À ranger dans la même catégorie du cinéma britannique qui s'intéresse à l'angoisse d'une explosion nucléaire (et ses conséquences, en détails) sur le territoire anglais, en cette douce période de guerre froide, non loin des films marquants comme Threads (1984) de Mick Jackson et La Bombe (1966) de Peter Watkins. Le long-métrage d'animation de Jimmy T. Murakami aborde grosso modo le même cadre géopolitique mais sous la forme d'une uchronie un peu différente puisque le référentiel, qui restera le même durant tout le film, se focalisera exclusivement sur un couple de retraités, Jim et Hilda, et sur les activités à l'intérieur de leur maison.
Même si l'affiche peut avoir introduit un petit spoiler quant au contenu avec son symbole de la radioactivité, l'action se déroule en trois temps principaux : l'observation de la petite routine quotidienne des deux personnes âgées, puis l'annonce du conflit imminent avec bombe nucléaire, et enfin les conséquences de l'explosion atomique avec hiver nucléaire et lent déclin. La première partie serait presque notable pour la légèreté et le détachement de sa tonalité, avec seulement quelques pointes d'inquiétude lorsque la réalité d'une guerre possible surgit à travers la radio, le journal ou la télévision. Mais en fait il s'agit avant tout d'imposer une certaine routine dans les rapports entre les deux personnages, qui se poursuivra dans la seconde partie, créant ainsi un contraste très particulier : une explosion nucléaire a ravagé les environs, mais le couple continue avec son petit train-train exactement comme avant, comme lorsque Jim démontait deux portes pour en faire un abri "afin de suivre les recommandations gouvernementales" (phrase qu'il répétera jusqu'à la nausée) et lorsque Hilda s'affairait aux quatre coins de la maison.
Tout le jeu de When the Wind Blows est contenu ici : chroniquer une survie à une attaque nucléaire tout en maintenant une illusion de normalité alors que l'environnement est dévasté. L'idée de départ est bonne, mais peut-être qu'elle est un peu trop matraquée pendant la totalité de la durée, sur le thème de la mamie qui s'inquiète, du papy qui la rassure avec sa confiance aveugle en l'avenir, et du spectateur qui sait bien mieux qu'eux ce qui est en train d'advenir.
Parmi les singularités du projet, on peut noter la bande son (composée entre autres par David Bowie et Roger Waters), l'insertion ponctuelle de prises de vues réelles (comme une couette recouvrant le duo ou encore des débris constituant le décor), ou encore cette tonalité particulièrement et tragiquement ironique autour de l'optimisme chevillé au corps du protagoniste qui suit inlassablement son programme de prévention gouvernementale "Protect and Survive". Le rituel du quotidien que les personnages semblent s'imposer envers et contre tous s'observe ainsi au travers d'une variation lente mais inexorable, de telle sorte qu'on guette les petites inflexions qui s'invitent les unes après les autres pour survivre dans cet environnement changeant. La répétition du même schéma "découverte d'une conséquence -> mamie a peur -> papy la rassure" finit quand même par lasser un peu, avec sa surenchère dans le déni empreint de naïveté, mais la dimension macabre de cette lente agonie ne peut pas laisser indifférent.








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