lundi 27 août 2012

Wait a minute now wait a minute now wait a minute now wait a minute now wait a minute now...

(merci Adrian)

mardi 21 août 2012

La Part des Anges, de Ken Loach (2012)

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La part des anges, c'est la partie du volume d'un alcool qui s'évapore pendant son vieillissement en fût. Ken Loach nous distille son histoire, goutte à goute, de petites larmes de haine jusqu'aux plus belles perles de joie. C'est un moment savoureux comme peut-être la chaleur d'un verre de whisky qui coule doucement dans la gorge, et vous laisse le fond des yeux luisants. C'est la part réaliste de l'histoire qui m'a happé d’emblée avec la rencontre de ces jeunes délinquants qui évitent la prison de justesse, puis c'est ensuite la part de rêve drôle, amorale, et optimiste qui a pris le relais pour une vraie bouffée d'oxygène.

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Vous pouvez écouter ici I'm Gonna Be (500 Miles) de The Proclaimers qui apparaît dans la BO du film. Trop bon.

dimanche 05 août 2012

L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, par Catherine Dufour (2012)

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Ni historienne, ni enseignante, Catherine Dufour est écrivain, et elle s'est plongée avec une évidente passion et érudition dans l'écriture de ce super livre sur l'Histoire de France dans lequel se dessine ses talents de conteuse.

Ma dernière lecture de la dame remonte à son recueil de nouvelles intitulé L'Accroissement Mathématique du Plaisir, recueil sautant d'un genre à un autre (un chouïa de fantasy, beaucoup de fantastique, et une bonne dose de science-fiction). Je retrouvais sur la forme courte la créativité, l'humour et la prose qui m'avait si plu dans ses romans. Je pense en l’occurrence à ses deux romans intitulés le Goût de l'Immortalité et Outrage et Rébellion qui se déroulent tous les deux dans les bas-fonds de villes futuristes confrontées aux problèmes d'un monde où l'expansion démographique n'a fait de cesse qu'accroitre : pollution, trafics humains, épidémies, misère et pauvreté, pratiques religieuses douteuses, vengeances ethniques et rancœurs raciales, terrorisme politique et terrorisme économique...

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Dans ses investigations du Passé avec cette rétrospective de l'Histoire de France comme dans ses projections dans le Futur avec ses romans SF, elle nous plonge dans les destinées de ses personnages qui brillent par leur noirceur. Et dans la veine, l'Histoire de France en tient une bonne couche entre ses « chevaliers sanguinaires », ses « moines déments », ses « reines étranglées », ses « jeunes despotes », ses « ministres sournois », ses machos hypersexués, ses maniaques impuissants, etc.

Nos professeurs parvenaient parfois au prix d’une grande énergie à éveiller notre curiosité, ou ils finissaient par donner la becquée à une classe de trente cinq élèves qui rapportaient niaisement des dates, des noms et des faits sur leur cahier. La rétrospective de l'Histoire de France de Catherine Dufour n'est pas non plus scindée par les grandes vacances scolaires qui brisaient la trame historique sur laquelle nous étions déjà voués à coller des bribes de passé mal apprises. J'ai eu la chance avec mes camarades de collège d'avoir une professeur de latin et français, et un professeur d'histoire (Madame Christine Canivenq et Monsieur Robert Villa) qui croisaient avec beaucoup d'inventivité et d'originalité leurs enseignements pour nous faire découvrir notre département - l'Aude - au travers des vestiges et des trésors qu'il recèle : la cité médiévale de Carcassonne, la Via Dominitia et la Via Aquitania sont des lieux privilégiés pour se plonger dans l'époque médiévale, et romaine.

Ce livre est une agréable surprise renouant avec nos souvenirs d'école, et cette Histoire que j'avais laissé un peu de côté. On réapprend, on raccommode. Catherine Dufour parsème ses récits de réflexions personnelles éclairant d'une manière inattendue les zones d'ombre de notre Histoire de France. Par ailleurs, elle porte un regard qui se veut plus féministe, et elle recourt à un humour noir réjouissant pour nous faire part de ses observations. Elle nous sollicite en nous prenant à partie, nous tenant ainsi vif, éveillé et agile tout au long de ce voyage couvrant 2000 ans d'Histoire.

lundi 23 juillet 2012

Holy Motors, de Leos Carax (2012)

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Les deux derniers films que je suis allé voir au cinéma ont pour particularité de se dérouler dans une limousine.! C'était dans Cosmopolis de Cronenberg (voir le billet de Renaud), et Holy Motors de Leos Carax.

Quid de ces deux virées en longues limousines blanches..?

Bien... les deux films risquent de vous agacer à des niveaux différents, l'un par ses propos techno-capitalo-cyniques, et l'autre par un sens de l'absurde mal maitrisé qui frôle parfois le foutage de gueule. Les deux m'auront donc rendu perplexe.

Si les propos abscons de Cosmopolis ne m'ont pas empêché de trouver drôle et passionnante la descente incongrue d'un golden boy chez son coiffeur, c'est une toute autre histoire concernant Holy Motors qui réussit avec une idée originale à procurer à la fois un profond sentiment d'ennui, et d'exaspération.

Le pitch ! Dans la limousine, il y a Monsieur Oscar escorté par une grande dame énigmatique qui le transporte d'un « rendez-vous » à un autre dans Paris. Oscar sort de la limousine tour à tour grand patron, mendiant, meurtrier, créature monstrueuse... Toujours en train de jouer un rôle déjà écrit dans un “faux lieu” pour réaliser une "fausse action". Si l'idée paraît excellente - du cinéma où les caméras disparaitraient par le seul fait que la technologie les rendraient invisibles - le développement de l'idée se révèle lui terriblement décevant à l'image des trop rares dialogues, réflexions et instants de vérité du héros. Les multiples représentations du héros semblent le maintenir dans une illusion ininterrompue sans nul espoir de retrouver repos et réalité. Une seule petite fois, le film nous surprend dans cette confusion entre illusion et réalité quand je crois me trouver devant le vrai Oscar qui va chercher sa fille à une fête. Et encore, c'est que je ne suis pas de nature très perspicace.

Je peux envisager ce film comme une réflexion sur l’idée que la vie est un théâtre, vie dans laquelle nous jouons tous la comédie sans pouvoir jamais être sincère ce qui expliquerait sans nul doute la platitude volontaire de certains dialogues. Je comprends aussi que la scène d'ouverture du film nous place déjà dans une mise en abyme avec ce plan vu de face d'un public de cinéma plongé dans l'obscurité. Mais tout ça apparaît lourdingue, approximatif, et superflu. On ne se sent pas en apathie avec ce héros conditionné à vivre une vie de représentations, et non plus une vie ordinaire vécue. Certaines scènes sont tout simplement déplorables, tombant inutilement dans la bizarrerie. Buvez quelques verres, fumez avant, et allez y seuls, à la limite le film se révèlera peut-être une expérience surprenante. Sobre, c'est juste chiant.

lundi 04 juin 2012

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan (2011)

« Vous êtes invités à monter à bord d'une voiture bondée, qui roule à travers un paysage désolé, par une nuit noire. Vous serez coincés entre un policier atrabilaire, un homme menotté et un jeune médecin qui se demande ce qu'il fait là. Vous allez cheminer dans une obscurité croissante, à la recherche d'un endroit vaguement défini (une fontaine, un arbre...) où l'homme menotté a peut-être enterré sa victime. La divagation dans la nuit d'Anatolie est éprouvante, d'autant qu'elle reste longtemps infructueuse. Cette épreuve a été conçue pour vous, spectateurs d'Il était une fois en Anatolie. » (1)

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L’intrigue policière fonctionne à son plein dans la première heure du film. La pénombre troublée par le seul feu des voitures creuse les traits de ces visages emprunts de lassitude, et nous inspire un profond sentiment d’inquiétude. Le film pêche par longueur bien que la recherche du cadavre prenne une tournure étrange et mystérieuse. La nuit orageuse, les champs chahutés par le vent, les éclairs à l’horizon donnent sa propre atmosphère à l’histoire. Pressé par un policier de moins en moins patient, le meurtrier qui a avoué son crime semble confus, désorienté, et se sentira incapable de reconnaître le lieu où il a enterré sa victime sous le poids de la fatigue.

Peut-être n’arriverez-vous pas jusqu’à la fin du film partagé entre lassitude, langueur et solitude. N’en reste pas moins que ce film imprime des plans d'une beauté saisissante avec ses sublimes images nocturnes du fin fond de la Turquie rurale. Il faut voir cette scène où, dans un clair-obscur propice à la rêverie, les hommes somnolant sont cueillis par le regard d’une jeune fille qui vient leur servir le thé. Elle se tient derrière la lampe à pétrole qu'elle porte avec elle. Un ange passe. Et, le silence dit long sur la tristesse, le ressentiment et la fragilité de ces hommes sur chacun desquels plane le souvenir d'une femme.

C'est une histoire fleuve qui se termine auprès du médecin légiste pratiquant l'autopsie du cadavre. Aucun flash-back ne reviendra sur les faits, le spectateur sera à même de deviner l'enchaînement de cet homicide à placer dans les sombres pages des faits-divers.

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(1) Ce synopsis vient d’une chronique de Thomas Sotinel parue dans le journal le Monde. Un très bel article sur le film dont je vous invite à lire la suite ici.

dimanche 03 juin 2012

Dont stop me now, par David Armand

En 2011, dans l'émission Fast and Loose diffusée sur BBC Two, une troupe de comédiens participait à plusieurs jeux avec ce qu'il faut de difficultés pour des habitués de la planche et de l'impro. Le jeu intitulé Interpretive dance qui met en scène David Armand reste le plus réjouissant à voir de l'émission. David Armand doit mimer une chanson populaire, tandis que les deux autres participants qui portent des casques anti-bruit essaient de deviner la chanson interprétée. Même si on ne comprend pas toutes les paroles (in english of course), les expressions et les trouvailles de l'acteur sont délicieusement drôles.

Have a good time.

D'autres performances de David Armand sont disponibles sur le site de l'émission ou sur YouTube. On y retrouve les autres jeux de l'émission comme :

  • Forward/Rewind : les acteurs ont un scénario à jouer, et le présentateur peut demander comme il lui plaît une avance rapide ou un retour en arrière, et en conséquence les comédiens doivent s'accorder au tempo.
  • Double Speak Game : les joueurs sont en duo. Chaque paire doit répondre en improvisant et à l'unisson aux questions du présentateur sur un sujet cocasse.
  • Sideways Scene : les joueurs doivent jouer une scène en étant couché sur le sol. La caméra est positionnée au plafond, ce qui donne aux téléspectateurs l'impression que les joueurs sont debout.

jeudi 31 mai 2012

Unica, de Elise Fontenaille (2007)

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Ce roman à la fois polar et roman d'anticipation suit deux personnages aux relations ambigües, d'un côté Unica une petite fille aux cheveux blancs qui semble ne vieillir jamais, leader d'une bande de cinq enfants qui s'enferment dans une cabale sanglante contre les cyberpédophiles, et de l'autre Herb, un cyberflic qui traque les détraqués sexuels en infiltrant les sites et réseaux pédophiles avant de les cueillir revolver au poing dans leur baraque pour les livrer à la justice. Épuisé par sa vie déstructurée, brûlé par son travail, la seule consolation de Herb est un enregistreur de rêve dont il se repasse les films oniriques. Il les montre parfois à Salinger, la psychiatre de la brigade « CYBER ».

Le passé de ces deux personnages cache des mystères qui ne cessent d'intriguer. Le roman ciselé en courts chapitres s'articule autour du récit de Herb, tour à tour intimiste, sensible, et dérangeant. Elise Fontenaille a écrit en 160 pages un polar psychologique avec une intrigue redoutable sur un sujet difficile qu'elle enfonce sans dérobade. Le premier chapitre en accroche, on ne démord plus de ce qui ressemble bel et bien à un chef d’œuvre !

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