jeudi 26 mars 2026

Le Chagrin et la Pitié, de Marcel Ophüls (1971)

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Casser le mythe et crever l'abcès

Regarder Le Chagrin et la Pitié (1969 ou 1971, selon la diffusion considérée) sur l'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, un documentaire réalisé par Marcel Ophüls une trentaine d'années après les événements, m'a procuré un peu les mêmes sensations que lors du visionnage de La Guerre sans nom (1992) de Bertrand Tavernier sur la guerre d'Algérie. Il y a beaucoup de points communs, le même décalage temporel entre l'histoire et son récit permettant un certain recul, le même prisme soulignant l'importance et la pertinence du témoignage, la grande diversité des sources locales dont on recueille la parole, et bien sûr la tonalité extrêmement corrosive du propos par rapport à la norme du consensus qui structurait le discours officiel de l'époque. La phrase "si les Allemands n'avaient eu que leur propre Gestapo, ils n'auraient pas fait la moitié du mal qu'ils ont fait" tirée du film illustre sans doute le plus efficacement cette idée.

Mais très clairement la démarche d'Ophüls (fils de Max) jouit d'une dimension avant-gardiste, fondatrice et iconoclaste à laquelle le film de Tavernier ne peut pas tout à fait prétendre, en tous cas sur le plan de la portée du cinéma documentaire. Le Chagrin et la Pitié donne l'impression de redistribuer radicalement les cartes vis-à-vis de ce qui était communément admis dans l'imaginaire d'alors, ce mythe résistancialiste, cette impression qu'il n'y avait eu que des résistants parmi les Français entre les armistices de 1940 et de 1945. Un bon indicateur de l'importance d'un tel documentaire peut s'observer dans l'élan de désapprobation qu'il suscita contre lui, selon une gamme très large de réactions allant de la désapprobation intellectuelle et morale d'une Simone Veil à la censure des cercles pompidoliens et des dirigeants de l’ORTF. Et on comprend, au terme des quatre heures, en quoi un tel film avait pu fragiliser le récit national gaullien...

De la même façon que Tavernier travaillait une pluralité de points de vue, la parole est autant donnée aux pétainistes qu'aux résistants, aux fascistes qu'aux communistes. On croise des discours aux relents antisémites et des positions gaullistes fièrement revendiquées. Tout le spectre idéologique de l'époque semble représenté, avec en revanche des modes d'expression extrêmement diversifiés : de la franchise soudaine à l'aveu contrarié, de la gêne à l'assurance la plus incroyable. De très nombreux regards et visages laisseront des marques indélébiles, ici ce commerçant qui se rappelle en direct ce qu'il finit par nommer maladroitement "l'exil des juifs" de la rue, là cet engagé français de la Waffen-SS détaillant les conditions de ses missions. Il y a beau avoir Maurice Chevalier qui chante sur certaines images de propagande nazie (effet comique garanti, rétrospectivement), difficile de ne pas être remué par le caractère glaçant de certains témoignages.

D'ailleurs l'usage par Ophüls des images d'archive est très habile, venant de temps en temps illustrer, contrebalancer, contredire ou approfondir les propos de plusieurs intervenants. Plus généralement, la forme du documentaire brille par sa perspicacité, il n'y a jamais de volonté affichée et outrancière de briser le mythe de la France unie contre l’envahisseur nazi, le bouleversement du regard sur la période se fait avec calme et détermination. C'est tout un faisceau de paroles de paysans, enseignants, commerçants, qui converge vers une zone occultée de la mémoire collective, longtemps restée taboue afin de "ne pas ternir l’image d’une nation en reconstruction". Évidemment l'ampleur de la conclusion dépasse le strict cas de Clermont-Ferrand et même de l'Auvergne — des localités intéressantes dans leur positionnement intermédiaire lors de l'Occupation. C'est le geste de quelqu'un qui veut crever un abcès, une œuvre historique dont le statut dépasse totalement (et involontairement, j'imagine) le simple cadre du film documentaire en brisant l'hypocrisie ambiante et en remodelant les débats. Sans commentaire, sans didactisme.

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lundi 23 mars 2026

La Chute d'Otrar (Гибель Отрара, Gibel Otrara), de Ardak Amirkoulov (1991)

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Ceux qui osèrent défier Genghis Khan Le sujet suffit à lui seul à susciter une certaine fascination : La Chute d’Otrar raconte les événements du début du XIIe siècle qui ont conduit au siège et à la chute de cette ville située au sud de l'actuel Kazakhstan, alors qu'elle constituait jusque-là un  […]

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mercredi 18 mars 2026

Stranger Eyes (默視錄, Mò shì lù), de Yeo Siew Hua (2024)

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Regards perdus Derrière la façade de son histoire de kidnapping en plein Singapour laissant deux jeunes parents désemparés, Stranger Eyes cultive plusieurs autres thématiques qui revêtent une importance de premier plan, à tel point qu'elle finissent par faire de la disparition de l'enfant un détail  […]

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samedi 07 mars 2026

La Sentinelle, de Arnaud Desplechin (1992)

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Étude de tête Aux origines de la carrière d'Arnaud Desplechin, on peut donc trouver ce curieux premier long-métrage étrangement hybride, contenant des maladresses assez classiques en matière de premières expérimentations, mais mêlant habilement des registres aussi disparates que la chronique d'une  […]

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mercredi 04 mars 2026

Left-Handed Girl (左撇子女孩, Zuopiezi nuhai), de Shih-Ching Tsou (2025)

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Taipei Story Le duo de scénaristes Shih-Ching Tsou et Sean Baker avait déjà collaboré au début des années 2000 en co-écrivant et co-réalisant Take Out, chronique du quotidien d'un immigré new-yorkais chinois travaillant comme livreur de repas dans des conditions précaires, sujet à divers problèmes  […]

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samedi 28 février 2026

L’Attestation — Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, de Théo Boulakia et Nicolas Mariot (2023)

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Se souvenir de cette parenthèse d'auto-autorisation et d'obéissance de masse Le confinement du printemps 2020 que l'on a tous connu au début de la pandémie constitue une expérience sociale d'une ampleur aussi conséquente que la diversité des analyses sociologiques que l'on pourrait conduire sur des  […]

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lundi 16 février 2026

À 2000 mètres d'Andriivka (2000 метрів до Андріївки, 2000 metrіv do Andrіїvki), de Mstyslav Tchernov (2025)

a_2000_metres_dandriivka.jpg, 2026/01/06

Horreur et trivialité de la contre-offensive L'autre film de Mstyslav Chernov, 20 Jours à Marioupol, chronique d'un hôpital croulant sous les morts et les blessés en période de siège en 2022, m'avait moyennement convaincu, la faute à un déficit d'enjeux cinématographique sur le plan de la  […]

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jeudi 12 février 2026

Walker Evans, Dorothea Lange & les photographes de la Grande Dépression, de Thierry Grillet (2017)

walker_evans_dorothea_lange.jpg, 2026/02/08

Les racines de la colère Excellente compilation photographique du début du XXe siècle, essentiellement focalisée autour des années 1930 états-unienne et de la Grande Dépression. Tout est maîtrisé dans cet ouvrage supervisé par Thierry Grillet : le format (presque carré, autour de 30 cm) rend  […]

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