Entre le contexte de production thaïlandais, la tonalité de comédie noire mêlée à un récit fantastique sur le thème de la possession (par des fantômes) d'objets du quotidien, une romance entre un homme et un aspirateur (possédé par sa femme après sa mort), des considérations résolument queer, une critique écologique autour de la pollution, une évocation de troubles politiques récents ayant conduit à une répression sanglante, et un final versant dans l'horrifique quelque part entre Romero et Tarantino, Fantôme utile aura bien gagné sa place dans le palmarès des films bizarres.
Le contenu pourrait paraître très voire trop touffu, et sur le papier Ratchapoom Boonbunchachoke donne l'impression de s'éparpiller au-delà du raisonnable ; pourtant le film reste étonnamment digeste pendant plus de deux heures, notamment grâce à son originalité, sa capacité à surprendre, et son côté premier degré dans la poursuite d'un argument stupide en première intention — il faut dire que l'on voit le protagoniste avoir une relation simili sexuelle avec un aspirateur dans les 15 premières minutes, sous le regard médusé de sa famille. L'histoire d'esprits réincarnés en objets est prise à la fois très au sérieux et avec beaucoup d'humour, multipliant à ce titre les séquences loufoques comme ces moines bouddhistes grossiers essayant d'exorciser un aspirateur, la mise en scène alternant entre vue sur l'objet et vue sur la femme, pour alterner les points de vue.
Mais clairement le film ne s'arrête pas à ces manifestations d'absurdité caractérisée. D'un côté, tous les ascendants (la mère, et une tripotée de grands-parents) de l'homme en deuil témoignent une forme de panique mi-morale mi-économique vis-à-vis de la situation car l'entreprise familiale se trouve menacée, et d'un autre côté, après une période d'acclimatation imposée, le fantôme de la défunte trouve une utilité toute trouvée puisqu'elle veillera à gérer la crise des âmes errantes qui hantent l'usine. La répression policière de 2010 ayant fait plus de 20 morts est évoquée de manière directe (au même titre que le reste, sur une ligne étrange entre sérieux et burlesque), quelques passages suggèrent des ambiances dystopiques à base d'électrochocs pour effacer la mémoire qu'un Gilliam ne renierait pas, le tout dans une atmosphère de réminiscences assez éloignée du calme d'un Apichatpong Weerasethakul (on peut penser à Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures à quelques reprises).








Dernières interactions
Merci beaucoup !
04/09/2026, 12:03
Excellent commentaire qui pose les enjeux du film avec beaucoup de clarté
04/09/2026, 11:50
En tous cas, il est vrai que la réécouter fait remonter beaucoup de beaux…
26/08/2026, 22:34
Y a t il plus belle musique de film?
26/08/2026, 22:21
Ah, très étrange oui celui-ci. J'avais moins accroché mais je ne me souviens…
26/07/2026, 13:25
Le mélodrame à la mode nippone me convient très bien ! Et je n'ai vu aucun des…
26/07/2026, 10:46