On n'y croit vraiment pas longtemps au sérieux de l'entreprise qui consisterait à prendre The Mastermind pour un heist movie sérieux et premier degré, avec options cambriolage d'un musée et vol de tableaux. Et il faut reconnaître à Kelly Reichardt un talent certain dans la confection d'une atmosphère très particulière, allant bien au-delà de la simple reconstitution — réussie au demeurant — de la période des 1970s états-uniennes. Une atmosphère dédiée au comportement de son protagoniste, interprété par Josh O'Connor (vu tout récemment dans Wake Up Dead Man - Une histoire à couteaux tirés, un acteur au charme curieux), navigant avec hésitation dans son univers perdu quelque part entre assurance et maladresse, entre planification supposément millimétrée d'un casse artistique et mise en œuvre grossière pétrie d'imprévus et de gestes amateurs.
C'est donc un peu de la même façon que Reichardt s'était servie de la toile de fond du western pour First Cow (et dans une certaine mesure pour Meek's Cutoff aka "La Dernière Piste" en France) sans investir le registre de manière attendue : ici, bien que l'incursion délictuelle des bras cassés accessoirement voleurs au sein du musée traînera des conséquences jusqu'à la toute fin du film, ce n'est qu'un prétexte pour laisser à la réalisatrice tout le soin de développer son style, à la fois tranquille et observateur, avec pour objectif le portrait de ce père de famille sans morale et sans scrupules. Le genre à abandonner ses jeunes enfants dans un centre commercial pour la journée, le temps d'aller faire son petit larcin et son petit trafic d’œuvres d’art. À ce titre, la mise en scène du casse fait beaucoup penser à du Wes Anderson avec son sens du détail, ses plans fixes, ses imprévus à effets comiques, et ses cadrages.
The Mastermind brille par sa capacité à dépeindre une banlieue comme anesthésiée du Massachusetts, avec d'un côté Josh O'Connor et ses déboires interminables (figure de proue des pieds nickelés du cambriolage, cavale marquée par les rejets successifs de ses proches, même si le cortège de personnages secondaires participent également à cette ambiance, avec Alana Haim en épouse délaissée et John Magaro en ancien pote) et de l'autre le tableau de l'époque (guerre du Vietnam, mouvement pour les droits des femmes). Le film vire en réalité rapidement à la chronique d'une déchéance et d'une incompétence, peuplée de séquences mi-comiques mi-navrantes dans lesquelles le héros fait prendre des risques inconsidérés à ses proches — mais il subira lui-même le résultat de ce manque de lucidité et d'empathie lorsque la violence policière le punira en conclusion : il aurait mieux fait de lever les yeux que de voler l'argent d'une petite vieille. Un film d'ambiance, clairement, qui fonctionne bien mieux à ce niveau que dans son intrigue un peu (et bien que volontairement) amorphe.






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