jeudi 23 mai 2019

Playtime, de Jacques Tati (1967)

Playtime
Tati, maître tatillon de la poésie inespérée

Rarement un film aura autant produit des effets proches de certains psychotropes. Il y a toute une série de cases bizarroïdes à cocher avant de se lancer dans Playtime dans l'espoir d'en tirer quelque chose d'aussi réjouissant, à commencer par l'adhésion au registre comique très particulier qui fait résonner les codes du muet dans l'environnement terne de la France pré-pompidolienne, le non-rejet de l'esthétique monochrome de laquelle émergent, de manière ponctuelle et impromptue, des sursauts de poésie enchanteurs, ou encore le consentement à cette absence apparente de trame narrative dans son acception traditionnelle.

Et pourtant, j'irais plus loin. Playtime rayonne d'un humour à la fois discret et omniprésent, millimétré dans ses schémas répétitifs qui propagent des échos comiques du début à la fin et qui s'insèrent parfaitement dans un univers graphique composé avec une minutie obsessionnelle. Playtime développe ses fantaisies sur une toile de fond d'une incroyable fadeur, complètement atone dans ses tons de gris étalés sur les murs des immeubles, d'où percent inexorablement des rayons pop d'une étonnante vigueur, entre deux boutades visuelles et deux gags dans l'arrière-plan (qui en compte probablement une dizaine). Playtime ne raconte pas une histoire, il en dissémine des centaines, des minuscules, des farfelues, des faussement insignifiantes.

Playtime pousse encore plus loin le délire maniaque qui naissait avec Mon Oncle dix ans auparavant, cet étalage incroyable de détails graphiques systématiquement accompagnés d'un grain de folie aigre-douce. Son sens perfectionniste du cadrage et de la composition est une source intarissable d'émerveillement. On ne se mouille pas trop en affirmant que le style de Tati est unique : cette douce poésie graphique, cette nébuleuse bruitée en guise de piste audio, cet assemblage de fragments très prosaïques qui forme un tout presque irréel, cette activité constante dans l'image à l'origine d'un fourmillement étourdissant... Le vertige guette, et on sort de cette odyssée kafkaïenne dans un état second. Mais tout le monde n'y sera pas sensible, c'est aussi triste que certain.

L'effet d'accumulation qui résulte tout de même de ce brouhaha étrange ne confine pourtant pas du tout au maniérisme ou au geste artistique gratuit et vaniteux. Le film regorge de micro-messages disséminés aux quatre coins de la pellicule, et dont nous avons la charge de déchiffrer. Il y a bien sûr de l'apocalypse à l'état pur, à l'image de cette imposante séquence dans la deuxième moitié du film centrée sur un restaurant en perdition, avec cette impression que le chaos final a longtemps mijoté et que l'ébullition a été parfaitement contrôlée, à la bulle près. Mais Tati fait preuve d'une lucidité constante, en illustrant sans cesse les travers de son époque, ici avec ce Noir qu'on refoule à l'entrée (avant de réaliser qu'il s'agit d'un musicien de l'orchestre) et là avec ces ouvriers savamment dissimulés dans le décor (pour ne pas importuner les clients fortunés). Le tout entre deux gags pour savoir qui picole en douce et comment faire semblant d'ouvrir une porte détruite, naturellement.

Il n'y a pas vraiment de règle chez Tati, et c'est sans doute ce qui constitue une grande part de son charme : on peut passer une dizaine de minutes dans une salle d'attente sans qu'aucun enjeu ne dépasse le cadre de cette scène, certaines boutades n'arrivent à maturité que dix minutes plus tard, après qu'on en ait oublié l'origine, ce qui paraît catastrophique à un moment donné devient totalement accessoire dans le suivant. Il questionne avec un acharnement certain la modernité, à travers l'usage de l'innovation qui trouve son point culminant dans une exposition délicieusement farfelue (ce "thro-out greek style", bon sang...), en prenant le soin de ne jamais tomber dans le constat aigre et plein de rancœur. Tati évolue au sein d'un univers loufoque dont il ne comprend pas grand-chose, en gentil curieux, lunaire parmi les lunaires, tantôt du côté de la circonspection amère face à la systématisation et l'uniformisation absurde du monde, tantôt du côté de la poésie innocente et l'infinité des possibles qui s'ouvre naturellement à lui, dans ce terrain de jeu s'étirant à perte de vue. Et c'est sans doute dans cette direction ambivalente-là que Playtime se révèle universel et atemporel — c'est en tous cas là où je m'y retrouve totalement.

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mardi 21 mai 2019

Les Éternels, de Jia Zhangke (2018)

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"Bientôt, tout ceci ne sera que ruines sous l’eau."

Les Éternels donne l'impression que Jia Zhangke a tiré les bonnes leçons de Au-delà des montagnes, son film précédent réalisé 3 ans plus tôt. On pourra trouver une certaine redondance dans le thème et dans le style (qu'on qualifiera d'intentionnelle et constitutive de son œuvre si l'on y adhère), mais il paraît difficile de ne pas constater une sorte de maturation, et ainsi voir dans l'œuvre de 2018 la consécration du "brouillon" de 2015. Là où ce dernier s'étalait sur plusieurs décades, faisait preuve d'un sens esthétique parfois douteux, et empêchait toute immersion dans le récit pur à cause d'une allégorie un peu trop lourdement amenée, le nouveau cru synthétise à nouveau la même fragrance mais semble en sublimer chacune de ces composantes. C'est donc reparti pour un récit en trois temps, cette fois-ci resserré sur 15 ans, armé d'une trame narrative solide et auto-suffisante, et orné d'une métaphore sur l'état actuel de son pays — une constante chez Jia au moins depuis A Touch of Sin, qui s'établissait déjà comme un pamphlet noir et national sur l'aliénation et la violence latente.

Une chose reste bien ancrée dans la mémoire, avec le recul : la relation complexe et contrastée entre Liao Fan et Zhao Tao, d'une beauté franchement saisissante par moments.

Impossible de résister à une double lecture permanente, dégageant sans cesse des perspectives extra-diégétiques :

  • Temps 1.  Qiao et Bin forment un couple sûr dans le paysage du jianghu (une société parallèle à la société traditionnelle, assimilable à la pègre ici). Une rixe impromptue précipitera les deux en prison.
  • Temps 2. À sa sortie de prison, Qiao (à qui Bin n'a jamais pris la peine de rendre visite, alors qu'elle a en quelque sorte payé pour le protéger, en sortant son arme) semble à la croisée des chemins, hagarde, et commence à suivre le premier illuminé sur sa route avant de s'en détourner. Les déconvenues s'enchaînent. La pègre a disparu, les affaires tournent désormais dans la légalité du capitalisme.
  • Temps 3. Qiao et Bin se retrouvent, estropiés physiquement ou sentimentalement. Les affaires semblent reprendre... jusqu'à ce que Bin retrouve sa mobilité et s'échappe sans daigner formuler un au revoir.

Il est question de la Chine, bien sûr. "Bientôt, tout ceci ne sera que ruines sous l’eau", dira un guide à propos d’un village situé près du barrage des Trois Gorges. On retrouve condensé dans cette séquence (une parmi de nombreuses autres) le formalisme du cinéaste, cette poésie métaphorique contenant un message historico-sociologique. Le film comporte quelques passages très marquants sur le même thème, émouvants même pour ceux qui sauront s'y abandonner : la présentation introductive tout en détours de la relation qui unit les deux protagonistes, la première fois que Bin apprend à Qiao à manier une arme à feu, ou encore l'épisode de la voiture attaquée par les jeunes à moto.

Les ellipses provoquent parfois un certain vertige, maîtrisé, en dépit de leur fluidité (ce qui n'était pas le cas dans Au-delà des montagnes, puisqu'elles occasionnaient un changement de style narratif et formel radical, presque tape-à-l'œil). Des ruptures d'échelle qui alimentent une mutation continue du récit, suscitant des échos légers mais bien présents. Autant de sursauts dans la trajectoire mouvementée de l'héroïne, soumise aux aléas de l'Histoire. Les sacrifices qu'elle s'impose confèrent au film une tonalité mélodramatique que je n'avais jusqu'alors jamais ressentie comme telle. Le malaise émotionnel concernant les deux amants restera le fil rouge du film, nous laissant dans la brume d'une incertitude et d'une désillusion toutes deux magnifiques.

N.B. : À noter, pour les plus cyniques d'entre nous, les différences graphiques entre les affiches des différents pays.

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lundi 20 mai 2019

Côte 465, de Anthony Mann (1957)

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"Tell me the story of the foot soldier and I will tell you the story of all wars."

Côte 465 est un étonnant film de guerre à la lisière de l'exercice de style et de l'abstraction, réalisé par Anthony Mann au terme d'une longue période (les années 50) presque entièrement consacrée à un genre, le western. Exit le Technicolor et les paysages magnifiques des contrées sauvages américaines, place à un noir et blanc brut pour illustrer un récit antimilitariste à caractère universel. Il est bien question de la Guerre de Corée (1950 - 1953) en introduction, dernier conflit international majeur en date à l'époque, on devine effectivement des origines asiatiques du côté des soldats étiquetés comme "ennemis", mais mis à part cela, le contexte n'offre pas grand-chose de plus. Les enjeux ne se situent clairement pas du coté historique mais plutôt du côté du drame humain.

Le style épuré semble relativement intentionnel, même si on n'imagine pas un budget pharaonique derrière une configuration aussi minimaliste : ce trait presque abstrait de Mann indique d'entrée de jeu que ce n'est pas cette guerre-là qui l'intéresse en particulier, mais la guerre en général et l'homme qui s'y adonne : "Tell me the story of the foot soldier and I will tell you the story of all wars" est d'ailleurs annoncé dès la fin du générique initial. La trame scénaristique confine elle aussi à l'épure, appuyée par un aspect très série B, renforçant cette dimension de conte philosophique à l'opposé de toute démarche documentaire. Il est question d'un petit groupe de soldats américains piégés derrière les lignes ennemies, tentant dans la douleur de rejoindre une position alliée. Toute l'histoire est là, avec pour agrémenter cela une petite querelle récurrente entre deux archétypes antagoniques du soldat, représentant chacun une conception particulière de la guerre : Robert Ryan, autoritaire mais bienveillant, avec sa fausse dureté dissimulant mal la tendresse humaniste qu'il éprouve pour ses soldats, et Aldo Ray, la brute épaisse impitoyable prête à tirer sur tout ce qui bouge. Petit détail amusant, ce dernier est aux ordres d'un colonel parfaitement léthargique, en état de catalepsie totale, allégorie assez évidente d'une institution apathique et impuissante.

Avec une ossature réduite à son strict minimum, Men in War fait preuve d'une sécheresse surprenante, à l'image de la façon de filmer la découverte du premier corps inanimé. La folie et la peur gangrènent peu à peu l'ensemble de la troupe, écartant de fait l'archétype du soldat courageux et patriote. Les marques d'engagement en faveur de la dénonciation de l'absurdité de la guerre sont parfois un peu maladroites (on découvre forcément une photo de famille sur le corps d'un ennemi, des gros plans viennent régulièrement saisir les émotions sur les visages des soldats, etc.), mais le côté désespéré et frontal de la démarche contient une part non-négligeable de sincérité.

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dimanche 19 mai 2019

Tenerife, un petit coin de Canaries

Examinons les deux photos suivantes.

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Une autoroute à perte de vue dans les airs ? La pochette d'un album inédit de Pink Floyd ? Une pyramide égyptienne ? Pas loin : on est au large du Maroc, sur une petit île espagnole d'environ 2000 km². Un petit quart de Corse, tout au plus. Un fragment de l'archipel des Canaries, dans l'Océan Atlantique. Ce que l'on voit, c'est l'ombre d'un immense volcan de 3718 m au lever du jour, projetée sur les îles voisines, à une heure où les couleurs se métamorphosent en l'espace de 5 minutes.

Même exercice avec deux nouvelles photos.

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Il ne s'agit pas d'un décor martien, ni d'une expérience scientifique à la surface de la Lune, pas plus que d'un coin de désert américain ou australien. On est sur les pentes du Pico del Teide, le point culminant de Tenerife, des Canaries, et même de toute l'Espagne. Le sommet des Pyrénées, le pic d’Aneto, paraîtrait presque tout petit à côté, du haut de ses 3404 m.

Le volcan est situé au centre de l'île, au sein d'une grande région protégée, désertique et rougeoyante. Sa dernière éruption remonte à 1909, même s'il est toujours considéré comme actif. On peut accéder au sommet soit via un téléphérique, évidemment bondé quelle que soit l'heure, soit à pied, par un sentier de randonnée sans difficulté technique mais relativement costaud : on recommande chaudement aux marcheurs aguerris de parcourir ce sentier qui ne ressemble à aucun autre, pour dormir au refuge Altavista avant de gravir la dernière portion à la frontale, de (très très) bon matin, avant la horde de touristes de 9h. L'expérience est inoubliable, que ce soit le parcours matinal ne laissant percer dans la nuit que la lumière des frontales le long de serpentins phosphorescents ou, bien sûr, la contemplation d'un lever de soleil à près de 4000 mètres d'altitude. Ces couleurs incroyablement changeantes, ces reliefs qui se dégagent peu à peu, et cette ombre tellement surprenante (dont on avait eu un avant-goût la veille, lors du coucher de soleil) : de quoi marquer les rétines à vie.

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Le voilà qui finit par pointer le bout de son nez, quand même, autour de 7h.

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L'avant-goût de la veille, avec ces lumières rouges, avant que le nuit tombe. Et la lune qui fait coucou.

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Le volcan sous toutes ses coutures : vue depuis le Sud, vue en direction du Sud, vue du Pico Viejo (3134 m) depuis le volcan et vue du volcan depuis le Pico Viejo.

Alors oui, Tenerife, ce n'est pas uniquement des coins naturels à couper le souffle avec cette sensation d'être seul au monde. C'est aussi une île très touristique, dans le mauvais sens du terme, avec ses stations balnéaires en toc, ses complexes hôteliers dégueulasses, ses touristes internationaux rôtis par le soleil. Mais tout cela est globalement concentré dans le Sud-Ouest de l'île, vers Los Cristianos et la Playa de las Américas. À titre anthropologique, ce n'est pas inintéressant. Et puis il en faut pour tous les goûts, hein.

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Les plages qui alignent palmiers et transats avec une régularité toute commerciale, et le fameux "copié-collé" architectural qu'on dirait tout droit sorti d'un jeu de simulation.

Mais Tenerife, ça reste tout de même une île d'une incroyable diversité, avec de magnifiques paysages de nature disséminés aux quatre coins : la dénomination d'île au printemps éternel n'est clairement pas usurpée.

On y a trouvé au Sud des bananeraies aux abords de presque toutes les villes et petits villages, des plages de sable noir, des roches aux couleurs étonnantes (jaune ou rouge). Au centre, cet immense cœur minéral. Et au Nord, de la région de Masca à l'Ouest jusqu'aux Monts Anaga à l'extrême Est, des régions montagneuses et verdoyantes, enveloppées dans un climat humide presque tropical. Une végétation luxuriante, bien sûr, constamment changeante à mesure que l'on parcourt l'île : des cactus de toutes sortes en pagaille, des agaves avec leur tronc sorti de nulle part si caractéristique, de l'aloe vera, des palmiers à perte de vue, le fameux Dragonnier des Canaries (communément appelé drago), des pins canariens, mais aussi des vignes en terrasse, des oliviers, et des champs de papas (pomme de terre) bien entendu.

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Une bananeraie.
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La côte rocheuse au Sud, avec la Montaña Roja en fond.
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La Montaña Roja.
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Les abords de Vilaflor.
jour3 (8)-1.jpg La région de Masca.
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La côte Nord de l'île, avec le Teide toujours visible en fond, au-delà des nuages.

La faune n'est pas en reste : oiseaux, reptiles, mammifères divers... On les retrouve partout sur l'île, sur la côte, dans la forêt, ou au sommet des montagnes. Seul le parc du Teide, avec ses paysages volcaniques peu accueillants, semble quasiment dépourvu de vie animale et végétale.

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Ceci n'est pas une poule, mais une perdrix gambra. Ce lézard gaillard n'est pas mort, il bronze. Cette chèvre était plutôt cool, quoique peu rassurée par notre présence discrète. Et cet oiseau, un pinçon, était plutôt joueur.

On est tout de même passé par quelques villes, et on a apprécié l'ambiance de pas mal de villages, qu'ils soient côtiers ou de haute montagne.

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Le joli petit village de Garachico, avec en arrière-plan el Roque qui porte son nom, et le marché de Santa Cruz, avec ses commerçants perdus au milieu des étals de fruits et légumes.

Et pour terminer, quelques photos des deux randonnées que nous avons faites dans la pointe Nord-Est de l'île, du côté du massif d'Anaga : la boucle Taganana - Playa Tamadite - Afur - Taganana et la boucle Chamorga - Faro de Anaga - Las Palmas - El Draguillo - Chamorga. Des moments que l'on n'a aucun mal à qualifier d'inoubliables.

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La côte magnifique dans les environs de Taganana, mélange d'embruns océaniques et de pentes escarpées verdoyantes.
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La faune locale dans toute sa splendeur : les troncs d'agave qui font un peu n'importe quoi et se dressent dans toutes les directions possibles, et des cactus en (minuscules) fleurs.
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La récompense est de taille : cette Playa Tamadite est incroyable, magnifique, isolée. Une plage de galets battue par des vagues vigoureuses, dissimulée derrière le dernier repli formé par les montagnes le long de la côte.
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La côte vers Chamorga, avec l'imposant Roque de Anaga, le joli petit village reculé de Las Palmas, et la vue imprenable dans les montagnes d'Anaga.
N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les afficher en plein écran.

Émilie et Renaud.

mercredi 15 mai 2019

Police fédérale Los Angeles, de William Friedkin (1985)

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Jeux dangereux à la lisière des stéréotypes

L'image que je gardais de Police fédérale Los Angeles s'était incroyablement déformée avec le temps. Six ans après le dernier visionnage, tous les stéréotypes que le film entend dévoyer s'étaient conformés à leur moule originel, formant dans mes souvenirs une œuvre très éloignée de ce qu'elle représente en réalité.

Un des arguments de base de To Live and Die in L.A., qui à mon sens sous-tend l'ensemble, consiste à épouser une série de clichés propres au genre, à savoir le thriller policier aux parfums de buddy-movie typique des 80s avec son tueur psychopathe et son duo contrasté de flics, et à réduire ces poncifs en cendres après avoir sauté dessus à pieds joints et en avoir fait un joli feu de joie. L'expérience est d'autant plus troublante qu'en dépit de tous les signaux de désuétude qui nous reviennent en pleine gueule aujourd'hui, marque de fabrique de cette fameuse décennie (musique, style vestimentaire ou capillaire, esthétique générale), la violence du propos parfaitement nihiliste reste intacte — peut-être qu'elle se trouve même augmentée par cette antinomie. William Friedkin a beau cultiver un petit cortège de maladresses régulières et autres fautes de goût patentes, cela n'affecte pas franchement la perspicacité du film.

La pourriture est absolument partout, au boulot et à la maison, chez les criminels comme chez les flics, à tel point que les notions de bien et de mal, de gentils et de méchants, s'avèrent parfaitement inutiles. Le film travaille également une dynamique de répétition, annoncée par le titre original (cette traduction française, encore une fois...) : des gens meurent, mais sont aussitôt remplacés par les suivants, et la ronde infernale de l'immoralité se perpétuera vraisemblablement à jamais. Ici aussi, encore une fois, Friedkin se montre assez maladroit dans l'illutration de cette propagation : on a du mal à y croire à cette image de fin, à la transformation du good bad guy incarné par le sidekick un peu falot de Petersen... Reste le propos.

Los Angeles n'aura jamais semblé autant gangrénée par le vice, par la violence, par le cynisme fusant dans toutes les directions. Les intérêts personnels semblent être les seuls moteurs. Les trafiquants sont des peintres à leurs heures perdues, les flics n'hésitent pas à outrepasser leurs prérogatives pour accomplir leur mission. Chose que j'avais totalement oubliée, et qui a ainsi conservé toute sa puissance : la mort qui surgit de manière aussi brutale que subite, conférant à la dernière partie une noirceur crépusculaire surprenante. Quelques images subliminales viennent à côté de cela assombrir le portrait intérieur de Petersen, sombrant progressivement dans la folie aveugle et meurtrière, achevant ainsi un tableau profondément ambigu de l'enfer ici-bas.

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lundi 13 mai 2019

Echoes of Japan, de Minyo Crusaders (2019)

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On n'a pas l'occasion de tomber sur de la Cumbia japonaise tous les jours. Minyo Crusaders est un collectif reprenant des chansons populaires traditionnelles du Japon à la sauce latine, alternant entre Cumbia, Funk ou Jazz Éthiopien. Echoes of Japan, leur premier album un peu inégal, est ainsi un mélange étonnant, surprenant, qui prend à rebrousse-poil mais qui peut éventuellement communiquer une énergie très agréable.

Kushimoto Bushi, extrait de l'album :

Aizu Bandaisan : https://www.youtube.com/watch?v=LOxXUFgwe_I

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samedi 11 mai 2019

L'Étang Bleu, près de Tarascon

Une randonnée de printemps très agréable, à 1h15 de Toulouse, mêlant passages en clairière, en forêt, et en haute montagne le long de lacs gelés dans des paysages enneigés. Le départ se fait près de Tarascon, au bout de la D523 qui traverse Rabat-les-Trois-Seigneurs, et la boucle se fait en 4h30 environ pour 10 km de long et 800 mètres de dénivelé cumulé positif.

Aucune difficulté particulière au niveau du balisage, le sentier est assez explicite. Seule la descente de l'Étang Bleu par le cirque d'Embans est un peu délicate, près du ruisseau du même nom, notamment à cause de la pente rendue glissante par la fonte de la neige à ce moment de l'année. De bonnes chaussures et une avancée prudente sur quelques centaines de mètres suffisent. En hauteur, l'essentiel de la marche se fait sur la neige, avec des passages inopinés au-dessus de ruisseaux invisibles : il faut parfois faire attention au terrain et s'assurer que la hauteur de neige est suffisante pour passer. Sur les fortes pentes enneigées, glissades (maîtrisées ou non) garanties !

La vue est magnifique depuis les abords de l'étang principal, bordé par la chaîne montagneuse que domine le Pic des Trois Seigneurs, avec en contrebas les Étangs des Rives et du Tirou.

Émilie et Renaud.

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INFORMATIONS DIVERSES

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Le tracé en 3D et le dénivelé de la randonnée.


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Départ de la randonnée en forêt avec vue sur les cimes enneigées, objectif pour le pique-nique. Balade tranquille et agréable en sous-bois.


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Première vue directe sur le plateau autour de l'Étang bleu, avec des cascades qui formeront le ruisseau de Barataus plus bas.


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La fonte des neiges se ressent tout au long de la randonnée, à travers de nombreux torrents vigoureux.


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Le point culminant de la randonnée, autour de l'Étang Bleu — gelé à cette époque, donc pas très bleu ! Un paysage enneigé magnifique, très lumineux, parsemés de petits étangs, avec vue sur le Pic des Trois Seigneurs, le Pic de Peyroutet, le Pic de la Journalade, et toute la vallée par laquelle nous sommes arrivés.


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L'érythrone dent-de-chien, superstar de la faune locale, inlassablement butinée par bourdons et papillons.


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Redescente par le cirque d'Embans, le long d'un sentier pentu et glissant. On retrouve la forêt en bas de la vallée, le long d'un chemin bordant le ruisseau de la Courbière.


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Dernier regard en arrière sur ce magnifique coin.


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