mardi 25 septembre 2012

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, interprété par les Têtes Raides (2007)


Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, chanté par Christian Olivier dans l'album Banco des Têtes Raides, est un texte écrit en 1952 par Stig Dagerman (écrivain et journaliste suédois 1923-1954) qui relève à la fois de la littérature introspective et de l'essai existentiel. Par ses approches successives sur les thèmes graves tels que la mort, la solitude, la liberté, le temps, Stig Dagerman vise à donner un sens à son existence.

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Quand un écrivain discourt sur ses états d'âmes en nous faisant sentir tout le poids de sa solitude et de sa dépression, son texte a bien des raisons d'être au premier abord repoussant. Mais cela serait malhonnête de présenter le contenu de ce texte sous cette unique et trompeuse impression, car il est aussi une réflexion articulée, sensible et logique qui manque peut-être seulement d'humour. Je ne serais probablement jamais allé au bout de la lecture de cet essai si j'avais eu le livre entre les mains, car j'attends d'abord de mes lectures qu'elles racontent une histoire, simplement une bonne histoire. Ici, ce n'est plus notre propre voix qui devient le support du texte, nous pouvons alors l'écouter d'une manière distraite ou distancière, et laisser certains passages accaparer notre attention. Je ne peux pas dire que la voix de Christian Olivier soit ici particulièrement mélodieuse, pourtant sa lecture ainsi que le rythme monotone imprimé par les musiciens sonnent juste. Comme pour mettre du baume au cœur, le dernier élan de la chanson se fait moins morose, plus joyeux, et éclaire différemment une conclusion à méditer...

samedi 15 septembre 2012

Killer Joe, de William Friedkin (2012)

L'Exorciste (1973), Bug (2006), et Killer Joe (2012) sont mes trois intrusions dans l’œuvre de Friedkin. La schizophrénie ou plus généralement la folie est un thème récurrent de ces trois films. Les scènes angoissantes y côtoient les scènes brutales ou perverses durant lesquelles on en oublie parfois de déglutir sa salive. La démence d'un ou plusieurs personnages exulte toujours de manière paroxystique une fois que la tension distillée tout au long de l'histoire tient son emprise psychologique sur nous.

L_exorciste.jpg bug.jpg Killer Joe

Seconde fois que Friedkin adapte au cinéma une pièce de théâtre écrite par Tracy Letts après Bug en 2006, un huis-clos étouffant qui m'avait particulièrement impressionné. Jusqu'à la toute fin le spectateur ne sait pas où se tient la part de folie et la part de réalité dans la peur terrible qui ronge un couple persuadé d'être la victime d'un vaste complot, et d'une menace invisible...

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Ashley Judd et Michael Shannon dans Bug en 2006

Killer Joe s'inscrit dans un genre différent des deux autres, celui de la comédie dramatique familiale. Chris le garçon, Ansel le papa, et Dottie la petite sœur sont bien décidés à tuer leur crapuleuse maman pour empocher les 50000 dollars de l'assurance vie. Chris s’enquiert donc des services de Joe, flic le jour et tueur à gages la nuit. C'est un diable aux allures de cowboy aux chapeau noir, gants noirs, veste noire, et lunettes noires. Sa stature et sa tranquillité d'action inspirent l'obéissance.

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Joe interprété par Matthew McConaughey

Joe s'entiche de Dottie faisant d'elle, au grand dam de son frère, sa caution de garantie si les choses se passaient mal. Poupée fragile aux joues roses, naïvement sexy, et sujette au somnambulisme, ce personnage féminin est la réponse au machisme crasse qui empoisonne cette misérable famille.

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Dottie interprétée par Juno Temple

La folie des dernières scènes dans lesquelles Joe joue à sa façon le thérapeute familial, laisse sur l'impression d'un film déjanté. Le dénouement ne fait toutefois pas oublier les vices et les faiblesses du film. Cette cupide entreprise est cousue de fil blanc, la petite tête blonde incarne un personnage féminin creux, la pochade nocturne et pluvieuse a déjà été maintes fois filmée dans ce genre de scénario, et l'humour noir et les blagues grasses ne sont pas de très bon goût.

J'ai aperçu au milieu de la file d'attente l'affiche du nouveau film de Michel Gondry intitulé The We and the I, et intercepté une discussion de l'exploitant du cinéma qui livrait ses impressions enthousiastes sur le satirique God Bless America (sortie prévue le 10 octobre, la bande annonce est ici). C'est peut-être dans la queue du cinéma que j'aurai finalement trouvé la promesse de deux bons films. Wait and see...

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lundi 27 août 2012

Wait a minute now wait a minute now wait a minute now wait a minute now wait a minute now...

(merci Adrian)

mardi 21 août 2012

La Part des Anges, de Ken Loach (2012)

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La part des anges, c'est la partie du volume d'un alcool qui s'évapore pendant son vieillissement en fût. Ken Loach nous distille son histoire, goutte à goute, de petites larmes de haine jusqu'aux plus belles perles de joie. C'est un moment savoureux comme peut-être la chaleur d'un verre de whisky qui coule doucement dans la gorge, et vous laisse le fond des yeux luisants. C'est la part réaliste de l'histoire qui m'a happé d’emblée avec la rencontre de ces jeunes délinquants qui évitent la prison de justesse, puis c'est ensuite la part de rêve drôle, amorale, et optimiste qui a pris le relais pour une vraie bouffée d'oxygène.

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Vous pouvez écouter ici I'm Gonna Be (500 Miles) de The Proclaimers qui apparaît dans la BO du film. Trop bon.

dimanche 05 août 2012

L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, par Catherine Dufour (2012)

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Ni historienne, ni enseignante, Catherine Dufour est écrivain, et elle s'est plongée avec une évidente passion et érudition dans l'écriture de ce super livre sur l'Histoire de France dans lequel se dessine ses talents de conteuse.

Ma dernière lecture de la dame remonte à son recueil de nouvelles intitulé L'Accroissement Mathématique du Plaisir, recueil sautant d'un genre à un autre (un chouïa de fantasy, beaucoup de fantastique, et une bonne dose de science-fiction). Je retrouvais sur la forme courte la créativité, l'humour et la prose qui m'avait si plu dans ses romans. Je pense en l’occurrence à ses deux romans intitulés le Goût de l'Immortalité et Outrage et Rébellion qui se déroulent tous les deux dans les bas-fonds de villes futuristes confrontées aux problèmes d'un monde où l'expansion démographique n'a fait de cesse qu'accroitre : pollution, trafics humains, épidémies, misère et pauvreté, pratiques religieuses douteuses, vengeances ethniques et rancœurs raciales, terrorisme politique et terrorisme économique...

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Dans ses investigations du Passé avec cette rétrospective de l'Histoire de France comme dans ses projections dans le Futur avec ses romans SF, elle nous plonge dans les destinées de ses personnages qui brillent par leur noirceur. Et dans la veine, l'Histoire de France en tient une bonne couche entre ses « chevaliers sanguinaires », ses « moines déments », ses « reines étranglées », ses « jeunes despotes », ses « ministres sournois », ses machos hypersexués, ses maniaques impuissants, etc.

Nos professeurs parvenaient parfois au prix d’une grande énergie à éveiller notre curiosité, ou ils finissaient par donner la becquée à une classe de trente cinq élèves qui rapportaient niaisement des dates, des noms et des faits sur leur cahier. La rétrospective de l'Histoire de France de Catherine Dufour n'est pas non plus scindée par les grandes vacances scolaires qui brisaient la trame historique sur laquelle nous étions déjà voués à coller des bribes de passé mal apprises. J'ai eu la chance avec mes camarades de collège d'avoir une professeur de latin et français, et un professeur d'histoire (Madame Christine Canivenq et Monsieur Robert Villa) qui croisaient avec beaucoup d'inventivité et d'originalité leurs enseignements pour nous faire découvrir notre département - l'Aude - au travers des vestiges et des trésors qu'il recèle : la cité médiévale de Carcassonne, la Via Dominitia et la Via Aquitania sont des lieux privilégiés pour se plonger dans l'époque médiévale, et romaine.

Ce livre est une agréable surprise renouant avec nos souvenirs d'école, et cette Histoire que j'avais laissé un peu de côté. On réapprend, on raccommode. Catherine Dufour parsème ses récits de réflexions personnelles éclairant d'une manière inattendue les zones d'ombre de notre Histoire de France. Par ailleurs, elle porte un regard qui se veut plus féministe, et elle recourt à un humour noir réjouissant pour nous faire part de ses observations. Elle nous sollicite en nous prenant à partie, nous tenant ainsi vif, éveillé et agile tout au long de ce voyage couvrant 2000 ans d'Histoire.

lundi 23 juillet 2012

Holy Motors, de Leos Carax (2012)

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Les deux derniers films que je suis allé voir au cinéma ont pour particularité de se dérouler dans une limousine.! C'était dans Cosmopolis de Cronenberg (voir le billet de Renaud), et Holy Motors de Leos Carax.

Quid de ces deux virées en longues limousines blanches..?

Bien... les deux films risquent de vous agacer à des niveaux différents, l'un par ses propos techno-capitalo-cyniques, et l'autre par un sens de l'absurde mal maitrisé qui frôle parfois le foutage de gueule. Les deux m'auront donc rendu perplexe.

Si les propos abscons de Cosmopolis ne m'ont pas empêché de trouver drôle et passionnante la descente incongrue d'un golden boy chez son coiffeur, c'est une toute autre histoire concernant Holy Motors qui réussit avec une idée originale à procurer à la fois un profond sentiment d'ennui, et d'exaspération.

Le pitch ! Dans la limousine, il y a Monsieur Oscar escorté par une grande dame énigmatique qui le transporte d'un « rendez-vous » à un autre dans Paris. Oscar sort de la limousine tour à tour grand patron, mendiant, meurtrier, créature monstrueuse... Toujours en train de jouer un rôle déjà écrit dans un “faux lieu” pour réaliser une "fausse action". Si l'idée paraît excellente - du cinéma où les caméras disparaitraient par le seul fait que la technologie les rendraient invisibles - le développement de l'idée se révèle lui terriblement décevant à l'image des trop rares dialogues, réflexions et instants de vérité du héros. Les multiples représentations du héros semblent le maintenir dans une illusion ininterrompue sans nul espoir de retrouver repos et réalité. Une seule petite fois, le film nous surprend dans cette confusion entre illusion et réalité quand je crois me trouver devant le vrai Oscar qui va chercher sa fille à une fête. Et encore, c'est que je ne suis pas de nature très perspicace.

Je peux envisager ce film comme une réflexion sur l’idée que la vie est un théâtre, vie dans laquelle nous jouons tous la comédie sans pouvoir jamais être sincère ce qui expliquerait sans nul doute la platitude volontaire de certains dialogues. Je comprends aussi que la scène d'ouverture du film nous place déjà dans une mise en abyme avec ce plan vu de face d'un public de cinéma plongé dans l'obscurité. Mais tout ça apparaît lourdingue, approximatif, et superflu. On ne se sent pas en apathie avec ce héros conditionné à vivre une vie de représentations, et non plus une vie ordinaire vécue. Certaines scènes sont tout simplement déplorables, tombant inutilement dans la bizarrerie. Buvez quelques verres, fumez avant, et allez y seuls, à la limite le film se révèlera peut-être une expérience surprenante. Sobre, c'est juste chiant.

lundi 04 juin 2012

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan (2011)

« Vous êtes invités à monter à bord d'une voiture bondée, qui roule à travers un paysage désolé, par une nuit noire. Vous serez coincés entre un policier atrabilaire, un homme menotté et un jeune médecin qui se demande ce qu'il fait là. Vous allez cheminer dans une obscurité croissante, à la recherche d'un endroit vaguement défini (une fontaine, un arbre...) où l'homme menotté a peut-être enterré sa victime. La divagation dans la nuit d'Anatolie est éprouvante, d'autant qu'elle reste longtemps infructueuse. Cette épreuve a été conçue pour vous, spectateurs d'Il était une fois en Anatolie. » (1)

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L’intrigue policière fonctionne à son plein dans la première heure du film. La pénombre troublée par le seul feu des voitures creuse les traits de ces visages emprunts de lassitude, et nous inspire un profond sentiment d’inquiétude. Le film pêche par longueur bien que la recherche du cadavre prenne une tournure étrange et mystérieuse. La nuit orageuse, les champs chahutés par le vent, les éclairs à l’horizon donnent sa propre atmosphère à l’histoire. Pressé par un policier de moins en moins patient, le meurtrier qui a avoué son crime semble confus, désorienté, et se sentira incapable de reconnaître le lieu où il a enterré sa victime sous le poids de la fatigue.

Peut-être n’arriverez-vous pas jusqu’à la fin du film partagé entre lassitude, langueur et solitude. N’en reste pas moins que ce film imprime des plans d'une beauté saisissante avec ses sublimes images nocturnes du fin fond de la Turquie rurale. Il faut voir cette scène où, dans un clair-obscur propice à la rêverie, les hommes somnolant sont cueillis par le regard d’une jeune fille qui vient leur servir le thé. Elle se tient derrière la lampe à pétrole qu'elle porte avec elle. Un ange passe. Et, le silence dit long sur la tristesse, le ressentiment et la fragilité de ces hommes sur chacun desquels plane le souvenir d'une femme.

C'est une histoire fleuve qui se termine auprès du médecin légiste pratiquant l'autopsie du cadavre. Aucun flash-back ne reviendra sur les faits, le spectateur sera à même de deviner l'enchaînement de cet homicide à placer dans les sombres pages des faits-divers.

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(1) Ce synopsis vient d’une chronique de Thomas Sotinel parue dans le journal le Monde. Un très bel article sur le film dont je vous invite à lire la suite ici.

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