Film culte au Royaume-Uni mais relativement inconnu partout ailleurs, Withnail & I appartient à cette catégorie de comédies qui manient un humour noir donc la culture britannique a le secret, un mélange touchant d'acidité extrême et de désespoir profond. Le récit se cale sur des rails vaguement autobiographiques pour raconter le sort peu enviable de deux comédiens paumés, sans le sou, vivant (voire survivant) dans leur appartement crasseux de Londres, en attendant qu'un rôle leur tombe enfin dessus et leur permette de changer de vie. En attendant, ils font n'importe quoi, ils boivent n'importe quoi, ils mangent n'importe quoi.
C'est un film structuré et animé en tout premier lieu par l'écriture de ses dialogues, étant donné qu'on passe 1h40 en présence d'échanges continus entre les deux protagonistes, avec de temps en temps un personnage tiers s'invitant dans la danse. Une connaissance toxicomane, un oncle ventripotent et envahissant (Richard Griffiths, jouissant d'une présence remarquablement dérangeante), un fermier menaçant, etc. Mais l'essentiel du flux de paroles reste entre les deux personnages éponymes, avec un festival de tirades très littéraires, sans qu'il y en ait vraiment une d'exceptionnelle en soi, construisant un ensemble à la fois bizarre, lourd, attachant, puis hypnotisant. "Maybe he's written this in some moment of drunken sincerity", "I feel like a pig shat in my head", "We are indeed, drifting into the arena of the unwell, making an enemy of our own future. What we need is harmony, fresh air, stuff like that".
Ce tissu discursif intense et souvent acerbe finit par produire un certain charme, entre l'appartement, le pub et le cottage en rase campagne. La dynamique entre les deux acteurs, Richard E. Grant et Paul McGann, tourne à plein régime, dans un style so british qui pourra éventuellement susciter une adhésion pour peu qu'on se laisse embarquer dans la galère. L'histoire d'amitié conflictuelle et dysfonctionnelle se développe au creux d'une ambiance toujours poisseuse et incertaine, qu'on se situe dans un quartier peu fréquentable de Londres ou dans un coin reculé et pluvieux de cambrousse. Un festival de sarcasmes et d'absurdité, dans une ambiance décadente indéterminée (le film est tourné à la fin des années 1980 mais relate des événements de la fin des années 1960).







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