On comprend mieux, en regardant Las Mimosas, d'où Óliver Laxe tient ce style et cette capacité à filmer les montagnes, la terre, les cours d'eau, et en particulier cette région de l'Atlas au sud du Maroc. Un décor qu'il a depuis repris pour le plus récent Sirāt, mais qui ici est au centre de tout. Un film assez curieux, présenté comme un western à connotation religieuse, dont la trame principale située à une époque indéterminée suit une caravane emmenée par un très vieux cheikh, au seuil de la mort, souhaitant se rendre à Sijilmassa pour finir sa vie. Le trajet emprunte des sentiers escarpés de haute montagne, un itinéraire aussi magnifique que difficile et dangereux, et au beau milieu de cette région inhospitalière, lors d'une halte, le patriarche s'éclipse et meurt.
Le second long métrage de Laxe pourrait se contenter de ça : suivre une caravane marocaine dans les montagnes du Haut Atlas, avec une trame fictionnelle minimale consistant à poser la problématique d'un cadavre que personne ne veut gérer. La beauté et la singularité des décors se suffiraient presque à elles seules. La lumière qui règne à ces hauteurs, la couleur dorée des pierres, les glaciers qui finissent en torrents laiteux, il y a suffisamment de matière géologique pour passionner, à titre personnel. Le cinéaste espagnol a pourtant ajouté à ce substrat conséquent un vernis étonnant, légèrement baroque, en faisant dialoguer deux temporalités bien distinctes, appartenant à deux régimes de réalité potentiellement opposés. On ne comprend pas tout, mais cette zone de flottement ne se fait pas trop désagréable.
L'essentiel du récit suit deux personnages, Ahmed et Saïd, sollicités par la femme du défunt pour qu'ils exécutent ses dernières volontés — amener le corps à bon port. Sans qu'on ne sache exactement son origine ou ses intentions profondes, un troisième personnage (Shakib, émissaire bizarre, prophète indéterminé) semble désigné pour les aider et les accompagner dans une quête qui prend des tournures de plus en plus métaphysiques. L'histoire offre de nombreuses interprétations possibles sur le thème de la route à trouver, à creuser, interprétations encouragées par cette toute dernière séquence qui semble relever d'un univers très différent. On gardera quoi qu'il en soit longtemps en mémoire ces images hypnotiques de pentes raides, de gorges magnifiques, d'oasis d'altitude, qui perdureront plus longtemps que la dimension de fable initiatique mystico-poétique.









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