vendredi 02 janvier 2026

Starlet, de Sean Baker (2012)

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"What's worse than getting banged by Jack the Ripper? Getting fingered by Captain Hook."

Une ambiance douce en dépit des coups du sort répétés et intenses, des acteurs et actrices non-professionnels intégrés au casting, des personnages globalement touchants au-delà de leurs tares, la dimension de chronique d'un quotidien quelque peu singulier : pas de doute, on est bien chez Sean Baker. Comme pour tous ses autres films j'ai bien aimé comment le réalisateur parvient à rendre attachantes des typologies souvent marginalisées dans le cinéma conventionnel, en l'occurrence ici une jeune femme se liant d'amitié avec une octogénaire — la première travaille dans le porno et la seconde vivait recluse dans sa maison jusqu'à leur rencontre.

Autant dans ses films ultérieurs comme Red Rocket ou Anora la thématique pornographique est abordée de front, comme un élément essentiel et principal du scénario, autant dans Starlet il faudra attendre une petite heure avant que l'on ne comprenne pour de bon quelles sont les activités des deux colocs. Mais ce n'est qu'une toile de fond, un élément servant de contraste presque comique avec l'amitié qui se développe entre les deux personnages féminins que tout oppose, l'âge, la culture, les valeurs, le tempérament. À ce titre, l'interprétation est remarquable que ce soit chez Dree Hemingway (Jane, incroyablement naturelle et avenante) ou Besedka Johnson (Sadie, très juste en mamie solitaire ne comprenant pas ce que cette fille lui veut, et qui décèdera quelques mois après la sortie du film pour son unique rôle), on se plaît à observer comment évolue leur amitié, aussi improbable que touchante.

Au final on oublie assez vite l'origine de cette relation, à savoir la découverte d'une grosse somme d'argent dans un thermos / vase que Jane achète à Sadie lors d'un vide-grenier. Honnêtement, on le voit venir à des kilomètres, la péripétie mêlant le petit chien que Jane traine partout et l'argent caché dans des bottes au fond d'un placard... Mais peu importe, la banalité du scénario ne constitue pas le point névralgique du film qui brille par sa tonalité douce-amère, par ses portraits esquissés au-delà de l'incompréhension entre deux générations. On peut apprécier autant la façon d'introduire l'environnement professionnel (le porno, donc) lors d'un tournage, montré avec beaucoup de détachement et de pragmatisme, que la prise de conscience chez la vieille femme quant à la nature sincèrement désintéressée de l'amitié qu'on lui offre — avec une part commune de fragilité. Sean Baker insiste mine de rien pas mal sur l'opposition entre les deux mondes, l'un sincère et l'autre mercantile, l'un rythmé par les parties de bingo et l'autre par les strip-teases. Un univers simple, attachant, et original dans sa justesse de ton.

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vendredi 26 décembre 2025

Schizophrenia (Angst), de Gerald Kargl (1983)

schizophrenia.jpg, 2025/12/01

Immersion et enfermement dans la subjectivité Difficile de faire plus déstabilisant et dérangeant qu'un film pareil, situé aux antipodes du cinéma d'horreur conventionnel (que ce soit dans la contextualisation du mal, dans la mise en scène des atrocités, ou dans le positionnement général). Et même  […]

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mercredi 17 décembre 2025

Rébellion (上意討ち 拝領妻始末, Jōiuchi: Hairyō tsuma shimatsu), de Masaki Kobayashi (1967)

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Patience éprouvée et rage intérieure Un peu comme The Betrayal de Tokuzō Tanaka sorti l'année précédente (et découvert récemment), Rébellion s'inscrit dans une veine très classique du chanbara : plus précisément, il explore le sous-segment relatif aux systèmes de clans de samouraïs qui écrasent ses  […]

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lundi 15 décembre 2025

Reflet dans un diamant mort, de Hélène Cattet et Bruno Forzani (2025)

reflet_dans_un_diamant_mort.jpg, 2025/11/13

Jeux de masques Si l'on connaît déjà le duo Cattet / Forzani, on sait très bien dans quel sentier on s'engage. C'est un constat important, l'air de rien, car dès les premières minutes de Reflet dans un diamant mort il faut être prêt à abandonner toute notion d'intelligibilité, à oublier jusqu'à  […]

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jeudi 11 décembre 2025

Take Out, de Sean Baker et Tsou Shih-ching (2004)

take_out.jpg, 2025/11/13

Sisyphe de la livraison à vélo Il n'est pas inintéressant de remonter aux racines de la filmographie de Sean Baker, en progressant de ses œuvres les plus travaillées (Red Rocket, Anora) vers ses réalisations plus DIY et brutes. Take Out se situe dans une région cinématographique très proche de   […]

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lundi 08 décembre 2025

À l'ouest des rails (铁西区, Tiě xī qū), de Wang Bing (2003)

a_l_ouest_des_rails.jpg, 2025/11/13

Purgatoire de rouille et d'obscurité Difficile de faire plus intimidant qu'un documentaire chinois de plus de neuf heures tourné en caméra mini-DV au début entre 1999 et 2001 au sein d'un immense complexe industriel hérité de l'époque de l'occupation japonaise. Quand Wang Bing commence à  […]

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jeudi 04 décembre 2025

I Got Heaven, de Mannequin Pussy (2024)

i_got_heaven.jpg, 2025/01/29

Aboiements hypnotiques Ça faisait longtemps qu'un album, plus précisément un morceau, encore plus précisément une version live de ce même morceau, ne m'avait pas autant hypnotisé. On le doit encore une fois à une session live KEXP, un lieu pas avare en dénichage de pépites. C'est bien simple, j'ai  […]

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mercredi 03 décembre 2025

The Betrayal (Daisatsujin orochi, 大殺陣雄呂血), de Tokuzō Tanaka (1966)

the_betrayal.jpg, 2025/11/03

Patience de la révolte Dans le registre du chanbara, les thèmes de la trahison, de la loyauté, ou encore de la morale (fausse ou vertueuse) ont déjà été explorés à maintes reprises, déjà, lorsque sort The Betrayal en 1966. Un des jalons les mieux établis dans ce domaine est probablement la  […]

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