C'est très souvent mentionné dans ce qu'on peut lire au sujet de Le Samouraï et le Shogun, mais c'est vrai qu'il y a un petit parfum de fin de cycle en matière de chanbara ici, dans un registre arrivant en quelque sorte au bout de son potentiel après 2 ou 3 décennies d'exploitation intense. Ne serait-ce que la couleur, caractéristique fondamentalement différente de l'âge d'or du genre et du noir et blanc typique des 1960s : il y a quelque chose de bizarre. Encore plus bizarre, deux aspects presque contradictoires (mais seulement en apparence) s'affrontent ici : d'un côté toute la rigueur narrative de ces fresques japonaises historiques retraçant un petit bout d'histoire médiévale, avec sa pléthore de manipulations, de trahisons, de complots politiques et de personnages pour incarner tout ça, et de l'autre toute la fièvre bien bourrin signée Kinji Fukasaku pour mettre en scène les différentes exactions inévitables qui se finissent en bain de sang — quand bien même les phases d'action, combats et mises à sac, ne sont pas particulièrement nombreuses dans le cas présent.
Comme d'habitude dans ce style de récit avec son mille-feuille d'événements et de rebondissements, il faut être paré à l'éventualité de se retrouver complètement paumé au sein des 2h10... De manière surprenante, j'ai particulièrement bien suivi la partie introductive posant les enjeux et les risques fratricides entre les deux fils du shogun Tokugawa récemment empoisonné (grosso modo les 20 premières minutes), et après un tunnel constitué d'intrigues retorses et de divers ventres mous, la dernière partie se fait à nouveau très intelligible — il faut dire qu'avec une bonne pelletée de personnages en moins, morts assassinés ou par seppuku, tout devient fatalement plus simple à suivre...
Je retiendrai deux éléments particulièrement intéressants et originaux ici. D'abord, l'importance de personnages de second rang, inféodés aux deux fils Iemitsu et Tadanaga, prenant des initiatives stratégiques et décisives, tendant à minorer ou du moins contextualiser le rôle de premier plan des chefs classiques. Ensuite, le film (de manière pas forcément véridique sur le plan historique, mais conservant une bonne part de légitimité) joue autour de la notion d'écriture de l'histoire, comme conscient des écarts pris avec un récit officiel, en suggérant à de nombreuses reprises que les personnages maquillent ou dissimulent leurs agissements, afin qu'ils ne soient pas rendus publics, précisément. Un peu comme si avec Fukasaku, on voyait la réalité, ou une réalité telle qu'elle s'était produite, avant l'écriture et l'impression de la légende. Le tissu politique et ses intrigues à tiroir restent malgré tout prépondérantes, avec son potentiel rébarbatif, au même titre que certains accès de grandiloquence très théâtrale — mention spéciale à la toute dernière séquence, avec un personnage répétant "tout ceci n'est qu'un mauvais rêve !".









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