Comme beaucoup, j'associe le nom de Lewis Teague à deux (films que je considère comme des) navets animaliers très marqués par la décennie des 1980s, L'Incroyable Alligator et Cujo. Aussi, la découverte de The Lady in Red a quelque chose d'assez surprenant dans le sens où cette peinture des années 1930 depuis les années 1970 dispose de nombreux arguments en sa faveur. On ne peut pas vraiment parler d'archétype de cinéma du Nouvel Hollywood, car même si le regard sur une histoire criminelle états-unienne arbore toutes les caractéristiques de l'ambiguïté et du désenchantement, avec beaucoup de latitudes en matière de violence et de sexualité, ça reste avant tout du cinéma d'exploitation et une production signée Roger Corman.
Mais c'est un film qui parvient à dépasser assez largement ses maladresses grâce à sa façon de tisser une toile de fond sur la Grande Dépression, avec la crise économique toujours présente, dans l'arrière-plan, en embuscade. La démarche de se focaliser sur le personnage principal de Polly Franklin (excellente Pamela Sue Martin) pour raconter une histoire fictionnelle en périphérie de la vie de John Dillinger, avec des éléments biographiques comme la collaboration de Ana Cumpănaș avec le FBI ayant conduit à la mort du gangster, est un des aspects qui m'a en tous cas le plus convaincu. Même si Du rouge pour un truand présente un certain ventre mou tout au long de la séquence centrale dans la maison close, il reste relativement dynamique sur le plan narratif (1h30 qui file à toute allure) avec de nombreux micro-environnements intéressants, à l'image de cet atelier de couturières exploitées qui se rebelleront contre le personnage de Dick Miller ou encore ce bar où défile toute la pègre locale au sein de laquelle on reconnaît Christopher Lloyd dans un rôle totalement à contre-emploi.
Sur le papier, on pourrait y voir une énième variation sur le thème de la prohibition et des années 30 aux États-Unis. Et pourtant, c'est un film qui ne ressemble à aucun autre. Le parcours atypique de sa protagoniste, la rudesse de la mise en scène, les bizarreries de quelques scènes (comme ce passage en prison avec une gardienne particulièrement acerbe), les pourritures qui pullulent, la reconstitution de l'époque, toutes ces singularités concourent à donner au film une identité assez singulière. L'équilibre obtenu entre chronique sociale et polar féminin est tout à fait inattendu en ce qui me concerne, et sa dimension imparfaite renforce paradoxalement son côté attachant.







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