L'histoire du film, de sa censure au milieu des années 1970 à sa redécouverte improbable au milieu des années 2010, est presque aussi passionnante que l'intrigue de la fiction elle-même : avec ses thématiques chargées en violence, homosexualité et lutte des classes, l'œuvre s'est attirée les foudres de la monarchie autoritaire iranienne de l'époque et disparut totalement de la circulation, à tel point qu'on la croyait perdue définitivement... Jusqu'à une redécouverte par le plus grand des hasards des négatifs, dans une brocante, 40 ans plus tard, par un enfant du réalisateur Mohammad Reza Aslani, qui permit de démarrer les travaux de restauration.
L'Échiquier du vent jouit d'une atmosphère hautement singulière dans la sensation d'oppression qu'elle suscite, au sein d'une vaste demeure constituant le décor quasiment unique de l'intrigue, effrayante à souhait avec ses grands escaliers et ses miroirs éclairés à la bougie. Les querelles de pouvoir entre familles, belles-familles et domestiques se répartissent de la cave en sous-sol jusqu'aux chambres dans les étages supérieurs, et les instincts cupides provoqueront des péripéties assez difficilement prévisible pour une telle production — il y a des moments où on se situe franchement quelque part entre du cinéma de genre et un thriller aux accents hitchcockiens.
C'est un film qui aborde également la question de l'emprise mortifère du patriarcat, avec le personnage du beau-père particulièrement détestable envers sa belle-fille (héritière en titre), une femme jouissant d'une force de caractère notable, très émancipée, mais paralysée dans son fauteuil roulant. De très beaux personnages féminins complètent la galerie de personnages agréablement étendue, et le luxe qui règne dans cette maison finit par devenir aussi anxiogène qu'asphyxiant. Le récit malgré sa lenteur potentiellement problématique entremêle complots, contre-complots et doubles-jeux, joue habilement sur des relations de confiance sapées par de fausses sincérités, avec des plans incroyablement machiavéliques pour arriver à ses fins. Avec son microcosme gorgé de chuchotements et de recoins sombres, on assiste là à une forme de désagrégation qui devait revêtir des aspects métaphoriques de la société — on peut même y trouver une forme d'avant-gardisme, puisque la révolution renversera le pouvoir quelques années plus tard en 1979. L'esthétique du film, notamment dans son dernier segment mortifère captant une forme de décadence de la bourgeoisie dans des teintes rouge sang et dans une tonalité presque fantastique, est renversante.






Dernières interactions
Salut Nicolas ! Oh excellent, merci pour ce retour. (Pas mal l'anecdote…
22/09/2026, 15:20
Oh, je viens de réaliser qu'il y a un lien entre Clown Core et Knower ! (Louis…
22/09/2026, 14:45
Salut Renaud ! Enfin vu un des Masumura que tu citais : L'ange rouge. Pas le…
22/09/2026, 11:50
La dernière partie du film recèle des twists non remboursés par la sécu, surtout…
09/09/2026, 06:47
Ah non, aucun risque ! Grâce à ma mémoire externe, impossible de confondre héhé.…
08/09/2026, 10:29
Ce que je me vois bien reprocher au cinéma asiatique d'épouvante, si j'étais un…
08/09/2026, 07:25