peu à peu le piège se refermer sur eux ; il faut dire que Julien Brygo (dont je vous conseille le site perso) excelle en matière de fausse naïveté et de vraie sournoiserie...

« Depuis plusieurs années, le Parti de la presse et de l'argent (PPA) sélectionne pour nous les candidats qu'il juge suffisamment capables de perpétuer l'ordre dominant [...] À l'approche du premier tour de l'élection présidentielle 2012, le PPA favorise délibérément le candidat de l'Union pour un mouvement populaire (dont le temps de parole est le plus important depuis le 1er janvier) et le candidat du Parti socialiste, qu'ils s'efforcent de peindre en rose, voire en rouge, pour créer l'illusion d'une opposition fondamentale entre ce qu'ils appellent "la gauche" et "la droite".
En réalité, ce match annoncé, ce duel préparé, cet affrontement mis en scène (qui devait se jouer entre Sarkozy et Strauss-Kahn, lequel fut remplacé après l'affaire du Sofitel, toutes choses égales par ailleurs, par Hollande), n'est pas un combat politique entre "droite" et "gauche" mais entre la droite dure (l'UMP, ex-RPR) et le centre-droit (le PS), les deux partis politiques français qui ont le plus œuvré pour le triomphe du libéralisme économique ces trente dernières années. »

Julien Brygo, « La fabrique de l'opinion électorale » sur son site www.julienbrygo.com.

Au vu du résultat, les journalistes interrogés auront sans doute le sentiment d’avoir été dupés (2). S'ils avaient connu les raisons de l'interview, ils n’auraient probablement pas accepté… ce qui aurait été bien dommage, tant ils nous font à la fois rire et réfléchir. Sans doute est-il juste de dire, comme le soutiennent les protagonistes, que les éditorialistes ne font pas l’opinion. Mais, de fait, ils confisquent le débat public en délimitant un espace du politiquement pensable : plus ils quadrillent l'espace médiatique, plus ils bornent celui des possibles. Ne leur en déplaise, car leur franchise a des limites, ils cèdent bien volontiers à « la tentation de faiseurs de rois » (3). Comme ne le dit pas Alain Duhamel (cf. son apparition dans Les Nouveaux Chiens de Garde), la pluralité des médias n’empêche malheureusement en rien l'unanimité idéologique.
Et pour terminer sur une note guillerette pleine d'espoir, comme disait Pierre Desproges, « L’adulte ne croit pas au père Noël. Il vote. » Aïe.

N.B. : Le film est disponible, gratuitement, sur le site de Pierre Carles (merci à Olivier pour sa vigilance en ce qui concerne les liens morts).

N.B. : Un premier montage du film a pu être diffusé avant le premier tour de l’élection présidentielle. Un second montage est disponible depuis peu (10/05/2012). Réalisé en autoproduction grâce à des amis et à une équipe de techniciens bénévoles, la version finale devrait voir le jour, en salles puis en DVD, d'ici fin 2012. Les auteurs sollicitent pour cela le soutien du public sur le site www.pierrecarles.org.

À lire : Noam Chomsky et Edward Herman, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Agone, 2008.

(1) Pierre Bourdieu, sociologue français de talent mort en 2002. Voir l'article du Diplo de janvier 2012 sur la fabrique des débats publics, œuvre posthume retranscrivant un cours au Collège de France (1989 - 1992) consacré à l'État. (retour)
(2) Et même plus que ça, puisque avant même que le film ne soit terminé, Laurent Joffrin, Renaud Dély et Jean-Michel Aphatie attaquent les auteurs, par le biais de leurs avocats, pour faire en sorte que ce film ne voie pas le jour. (retour)
(3) Alain Garrigou dans « Qui fait l’opinion : "DSK, Hollande, etc." », sur les blogs du Diplo : lien. (retour)