mercredi 07 mai 2014

Melville, des Movie Star Junkies (2008)

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Les Movie Star Junkies n'étaient à la base qu'un duo qui sillonnait l'Italie armé d'une batterie et d'un orgue. Formé en 2005, le groupe honorait déjà ses influences telles que le Gun Club ou les Meteors. Plusieurs membres sont venus compléter peu à peu ce noyau dur, avec un premier guitariste en 2006 et un second en 2008, accompagné d'une basse. L'équipe enfin réunie au grand complet, l'album Melville était né. Hommage au romancier américain plus qu'au réalisateur français, ces quarante minutes consacrent une certaine forme de noirceur et de désespoir et placent la formation originale au centre de cet univers envoûtant.

Si les guitares font fréquemment leur entrée fracassante avec ces riffs incisifs et électrisants, c'est bien le batteur qui martèle son style et qui charpente l'album : les roulements de "Run Away From Me" et "Your Miserable Life" et la précision des coups dans "Melville" et "Tongues Of Fire" nous le rappellent sans cesse. L'organiste n'est pas en reste, loin de là, c'est lui qui insuffle un vent de folie dans des mélodies proprement hypnotisantes, aux accents bluesy dans "Lucky Horse" et légèrement menaçants dans "I'd Rather Not". La voix et l'énergie du chanteur ne font que recouvrir le tout d'une touche Punk des plus appréciables, avec des compositions très noires et souvent dérangées.

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Ce n'est pas vraiment une surprise de découvrir le label du groupe, Voodoo Rhythm Records (leur site), véritable découvreur de talents et preneur de risques faisant passer Pascal Nègre pour ce qu'il est — je laisse libre cours à votre imagination quant aux qualificatifs les plus adéquats. Quand on voit sur scène (ils étaient au Folks Blues Festival de Binic l'année dernière) ce groupe à la fureur communicative, avec cette orgue lancinante, ce chant déchirant, cette guitare trash fondue de distorsion, la notion de "prise de risque" prend tout son sens.

Ci-dessous, le clip complètement barré de "Tongues Of Fire". À découvrir également : Lucky Horse, Your Miserable Life, et I'd Rather Not.

lundi 05 mai 2014

English Revolution, de Ben Wheatley (2013)

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Regarder le dernier film de Ben Wheatley, ou comment conjuguer la jubilation du spectacle et la hantise du commentaire en une heure trente de délire puéril et assumé. Pris isolément, A Field in England, souvent plus proche du numéro de cirque que de l’œuvre de cinéma, n’est pas d’un intérêt des plus manifestes. Mais dès lors qu’on s’intéresse au quatrième film de son réalisateur, une certaine cohérence émerge (1), un fil directeur se dessine dans l’univers très singulier du cinéma britannique, par opposition au reste du cinéma anglophone. Tiraillé entre contraintes économiques (budget alloué au tournage, spectre de la rentabilité) et ambitions artistiques, Wheatley n’a en ce sens jamais été aussi proche de son compatriote Danny Boyle : en dépit d’un désir bouillonnant d’inventivité et de renouvellement, ils ont tendance à oublier qu’un film ne se résume pas simplement à la somme de ses bonnes idées.

field.jpgEnglish Revolution (on parle toujours du même film) est à ce titre une merveille, consécration d’une filmographie concise et harmonieuse. Ben Wheatley a toujours cultivé ce côté iconoclaste, fait de scénarios novateurs prenant le spectateur à rebrousse-poil, de mélanges des genres produisant un réalisme angoissant, le tout avec un sens du récit très terre à terre malgré la folie ambiante. Mais un autre constat vient rapidement noircir le tableau : il existe une disproportion abyssale entre ses films tels qu’ils sont et tels qu’ils auraient pu être. L’exemple est ici flagrant, tant l’idée de base, séduisante, est exploitée dans un cadre faisant totale abstraction de la composante “cinéma”. Il s’agit plutôt d’une vidéo expérimentale ou d’un long court-métrage aux allures théâtrales, avec une unité de lieu et de temps d’une surprenante simplicité. L’annonce est d’ailleurs faite dès le titre, à l’instar de son premier film Down Terrace. Un champ en Angleterre, un trip psychédélique, trois petits tours et puis s’en vont.

Derrière des aspects provocateurs volontairement primaires (un sexe purulent en gros plan, quelle audace en 2013), la trame est d’une sobriété et d’une limpidité déconcertantes. Suivant les attentes et les affects de chaque spectateur, le film brillera par sa capacité à diviser de manière binaire. On approuve le délire du nouveau génie ou on abhorre le caprice de cet enfantillage auteurisant. Quelques élément dépassent cependant un tel clivage.
Le scénario, basé sur un fait historique (l’utilisation de champignons hallucinogènes pendant les guerres du XVIIe siècle), est terriblement sous-exploité. Les acteurs sont éloquents à défaut d’être surprenants, avec ces trognes patibulaires tout droit sorties du Moyen Âge mais déjà vues des centaines de fois. La mise en scène, si l’on met de côté l’utilisation du noir et blanc propre mais sans caractère, semble bâclée et de grossières erreurs jalonnent le métrage. Si l’on peut pardonner la présence de champignons de Paris en plein champ, il est plus difficile d’oublier les traînées d’avions zébrant le ciel.

corde.jpgPlus vraisemblablement, m’est avis que A Field in England trouve son unique raison d’être (chez Wheatley comme chez le spectateur) dans les scènes de délire intense, le reste faisant office d’emballage. La première d’entre elles, un protagoniste encordé sortant d’une tente dans un interminable ralenti, est un ersatz de la scène introductive de Melancholia. Kirsten Dunst est remplacée par Reece Shearsmith, la robe de mariée par un costume d’époque, les tentacules par des cordes, Wagner par une musique quelconque, et la symbolique des affres du mariage par le délire de la drogue. Mais la seconde scène, beaucoup plus longue et réussie, offre au spectateur dix minutes de pure folie psychédélique et quelques très bonnes trouvailles. On retient notamment le dialogue entre deux personnages rampant dans les herbes hautes en pleine tempête, la conversation ayant été enregistrée dans le calme d’un studio et synchronisée en post-production. Le décalage entre l’apocalypse (visuelle) qu’endurent les personnages et la quiétude (sonore) de leur échange donne une dimension proprement hallucinante à la séquence.

Ben Wheatley semble avoir réalisé English Revolution comme un enfant s’amuserait avec les outils mis à sa disposition. On dirait qu’il découvre les joies du montage pour la première fois, tant il use et abuse de l’alternance entre panoramas et plan serrés sur des plantes, des insectes, des visages tourmentés. Divertissant dans un premier temps, on se lasse assez vite d’un tel procédé et à l’image de l’histoire qui se termine là où elle a commencé, le film dans son ensemble tourne en rond. Un style très original au demeurant, difficile à cataloguer : Wheatley, c’est un peu le fils spirituel de Danny Boyle (les bonnes idées), Lars von Trier (la provocation), les Monty Python (l’humour anglais) et Ken Loach (le drame social) qui aurait été conçu lors d’une orgie sexuelle et satanique sur l’île de The Wicker Man.herbes.jpg


(1) En seulement quatre films, Ben Wheatley s’est créé un univers parfaitement reconnaissable et a expérimenté de nombreuses configurations de production. Une constante se dégage de son œuvre : le souci du réalisme, la violence ordinaire, l’humour cohabitant avec l’horreur. Quelques points de repère concernant ses quatre réalisations :
2009 — Down Terrace : scénariste et producteur, budget de $30,000. Un drame social simple initiant un style très personnel, ce réalisme teinté d’horreur.
2011 — Kill List : scénariste uniquement, budget de $800,000. Un thriller horrifique d’envergure beaucoup plus conséquente, qui prend des risques et joue avec les genres.
2012 — Touristes : ni scénariste, ni producteur, budget de $15,000,000. Un budget multiplié par vingt après le succès relatif de “Kill List”, pour un résultat beaucoup plus sage mais toujours inattendu.
2013 — English Revolution : ni scénariste, ni producteur, budget de 300,000$. Grosse réduction du budget suite à l’échec commercial de “Touristes”. Wheatley prend de nouveaux risques...
(retour)

dimanche 13 avril 2014

La Vie et rien d'autre, de Bertrand Tavernier (1989)

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Dire la guerre autrement, en dehors des limites temporelles et thématiques habituelles : ainsi pourraient se résumer les motivations de Bertrand Tavernier, à l’aune de "La Vie et rien d’autre". Réalisateur aussi irrégulier que prolifique, viscéralement attaché au genre humain, il a toujours manifesté un certain intérêt pour les versants cachés des conflits et des controverses. L’histoire du commandant Dellaplane, en charge du recensement des soldats morts ou disparus au lendemain de la Première Guerre Mondiale, constitue donc un terreau de choix pour l’expression des engagements du cinéaste.

Novembre 1920. Le traumatisme est encore omniprésent dans les chairs comme dans les esprits et la recherche d’une dépouille adéquate (comprendre : bien française) pour la commémoration du Soldat inconnu ravive des ressentiments divers. Loin des grands classiques du genre abordant de front l’horreur de ce conflit mondial (comme "Les Sentiers de la gloire" de Kubrick, pour ne citer que celui-ci), Tavernier privilégie une certaine authenticité hors des sentiers battus. Il délaisse la guerre de tranchées en hors champ pour se concentrer sur d’autres rapports conflictuels. Deux ans après la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, si les batailles sanglantes appartiennent bien au passé, on compte toujours les morts sur le terrain. "La Vie et rien d’autre" explore ainsi les aspects subsidiaires et le banal quotidien de l’après-guerre, à la marge des événements les plus médiatiques retranscrits dans les manuels d’Histoire. On prend alors conscience que la Première Guerre Mondiale, au-delà des calendriers officiels, ne s’est pas brusquement terminée du jour au lendemain, au son du clairon (1).
Les combats ont beau être terminés, les plaies restent béantes. Les ruines et les bâtiments de fortune font partie intégrante du paysage. Les uniformes sont partout, tout comme les cadavres qui n’en finissent pas de surgir de terre pour refaire surface chez les vivants. Cette triste réalité s’affirme même davantage puisqu’une partie des vivants est encore occupée à célébrer la victoire pendant que l’autre cherche ses morts. Sans oublier les motivations économiques de ces recherches : en ces temps difficiles, les métaux importent autant que les corps.

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Tavernier interroge cette période d’après-guerre peu ordinaire au travers de plusieurs destins croisés et adopte un point de vue proche de celui de Mervyn LeRoy dans l’excellent "Je suis un évadé". Comment la vie peut-elle reprendre ses droits dans ces paysages désolés ? Comment l’amour peut-il renaître dans ces populations dévastées ? Philippe Noiret, très convaincant dans le rôle de ce commandant intègre et obstiné, est au centre de ces questionnements et de cette nouvelle guerre, celle de la vie contre la mort.
On peut regretter quelques faiblesses caractéristiques de l’œuvre de Tavernier : des interprétations pas toujours à la hauteur (notamment dans les seconds rôles), une ambiance musicale parfois bâclée, ou encore quelques longueurs relativement désagréables. "La Vie et rien d’autre" n’en reste pas moins une peinture captivante de cette période lugubre, empreinte de réalisme, où une nation désire à tout prix rendre hommage à un soldat anonyme après en avoir fait massacrer des millions.

(1) Le film constitue à ce titre un diptyque avec "Capitaine Conan", réalisé sept ans plus tard avec un budget plus conséquent (l’effort de reconstitution est notable) et une vision peut-être plus manichéenne des conflits entre corps militaires et classes sociales. Tavernier s’intéresse ici aux combats dans les Balkans, où les affrontements entre armées française et russe ont périclité longtemps après la fin officielle de la Première Guerre Mondiale. (retour)

samedi 22 mars 2014

Réveil dans la terreur, de Ted Kotcheff (1971)

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Affiches originale et rééditée à l'occasion de la restauration du film.

Wake in Fright ou Outback (titres d'origine) est un film australo-américain réalisé par Ted Kotcheff en 1971, adapté de la nouvelle éponyme de Kenneth Cook. Onze ans avant le premier (et seul bon) volet de la quadrilogie Rambo qui lui ouvrira les portes de Hollywood, le réalisateur canadien proposait un récit aussi ahurissant que dérangeant centré sur l'outback australien. Une œuvre dont l'atmosphère poisseuse et étouffante colle à la peau longtemps encore après le visionnage.

Le plan-séquence initial et la scène suivante, montrant une salle de classe paralysée par la chaleur à la veille des vacances de Noël (1), donnent d'emblée le ton des deux heures à suivre. À l'instar de The Wicker Man (1973) ou encore Phase IV (1974) sortis dans la même période, le spectateur est plongé dans un univers très singulier dont il doit comprendre puis accepter les codes. Ici, les étendues immenses et désertiques du fin fond de la campagne australienne offrent un cadre de premier choix à l'intrigue et l'isolement des environs est mis en exergue au moyen d'un plan panoramique d'ouverture très réussi.

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Bienvenue à Tiboonda, son école, son chemin de fer, son désert et... son ennui.

Gary Bond incarne John Grant, un instituteur en quête de repos désirant retrouver sa femme installée à Sydney. Cette dernière s'immiscera dans ses pensées, comme dans celles du spectateur, sous forme de très brefs flashbacks tout au long du film. Contraint de faire une halte dans la ville au doux nom de Bundanyabba, ou "Yabba", c'est bien malgré lui qu'il va se retrouver spectateur autant qu'acteur de la vie locale à base de descente de bières (en quantité industrielle, à donner la nausée au plus endurci des Écossais) et d'un jeu de pari local appelé "Two-up". La bière et le jeu sont au cœur de ce microcosme et représentent la porte d'entrée dans cet enfer à ciel ouvert, c'est par là que la folie va gagner le protagoniste. Kotcheff offre alors au spectateur de nouvelles séquences particulièrement inspirées, tant sur le plan technique – certains plans rappellent du Hitchcock – que sur la profondeur des personnages. Le rôle de l'officier de police, premier contact de John dans ce monde à la fois accueillant et hostile, est un véritable modèle du genre. Donald Pleasence n'est pas en reste dans le rôle d'un médecin alcoolique, apparemment sensé et sain d'esprit, mais au final autant sinon plus dérangé que le reste de la population locale.

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Magnifique séquence lors d'une partie de "Two-up".

Le film fait évidemment penser au classique de Boorman, Délivrance (pour l'aspect perversion de la nature et du beau), ainsi qu'à celui de Peckinpah, Les Chiens de Paille (pour l'aspect instinctif de la violence), tous deux sortis un an plus tard, en 1972. On pense également au récent et beaucoup moins réussi – mais correct – Wolf Creek réalisé par Greg McLean en 2005.
L'originalité et la force de Wake In Fright tient à la sobriété de sa mise en scène et son scénario réaliste, dédale haletant d'un instituteur innocent pris dans les rouages d'une communauté et de son mode de vie, accueillant en apparence mais insidieusement malsain. D'abord esclave de son métier (il a contracté un prêt important pour se former et se considère lui même comme "a bonded slave of the Australian Department of Education"), il va se retrouver enchaîné à une ville et à ses habitants, terrifiants. Mais cette terreur n'a rien d'extraordinaire ou de soudain comme c'est souvent le cas dans les productions classiques du genre, elle est ici diffuse et jaillit du quotidien de ces gens victimes d'un ennui des plus profonds, transformés en bêtes sauvages par défaut. La scène de chasse au kangourou, réalisée à partir d'un montage de scènes bien réelles, est à ce titre insoutenable. Inoubliable.
Les thèmes connexes au métrage sont très variés et traités avec une finesse très appréciable, en témoignent les scènes de violences (physique, morale, sexuelle) ordinaires et l'irruption inopinée d'un questionnement homosexuel, véritable tabou dans cette contrée reculée. Cette agressivité tout à fait involontaire, empreinte de réalisme et surgissant parfois des sentiments les plus sincères, projette le spectateur qui ose poser son regard sur Wake In Fright dans une ambiance exceptionnelle, oppressante, et diablement tenace.

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Venez découvrir l'Australie et ses kangourous pour des parties de chasse inoubliables...

(1) N'oublions pas que nous sommes en Australie, dans l'hémisphère Sud. (retour)

mardi 18 mars 2014

Les meilleurs films par pays

Deux cartographies cinématographiques plutôt intéressantes, publiées sur le site reddit, établissent une géographie des meilleurs films selon le lieu de l'action et/ou du tournage. Les films ont été sélectionnés en fonction de leur moyenne sur IMDb.
On peut noter par exemple le très beau Le Septième Sceau en Suède, le torturé Orange Mécanique en Angleterre, le tarantinesque par excellence Pulp Fiction en Californie, et l'ultra classique Le Bon, la Brute et le Truand au Nouveau-Mexique (mais tourné en Espagne).

Version Europe :
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Version États-Unis:
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samedi 08 mars 2014

Her, de Spike Jonze (2014)

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Her est un film américain réalisé par Spike Jonze, sorti aux États-Unis en 2013 et prévu en France pour le 19 mars 2014.
Plutôt que de définir cette œuvre comme une "comédie de science-fiction", je dirais qu'elle appartient à cette catégorie de films qui jouent leur renommée sur un pari, simple mais risqué : celui de surprendre le spectateur. Rien de plus. Il ne s'agit pas ici d'une surprise artificielle basée sur une révélation finale ou sur des moyens techniques démesurés, comme on peut le constater à l'envi un peu partout, et ce jusqu'à l’écœurement. Ce genre de procédés est pratiquement devenu une norme et l'auteur de Dans la peau de John Malkovich en a bien conscience, puisqu'il en prend l'exact contrepied dans son dernier métrage. Ainsi, à l'instar du dernier Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive, moins bien réussi tout de même), Spike Jonze est parvenu à organiser un univers et une pensée relativement naturels et cohérents, érigeant à l'occasion la surprise en art cinématographique.

Her est à ce titre une vraie surprise, littéralement, tout à fait subtile, qui parvient à clouer le spectateur dans son siège en fin de séance sans qu'il ait pu anticiper quoi que ce soit. Les éléments essentiels du film ont beau figurer dans le synopsis, la mécanique est inexorable et nous happe dans cette osmose sans crier gare. C'est là que réside la force et la beauté de ce genre de productions, qui parviennent à nous immerger dans un univers singulier mais simple, crédible, basé sur une succession de bonnes idées correctement exploitées.HER

Her fait le pari de nous faire croire à une relation amoureuse entre l'Homme et la machine, entre un être humain lambda et un système d'exploitation intelligent, entre un Joaquin Phoenix d'une troublante sincérité et une (voix de) Scarlett Johansson intense et sensuelle. Cette dernière a beau ne jamais apparaître à l'écran, le spectateur se la représente instinctivement : elle le sait bien et elle en joue beaucoup. Le film prend le temps de décrire l'évolution de cette relation au cœur du récit, l'essentiel de cette évolution pouvant être capturé en se focalisant sur les quelques scènes de "sexe" révélatrices, encore une fois crédibles et naturelles dans le contexte. La dernière d'entre elles, où ce n'est plus la machine qui fait le lien entre deux êtres humains mais bien un être humain qui fait le lien entre un homme et une machine, est à ce titre bouleversante. Et le fait que le spectateur se soit représenté le physique de Scarlett Johansson intensifie ce sentiment d'incompatibilité, en voyant cette tierce personne s'immiscer dans leur relation.
L'ambiance futuriste est également très soignée, en retrait, avec cette atmosphère éthérée appuyée par des vues aériennes du Los Angeles de demain prises dans le Shanghai d'aujourd'hui. Il est assez étonnant de voir comment on entre sans résistance aucune dans ce monde apaisant, fait de couleurs pastels et de matières adoucissantes. Même le retour des pantalons taille haute devient vraisemblable dans cet univers enveloppé d'une musique légère composée par Arcade Fire (Aphex Twin n'était visiblement disponible que pour la bande-annonce).
Spike Jonze prend également le soin de décrire une société d'éternels anonymes, une foule d'individus connectés au monde entier sans intermittence via des oreillettes, mais qui ne portent guère d'attention à la réalité et aux personnes proches qui les entourent. Les "vraies" relations sociales ne sont pas totalement exclues mais semblent reléguées à la marge. Il est important de noter que ce regard est ici exempt de tout sentiment d'animosité et constitue en quelque sorte une parabole du microcosme que l'on peut observer aujourd'hui dans le métro – un exemple parmi des milliers.HER

Her est une expérience littéralement extraordinaire qui ne doit pas effrayer les personnes rétives à la science-fiction : il ne s'agit ici que d'un prétexte pour poser un regard soigné sur un futur proche envisageable, parmi l'infinité des possibles. Le final n'est peut-être pas à la hauteur du reste du métrage, mais on pardonne assez facilement cette facilité scénaristique. Le film brille par son absence de morale, de catastrophisme, mais ne s'interdit pas de dépeindre une société de handicapés sociaux qui ont perdu les plus élémentaires de leurs capacités de communication et qui semblent vivre exclusivement dans un monde de représentations. Phénomène illustré et accentué par le personnage de Joaquin Phoenix, un être d'une grande sensibilité, qui travaille comme rédacteur de lettres en tous genres – lettres d'amour y compris – pour d'autres personnes dont les capacités épistolaires ont disparu. Son "they are just letters..." empreint d'humilité et de relativité, objecté à deux reprises en réponse à l'admiration portée à ses talents d'écriture, en est tout un symbole.HER

jeudi 06 mars 2014

Le Monde diplomatique - Mars 2014

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Les entreprises ne créent pas l'emploi
Inanité du « pacte de responsabilité »
Par Frédéric Lordon, économiste (voir son blog, La pompe à phynance)

Il faut avoir sérieusement forcé sur les boissons fermentées, et se trouver victime de leur propension à faire paraître toutes les routes sinueuses, pour voir, comme s’y emploie le commentariat quasi-unanime, un tournant néolibéral dans les annonces récentes de François Hollande. Sans porter trop hauts les standards de la sobriété, la vérité appelle plutôt une de ces formulations dont Jean-Pierre Raffarin nous avait enchantés en son temps : la route est droite et la pente est forte — mais très descendante (et les freins viennent de lâcher).

Voici les premiers mots truculents de l'article de Frédéric Lordon paru dans le Diplo du mois de mars 2014. Comment résister à la lecture de ce papier (disponible ici), relativement court eu égard aux habitudes de l'économiste spinoziste, après une telle entame ?

Il ne se passe pas une semaine sans que le gouvernement socialiste français affiche son ralliement aux stratégies les plus libérales : "politique de l'offre", amputation des dépenses publiques, stigmatisation du "gâchis" et des "abus" de la Sécurité Sociale. Au point que le patronat hésite sur le cap à tenir. Et que la droite avoue son embarras devant tant de plagiats...

Attention toutefois à ne pas mal comprendre le titre :

En tout cas, derrière « les entreprises ne créent pas d’emploi » il ne faut certainement pas voir un énoncé à caractère empirique — que les vingt dernières années confirmeraient pourtant haut la main en tant que tel... Il s’agit d’un énoncé conceptuel dont la lecture correcte n’est d’ailleurs pas « les entreprises ne créent pas d’emploi » mais « les entreprises ne créent pas l’emploi ». Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — du dehors, c’est-à-dire du bon-vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises.

En résumé, les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si l’on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises.

L'article dont je vous recommande la lecture intégrale : http://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi

vendredi 14 février 2014

Movie Title Breakup

Un couple, au restaurant, se déchire. Particularité : les dialogues sont tirés de quelque 154 titres (anglais) de films. Une vidéo réalisée par les POYKPAC, un peu saccadée par moments , mais dotée du plus original des sous-titrages...

Pour en savoir plus sur la troupe des POYKPAC : c'est ici.
Leur chaîne youtube : c'est là.