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La violence à l’état de nature

Nouvelle coïncidence, à la croisée du cinéma, de la littérature, et du podcast. Nouvelle évocation de l'œuvre de Frantz Fanon après l'avoir découvert dans l'essai en psychiatrie de Camille Robcis Désaliénation (2021) sur Tosquelles, Fanon, Guattari et Foucault, puis dans des vidéos de la chaîne Histoires Crépues (chaîne Youtube). Manifestement, celle dirigée par le cinéaste suédois Göran Olsson est la plus virulente, et la plus originale dans la forme — pas toujours évidente pour moi, pour plusieurs raisons. Comme l'indique son sous-titre anglais, "nine scenes from the anti-imperialistic self-defense", c'est-à-dire neuf récits historiques de décolonisation africaine dans les années 60 / 70 / 80, partagés entre Angola, Zimbabwe (Rhodésie à l'époque), Guinée-Bissau, Burkina Faso, Liberia, Tanzanie, et Mozambique. Tous étant illustrés par des extraits de l'ouvrage de Fanon, apposés sur des images d'archives et lus par Lauryn Hill.

Autant j'étais préparé à affronter des réalités historiques peu plaisantes sur le thème des ravages de la colonisation occidentale en Afrique, autant je ne l'étais absolument pas vis-à-vis de la violence purement graphique de certaines images. Après une longue introduction cherchant à contextualiser le film dans un espace politique précis (6 longues minutes un peu assommantes en compagnie de la professeure en études postcoloniales Gayatri Chakravorty Spivak), les premières images font l'effet d'un flash trash — voir du bétail buté en gros plan ne fait pas partie de mes passions. Je n'apprécie pas particulièrement être accueilli de la sorte, et on retrouvera tout au long du film des images d'une rare violence, avec notamment ce passage où l'on peut voir une mère mutilée allaiter un bébé mutilé... Argh, un peu trop pour moi, et je trouve l'illustration (des bombardements qui ont précédé) un peu trop horrible.

Mais bon, en un sens la couleur était annoncée en introduction, via un encart citant Fanon et son dernier essai Les Damnés de la Terre : "Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence". Se dégage peu à peu une histoire des luttes pour la liberté et l'indépendance des peuples africains, captée dans un style très singulier — les mots de Fanon gravés dans les images, la voix de Lauryn Hill entre colère et amertume, et les thématiques diverses, histoire, sociologie, psychologie, philosophie. Sans surprise, ces illustrations de la violence imposée par les forces colonisatrices sont glaçantes la majeure partie du temps, avec seulement quelques respirations, une danse tribale, une interview de colons danois. Mais ce sera pour mieux enchaîner sur un discours de Thomas Sankara avant qu'il ne soit assassiné au Burkina Faso pour ses aspirations marxistes-léninistes, anti-impérialistes et révolutionnaires. Au même titre que Patrice Lumumba (cf. le documentaire de Raoul Peck de 1991, La Mort du prophète) en République démocratique du Congo quelques décennies plus tôt. Un propos un peu décousu, si je le compare à ma nouvelle référence en matière de récit de colonisation depuis quelques mois : First Contact, de Bob Connolly et Robin Anderson (1983).

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