Ce que j'avais trouvé drôle et pertinent chez Mario Monicelli dans La Grande Guerre (1959) s'est avéré tout aussi pertinent mais un peu moins agréable à regarder chez Dino Risi, à l'occasion de La Marche sur Rome (1962). Les thématiques sont voisines, sur le terrain de l'hypocrisie, de la lâcheté et de l'opportunisme des hommes au tournant de la guerre : chez Monicelli, c'était Alberto Sordi et Vittorio Gassman en déserteurs pendant la Première Guerre mondiale, et chez Risi, c'est au tour de Ugo Tognazzi et encore Gassman d'incarner deux vétérans de la Grande Guerre enrôlés un peu malgré eux dans les rangs du fascisme italien au début des années 20.
L'argument comique est rigoureusement identique : on observe comment deux bouffons se retrouvent projetés dans l'histoire du pays et font un bout de chemin commun en marge des grands événements du début du XXe siècle européen. Ici les prémices sont posées par l'entremise d'une nécessité, puisque les protagonistes sont morts de faim et acceptent avec une légère réticence de rentrer dans les rangs des chemises noires, où ils pourront manger. On a quand même droit à un Roger Hanin en capitaine facho, ça n'a pas de prix... Relecture comico-tragique des jours ayant précédé la Marche sur Rome de Mussolini, le ton restera globalement très loufoque et burlesque à l'exception d'un sursaut de violence froide — un caporal squadriste abattra froidement un inconnu, ce qui provoquera un électrochoc et le départ des deux larrons.
Concentré de mésaventures typiques de ce registre de la comédie italienne, La marcia su Roma illustre en toile de fond la naïveté de ces deux jeunes recrues et de la violence avec laquelle leurs idéaux se fracassent contre les mensonges, les compromissions, et les manipulations inhérentes au fascisme ratissant très large. La trahison s'effectuera de manière graduelle, en révélant les contradictions entre théories déguisées et pratiques explicites les unes après les autres. Le film incorpore quelques éléments réalistes, comme les humiliations subies par les opposants à qui les chemises noires faisaient boire de l'huile de ricin jusqu'à la diarrhée (ou la mort). Derrière la façade des déconvenues légères et comiques, il persiste une vision beaucoup plus noire des illusions brisées, renforcée par des images d'archives de la fameuse entrée éponyme dans Rome.








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