Peut-on faire plus long et austère qu'un chanbara en noir et blanc de 3h40, essentiellement composé de plans longs et fixes, sans qu'aucun coup de sabre ne soit montré, et presque entièrement dédié à la réflexion sur la frontière parfois très mince qui sépare la préservation d'un honneur bafoué et l'exécution d'une vengeance froidement calculée ? Avec en prime tout un pan semi-encyclopédique puisque le film raconte un épisode de l'histoire japonaise classique de l'époque d'Edo, en englobant toutes les implications et intrications politiques que comportent ce genre de récit. Cerise sur le gâteau, La Vengeance des 47 rônin fut tourné en 1940, ce qui contraint Kenji Mizoguchi à l'exercice du film de commande doublé du film de propagande, avec sa série de contraintes techniques et morales passant plus ou moins sous les radars d'un œil occidental.
Malgré tout, à partir du moment où l'on accepte les règles du jeu pour le moins opposées à celle du remake états-unien de Carl Erik Rinsch de 2013 avec Keanu Reeves et Hiroyuki Sanada, l'exercice de style peut comporter un lot de plaisirs cinéphiles plutôt conséquent. Car presque par définition, en choisissant de reléguer les règlements de compte et les scènes d'action au hors-champ (en allant jusqu'à raconter une de ces dernières au travers de la lecture d'une lettre), c'est un film qui se dédie totalement à ces moments classiques des chanbaras où les protagonistes dissertent sur le sort qu'il convient de réserver à tel ou tel coupable ou fautif, généralement insérés entre deux séquences de mise en scènes desdites séquences d'action. Un peu comme s'il s'agissait d'un zoom, d'une fractale, d'une mise en abyme, avec une sorte de film dans le film transformant une dizaine de minutes en près de quatre heures.
Car La Vengeance des 47 rônin peut se voir comme une chronique de la loyauté à grande échelle, se traduisant selon la perspective en plan de vengeance ou en application du bushido au sein d'un groupe conséquent de samouraïs devenus ronin suite à la mort injuste de leur maître. Bien sûr le refus radical du spectaculaire impose une rigidité dramaturgique qui peut s'avérer rebutante, voire difficile à digérer avec sa forte concentration en dialogues longs et parfois obscurs. En tous cas j'ai trouvé passionnant le questionnement sur la nature même de l'action, avec entres autres considérations le risque de laisser le crime originel impuni dans le seul but d'être certain de tuer le coupable ou encore les attitudes les plus adaptées à l'application des codes du bushido (avec la fameuse notion du "vrai" et "bon" samouraï).







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