Le tout premier film de Chen Kaige appartient à cette catégorie de cinéma lent, sobre, un peu taiseux, à combustion lente, et donc les qualités principales passent davantage par l'ambiance et la mise en scène que d'autres éléments plus classiques, dialogues, scénario, etc. Le geste scénaristique est d'ailleurs relativement restreint : une poignée de personnages seulement, avec un soldat communiste envoyé à la fin des années 30 dans la campagne chinoise située au nord du pays, dans le but de recueillir des chants traditionnels (à des fins de propagande), et où il fera la rencontre d'une jeune adolescente vivant avec son frère et son père agriculteur. Le contexte se trouve tout entier contenu ici — on est en pleine seconde guerre sino-japonaise (1937 à 1945), même si le conflit restera totalement enfoui dans l'arrière-plan, et la mission du soldat dans la province du Shaanxi est très clairement reliée à la révolution en cours.
Pourtant, le sujet se trouve ailleurs. C'est dans un tout premier temps l'environnement géographique qui frappe, ces terres peu fertiles qui envahissent absolument tout l'écran la plupart du temps, et que les paysans essaient tant bien que mal de fertiliser, de labourer, d'ensemencer. Ces territoires semi-désertiques sont très marquants, que ce soit du côté des champs qui entourent la maison familiale ou de celui du chemin que la jeune Cuiqiao doit réaliser plusieurs fois par jour pour aller chercher de l'eau à la rivière située à quelques kilomètres. C'est à Zhang Yimou qu'on doit tout ce travail de chef opérateur. Après avoir épousé le quotidien de ce noyau familial, on apprend la problématique principale puisqu'au détour d'une conversation, le père précise au soldat qu'il a promis sa fille en mariage à une homme dont elle n'a jamais entendu parler.
Point de départ d'une conversation au long cours entre le soldat et la famille (le père et la fille principalement, le garçon souffrant de problèmes d'expression orale), ce dernier évoquant à Cuiqiao le fait que les femmes sont libres de choisir leur mari dans d'autres pays et que même dans certaines provinces chinoises, ces pratiques de mariages arrangés sont considérées comme désuètes et rétrogrades. Ce à quoi le père répondra que les pratiques fonctionnent comme elles fonctionnent dans ce coin rural de Chine. Des promesses sont formulées, notamment une sorte de pacte de sauvetage entre le soldat et la fille, mais le jour du mariage, elle se retrouvera bien seule. Et c'est à ce titre que la dernière partie se drape d'un voile très mélancolique, à l'amertume prononcée et renforcée par les paroles des chants traditionnels qui reviennent régulièrement. Beau portrait du désespoir discret et des désillusions silencieuses.







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