La démarche de Wabinlé Nabié m'a beaucoup touché, par la sensibilité et la discrétion de son approche, de retour sur sa terre natale de Fafo au Burkina Faso pour questionner la pratique culturelle de la scarification. L'acteur (et ici réalisateur) appartient probablement à l'une des dernières génération à porter sur son corps et en particulier son visage l'expression de ces incisions porteuses d'identité, parfois comparée à une variation locale du tatouage : elles sont désormais interdites (historiquement par les gouvernement coloniaux et les missionnaires chrétiens), bien qu'elles continuent à être pratiquées de manière marginale comme des actes de résistance.
En l'occurrence, les cicatrices que porte Nabié marquent l'appartenance à une ethnie, les Bwaba, et c'est en retournant dans la région où il a grandi qu'il apprendra (et nous avec, bien sûr) ce marqueur d'identité, l'histoire de cette pratique, et toutes les significations qui entourent la réalisation de ces scarifications. La trajectoire proposée par Les Scarifiés est très posée, ce qui n'était pas nécessairement évident étant donnée la violence des récits concernant la pratique de cet acte sur des enfants, maintenus au sol de force, alors qu'on les emmenait pour ce qu'ils pensaient être un repas de fête. Les personnes les plus âgées discutent entre elles et témoignent sur ces années révolues, en partageant des souvenirs de visages et de corps ensanglantés, à l'issue d'un traumatisme qui les suivra un certain temps avant d'être accepté. Peu à peu le documentaire construit un cheminement assez agréable, très apaisé, allant jusqu'à la restitution d'une identité jusqu'alors enfouie et remontant à ses six ans.
C'est donc une démarche extrêmement personnelle, intime, à l'opposé d'une méthodologie académique, en l'absence d'observateurs extérieurs. Nabié prend notamment le temps de filmer ces corps et ces visages scarifiés, avec de nombreux gros plans sur des peaux marquées à vie, sans contextualisation anthropologiques exacerbée. Il est également question de la transmission d'une identité culturelle, et de son devenir à partir du moment où a sonné son interdiction, tout en faisant remarquer que cette pratique pouvait participer à la protection contre l'esclavage (en permettant d'identifier l'origine ethnique des personnes). Sont aussi abordées les notions de mémoire familiale, de disparition des traditions, et de transformation des références culturelles.











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