catch_A.jpg, 2025/08/18 catch_B.jpg, 2025/08/18
Règlements familiaux en mer

Je n'ai vu que trois films de Shinji Sōmai (sur la dizaine que compte sa filmographie entre 1980 et 2000) et sans rentrer dans le délire frénétique de la politique des auteurs, il me semble qu'à chaque fois une ambiance très particulière est travaillée avec soin, de telle sorte que l'œuvre se transforme en une fenêtre sur un univers, un microcosme, un état d'esprit. Dans Typhoon Club (1985), sa plus célèbre réalisation, c'était le confinement d'un petit groupe de lycéens de Tokyo à l'annonce d'un typhon. Dans Déménagement (1993), on suivait une sorte de chronique de l'enfance focalisée sur une écolière de 11 ans alors qu'elle apprenait que ses parents allaient divorcer. Et The Catch nous invite à la croisée de deux registres, le drame familial et le monde de la pêche au thon (et non pas celui du combat simulé sur un ring !), avec une immersion très singulière dans l'univers de cette dernière. À chaque référentiel son ambiance, ses dispositifs narratifs, ses enjeux. Tout n'est pas parfaitement réussi à mes yeux, mais il se dégage de la démarche de Sōmai quelque chose de systématiquement intéressant jusqu'à présent.

The Catch (ou "Banc de poissons" en version originale, traduit littéralement) raconte une histoire partagée entre trois personnages : un vieux bougon pêcheur solitaire, interprété avec l'implication qu'on lui connaît par Ken Ogata (les souvenirs émus de sa folie dans Mishima - Une vie en quatre chapitres sont presque intacts), sa fille qu'il a longtemps négligée comme le reste de sa famille, et le compagnon de cette dernière prêt à tout pour intégrer la famille et épouser la femme qu'il aime. Au tout début, on pense que le cadre est très verrouillé, on voit bien où l'on veut nous mener dans cette trame convenue de querelle entre deux hommes, le père et le beau-fils, dans laquelle ce dernier espère contourner l'hostilité chevillée au corps du patriarche. Mais le monde de la pêche au thon au Japon, sur la presqu'île de Shimokita, et la mise en scène de Sōmai (sur la base d'un scénario adapté du roman d'Akira Yoshimura) déplaceront quelque peu ces attendus...

Bien sûr, les relations entre les trois protagonistes du film sont mouvementées. Mais c'est un tout autre segment qui captive l'attention, dès lors que le jeune homme se retrouve entraîné sur le bateau du vieux père : les séquences en bateau, filmées sur le temps très long (parfois en plans-séquences incroyables), nourrissent à elles seules un imaginaire marin hors du commun, entre solitude et cohabitation forcée, entre transmission d'un savoir-faire et dangers multiples de la mer. Il y a même quelques bouts de documentaire au détour de certains plans longs montrant Ogata batailler contre un thon. C'est en tout cas autour de ces dernières que les trois relations évolueront majoritairement, systématiquement partagées entre une part d'amour et une part de haine. Quelques clichés du cinéma japonais rendent les scènes correspondantes un peu crispantes (excès émotionnels et violence physique entre autres), mais entre les dangers de la mer et la mélancolie sur terre, The Catch finit par trouver sa voie en explorant plusieurs formes de masculinité toxique et en mettant en lumière des réconciliations touchantes.

img1.jpg, 2025/08/18 img2.jpg, 2025/08/18 img3.jpg, 2025/08/18 img4.jpg, 2025/08/18 img5.jpg, 2025/08/18 img6.jpg, 2025/08/18 img7.jpg, 2025/08/18