dimanche 21 août 2016

Montesquiou on the Rock's — Chronique d'un garageux ordinaire

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Montesquiou, c'est un petit village du Gers, à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Toulouse. Quelque cinq cents âmes à l'année, perdues dans les très beaux paysages gersois, verdoyants et vallonnés. Chaque été depuis 10 ans, la population connaît une hausse du nombre de têtes par mètre carré, le temps d'un weekend allongé, à l'occasion d'un festival de Garage (mais en plein air) baptisé "Montesquiou on the Rock's".

Un festival gratuit, à l'ambiance agréable, détendue, familiale, où tout le monde trouve sa place : il y a des jeunes et des moins jeunes, des vieux et des moins vieux, des garageux de tout le Sud de la France, des punks à grosses crêtes et blousons cloutés, des fans de Glam Rock et des gens qui passaient tout simplement par là et qui se demandaient d'où venait cet incroyable bordel. Il est franchement étonnant de voir que pour son dixième anniversaire, le festival a su conserver un esprit génial en petit comité, une bonne organisation, et une excellente programmation. Les repas sont pris un peu partout autour et sur les grandes tablées disposées pour l'occasion, ce qui facilite les contacts avec d'autres sympathiques et anonymes garageux et avec, au choix, Looch Vibrato et Aggy Sonora des Magnetix, le chanteur de King Salami Dirty Sanchez, ou encore un Reverend Beat-Man (lire le billet) qui passe par là derrière ses lunettes noires. Bref, des repas sympas avec des produits locaux, bons et pas chers.

Rentrons dans le vif du sujet. Les toulousains de Dividers [extrait : The Way of the Brave] ont ouvert les hostilités jeudi soir, pour une entrée à base de Folk, Garage, et Punk. La première moitié du set était vraiment bonne, avec des ballades plus ou moins énergiques et électriques. Le temps de quelques morceaux, on peut y voir (entendre) les cousins éloignés des Jack of Heart, un excellent groupe de Garage bordelais. La dernière partie était plus pop, plus convenue, et moins attrayante, avec un morceau (Hook) dont les sonorités flirtaient dangereusement avec celles de Patrick Coutin sur J'aime regarder les filles... Puis vint le tour du trio argentin Capsula [extrait : Voices Underground], nouvellement basé à Bilbao en Espagne. Un groupe de Glam Rock réputé pour ses prestations de folie, mais avec à la clé un live qui s'avère désagréablement surjoué, à grand renfort de paillettes, mèches rebelles apprivoisées et petits sauts frisant le ridicule. Il faut sans doute être sensible à ces excès du Glam pour apprécier, mais tout ce qui tournait autour d'une guitare grattée dans le dos ou avec les dents n'était pas franchement convaincant. Pour terminer, un rappel à base de reprises, un Bowie (Hey Man) correct et un Iggy & The Stooges (I Need Somebody) pas tellement dans l'esprit du groupe. Prestation assez mitigée de mon point de vue, mais beaucoup semblent avoir apprécié.

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Deuxième soir, après une journée ensoleillée de repos pour se remettre de la veille, à siroter diverses boissons dans les différents champs autour de Montesquiou. King Automatic [extrait : Here comes the terror] ouvre le bal avec tout son attirail de one man band accompli : claviers, grosse caisse, charleston modifié, maracas, guitare (la même que celle avec laquelle il jouait pour Thundercrack [lire le billet]) faisant office de baguette de manière épisodique, et bien sûr l'indispensable looper. Un multi-instrumentiste vraiment talentueux. Il aura préparé le terrain assez efficacement pour le duo de Stop II [extrait : Monkey], génial groupe de Country Trash dans la même veine que Honkeyfinger. Casquette de redneck sur tracteur John Deere vissé sur la tête, percussions à base de plats à tartes divers, washboard et autres fonds de cafetières italiennes, vieux westerns en noir et blanc projetés en arrière plan, le folklore de la cambrousse américaine fait partie intégrante du groupe. Et autant dire qu'ils envoient du bois avec leurs gros riffs et leur grosse voix. Ils laissèrent la place à un autre duo, les Magnetix [extrait : Living in a box], une petite révélation qui m'aura coûté un tympan. Une batteuse acharnée et une guitare au son savamment distordu pour une ambiance de folie. La gestion du bruit est assez impressionnante, comme un fouillis aux contours bien maîtrisés. Une prestation exceptionnelle, enflammée du début à la fin. Le public chauffé à blanc était alors dans les meilleures dispositions pour accueillir la tête d'affiche du festival, The Monsters [extrait : Juvenile delinquent]. Le groupe suisse du Reverend Beat-Man arrive dans des conditions idéales et ne s'est pas fait prier pour foutre le boxon, après une introduction étrangement cordiale sur fond de Queen. Il n'aura cependant pas attendu deux minutes avant de filmer tout et n'importe quoi en live (comme son batteur ou, diantre, ses parties génitales). Comme prévu, une fois les deux batteries (disposées face-à-face) lancées, l'ambiance est vite devenue électrique et la foule est entrée dans une transe délirante. Les pogos ont laissé des marques. Pas un moment de répit. Un final survolté, accompagné d'une pluie fine et rafraîchissante. Les Monsters sortiront bientôt leur nouvel album, enregistré à Toulouse dans le studio analogique de Lo' Spider.

Une chose est sûre : je repasserai à Montesquiou en 2017.

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mercredi 17 août 2016

Le Limier, de Joseph L. Mankiewicz (1972)

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Jeu de dupes et match à mort

Dernier film de Mankiewicz, joute entre Laurence Olivier et Michael Caine, sur fond de seventies anglaises. L'appréciation d'un film ne se joue pas à l'aune des informations promotionnelles que l'on peut retrouver sur la jaquette d'un DVD, mais force est de constater qu'on lance ce Sleuth (titre original) avec une bonne dose d'espoir et la bave aux lèvres. Et c'est là une des caractéristiques essentielles à l'origine de la réussite d'un tel film : l'anticipation et la manipulation de ce qu'on s'imagine être l'idée de l'autre (personnage, réalisateur, spectateur). Du monteur aux acteurs, du scénariste au réalisateur en passant par l'auteur du générique, et à l'instar du contenu de l'intrigue, tout tourne autour du jeu et de la capacité des différentes parties à prédire le coup à venir de la partie adverse. Un véritable orchestre de mystificateurs, une symphonie faite de tromperies et de contre-tromperies.

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À l'intérieur du film, c'est évidemment un jeu de massacre courtois (un temps, au moins) entre deux archétypes de la société anglaise d'alors. Une joute verbale et mentale à mort entre Olivier / Sir Andrew Wyke, un riche auteur de romans policiers appartenant à la classe "supérieure" des aristocrates, et Caine / Milo Tindle, amant de l'épouse de Wyke et surtout d'origine italienne, plus modeste, à la richesse plus récente et moins établie. Le jeu au niveau diégétique s'articule ainsi autour d'une succession de vengeances et de contre-vengeances sous forme de spirale infernale. Un jeu qui carbure au mépris de l'autre et au désir d'humiliation. Un jeu qui s'ouvre sur un piège, un labyrinthe aussi physique que métaphorique dans lequel s'engouffre Caine, et dont il ne sortira pas indemne. On apprendra assez vite que de victime à bourreau, et inversement, sur fond de péché d'orgueil et de lutte des classes, il n'y a qu'un pas.

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Mais le piège se développe aussi de manière extradiégétique, dans un jeu qui s'installe peu à peu entre auteurs et spectateurs. Et ce, dès le générique : six acteurs sont crédités alors que deux seulement apparaitront à l'écran. Le récit n'a pas encore commencé mais la mystification est déjà à l'œuvre. On peut considérer cette frasque comme la première d'une série qui durera 2h20 : Le Limier n'est en fait qu'une suite de rebondissements plus ou moins prévisibles, rebondissements dont l'efficacité n'est jamais mise en péril car elle est indépendante de notre capacité à en identifier la mécanique. On peut se douter que Doppler cache quelque chose sous sa casquette de détective. On peut se douter que Wyke / Olivier et Tindle / Caine ne disent pas tout le temps la vérité et leurs véritables intentions. Mais on a beau se douter de beaucoup de choses, on doute encore de tout. Il faut reconnaître ici le talent des artisans manipulateurs derrière le film, multipliant les faux- semblants tranchants et les jeux de dupes qu'on pense envers et contre tout pouvoir gagner. Que ce soit au niveau du scénario, de l'interprétation, du montage, de la musique, et même des mouvements de caméra, tout est agencé de telle sorte qu'avoir un coup d'avance ne suffit en aucun cas à se prémunir contre l'effet de surprise. La connaissance partielle des événements n'entache aucunement le plaisir de visionnage.

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Il y a au cœur de Sleuth un parallélisme entre les dynamiques à l'intérieur et à l'extérieur du récit proprement exceptionnel. Chaque réplique d'un personnage donné est une prise de pouvoir temporaire autant qu'une pique blessante pour l'autre, et chaque pique vient conditionner notre point de vue de spectateur. Michael Caine et Laurence Olivier s'engagent dans un match à mort avec pour arme l'humiliation ; le match dans lequel on s'engage avec Mankiewicz ne se joue qu'à coups de prédiction et de manipulation. On croit discerner les ficelles du récit (les personnages pensent tirer les ficelles du jeu) alors qu'on passe tous du rôle de marionnettiste à celui de marionnette en un clin d'œil, sans presque s'en rendre compte. Avec un décor (et certes quelques centaines de bibelots et autres verroteries), deux acteurs (ou trois, ou six, selon le point de vue), trois actes, et quatre bouts de ficelle, Le Limier parvient à maintenir un intérêt et un équilibre, et à capter notre attention pendant plus de deux heures. Tout ça en se basant sur l'application simple du principe d'action et de réaction, implanté dans un moteur social carburant à l'humiliation. Jubilation et chapeau bien bas.

lundi 15 août 2016

Le mont Valier, dans les Pyrénées ariégoises

Petite escapade sur deux jours dans les Pyrénées ariégeoises à la découverte du Mont Valier, dans la région du Couserans, non loin de la vallée du Ribérot. Situé à un petit kilomètre de la frontière espagnole, il arbore fièrement un sommet de 2838 mètres, assorti de sentiers abrupts et caillouteux, et abritant le glacier d'Arcouzan sur son flanc Nord-Est, le glacier le plus oriental de la chaîne des Pyrénées, le dernier avant la mer Méditerranée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le massif du mont Valier était traversé par une route d’évasion allant de Saint-Girons à Esterri en Catalogne. Le refuge des Estagnous se situe en contrebas, 600 mètres en-dessous du sommet, avec une vue confortable sur l'itinéraire de la journée. Fait notable et fort appréciable par des températures estivales, le massif abrite pas moins de cinq étangs : l'étang rond et l'étang long au Sud, et les étangs de Milouga, d'Arauech et de Cruzous au Nord.

Au total, un peu plus de 2500 mètres de dénivelé cumulé positif et négatif depuis la maison du Valier. Un circuit très diversifié en termes de végétation et de terrains arpentés, bénéficiant de nombreuses (petites et grosses) variantes pour moduler selon les envies (et les cuissots).

Émilie et Renaud.


N'hésitez pas à cliquer sur les photos pour les afficher en plein écran.


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La montée vers l'étang rond, dans la vallée du Ribérot.

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L'étang rond, une belle récompense (baignade très rafraîchissante !), avec vue sur le mont Valier sur la dernière photo.

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L'étang long, avec vue sur l'étang rond (pas tout à fait rond !) sur la dernière photo.

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Fin de journée près du refuge des Estagnous.

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Vues panoramiques depuis le mont Valier (et sur les étangs de Milouga et d'Arauech sur la deuxième photo), et vue sur le mont Valier (depuis l'étang de Milouga sur la dernière photo).

vendredi 12 août 2016

Les Blues Pills, et l'album du même nom (2014)

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Une semaine après la sortie de leur second album, je me rends compte que je n'ai jamais parlé ici d'un album que j'écoute en boucle depuis deux ans. Et j'exagère à peine. Les Blues Pills, dans l'album portant leur nom et sorti en 2014, c'est un concentré de revival Hard / Blues Rock 70s. Le groupe principalement suédois, armé d'un jeune guitariste français, a su tirer tout le sel des productions énergiques de cette décennie révolue mais bien vivante. C'est un album-hommage, qui en a donc les limitations, mais qui déborde de passion et d'énergie très largement communicatives. La démarche est étonnamment sincère. C'est ce qu'on appelle un gros coup de cœur. Extrait de cet album : Devil Man.

Si la voix d'Elin Larsson ne vous charme pas, je ne peux rien pour vous. L'album s'ouvre sur des riffs sauvagement entraînants (High Class Woman : lien youtube), et se termine sur une note calme (Little Sun : lien youtube), d'une envoûtante mélancolie, pour nous permettre de faire le deuil des quarante dernières minutes passées dans une autre dimension. Deuil double, puisque l'album sorti très récemment, Lady In Gold, est assez facilement oubliable... Si le genre vous botte, n'hésitez pas à jeter une paire d'oreilles à leurs compatriotes (et très probablement inspiration partielle) Graveyard, et notamment l'album de 2011 Hisingen Blues.

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dimanche 07 août 2016

Quiz Show, de Robert Redford (1994)

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Éthique et joute des classes

Le titre, Quiz Show. Robert Redford. Une histoire (vraie) de jeu télévisé truqué. On pourrait croire, de prime abord, qu'il s'agit uniquement d'un film dévoilant les dessous d'un empire médiatique fondateur de l'Histoire des États-Unis. Tourné en 1994 et se référant à un épisode des années 50, il serait tentant de ne voir dans ce Quiz Show qu'une sorte de Network (1976) en retard sur son époque. Mais, et c'est une vraie surprise, loin de se cantonner aux dérives télévisuelles d'une émission manipulée par ses producteurs esclaves de l'audimat, Robert Redford s'intéresse aux thématiques croisées de l'ambition sociale et de l'illusion du rêve américain.

La démarche a cela d'appréciable qu'elle n'est ni ouvertement démonstrative, ni obtuse. Elle dégage une certaine sobriété, mais fait tout de même preuve d'une conviction certaine. Quiz Show adopte les points de vue de trois personnages successifs, trois personnes au cœur d'un scandale lié au trucage d'un jeu télévisé très populaire aux États-Unis, "Twenty One". Un champion du jeu (John Turturro) de la classe moyenne, à la popularité en baisse, dont l'éviction sera précipitée par les producteurs au profit d'un professeur et fils de poète et autres grands lettrés (Ralph Fiennes), et la personne en charge de l'enquête (Rob Morrow, dans la peau de Dick Goodwin à l'origine du livre que Redford adapte ici).

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Trois figures ambivalentes au cœur d'un processus d'identification dynamique, autant de points de vue qui se multiplient pour brosser un portrait multiple, dénué de tout manichéisme. Même la figure de l'enquêteur, diplômé de Harvard, ne bénéficie pas d'une intégrité irréprochable : à de nombreuses reprises, on le sent fasciné par le personnage du professeur, tout à fait disposé à l'excuser. Comme lui, par identification, on serait tenté de trouver des circonstances atténuantes à cette belle personne, qui certes a menti au public et aux autorités, qui certes a bénéficié du même régime de faveur (ie, de la triche) pour conserver son statut de champion de l'émission, mais qui a tout de même moins menti que les autres, lui, l'homme de lettres beau et intelligent qui connaissait pratiquement toutes les réponses sans tricher. Quelque part, lui donner les questions ou les réponses à l'avance n'était qu'une simple précaution presque inutile, non ? Mêmes les juges sont tombés sous son charme lors de son témoignage, au cours du procès qui n'incriminera aucune personne haut placée. "I've stood on the shoulders of life and I've never gotten down into the dirt to build, to erect a foundation of my own. I've flown too high on borrowed wings. Everything came too easy." De bien belles paroles, mais surtout une arme de persuasion massive.

Ce sont là des sentiments complexes, un cocktail subtil qui nous laisse une latitude confortable pour l'apprécier. Derrière l'ambition sociale manifeste des candidats, un certain désir de puissance les pousse innocemment à fermer les yeux sur leur propre éthique individuelle. Les désillusions suivent de près les illusions, et c'est au tour d'une certaine partie du rêve américain d'être égratigné, tout en délicatesse. Un système qui s'approprie la perception de ses administrés en imposant la figure rassurante d'une personne cultivée, tout en lui laissant croire qu'il s'agit là d'un processus naturel. Une illusion de supériorité culturelle tellement écrasante qu'elle parviendra même à flouer la justice, brisant ainsi une autre illusion, celle de l'impartialité de la loi à travers les classes sociales.

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vendredi 05 août 2016

Horrorshow, de Scars (1979)

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Petit concentré de Punk on ne peut plus efficace, issu du single Horrorshow / Adult/ery. Le bassiste a accessoirement trouvé là le riff du siècle... Et j'exagère à peine. On n'est pas étonné d'apprendre que les membres de Scars sont originaires d'Écosse (Edinburgh, plus précisément), tout comme la formation plus récente The Amazing Snakeheads (Glasgow) qui a sans doute puisé chez eux une partie de son inspiration.

Pour les Amazing Snakeheads, qui feront j'en suis sûr l'objet d'un petit billet, c'est par ici : lien youtube.

Sous-Sols, de Ulrich Seidl (2014)

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Rendez-vous en terre inconnue

Ah... Seidl, Seidl, Seidl. On aura beau dire, on aura beau aimer ou détester, une chose est sûre : il n'y en a pas deux comme lui, dans le paysage cinématographique et documentaire actuel, qui pousse autant le spectateur dans ses derniers retranchements (moraux, psychologiques, visuels). Il faut savoir encaisser des coups. Qu'on trouve ses méthodes abjectes ou implacables, qu'on trouve son regard méprisant ou juste, on ne peut que lui reconnaître une aptitude pour le moins singulière à regarder la misère (et toutes ses déclinaisons possibles) en face. Mais on en oublierait presque que la misère est une construction qui naît de notre propre regard : qui nous dit que les personnes filmées ici ne sont pas plus heureuses que celles qui les observent ? Mais cela importe peu, c'est de cet inconfort surgissant naturellement chez tout être normalement constitué que naît le besoin de questionner ses fictions, ses documentaires, ses intentions, ses moyens. Et rien que pour cela, rien que pour toutes les questions (qui ne se limitent pas au pré carré du cinéma de Seidl) qu'il soulève, il serait dommage de le balayer du revers de la main en le jugeant amoral ou odieux. Un geste qui serait peut-être caractéristique d'une bonne santé mentale, après tout, qui sait.

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Seidl insiste souvent sur le fait que TOUT documentaire est mis en scène, et qu'il n'existe pas de vérité à l'état pur qu'un metteur en scène viendrait servir au spectateur sur un plateau d'argent. Voilà une mise en garde, sinon un rappel, plus que nécessaire, mais de là à affirmer qu'il s'agit d'un prétexte suffisant pour délivrer le contenu de ces Sous-Sols... Seidl avoue d'ailleurs que la séquence dans laquelle une femme sort des poupons de plusieurs boîtes à chaussures pour les dorloter n'est qu'une illusion de cinéma volontairement entretenue (elle ne faisait pas ça dans sa cave, mais directement chez elle).

Constat personnel : je suis beaucoup plus à l'aise avec une fiction dont la part documentaire m'est obscure, voire cachée, qu'avec un documentaire mêlant "réalité" et "fiction" de manière parfaitement volontaire. Dans ce dernier cas, il faudrait sans doute prendre en compte la phase de relaxation qui suit le visionnage, c'est-à-dire la réflexion qui accompagne la prise de conscience des mécaniques alors ignorées. Une ignorance que l'on accepte sans broncher chez Herzog, par exemple, mais qui est un peu plus difficile à avaler chez Seidl, étant donné le sujet.

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Ces précautions étant prises, on peut aborder plus sereinement ces sous-sols autrichiens qui semblent ne pas avoir leur pareil en France. On retrouve la cruauté du regard acéré qui a fait la marque de fabrique d'Ulrich Seidl, cette façon parfois insoutenable de regarder les pulsions refoulées droit dans les yeux. À nouveaux ces plans fixes (de mémoire, un seul ne l'est pas et c'est pour mieux nous tromper : on suit un joueur de tuba plutôt sympathique chez lui, à travers les différentes pièces, jusqu'à ce qu'il entre dans le sous-sol rassemblant des objets en lien avec l'Allemagne nazie) et cette obsession pour les compositions symétriques. En pénétrant dans ces sous-sols, on accède à une sorte de salle des secrets en même temps qu'une intimité. On se dit que ce qu'on voit va bien au-delà du cas particulier, de l'exception "Natascha Kampusch", et ne se limite pas aux frontières autrichiennes. Il y a quelque chose de dérangeant dans la part d'humour (et non de moquerie ou de mépris) que contient chacun de ses portraits, car si elle contribue à conserver une distance nécessaire avec le sujet, en le traitant presque avec légèreté, elle se mélange à la part de sinistre pour former un tout sidérant, presque malsain. Et tout est dans le "presque", la frontière entre tolérable et intolérable variant avec les affinités. Une chose est sûre, la sidération est commune à tous, cinéaste comme spectateurs.

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Entre le joueur de tuba nostalgique du Troisième Reich, l'assistante sociale pour femmes battues qui aime être battue, le mec qui nous parle de la puissance de ses éjaculations, la femme qui câline des poupées, et le couple adepte de pratiques SM assez poussées (mais pratiques du point de vue du ménage, allant à l'encontre de la répartition homme/femme habituelle des tâches ménagères), on a parfois l'impression de regarder un freak show contemporain, un catalogue de fous. Mais Seidl ne les met pas tous au même niveau, il fait la distinction entre les gentils fous aux passions exotiques et les fous furieux assez peu sensibles au concept de cosmopolitisme. Les jeunes et les personnes qui utilisent leurs caves comme vous et moi (enfin, je crois : machine à laver, salle de musique, etc.) ont aussi leur place, l'espace de quelques minutes et quelques plans. Sous-Sols prend alors l'aspect d'un documentaire vaguement anthropologique, avec l'ambivalence entre la crudité du regard et la distance de la position qui fait le sel de beaucoup d'œuvres de Seidl. Mais à étaler autant de déviances / passions en si peu de temps, on pense au personnage du chasseur exhibant ses trophées et on se dit qu'il y a quand même un point commun (qu'il soit volontairement mis en avant ou pas) assez perturbant.

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mercredi 03 août 2016

Joshua Fit the Battle of Jericho, de Big Maybelle (1960)

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Big Maybelle, à ne pas confondre avec une autre grande chanteuse de Rhythm and Blues contemporaine Big Mama Thorton (qui fera sans doute l'objet d'un billet, un jour, tant sa carrière est incroyable — elle fut ruinée à cause de deux reprises de ses chansons, qui ont éclipsé les originales, par Janis Joplin et Elvis Presley), était une sacrée dame. Partie du Gospel dès sa plus tendre enfance, elle évolua vers des partitions plus rythmiques à partir des années 50. Dans la lignée des classiques de "negro spiritual", les chants religieux des esclaves noirs américains à l'origine du Gospel, elle fut l'interprète du génial Joshua Fit the Battle of Jericho. Le morceau est présent dans un album-compilation (par ailleurs assez inégal) sorti en 2001, Half Heaven, Half Heartche.

Son dernier véritable album, The Last of Big Maybelle, paraissait en 1973, un an après sa mort.

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