Je suis assez partagé par le geste de Woody Allen qui consiste à reprendre les enjeux des Fraises sauvages de Bergman et à les recontextualiser dans un cadre différent, cette fois-ci focalisés autour d'une prof de philo et écrivaine états-unienne opérant une sorte de psychanalyse par procuration, provoquée par les discussions entre une femme et son psychiatre qu'elle entend depuis son appartement. Allen a même réquisitionné son directeur de la photographie suédois, Sven Nykvist, c'est dire... Reste à savoir si on juge la qualité de la copie ou le film indépendamment du poids de ses références.
L'autre chose étonnante tient à la présence de Gena Rowlands, que je n'aurais jamais pensé croiser chez Allen, alors que son personnage entre très bien dans cette période sérieuse archi-bergmanienne. Manifestement le cinéaste new-yorkais était désireux de reconstruire son capital crédibilité après une série de comédies plus ou moins grivoises — ah c'est sûr, Bergman, ça fait plus sérieux. À titre personnel je ne suis pas sûr d'où va ma préférence, je ne suis pas fan du Woody 100% potache mais je n'apprécie pas non plus quand il se prend terriblement au sérieux comme ici, quand bien même niveau mise en scène, direction d'acteur, photographie, et tous les aspects techniques seraient évidemment bien supérieurs ici.
Pour le reste, si l'on met de côté la lourdeur de l'héritage bergmanien, on peut concéder la finesse de l'écriture d'à peu près tout dans Another Woman. Les confidences dramatiques d'une femme inconnue que la protagoniste surprend, le bouleversement induit progressivement dans sa vie qu'elle pensait parfaitement organisée, la façon dont de vieux souvenirs l'assaillent soudainement, entre mariage, avortement, et flirts auxquels elle avait renoncé... C'est très bien fait. C'est en tous cas un thème que j'apprécie, celui des certitudes de toute une vie qui volent en éclats sans crier gare, elle qui pensait tout bien faire se rend compte qu'elle a blessé des proches, négligé d'autres, et que derrière le vernis de la bienséance sa vie n'est pas aussi réussie que ce qu'elle pensait. Même la scène où elle rencontre Mia Farrow devant une peinture de Klimt intitulée “Hope", au potentiel révélateur un peu lourdingue, passe bien. Très belle façon de s'interroger sur ses choix, sur cet époux distant (Ian Holm), sur ce frère sacrifié, sur cet amant rejeté (Gene Hackman), à la faveur d'un puzzle existentiel hybride et désordonné.






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