vendredi 14 février 2014

Movie Title Breakup

Un couple, au restaurant, se déchire. Particularité : les dialogues sont tirés de quelque 154 titres (anglais) de films. Une vidéo réalisée par les POYKPAC, un peu saccadée par moments , mais dotée du plus original des sous-titrages...

Pour en savoir plus sur la troupe des POYKPAC : c'est ici.
Leur chaîne youtube : c'est là.

mercredi 05 février 2014

Pusher, la trilogie de Nicolas Winding Refn (1996, 2004, 2005)

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Pusher est une trilogie écrite et réalisée en 1996, 2004 et 2005 par Nicolas Winding Refn. Avant le biopic décalé consacré au criminel Bronson, l'essai esthétisant de Valhalla Rising centré sur le très magnétique Mads Mikkelsen, le tumulte du Driver (lire le billet sur le film) consacrant l'introversion de Ryan Gosling, et avant le dédale œdipien dans les rues de Bangkok Only God Forgive, le réalisateur danois à la carrière pour le moins composite s'était donc intéressé au milieu de la drogue de Copenhague.

Nous voilà ainsi projetés dans les rues de la capitale danoise, dans ses quartiers qui transpirent une certaine forme de misère que seule la drogue dure semble faire oublier. Pusher s'articule autour de trois personnages assez différents issus de ce milieu, avec trois centres de gravité autour desquels tourne chaque élément de la trilogie. Si le premier film dépeint la descente aux enfers de Frank (petit dealer typique, interprété avec talent par Kim Bodnia (1)), le deuxième adopte un point de vue plus empathique pour son pote Tonny (Mads Mikkelsen à ses débuts, imprimant déjà la rétine) alors que le dernier prend de la hauteur dans la chaîne de l'industrie de la drogue, en se concentrant sur Milo, un seigneur de la drogue serbe joué par Zlatko Burić (dont on a tôt fait d'oublier la prestation dans 2012). Chacun de ces trois films-portraits apporte ainsi une coloration bien particulière au récit, en passant du dealer entraîné dans la spirale infernale classique à un épisode plus sensible faisant intervenir des aspects familiaux intéressants, une lueur d'espoir à l'horizon, avant de terminer par un plongeon dans le monde noir et glauque de Milo.

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Mads Mikkelsen et Kim Bodnia dans les rues de Copenhague.

L'aspect le plus réussi de cette série restera certainement le degré de réalisme proposé au spectateur, happé de manière implacable dans le quotidien de ces personnages dont on ne s'éloigne à aucun moment, et qu'on a finalement l'impression d'avoir personnellement côtoyés. Cette immersion ultra-réaliste et quasi-documentaire s'avère cela dit à la fois jouissive et nauséeuse, mais avec une construction peut-être plus fine et moins gratuite que dans Bleeder, réalisé un an après le premier Pusher. Ce souci de vérité, de réalisme, participe indéniablement de l'atmosphère brutale et saisissante de la trilogie, et confère à ce titre un éclairage assez passionnant sur les débuts du réalisateur de Drive (porte par laquelle j'ai découvert Nicolas Winding Refn), à la source d'une certaine forme de violence.

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Nicolas Winding Refn et Zlatko Burić s'amusent, à leur manière...

Les références et/ou clins d'œil m'ont paru ici moins prégnants que dans Drive, même si les rapprochements avec le drame social à la Ken Loach ou le radicalisme de la description à la Martin Scorsese sont inévitables et peuvent parfois gêner. Sans évoquer l'hommage (si l'on peut ainsi le nommer) à Ruggero Deodato et son Cannibal Holocaust (lire le billet sur le film) dans le dernier volet, consistant à substituer le dépeçage d'un être humain à celui d'une tortue – le caractère réel de l'entreprise en moins. Quoi qu'il en soit, Pusher est une expérience de spectateur peu ordinaire qui nous invite dans un monde dont l'unique matrice semble être la drogue et ses déclinaisons, à l'instar des trois notes finales : l'angoisse (Frank), l'optimisme (Tonny) et le noir (Milo). Avec, en filigrane, ce profond sentiment de solitude qui parcourt la trilogie et qui colle à la peau de ses héros, prisonniers de leur univers.

(1) Lionel, je t'ai reconnu ! ;-) (retour)

dimanche 08 décembre 2013

La Vie d'Adèle, par Abdellatif Kechiche (2013)

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La Vie d'Adèle est un film français réalisé en 2013 par Abdellatif Kechiche qui a obtenu la Palme d'or, attribuée de manière exceptionnelle au réalisateur et aux deux actrices principales. Il s'agit d'une adaptation de la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, publiée en 2010, racontant une histoire d'amour entre deux femmes s'étalant sur une dizaine d'années.

On a lu et entendu énormément de choses sur le dernier film de Kechiche, avant sa sortie, la plupart du temps sans lien direct avec le film à proprement parler. Difficile d'aborder la projection de manière neutre dans ces conditions... et pourtant, La Vie d'Adèle m'est apparu comme une très belle histoire d'amour, pleine de sensualité, sincère et pulsionnelle, avec ses effusions et ses contradictions. J'en profite pour préciser d'emblée deux ressentis personnels qui me paraissent importants.
1) La Vie d'Adèle n'est pas un film sur l'amour saphique. Plutôt qu'une quelconque "propagande homosexuelle" (merci Christine B.), il s'agit d'un film sur les amours douloureuses d'une fille qui devient femme, de son évolution et de ses métamorphoses. Inscrire ce film dans la dynamique liée à la législation sur le mariage homosexuel me paraît totalement insensé, ne serait-ce qu'en considérant les dates de tournage ou de la bande dessinée.
2) Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un film politique sur l'homosexualité. Si La Vie d'Adèle est un film politique, c'est plutôt dans sa description de la rupture sociale qui fait vaciller le couple, de ces différences profondes qui ont parfois raison des sentiments les plus forts.

À mon sens, ce film traite de manière originale la complexité de la relation amoureuse, avec un regard – certes masculin – qui va à l'encontre de nombreux lieux communs. Peu de films ont su décrire la nature du sentiment amoureux avec autant d'intensité...
Concernant la nature homosexuelle de la relation entre Adèle (Adèle Exarchopoulos, exceptionnelle) et Emma (Léa Seydoux, en retrait), on peut noter que les premières attaques proviennent du cercle privilégié des amies. Les insultes les plus salaces sont ainsi proférées par une jeune fille proche d'Adèle et nous rappellent que l'homosexualité n'est pas encore rentrée dans les mœurs, et pas seulement dans celles de la classe blanche catholique.
Il est aussi intéressant de constater les différentes définitions du bonheur et de l'épanouissement personnel, qui ne peut pas se réaliser au travers du boulot d'institutrice selon Emma, mais qui peut se savourer naïvement pour Adèle (en substance, "l’existentialisme selon Jean-Paul Sartre, c'est pareil que le reggae de Bob Marley" ou encore ses fameux "j'y connais rien mais j'aime bien" pour le vin, l'art, etc.).

Les scènes de sexe ont une place importante dans le film, mais ne sont clairement pas à la hauteur de leur réputation... Un pari osé, loin d'être choquant, mais raté. Relativement mal filmées sur le plan technique (est-ce intentionnel ?) comparé au reste du film, elles sont clairement moins (voire pas du tout) émouvantes que certains baisers, notamment le premier baiser avec une fille, sur un banc, à l'ombre d'un arbre, illuminé par quelques rayons de soleil magnifiques. Une scène difficile à oublier. Il est amusant de relever le glissement opéré dans ces scènes de sexe, au fil du film : ce qui est suggéré prend peu à peu le pas sur ce qui est montré, et les premières scènes largement expressives, filmées en gros plans presque dérangeants, laissent place à des scènes plus intimistes et autrement plus intenses.

Le film n'est naturellement pas exempt de défauts, et ceux qui m'ont le plus gêné sont certainement liés à des descriptions vraiment caricaturales des différents milieux sociaux. Que ce soit le cadre familial (parents bobos pour Emma et prolos pour Adèle) ou le milieu artistique qui n'a clairement pas les faveurs de Kechiche, certaines vérités subsistent mais le trait est souvent très grossier. La scène dans la galerie d'art reste cela dit remarquable dans sa cruauté...
D'un point de vue technique, on peut également reprocher les aspects poussifs de certains bruitages (slurp) et de certains gros plans insistants (pâtes à la bolognaise versus huîtres). Enfin, si certaines ellipses sont volontaires et assumées, plusieurs passages essentiels souffrent d'une écriture vraiment trop légère... Mais certaines scènes brillent par leur rigueur et leur émotion, avec notamment la scène du bar à vous déchirer le cœur.

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La Vie d'Adèle est un film qui s'inscrit naturellement dans la filmographie de Kechiche, empreint d'un réalisme et d'un naturel mieux dosés que dans ses premières œuvres comme L'Esquive. Ici, les barrières sociales, invisibles et inéluctables, décrites avec plus ou moins de talent, semblent s'étendre aux relations amoureuses ; elles peinent à exister en dehors du cadre instillé par les familles respectives, également détestables. Le contexte de production du film fera très certainement date (on peut désormais ranger Kechiche aux côtés de Céline et Cantat semble-t-il...) mais il serait vraiment dommage de se laisser ainsi influencer. Enfin, l'interprétation proprement exceptionnelle d'Adèle Exarchopoulos, tour à tour fragile et incandescente, ingénue et frondeuse, justifie à elle seule d'aller savourer ces moments de vie au cinéma.


Petit aparté linguistique et sociologique.
Deuxième film français vu en Écosse après Casse-Tête Chinois de Cédric Klapisch, La Vie d'Adèle a illustré une nouvelle fois le fossé immense qui peut séparer deux cultures pourtant voisines, notamment dans leur rapport à l'humour. Les rires fusaient dans la salle lors de scènes profondément tragiques, alors que certains passages à la limite de la caricature – et en ce sens risibles – me laissaient bien seul dans ma raillerie...

vendredi 04 octobre 2013

Éphémère globuleux

Éphémère, c'est son petit nom. Cet insecte de quelques centimètres de long, parfois appelé « manne », a un corps (tégument dans le jargon) mou, de grands yeux globuleux et une bouche si petite qu'elle ne lui permet pas de se nourrir. Ses ailes sont membraneuses et à la verticale lorsqu'il se repose. On peut distinguer deux ou trois longs filaments reliés à l'arrière de son corps pour stabiliser son vol hasardeux.

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Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
  • NIKON D80
  • Sigma 105mm F2.8 EX DG macro
  • f/2.8
  • 1/400 sec
  • ISO-1600

L'éphémère ne vit que quelques heures (d'où son nom) et en profite pour s'accoupler en plein vol. La femelle dépose ses œufs par centaines à la surface de l'eau, avant qu'ils ne coulent pour aller se poser au fond et donner naissance à une horde de larves. Ces dernières ont une durée de vie de 2 à 3 ans et sont un bon indicateur de la qualité des eaux. Le mâle meurt après l'accouplement et la femelle après la ponte. Apparus au Carbonifère, il y a environ 280 à 350 millions d'années, ce sont les plus anciens insectes ailés de la planète encore vivants.

Ce sont des espèces très sensibles à la pollution des eaux (à l'état larvaire) et lumineuse (à l'état adulte) et en forte voie de régression dans une grande partie de leur biotope. Ils font partie du plancton aérien et jouent à ce titre un rôle important dans certaines zones humides, en particulier pour l'alimentation des poissons et de certaines chauves-souris.

Merci à Émilie pour ses indications.

mardi 01 octobre 2013

« L’ennemi est en moi », par Catherine Dufour

Une nouvelle inédite de Catherine Dufour, parue dans le Diplo de septembre 2013. Un fait divers assez particulier survient après un cours d'art-plastique, dans un futur pas si lointain. Le style est original et plutôt agréable.

Vous pouvez également lire la chronique de Gilles sur L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, du même auteur.


Ma vérité (extrait)
[Interview d’Olive Thomas, 24/01/2036]

Tous les ans, pour la préparation du brevet des collèges, je donne un travail à mes élèves. Ils doivent fabriquer une application nomade en réalité augmentée, d’accord ? Une application destinée à être chargée dans leur cartable à puce. Moi, je ne suis absolument pas pour qu’on implante des puces sous la peau des gosses, mais est-ce que j’ai le choix ?

Quand on sait qu’on va charger son propre programme sous sa propre peau pour modifier son propre champ de vision, on peaufine le travail, vous voyez ? C’est une façon pour moi d’impliquer mes élèves. Au début, la plupart me proposent des applis utilitaires. Un truc qui scanne les pistes de skate, par exemple. Qui analyse la déclivité des rampes, la rugosité des revêtements et qui surligne les glisses en vert, en orange ou en rouge. Là, je leur explique que ce n’est pas possible, qu’on n’est pas en éco, qu’on n’est pas en techno, qu’on n’est pas en sport, qu’on est en arts plastiques et qu’ils doivent me rendre un travail d’arts plastiques.

Une fois qu’ils ont compris ça, mes élèves codent des tags sur les plans verticaux ou des lacs sur les plans horizontaux. Des murs de couleur et des parterres d’eau. Ou ils font galoper des troupeaux de chevaux devant eux dans la rue. En général, les animaux sauvages ont du succès. Un de mes élèves se promenait toute la journée avec des vols en V de canards au-dessus de sa tête. Un autre, c’était des champs de globes oculaires roulant dans les nuages. Evidemment, je dois interdire pas mal d’obscénités.

Lou Tellegen, lui, il a choisi les fantômes. Je tiens à préciser que je laisse à mes élèves une liberté totale dans le choix de leur sujet. J’interviens pour éviter les hors-sujet, mais c’est tout. C’est Lou Tellegen qui a décidé de se connecter au serveur nécrologique de la ville. Je n’ai pas fait d’objection, c’est tout. Maintenant, est-ce que c’est normal de laisser ce serveur-là en accès libre ?

[Affaire Tellegen contre GenCod SA
— conversation enregistrée par le véhicule de M. et Mme Tellegen le 11/03/2036 — extrait soumis au jury par la défense]

— Maman ?

[inaudible]

— Tu vois ça, maman ?

— Voir quoi, mon chéri ? Mes deux mains sur le volant ?

— Tu vois, dès que le GPS matche les coordonnées d’un endroit où la police a relevé un corps, il émule, maman ?

— Si tu regardais, Lou, tu verrais que je conduis.

— Il émule un fantôme, tu vois ? Qui s’envole comme un oiseau [onomatopée].

[bip sonore]

— Là, à droite.

— Quoi, à droite ? Qu’est-ce que tu m’as fait peur, mon chéri. Tu coupes le son de ton machin, s’il te plaît.

— Juste là, le serveur dit qu’on a ramassé une femme. Le 30 janvier 2026. Barbara La Marr. La Marr comme la lessive ? Vingt-neuf ans. Tu crois que c’était un accident ou un meurtre ?

— On ne peut pas tout confier aux machines, tu sais. Et puis j’aime bien la conduite manuelle. Mais qu’est-ce que tu racontes ?

— En tout cas, mon appli vient de me balancer un de mes putains de macchabées 3D [onomatopée].

— Lou.

— Tu veux essayer ?

— Lou, tu ne téléchargeras pas d’appli dans ma voiture. Je ne veux pas des virus de ton école dans ma colonne de direction.

— Maman, je peux te poser une question ?

— Mais qu’est-ce qu’il fout au milieu de la chaussée, celui-là ?

— Au coin de chez nous, à l’angle, tu vois ? Là où il y a la laverie ?

[inaudible]

— Tu vois, quand je suis passé, mon appli m’a envoyé un ange. Et tu sais quoi ?

— Tu ne trouves pas ta conversation un peu sordide, mon chéri ?

— Il s’appelait Louis Tellegen, 9 ans. C’était en 2020 et il a le même visage que moi.

[inaudible]

— Maman ?

— Excuse-moi, mon chéri. C’est normal, mon chéri. C’est ton frère.

[Affaire Tellegen contre GenCod SA
— extrait du témoignage de Mme Virginie Rappe, épouse Tellegen]

Je sais que je peux paraître froide quand je suis sous le coup de l’émotion [inaudible]. Je dis que plus je ressens d’émotions, plus je tente de les contrôler, plus je parais [inaudible]. J’attendais ça depuis longtemps. J’attendais que Lou m’en parle depuis très longtemps. Je n’avais pas le courage d’aborder le sujet la première.

Après, nous avons beaucoup, beaucoup parlé, Lou et moi. Moi, et son père, et sa tante. [Intervention du président] Mme Marie M. Minter, c’est ça. Nous avons expliqué à Lou l’horrible accident de son grand frère.

Oui, nous avons dit à Lou que nous n’avions pas les moyens de nous payer un second traitement génétique et que c’est pour cette raison que nous avons utilisé un ovule cloné pour avoir un autre enfant. Douglas et moi avons trouvé ça plus sain que de lui dire : « Oh, ton grand frère était tellement génial, nous avons voulu l’élever une seconde fois. » Excusez-moi. Nous avons tout fait pour que Lou ne se sente pas comme un enfant-médicament. Nous avons beaucoup, beaucoup parlé tous les trois.

[Affaire Tellegen contre GenCod SA
— extrait de la déclaration de la défense]

Moi-même et mon client tenons à exprimer une nouvelle fois notre conviction que le travail génétique effectué sur le matériel de M. et Mme Tellegen a été techniquement et éthiquement irréprochable.

Ont été éradiqués de la cellule embryonnaire : la calvitie, le surpoids, l’hypermétropie, trois formes d’affections respiratoires, une prédisposition au diabète de type I, une scoliose. Sur le plan neurologique, huit possibilités de débalancement incluant une tendance aux addictions et une sclérose en plaques. Toutes ces affections ne faisaient plus partie du bagage génétique de Louis Tellegen à sa naissance, c’est la science qui le dit, ce n’est pas moi.

C’est pourquoi, malgré toute la sympathie que moi-même et mon client éprouvons pour la douleur de M. et Mme Tellegen, nous réaffirmons ici avec force que le décès de Louis Tellegen n’a pas pour origine le traitement génétique choisi par M. et Mme Tellegen et effectué par la société GenCod. Si la cause de ce drame relève du cadre familial ou de l’accompagnement scolaire de Louis Tellegen, c’est ce que nous, la défense, n’avons pas à trancher.

Ma vérité (extrait)
[Interview d’Olive Thomas]

Un peu perturbé ? Oui, je l’ai déjà dit et mes collègues ont témoigné. En tout cas, un peu rêveur comme gamin. Un peu triste. Pas dans les clous, c’est certain. Que ce soit à cause de ses parents ou de son généticien, je n’en ai aucune idée. Un bon élève, en revanche. J’ai été bluffée par son application. Au niveau de la réalisation artistique, elle est carrément impressionnante.

Lou n’a codé que des œuvres classiques complexes. Pour les femmes mortes, il a détouré l’ange vert de Carlos Schwabe accroupi sur une tombe avec une flamme dans la main, la dormeuse du Cauchemar de Johann Heinrich Füssli, la Femme en blanc de Gabriel von Max dans son suaire. Des symbolistes, essentiellement. Pour les hommes, des corps du Radeau de la « Méduse », des choses plutôt horribles. Au contraire, pour les enfants, des crayonnés de Raphaël très positifs, des angelots. Et pour les gosses de son âge, des anges de Gustave Doré, des gravures. Toute la Divine Comédie bat des ailes là-dedans.

J’ai testé son travail, parce que je teste toutes les applis de tous mes élèves. Je me suis promenée dix minutes avec ça. Dès que le GPS matchait avec la localisation d’un fait divers, un spectre s’élevait à côté de moi au format silhouette transparente. En surimpression, on lisait le nom, le prénom, l’âge, la date du décès, une fiche nécrologique plus ou moins complète. Je me souviens aussi de l’accompagnement musical, la Suite de la nuit d’Edith de Chizy, des chœurs d’enfants. A très faible volume. D’habitude, les adolescents mettent la musique à fond.

Les spectres commençaient par monter, ensuite ils s’effaçaient. Un flou d’éloignement très travaillé. L’effet était très réaliste, et en même temps très poétique. Ce n’était pas tapageur, mais c’était carrément saisissant. Je me suis promenée dix minutes avec ça et je vous assure que ça montait autour de moi comme des bulles dans un Jacuzzi. Je me suis rendu compte à quel point des gens sont morts partout, mais partout ! Je me suis rendu compte à quel point on marche en permanence sur des os. Dans la poussière jusqu’aux chevilles.

L’appli de Lou était un peu premier degré mais très bien conçue. Il y avait un univers personnel, vraiment. Mais le pire, c’était le logiciel de morphing. Si la nécro contenait une photo, le morphing donnait au spectre le visage du mort. Bon sang, j’ai vu mon ancienne boulangère me sourire.

Enemy Isinme : Le Docteur Folamour
[Monde-diplomatique.fr, 17/04/2036]

M. et Mme Tellegen ont été déboutés de trois plaintes sur huit. L’arrêt mentionne qu’« il n’a pas été fait droit à leur demande en réparation incluant le remboursement du traitement génétique et les frais d’éducation de Louis 1 & 2 Tellegen de leur naissance à leur décès ».

Ma vérité (extrait)
[Interview d’Olive Thomas]

Non, je n’ai pas du tout percuté sur le titre qu’il a donné à son appli. De toute façon, les gosses adorent les titres anglophones auxquels ils ne comprennent rien. Moi, la seule chose que je vérifie, c’est qu’il n’y a pas de TI. Des « termes impropres ». Est-ce que enemy est un terme impropre ? Je ne crois pas. Isinme non plus.

Enemy Isinme : Le Chagrin et la Pitié
[Monde-diplomatique.fr, 02/05/2036]

Au terme d’une négociation, M. et Mme Tellegen ont obtenu un compromis « incluant la prise en charge d’une troisième gestation sur le même code génétique » contre l’abandon du pourvoi.

La société GenCod a annoncé hier soir son intention de se retourner contre Mme Thomas, enseignante au collège Le Douarin.

Ma vérité (extrait)
[Interview d’Olive Thomas]

Ça me hante, vous savez. Je l’imagine tout seul dans la nuit, dans la rue. Je le vois avec sa puce pleine d’anges sous la peau. Un gosse de 13 ans en train de marcher au milieu d’une nuée de fantômes dont l’un est lui. Vous imaginez ça ? Vous vous imaginez, n’osant même plus rentrer chez vous parce que vous vous attendez vous-même au bas de l’immeuble ? Mort, souriant, les ailes grandes ouvertes ? A côté, les roues d’un tramway, qu’est-ce que c’est ?

 

Catherine Dufour

Auteure d’ouvrages de fantasy et de science-fiction, deux fois lauréate du Grand Prix de l’imaginaire. Dernier roman paru : Outrage et rébellion, Denoël, coll. « Lunes d’encre », Paris, 2009.

mercredi 21 août 2013

Sauterelle estivale

Sursaut photographique, pour redonner vie à « Je m'attarde », en cette période (professionnelle) langoureuse qui nous en éloigne...

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mardi 06 août 2013

« Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe »

Le dévoilement par M. Edward Snowden du caractère tentaculaire de l’espionnage américain n’a suscité que des réactions frileuses de la part des dirigeants européens. Lesquels, en revanche, n’ont pas hésité à immobiliser l’avion du président bolivien Evo Morales, soupçonné de transporter l’informaticien fugitif.



Par Evo Morales, août 2013.


Le 2 juillet dernier s’est produit l’un des événements les plus insolites de l’histoire du droit international : l’interdiction faite à l’avion présidentiel de l’Etat plurinational de Bolivie de survoler les territoires français, espagnol, italien et portugais, puis ma séquestration à l’aéroport de Vienne (Autriche) pendant quatorze heures.

Plusieurs semaines après, cet attentat contre la vie des membres d’une délégation officielle, commis par des Etats réputés démocratiques et respectueux des lois, continue de soulever l’indignation, cependant qu’abondent les condamnations de citoyens, d’organisations sociales, d’organismes internationaux et de gouvernements à travers le monde.

Que s’est-il passé ? J’étais à Moscou, quelques instants avant le début d’une réunion avec M.Vladimir Poutine, quand un assistant m’a alerté de difficultés techniques : impossible de nous rendre au Portugal comme prévu initialement. Toutefois, lorsque s’achève mon entretien avec le le président russe, il devient déjà clair que le problème n’a rien de technique…

Depuis La Paz, notre ministre des affaires étrangères, M. David Choquehuanca, parvient à organiser une escale à Las Palmas de Gran Canaria, en Espagne, et à faire valider un nouveau plan de vol. Tout semble en ordre… Pourtant, alors que nous sommes dans les airs, le colonel d’aviation Celiar Arispe, qui commande le groupe aérien présidentiel et pilote l’avion ce jour-là, vient me voir : « Paris nous retire son autorisation de survol ! Nous ne pouvons pas pénétrer dans l’espace aérien français. » Sa surprise n’avait d’égale que son inquiétude : nous étions sur le point de passer au-dessus de l’Hexagone.

Nous pouvions bien sûr tenter de retourner en Russie, mais nous courions le risque de manquer de kérosène. Le colonel Arispe a donc contacté la tour de contrôle de l’aéroport de Vienne pour solliciter l’autorisation d’effectuer un atterrissage d’urgence. Que les autorités autrichiennes soient ici remerciées pour leur feu vert.

Installé dans un petit bureau de l’aéroport que l’on avait mis à ma disposition, j’étais en pleine conversation avec mon vice-président, M. Alvaro García Linera, et avec M. Choquehuanca pour décider de la suite des événements et, surtout, tenter de comprendre les raisons de la décision française, lorsque le pilote m’a informé que l’Italie nous refusait également l’entrée dans son espace aérien. C’est à ce moment que je reçois la visite de l’ambassadeur d’Espagne en Autriche, M. Alberto Carnero. Celui-ci m’annonce qu’un nouveau plan de vol vient d’être approuvé pour m’acheminer en Espagne.

Seulement, explique-t-il, il lui faudra au préalable inspecter l’avion présidentiel. Il s’agit même d’une condition sine qua non à notre départ pour Las Palmas de Gran Canaria. Lorsque je l’interroge sur les raisons de cette exigence, M. Carnero évoque le nom de M. Edward Snowden, cet employé d’une société américaine auprès de laquelle Washington sous-traite certaines de ses activités d’espionnage. J’ai répondu que je ne le connaissais qu’à travers la lecture de la presse. J’ai également rappelé au diplomate espagnol que mon pays respectait les conventions internationales : en aucun cas je ne cherchais à extrader qui que ce soit vers la Bolivie.

M. Carnero était en contact permanent avec le sous-secrétaire aux affaires étrangères espagnol, M. Rafael Mendívil Peydro, qui, de toute évidence, lui demandait d’insister. « Vous n’inspecterez pas cet avion, ai-je dû marteler. Si vous ne croyez pas ce que je vous dis, c’est que vous traitez de menteur le président de l’Etat souverain de Bolivie. » Le diplomate ressort pour prendre les consignes de son supérieur, avant de revenir. Il me demande alors de l’inviter à « prendre un petit café » dans l’avion. « Mais vous me prenez pour un délinquant ? lui demandé-je. Si vous tenez à pénétrer dans cet avion, il vous faudra le faire par la force. Et je ne résisterai pas à une opération militaire ou policière : je n’en ai pas les moyens. »

Ayant certainement pris peur, l’ambassadeur écarte l’option de la force, non sans me préciser que, dans ces conditions, il ne pourra pas autoriser notre plan de vol : « A 9 heures du matin, nous vous indiquerons si vous pouvez ou non partir. D’ici là, nous allons discuter avec nos amis », m’explique-t-il. « Amis » ? « Mais qui donc sont ces “amis” de l’Espagne auxquels vous faites référence ? La France et l’Italie, sans doute ? » Il refuse de me répondre et se retire…

Je profite de ce moment pour discuter avec la présidente argentine Cristina Fernández, une excellente avocate qui me guide sur les questions juridiques, ainsi qu’avec les présidents vénézuélien et équatorien Nicolás Maduro et Rafael Correa, tous deux très inquiets à notre sujet. Le président Correa me rappellera d’ailleurs plusieurs fois dans la journée pour prendre de mes nouvelles. Cette solidarité me donne des forces : « Evo, ils n’ont aucun droit d’inspecter ton avion ! », me répètent-ils. Je n’ignorais pas qu’un avion présidentiel jouit du même statut qu’une ambassade. Mais ces conseils et l’arrivée des ambassadeurs de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) (1) décuplent ma détermination à me montrer ferme. Non, nous n’offrirons pas à l’Espagne ou à tout autre pays — les Etats-Unis encore moins que les autres — la satisfaction d’inspecter notre avion. Nous défendrons notre dignité, notre souveraineté et l’honneur de notre patrie, notre grande patrie. Jamais nous n’accepterons ce chantage.

L’ambassadeur d’Espagne réapparaît. Préoccupé, inquiet et nerveux, il m’indique que je dispose finalement de toutes les autorisations et que je peux m’en aller. Enfin, nous décollons… Cette interdiction de survol, décrétée de façon simultanée par quatre pays et coordonnée par la Central Intelligence Agency (CIA) contre un pays souverain au seul prétexte que nous transportions peut-être M. Snowden, met au jour le poids politique de la principale puissance impériale : les Etats-Unis.

Jusqu’au 2 juillet (date de notre séquestration), chacun comprenait que les Etats se dotent d’agences de sécurité afin de protéger leur territoire et leur population. Mais Washington a dépassé les limites du concevable. Violant tous les principes de la bonne foi et les conventions internationales, il a transformé une partie du continent européen en territoire colonisé. Une injure aux droits de l’homme, l’une des conquêtes de la Révolution française.

L’esprit colonial qui a conduit à soumettre de la sorte plusieurs pays démontre une fois de plus que l’empire ne tolère aucune limite — ni légale, ni morale, ni territoriale. Désormais, il est clair aux yeux du monde entier que, pour une telle puissance, toute loi peut être transgressée, toute souveraineté violée, tout droit humain ignoré.

La puissance des Etats-Unis, ce sont bien sûr leurs forces armées, impliquées dans diverses guerres d’invasion et soutenues par un complexe militaro-industriel hors du commun. Les étapes de leurs interventions sont bien connues : après les conquêtes militaires, l’imposition du libre-échange, d’une conception singulière de la démocratie et, enfin, la soumission des populations à la voracité des multi-nationales. Les marques indélébiles de l’impérialisme — fût-il militaire ou économique — défigurent l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie. Des pays dont certains ont été envahis parce qu’on les soupçonnait de détenir des armes de destruction massive ou d’abriter des organisations terroristes. Des pays où des milliers d’êtres humains ont été tués, sans que la Cour pénale internationale intente le moindre procès.

Mais la puissance américaine provient également de dispositifs souterrains destinés à propager la peur, le chantage et l’intimidation. Au nombre des recettes qu’utilise volontiers Washington pour maintenir son statut : la « punition exemplaire », dans le plus pur style colonial qui avait conduit à la répression des Indiens d’Abya Yala (2). Celle-ci s’abat désormais sur les peuples ayant décidé de se libérer et sur les dirigeants politiques qui ont choisi de gouverner pour les humbles. La mémoire de cette politique de la punition exemplaire est encore vive en Amérique latine : que l’on pense aux coups d’Etat contre Hugo Chávez au Venezuela en 2002, contre le président hondurien Manuel Zelaya en 2009, contre M. Correa en 2010, contre le président paraguayen Fernando Lugo en 2012 et, bien sûr, contre notre gouvernement en 2008, sous la houlette de l’ambassadeur américain en Bolivie, M. Philip Goldberg (3). L’« exemple », pour que les indigènes, les ouvriers, les paysans, les mouvements sociaux n’osent pas relever la tête contre les classes dominantes. L’« exemple », pour faire plier ceux qui résistent et terroriser les autres. Mais un « exemple » qui conduit désormais les humbles du continent et du monde entier à redoubler leurs efforts d’unité pour renforcer leurs luttes.

L’attentat dont nous avons été victimes dévoile les deux visages d’une même oppression, contre laquelle les peuples ont décidé de se révolter : l’impérialisme et son jumeau politique et idéologique, le colonialisme. La séquestration d’un avion présidentiel et de son équipage — que l’on était en droit d’estimer impensable au XXIe siècle — illustre la survivance d’une forme de racisme au sein de certains gouvernements européens. Pour eux, les Indiens et les processus démocratiques ou révolutionnaires dans lesquels ils sont engagés représentent des obstacles sur la voie de la civilisation. Ce racisme se réfugie désormais dans l’arrogance et les explications « techniques » les plus ridicules pour maquiller une décision politique née dans un bureau de Washington. Voici donc des gouvernements qui ont perdu jusqu’à la capacité de se reconnaître comme colonisés, et qui tentent de protéger la réputation de leur maître…

Qui dit empire dit colonies. Ayant opté pour l’obéissance aux ordres qu’on leur donnait, certains pays européens ont confirmé leur statut de pays soumis. La nature coloniale de la relation entre les Etats-Unis et l’Europe s’est renforcée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et a été dévoilée à tous en 2004, lorsque l’on a appris l’existence de vols illicites d’avions militaires américains transportant de supposés prisonniers de guerre vers Guantánamo ou vers des prisons européennes. On sait aujourd’hui que ces « terroristes » présumés étaient soumis à la torture ; une réalité que même les organisations de défense des droits humains taisent bien souvent.

La « guerre contre le terrorisme » aura réduit la vieille Europe au rang de colonie ; un acte inamical, voire hostile, que l’on peut analyser comme une forme de terrorisme d’Etat, en ce qu’il livre la vie privée de millions de citoyens aux caprices de l’empire.

Mais le camouflet au droit international que représente notre séquestration constituera peut-être un point de rupture. L’Europe a donné naissance aux idées les plus nobles : liberté, égalité, fraternité. Elle a largement contribué au progrès scientifique, à l’émergence de la démocratie. Elle n’est plus qu’une pâle figure d’elle-même : un néo-obscurantisme menace les peuples d’un continent qui, il y a quelques siècles, illuminait le monde de ses idées révolutionnaires et suscitait l’espoir.

Notre séquestration pourrait offrir à tous les peuples et gouvernements d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Nord l’occasion unique de constituer un bloc solidaire condamnant l’attitude indigne des Etats impliqués dans cette violation du droit international. Il s’agit également d’une occasion idéale de renforcer les mobilisations des mouvements sociaux en vue de construire un autre monde, de fraternité et de complémentarité. Il revient aux peuples de le construire.

Nous sommes certains que les peuples du monde, notamment ceux d’Europe, ressentent l’agression dont nous avons été victimes comme les affectant également, eux et les leurs. Et nous interprétons leur indignation comme une façon indirecte de nous présenter les excuses que nous refusent toujours certains des gouvernements responsables (4).


(1) Dont sont membres Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, le Nicaragua, la République dominicaine, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Venezuela. (Toutes les notes sont de la rédaction.)

(2) Nom donné par les ethnies kunas de Panamá et de Colombie au continent américain avant l’arrivée de Christophe Colomb. En 1992, ce nom a été choisi par les nations indigènes d’Amérique pour désigner le continent.

(3) Sur ces différents événements, consulter la page « Honduras » sur notre site et lire Maurice Lemoine, « Etat d’exception en Equateur », La valise diplomatique, 1er octobre 2010, et Gustavo Zaracho, « Le Paraguay repris en main par l’oligarchie », La valise diplomatique, 19 juillet 2012 ; Hernando Calvo Ospina, « Petit précis de déstabilisation en Bolivie », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(4) Depuis, Lisbonne, Madrid, Paris et Rome ont présenté des excuses officielles à La Paz.

jeudi 23 mai 2013

Hommage à Ray Manzarek

Ray Manzarek, génie musical des Doors dont les solos d'orgue hanteront encore longtemps les mémoires, aura mis 42 ans pour rejoindre Jim Morrison. Il a pris à son tour « l’autoroute qui mène au bout de la nuit » telle qu'elle est décrite dans le morceau End Of The Night : un coup extrêmement dur au moral...

Ci-dessous, une version endiablée de Light My Fire extraite d'un concert en Europe en 1968.

Riders on the storm
Riders on the storm
Into this house we're born
Into this world we're thrown
Like a dog without a bone
An actor out alone
Riders on the storm

Extrait de Riders on the storm (écouter ce chef-d'œuvre ici), sur l'album L.A. Woman (1971).

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