L'Adultère est probablement le drame le plus sobre que j'aie vue de la part de Kirill Serebrennikov, loin des effets très visibles (mais réussis, en ce qui me concerne) d'un Leto, loin de la démonstration un peu poussive d'un Le Disciple, et loin de l'ambiance tapageuse d'un La Fièvre de Petrov. Cela ne veut pas pour autant dire que le cinéaste russe avait abandonné toute forme d'initiative baroque en termes de mise en scène à cette occasion, mais il conservait malgré tout un certain sens de la gradation dans la dynamique, en plongeant toute la longue première partie dans une ambiance bleutée et glacée, avant d'opérer une sorte de décrochage narratif dans le dernier quart d'heure, laissant le champ libre à une sensation de perte de repères très prononcée.
La glaciation de la première partie, 1h30 grosso modo, c'est celle qui étreint les deux protagonistes interprétés par Franziska Petri (elle) et Dedian Lilitch (lui), dépourvus de prénoms, lorsqu'ils apprennent successivement que leurs conjoints respectifs les trompent ensemble. Serebrennikov filme leur réaction dans une sorte de froideur hivernale, renforcée par la blancheur des cabinets qui servent de décors récurrents — elle est médecin — en passant par différents stades, le déni, la tentative avortée de confrontation, la volonté de pardon... L'infidélité subie leur fait perdre pied, de manière très différente l'une et l'autre, et la tentative de construire un bout de chemin ensemble n'exclura pas totalement un désir de vengeance pour le moins singulier. Et la dernière partie sera là pour brouiller les repères en adoptant un point de vue légèrement différent, du côté du personnage féminin (et non plus du duo trompé), esquissant les contours d'une folie à peine contenue.
Chronique d'un monde ébranlé, d'une révélation soudaine ouvrant sur un vacillement, qui donne à Serebrennikov l'occasion de déployer une toile opacifiante à moitié réussie, aux frontières de l'intelligibilité dans sa dernière partie.







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