lundi 29 août 2011

Un petit boulot, de Iain Levison (2004)

Un petit boulot, par Iain Levison

Lorsqu’il est question de fermeture d’usine en France, je pense à la virulence des salariés qui se mettent à bloquer les activités de leurs entreprises (1), à séquestrer leurs dirigeants (2), à menacer de faire exploser leurs outils de production, ou à incendier leurs usines (3) pour contester un plan social ou une délocalisation qui se révèle injuste et abusive. Car pour une entreprise, être bénéficiaire ne compte plus, l’important n’est pas de gagner de l’argent :

La question est : est-ce que vous gagnez autant qu’il est humainement possible, et sinon, pourquoi.

Iain Levison ne doit pas beaucoup noircir le portait et la détresse de ces nouveaux chômeurs pour donner une vraisemblance à Jake, le héros de ce roman noir.

Jake est sans boulot suite à la fermeture de l’unique usine de la petite ville américaine où il a grandi. Jake est fauché, il a des dettes, sa copine l’a quitté, et il se trouve dans le plus simple et compréhensible désenchantement moral, parce que des petits malins de Wall Street ont décidé que leur usine ferait de plus gros bénéfices si elle se trouvait au Mexique.

Quand un bookmaker mafieux lui propose de jouer les tueurs à gages, Jake fait mine d’avoir des cas de conscience. Mais en réalité, il est ravi. Il va se montrer à la hauteur de son nouveau «petit boulot», plus que son employeur le soupçonne. Car Jake prépare en catimini sa liste des gens à abattre de quoi calmer sa colère contre le système. C’est un tueur amateur, mais un travailleur consciencieux et décidé qui nous fait partager ses états d’âme. Chacun de ses crimes sera l’occasion d’une idiotie, et le lieu d’une franche rigolade.

Iain Levison brosse le portrait d’un tueur sympathique. Une histoire décalée, parfois tordante et vraiment féroce. Voilà comment un livre sur le chômage, la précarité et l'exclusion des habitants d'une petite ville américaine me met de bonne humeur.


(1) le blocage généralisé des raffineries Total, en 2010
(2) les salariés de l’usine Molex à Villemur-sur-Tarn ont séquestré deux dirigeants pendant 26 heures, en 2009
(3) les salariés de JLG à Tonneins et de Nortel France ont menacé de détruire leurs outils, et d'incendier leur usine en faisant sauter des bouteilles de gaz, en 2009

jeudi 18 août 2011

La baleine scandaleuse, de John Trinian (1964)

La Baleine Scandaleuse, par John Trinian

L’histoire débute en pleine mer, et en l’unique compagnie d’une baleine. Séparée de son groupe, elle va peu à peu dériver vers la côte avant d’être surprise par une lame de fond. Malgré sa lutte pour regagner le large, elle échoue impuissante sur une plage…

Sur cette plage normalement déserte en Californie, des personnages vont tour à tour faire leur apparition : un tueur en cavale, un flic à cheval, un acteur suicidaire et drogué par les bons soins de sa tendre épouse, un conducteur d’un tracteur-dépanneur, une jeune femme accompagnée d’un « ami » dont elle voudrait bien se débarrasser, un photographe miteux au gilet de couleurs voyantes et aux deux modèles à moitié à poil…

La baleine et les badauds rassemblés autour d'elle semblaient avoir été disposés sur la plage en vue d'une photo destinée à mettre en relief les sentiments qui agitaient chaque personnage. On avait l'impression d'être en présence d'un tableau surréaliste.

Ces personnages dérisoires, emportés dans le courant de leur vie comme des bouteilles vides à la surface de l’eau, forment une étrange assemblée devant la baleine endormie et vulnérable. Et lorsque le flic pédant et oppressif veut prendre la situation en main, c’est le début des emmerdes. John Trinian a concocté un cocktail explosif de personnages, et on trépigne d’impatience de lire le sort réservé au cétacé dont on aimerait voir retrouver son milieu naturel. La baleine scandaleuse se révèle une excellente étude de caractère avec juste ce qu’il faut d’humour vachard sur le genre humain comme l’écrit justement Yossarian qui m’a donné envie de lire ce bouquin drôle et sinistre.

vendredi 12 août 2011

Rodrigo y Gabriela

Rodrigo y Gabriela
Photo de Charlotte Zoller - 2010

Au son des deux guitares acoustiques de Rodrigo y Gabriela, on en vient à se demander si quelque chose ne nous a pas échappé. Couple Mexicain. Deux homo sapiens pourvus de deux mains chacun. Chaque main remplie de cinq doigts dont le pouce préhenseur. Les doigts sont normalement organisés, doués de sensibilité et de mobilité. Jusque là, biologiquement, ils sont encore de notre monde, sauf qu’ils impriment sur leur guitare des rythmes inouïs, et des mélodies entêtantes. Les percussions de Gabriela (dans Tamacun entr’autres) sur le corps de sa guitare, les ouins ouins de Rodrigo (dans Savitri ou Santa Domingo) sur la sienne, donnent l’impression qu’ils sont plus de deux en concert pour délivrer ces musiques grisantes. Hanuman, Triveni, Santa Domingo et la putin de trop énormissime mélodie de Tamacun sont mes titres préférés, pour ne citer que ceux présents dans l’album Live in France. Ils jouaient dans un groupe de Heavy Metal au Mexique, avant de former ce duo magnifique. Ils sont beaux et charismatiques, et leurs musiques claires, nerveuses, latines font drôlement plaisir.


jeudi 11 août 2011

If we don't, remember me.

Les "cinémagraphes" sont des images où seuls quelques éléments de la représentation sont en mouvement. Le créateur du site, If we don't, remember me, s'est amusé à capturer des scènes de cinéma très chouettes, et en voici quelques unes...

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“We accept the reality of the world with which we are presented.”
The Truman Show (1998)


if we don't

“Well, you’re not exactly smiling.”
Repulsion (1965)


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“This is Ripley, last survivor of the Nostromo, signing off.”
Alien (1979)


Brigitte Bardot

"C’est formidable le cinéma. On voit des filles avec des robes. Le cinéma arrive et on voit leurs culs..."
Le mépris (1963)


Alien

“You still don’t understand what you’re dealing with, do you? … Perfect organism. Its structural perfection is matched only by its hostility.”
Alien (1979)


lundi 25 juillet 2011

La puissante introspection de Jill Bolte Taylor



samedi 23 juillet 2011

La route, par Cormac McCarthy (2006)


La Route, par Cormac McCarthy

Peut être que dans la destruction du monde, il serait possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L’accablant contre-spectacle des choses entrain de cesser d’être.

Comme toutes les autres créations culturelles, la littérature invente du possible. En imaginant l’après fin du monde, Cormac McCarthy la rend familière, ouverte, représentable, pensable, en d’autres termes habitable. McCarthy tire des plans sur le chaos avec un style puissant et poétique, des dialogues minimalistes, une action ciselée, des descriptions dépouillées de tous éléments superflus. Les très courts paragraphes se succèdent, et aussi longtemps que les évènements demeurent voilés, notre imagination suscite toutes sortes de peurs.

L'année à peine écoulée c'étaient des feux sur les crêtes et des psalmodies de gens dérangés. Les hurlements des gens mis à mort. En plein jour les morts empalés sur des pics au bord de la route. Qu'avaient-ils fait ? L'idée lui vint qu'il se pourrait même dans l'histoire du monde qu'il y eût plus de châtiments que de crimes mais il n'en tirait guère de réconfort.

Cet homme et son enfant nous apprennent que la lutte contre le chaos va sans affinité avec l’ennemi. Marchant vers le sud, la peur et la faim au ventre, ils espèrent trouver une mer encore bleue, et un espoir de réchapper à la mort. La singularité du point de vue, le génie narratif, la bonté des deux personnages placent ce livre très haut dans mes coups de cœur.

dimanche 19 juin 2011

El Desdichado



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