
Un cobra tagué sur un mur, ou la devanture d'une librairie avec un écriteau "Fermée parce que la mer me manquait", ou une vieille qui lit en fumant un bédo, ... aurait donné un peu de saveur à cette couverture mielleusement illustrée. Ces bandeaux commerciaux vous font peut-être aussi l'effet d'un épouvantail. Le jardin dans le ciel est pourtant un excellent roman, que j'aurais ignoré sur les gondoles si je n'avais pas eu les recommandations d'un libraire persuasif.
Dans une cité malfamée en bord de mer, Robert fait pousser secrétement des fleurs et de la beuh sur le toit de son immeuble de 22 étages. Dans le quartier, il offre chaque jour ses fleurs au premier péquin qu'il croise, pour respecter son contrat passé avec la terreur de la banlieue. Robert est un gamin. Il a 17 ans. Il bégaie et il n'a aucun ami. Il entreprend son petit commerce illégal pour payer les soins de sa mère atteinte d'une maladie neurologique grave. Sur le lit de sa chambre d'hôpital, elle ne peut plus ni bouger, ni parler, elle qui jacassait sans arrêt se retrouve muette devant son fils. Le "Muet", c'était le surnom de Robert lorsqu'il était enfant, toujours considéré comme en retard, le "dirlo" l'avait collé dans la classe des "Perfs". Cela n'avait pas affecté sa mère qui l'élevait seul. Elle n'avait elle-même que peu de considération pour son enfant qu'elle dépréciait en le culpabilisant, à commencer par lui mettre sur le dos l'abandon de son père.
On retrouve la difficile responsabilité de devoir s'occuper d'une mère détestée et malade dans la Daronne d'Hannelore Cayre, mais aussi : la mue en un autre en entrant dans l'illégalité, la transformation de la vie quotidienne rythmée par les visites à l'hôpital, et le jeu de dupes mené au nez et à la barbe des flics et des dealers. Si ses mots sortent en balbutiant, on comprend vite que ce garçon a de la suite dans les idées. Ce récit d'apprentissage prend une tournure réjouissante lorsqu'il pousse la porte de la librairie de Sophie, une libraire iconoclaste qui va le prendre sous son aile. Ses clients et ses habitués - amoureux et allumés de la littérature - forment une belle bande de marginaux au joyeux franc-parler. Les références littéraires qui parleront forcément à tous les amoureux des livres, quelque soit votre came (poésies, romans d'aventure, anticipations, polars, essais, témoignages,... ) fusent autour de lui. L'illumination surgira une première fois à la découverte de Sous le règne de Bone de Russel Banks, puis à la lecture d'autres œuvres, trouvant une résonance particulière avec sa vie qui menace de méchamment flancher.



Sources : Rockström et al. 2009 ; Steffen et al., 2015 ; Personn et al., 2021 ; Wang-Erlandsson et al., 2022 ; Richardson et al., 2023 ; Sakschewski and Caesar et al. 2025











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