Une ambiance douce en dépit des coups du sort répétés et intenses, des acteurs et actrices non-professionnels intégrés au casting, des personnages globalement touchants au-delà de leurs tares, la dimension de chronique d'un quotidien quelque peu singulier : pas de doute, on est bien chez Sean Baker. Comme pour tous ses autres films j'ai bien aimé comment le réalisateur parvient à rendre attachantes des typologies souvent marginalisées dans le cinéma conventionnel, en l'occurrence ici une jeune femme se liant d'amitié avec une octogénaire — la première travaille dans le porno et la seconde vivait recluse dans sa maison jusqu'à leur rencontre.
Autant dans ses films ultérieurs comme Red Rocket ou Anora la thématique pornographique est abordée de front, comme un élément essentiel et principal du scénario, autant dans Starlet il faudra attendre une petite heure avant que l'on ne comprenne pour de bon quelles sont les activités des deux colocs. Mais ce n'est qu'une toile de fond, un élément servant de contraste presque comique avec l'amitié qui se développe entre les deux personnages féminins que tout oppose, l'âge, la culture, les valeurs, le tempérament. À ce titre, l'interprétation est remarquable que ce soit chez Dree Hemingway (Jane, incroyablement naturelle et avenante) ou Besedka Johnson (Sadie, très juste en mamie solitaire ne comprenant pas ce que cette fille lui veut, et qui décèdera quelques mois après la sortie du film pour son unique rôle), on se plaît à observer comment évolue leur amitié, aussi improbable que touchante.
Au final on oublie assez vite l'origine de cette relation, à savoir la découverte d'une grosse somme d'argent dans un thermos / vase que Jane achète à Sadie lors d'un vide-grenier. Honnêtement, on le voit venir à des kilomètres, la péripétie mêlant le petit chien que Jane traine partout et l'argent caché dans des bottes au fond d'un placard... Mais peu importe, la banalité du scénario ne constitue pas le point névralgique du film qui brille par sa tonalité douce-amère, par ses portraits esquissés au-delà de l'incompréhension entre deux générations. On peut apprécier autant la façon d'introduire l'environnement professionnel (le porno, donc) lors d'un tournage, montré avec beaucoup de détachement et de pragmatisme, que la prise de conscience chez la vieille femme quant à la nature sincèrement désintéressée de l'amitié qu'on lui offre — avec une part commune de fragilité. Sean Baker insiste mine de rien pas mal sur l'opposition entre les deux mondes, l'un sincère et l'autre mercantile, l'un rythmé par les parties de bingo et l'autre par les strip-teases. Un univers simple, attachant, et original dans sa justesse de ton.







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