Une fois l'expérience Sirāt digérée, j'avoue ne pas vraiment m'expliquer comment un film aussi singulier, baroque, lent, immersif, et porté sur un symbolisme de premier plan ait pu susciter un engouement aussi généralisé dans tous mes cercles proches, et plus généralement au niveau de critiques institutionnelles. Avec un exercice de style aussi particulier, reposant sur de très nombreux aspects anti-conventionnels du point de vue de la mise en scène, en marge du cinéma classique de la même façon que le milieu des ravers est peuplé de marginaux, j'aurais pensé que le clivage serait infiniment plus prononcé.
Mais peu importe. C'est le genre de film qui assomme, à tous les niveaux, dans tous les registres. On plonge dans les décors montagneux du sud du Maroc et on s'enfonce progressivement dans les profondeurs d'un désert impitoyable. Le fait que le personnage de Sergi López (seul acteur pro il me semble) recherche sa fille constitue au final un argument mineur, presque un prétexte : l'essentiel portera sur un voyage, avec son fils, en compagnie de deux vans de teufeurs, avec une composante spirituelle / métaphorique / suggestive plus ou moins pesante. De mon côté, j'ai trouvé que les différentes ambiances s'équilibrent très bien, entre le pragmatisme de la traversée du désert et la quête existentielle prenant de très nombreuses formes — en toile de fond, une Troisième Guerre mondiale se profile, on voit des militaires actifs, etc.
J'ai aussi beaucoup apprécié comment Óliver Laxe a intégré ses références, sans savoir si tout ça est volontaire / conscient ou non. On pense à de très nombreux coins de cinéma, de Mad Max à Sorcerer (ou "Le Salaire de la peur") en passant par Freaks et Gerry, et je trouve ces influences particulièrement bien assimilées, produisant un cocktail assez neuf. Du point de vue scénaristique, on peut relever pas mal de points qui coincent à cause de faiblesses d'écriture, qui auraient d'ailleurs pu être très facilement évitées (d'autant plus qu'il y a une sorte de fuite en avant à ce sujet dans la dernière partie, marquée par un jusqu'au-boutisme à double tranchant). Mais rien d'insurmontable en matière de visionnage, pour peu qu'on soit envoûté par au moins l'une des dimensions du film, la vibration techno, la quête du père, le voyage périlleux, le parfum de fin du monde, le train des rescapés — la liste est pas loin d'être infinie. Dans l'arrière-plan se joue aussi un basculement, tour à tour rendu de manière pragmatique ou sensorielle, parfois rugueux, parfois bancal, sur le thème du lâcher prise, de la finitude, et de la cruauté de l'existence. Et c'est un film qui ne ressemble à rien (que j'aie vu récemment du moins), chose assez exceptionnelle dans le domaine de la fiction : les sensations qui en résultent valent de l'or.











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