Il est vraiment dommage que le scénario (écrit par Kelly O'Sullivan, co-réalisatrice avec Alex Thompson) repose sur des figures aussi lourdes à des moments charnières pour établir son analogie entre la vie de Dan, un ouvrier de voirie à Chicago plongé dans un drame familial intense, et le contenu d'une pièce de Shakespeare, dans laquelle il établira des correspondances et verbalisera des émotions qui semblaient inaccessibles en dehors de l'espace théâtral. Et c'est d'autant plus dommage que partout ailleurs, Ghostlight déploie une finesse remarquable pour établir les portraits de sa poignée de personnages, tous très différents, tous très bien caractérisés. C'est un film qui prend le temps de poser son cadre avant de nous amener sur le terrain des faiblesses psychologiques, en parsemant sa longue introduction de 30 ou 40 minutes de détails discrets qui ne seront approfondis que par la suite. Un soin du côté du scénario rappelant le très attachant Saint Frances, réalisé par Thompson et écrit / interprété par O'Sullivan.
Donc, on les voit de très loin ces coutures qui vont amener le protagoniste bougon et incapable d'exprimer ses sentiments à entre en résonance avec la pièce que le hasard le conduira à jouer (et dans le rôle principal, tant qu'à y être). Mais cela n'affecte pas de manière rédhibitoire tous les autres aspects : son intégration fortuite au sein d'une troupe de théâtre amateur à l'insu de sa famille, le reflet de sa propre existence dans la tragédie de Roméo et Juliette, et en toile de fond la peinture d'une crise familiale qui aurait pu virer au pathos désagréable si le trio d'interprètes Keith Kupferer / Tara Mallen / Katherine Mallen Kupferer n'avait pas été aussi impliqué — une alchimie qui peut en outre s'expliquer par le fait que les trois sont père / mère / fille dans la réalité. Un film qui aurait revêtu une puissance décuplée s'il s'était dégagé de cette tutelle un brin académique.
Film d'acteurs et d'actrices avant tout, peu connus (à l'exception de Dolly De Leon) mais excellents, parvenant à rendre vivant et tangible ce bout d'existence douloureuse. Le théâtre comme miroir de sa propre vie, comme moyen de résilience, comme outil de déverrouillage, tout en délicatesse, de telle sorte que la prise de conscience de Dan dans le contexte du deuil familial, au contact de la prose anglaise d'un autre siècle, s'accompagne d'une pudeur et d'une émotion remarquables.








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