Agréable surprise provoquée par des attentes minimales, ainsi que par la présence d'une séquence mémorable — celle des puits de pétrole en feu, image mythique et marquante de la première guerre du Golfe, avec cette ambiance fantastique comme issue d'un film de science-fiction, entre les colonnes de feu et les nuages noircis, avec cette pluie de pétrole, ce cheval recouvert de noir apparaissant comme une créature fantasmagorique... Un éclair graphique très réussi, avec son contraste remarqué par rapport à la clarté aveuglante des horizons désertiques qui ont rempli l'heure précédente du film. Bon, pas de quoi rivaliser avec Herzog et son observation à lui dans Leçons de ténèbres (1992), dans une veine davantage documentaire, mais quand même.
Mis à part cette séquence, Sam Mendes filme une seule chose, l'attente teintée d'ennui. Pour Jake Gyllenhaal, en bon fils et petit-fils de militaires, c'est un honneur et un devoir de servir son pays en partant dans le désert saoudien pour buter des méchants arabes. Mais le problème, c'est qu'il ne verra pas l'ombre d'un ennemi. Son groupe est gavé d'images guerrières, ils se disent prêts à passer à l'action, ils bandent les muscles, mais ils ne tireront pas une seule fois dans le cadre de leurs fonctions. Ils doivent lutter contre la soif, l'épuisement, les tensions, mais certainement pas contre les armées de Saddam Hussein ; aussi, la frustration enfle et prend des proportions immenses face à cet ennemi invisible.
Jarhead se double ainsi d'une chronique du quotidien au cœur de ce bataillon de marines, inspiré des mémoires d'Anthony Swofford. On a droit à tous les clichés du genre, à commencer par les scènes d'amitié virile, d'humiliations, d'obéissance. Mendes cite ostensiblement les gros calibres, le Kubrick de Full Metal Jacket pour l'entraînement, Coppola pour la projection d'Apocalypse Now et Cimino pour celle de The Deer Hunter (une toute petite partie du moins, avant que la projection ne se transforme en une vidéo amateur / blague potache de mauvais goût...), montrant comment la guerre du Vietnam est mythique pour ces soldats. L'accent est mis sur l'absurdité du conflit, en mode un peu didactique, mais sans surjouer la mascarade de la mythologie militaire enfoncée chaque jour au fond du gosier. Utilisation abusive de musique (et ce indépendamment de sa qualité, Nirvana, Tom Waits, T. Rex, Bobby McFerrin), multiplication des obsessions sexuelles, tout en montrant que la guerre n'est pas celle "promise"... Un parti pris intéressant mais qui finit par tourner en rond et multiplier les personnages stéréotypés (Peter Sarsgaard, Jamie Foxx et Chris Cooper entre autres). Agréable surprise au final, malgré tout, pour un film appartenant à ce registre.















2 réactions
1 De Nicolas - 27/08/2025, 13:52
Merci pour cette critique, Renaud.
Je partage globalement ton opinion sur ce film, vu il y a longtemps (en salle ?)
Du travail soigné mais sans surprise (comme souvent dans le cinéma de Sam Mendes, trouve-je).
La séquence des puits de pétrole en feu sort du lot, en effet.
Les flammes dans les ténèbres sont un motif que le réalisateur semble apprécier, si l'on considère qu'on le retrouve, sous forme d'incendies nocturnes, dans 1917 et dans Skyfall.
2 De Renaud - 27/08/2025, 14:44
Merci Nicolas ! Je me suis repassé quelques images des deux films que tu cites pour me rafraîchir la mémoire, et effectivement, il y a là un motif commun, très bien vu.
Quant à Jarhead, c'est vraiment l'illustration du pouvoir des attentes sur une appréciation, de manière positive ou négative... Je ne porte pas Mendes en haute estime, et voilà, une bonne dynamique du visionnage sur la base de quelques bons éléments / de l'absence de quelques écueils haha.