Mon dernier Yasuzō Masumura vu commençait à remonter à un peu trop longtemps, autour d'un an, aussi regarder Tatouage s'est avéré tout particulièrement profitable pour raviver tout ça. Et par "tout ça", j'entends le combo de la mort que j'apprécie presque tout le temps, qui regroupe au-delà du cinéaste l'actrice irremplaçable Ayako Wakao parfaite dans le rôle de cette femme presque littéralement vénéneuse avec son tatouage d'araignée à tête humaine dans le dos, le scénario bien baroque de Kaneto Shindō qui n'en finit pas d'empiler les trahisons et les meurtres, et pour terminer la musique si caractéristique de Hikaru Hayashi qui sait si bien accompagner le mélodrame dans ses recoins les plus tendus et les plus menaçants.
La fluidité de l'histoire et la petite dimension de conte moral aide grandement à la lisibilité des péripéties malgré la multiplication de personnages secondaires : très vite, les pistes se dédoublent mais on ne perd jamais de vue les points essentiels, la malédiction de la pauvre Otsuya qui semble liée à la vie à la mort à son tatoueur Seikichi, et l'hystérie grandissante de son amant Shinsuke qui perd de plus en plus la boule (apparemment, assassiner des gens n'aide pas à maintenir une hygiène mentale suffisante). J'ai en outre beaucoup apprécié l'utilisation de la couleur chez Masumura, en ce milieu des années 1960 japonaises pourtant peu avare en photographies noir et blanc irréprochables. La pénombre des intérieurs malaisants, les teintes bleutées des extérieurs menaçants, et bien sûr le rouge dans les détails — les costumes de la protagoniste, quelques éléments de son tatouage, et de manière plus radicale le sang qui coule à flot au gré des mises à mort souvent très laborieuses. Impossible de chasser ces images de Shinsuke assassinant péniblement son agresseur avec une courte lame enfoncée dans son front, façon trépanation, au terme d'une lutte chaotique. Brrrrr.
Pourtant, à l'origine de ce drame sanglant, il n'y avait qu'une banale histoire de fuite de deux amants, souhaitant vivre tranquillement leur amour loin des contraintes familiales. Mais voilà, les trahisons ont tôt fait de se manifester, et on enchaîne très vite la vente de la jeune fille à une maison de geishas (où elle subira le fameux tatouage forcé), avec pour conséquence sa transformation en une boule de rage, comme possédée, manipulatrice et violente. La fuite en avant des personnages étouffe très rapidement, d'autant plus que la mise en scène de Masumura se montre comme à son habitude généreuse en séquences démonstratives très prenantes. La thématique de la femme écartelée entre soumission et domination revient encore une fois ici, et Tatouage constitue à ce titre un énième récit de douleur et de violence, avec un chapelet de questionnements moraux (ou immoraux) — et même artistiques, dans une certaine mesure — plutôt intéressants.








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