lundi 23 juillet 2012

Holy Motors, de Leos Carax (2012)

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Les deux derniers films que je suis allé voir au cinéma ont pour particularité de se dérouler dans une limousine.! C'était dans Cosmopolis de Cronenberg (voir le billet de Renaud), et Holy Motors de Leos Carax.

Quid de ces deux virées en longues limousines blanches..?

Bien... les deux films risquent de vous agacer à des niveaux différents, l'un par ses propos techno-capitalo-cyniques, et l'autre par un sens de l'absurde mal maitrisé qui frôle parfois le foutage de gueule. Les deux m'auront donc rendu perplexe.

Si les propos abscons de Cosmopolis ne m'ont pas empêché de trouver drôle et passionnante la descente incongrue d'un golden boy chez son coiffeur, c'est une toute autre histoire concernant Holy Motors qui réussit avec une idée originale à procurer à la fois un profond sentiment d'ennui, et d'exaspération.

Le pitch ! Dans la limousine, il y a Monsieur Oscar escorté par une grande dame énigmatique qui le transporte d'un « rendez-vous » à un autre dans Paris. Oscar sort de la limousine tour à tour grand patron, mendiant, meurtrier, créature monstrueuse... Toujours en train de jouer un rôle déjà écrit dans un “faux lieu” pour réaliser une "fausse action". Si l'idée paraît excellente - du cinéma où les caméras disparaitraient par le seul fait que la technologie les rendraient invisibles - le développement de l'idée se révèle lui terriblement décevant à l'image des trop rares dialogues, réflexions et instants de vérité du héros. Les multiples représentations du héros semblent le maintenir dans une illusion ininterrompue sans nul espoir de retrouver repos et réalité. Une seule petite fois, le film nous surprend dans cette confusion entre illusion et réalité quand je crois me trouver devant le vrai Oscar qui va chercher sa fille à une fête. Et encore, c'est que je ne suis pas de nature très perspicace.

Je peux envisager ce film comme une réflexion sur l’idée que la vie est un théâtre, vie dans laquelle nous jouons tous la comédie sans pouvoir jamais être sincère ce qui expliquerait sans nul doute la platitude volontaire de certains dialogues. Je comprends aussi que la scène d'ouverture du film nous place déjà dans une mise en abyme avec ce plan vu de face d'un public de cinéma plongé dans l'obscurité. Mais tout ça apparaît lourdingue, approximatif, et superflu. On ne se sent pas en apathie avec ce héros conditionné à vivre une vie de représentations, et non plus une vie ordinaire vécue. Certaines scènes sont tout simplement déplorables, tombant inutilement dans la bizarrerie. Buvez quelques verres, fumez avant, et allez y seuls, à la limite le film se révèlera peut-être une expérience surprenante. Sobre, c'est juste chiant.

lundi 04 juin 2012

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan (2011)

« Vous êtes invités à monter à bord d'une voiture bondée, qui roule à travers un paysage désolé, par une nuit noire. Vous serez coincés entre un policier atrabilaire, un homme menotté et un jeune médecin qui se demande ce qu'il fait là. Vous allez cheminer dans une obscurité croissante, à la recherche d'un endroit vaguement défini (une fontaine, un arbre...) où l'homme menotté a peut-être enterré sa victime. La divagation dans la nuit d'Anatolie est éprouvante, d'autant qu'elle reste longtemps infructueuse. Cette épreuve a été conçue pour vous, spectateurs d'Il était une fois en Anatolie. » (1)

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L’intrigue policière fonctionne à son plein dans la première heure du film. La pénombre troublée par le seul feu des voitures creuse les traits de ces visages emprunts de lassitude, et nous inspire un profond sentiment d’inquiétude. Le film pêche par longueur bien que la recherche du cadavre prenne une tournure étrange et mystérieuse. La nuit orageuse, les champs chahutés par le vent, les éclairs à l’horizon donnent sa propre atmosphère à l’histoire. Pressé par un policier de moins en moins patient, le meurtrier qui a avoué son crime semble confus, désorienté, et se sentira incapable de reconnaître le lieu où il a enterré sa victime sous le poids de la fatigue.

Peut-être n’arriverez-vous pas jusqu’à la fin du film partagé entre lassitude, langueur et solitude. N’en reste pas moins que ce film imprime des plans d'une beauté saisissante avec ses sublimes images nocturnes du fin fond de la Turquie rurale. Il faut voir cette scène où, dans un clair-obscur propice à la rêverie, les hommes somnolant sont cueillis par le regard d’une jeune fille qui vient leur servir le thé. Elle se tient derrière la lampe à pétrole qu'elle porte avec elle. Un ange passe. Et, le silence dit long sur la tristesse, le ressentiment et la fragilité de ces hommes sur chacun desquels plane le souvenir d'une femme.

C'est une histoire fleuve qui se termine auprès du médecin légiste pratiquant l'autopsie du cadavre. Aucun flash-back ne reviendra sur les faits, le spectateur sera à même de deviner l'enchaînement de cet homicide à placer dans les sombres pages des faits-divers.

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(1) Ce synopsis vient d’une chronique de Thomas Sotinel parue dans le journal le Monde. Un très bel article sur le film dont je vous invite à lire la suite ici.

dimanche 03 juin 2012

Dont stop me now, par David Armand

En 2011, dans l'émission Fast and Loose diffusée sur BBC Two, une troupe de comédiens participait à plusieurs jeux avec ce qu'il faut de difficultés pour des habitués de la planche et de l'impro. Le jeu intitulé Interpretive dance qui met en scène David Armand reste le plus réjouissant à voir de l'émission. David Armand doit mimer une chanson populaire, tandis que les deux autres participants qui portent des casques anti-bruit essaient de deviner la chanson interprétée. Même si on ne comprend pas toutes les paroles (in english of course), les expressions et les trouvailles de l'acteur sont délicieusement drôles.

Have a good time.

D'autres performances de David Armand sont disponibles sur le site de l'émission ou sur YouTube. On y retrouve les autres jeux de l'émission comme :

  • Forward/Rewind : les acteurs ont un scénario à jouer, et le présentateur peut demander comme il lui plaît une avance rapide ou un retour en arrière, et en conséquence les comédiens doivent s'accorder au tempo.
  • Double Speak Game : les joueurs sont en duo. Chaque paire doit répondre en improvisant et à l'unisson aux questions du présentateur sur un sujet cocasse.
  • Sideways Scene : les joueurs doivent jouer une scène en étant couché sur le sol. La caméra est positionnée au plafond, ce qui donne aux téléspectateurs l'impression que les joueurs sont debout.

jeudi 31 mai 2012

Unica, de Elise Fontenaille (2007)

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Ce roman à la fois polar et roman d'anticipation suit deux personnages aux relations ambigües, d'un côté Unica une petite fille aux cheveux blancs qui semble ne vieillir jamais, leader d'une bande de cinq enfants qui s'enferment dans une cabale sanglante contre les cyberpédophiles, et de l'autre Herb, un cyberflic qui traque les détraqués sexuels en infiltrant les sites et réseaux pédophiles avant de les cueillir revolver au poing dans leur baraque pour les livrer à la justice. Épuisé par sa vie déstructurée, brûlé par son travail, la seule consolation de Herb est un enregistreur de rêve dont il se repasse les films oniriques. Il les montre parfois à Salinger, la psychiatre de la brigade « CYBER ».

Le passé de ces deux personnages cache des mystères qui ne cessent d'intriguer. Le roman ciselé en courts chapitres s'articule autour du récit de Herb, tour à tour intimiste, sensible, et dérangeant. Elise Fontenaille a écrit en 160 pages un polar psychologique avec une intrigue redoutable sur un sujet difficile qu'elle enfonce sans dérobade. Le premier chapitre en accroche, on ne démord plus de ce qui ressemble bel et bien à un chef d’œuvre !

dimanche 29 avril 2012

Metallica et l'orchestre symphonique de San Fransisco (1999)

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S&M est un double album live qui réunit une collection des plus grands titres de Metallica (Master of Puppets, Fuel, The Memory Remains...) sur lesquels est venu s'unir l'orchestre symphonique de San Francisco dirigé par Michael Kamen. L'idée originale vient du bassiste de Metallica, Cliff Burton, qui a une grande passion pour les compositeurs classiques. C'est ainsi que le temps de deux dates en 1999 dans le théâtre de Berkeley, ils ont joué un mélange de métal et de symphonie à nous en hérisser l'épiderme !

Ces interprétations éclatantes éclipsent à mon humble avis les versions originales. Là, je me mets à dos les vieux croutons ;-) fiers d'avoir découvert ces bêtes de scène durant leurs très longues tournées de 1989 à 1993 quand le groupe parcourait le monde pour jouer les titres du célèbre Black Album, ainsi que les djeun's métaleux chevelus qui arborent les t-shirts à l'effigie de leurs idoles en dodelinant de la tête.

L'interlude sur une des plus célèbres compositions d'Ennio Morricone, The Ecstasy of Gold démarre le concert magistralement. Puis, Metallica rejoue leurs morceaux les plus connus avec une précision grisante. Pas de temps mort, chaque titre semble suivre la continuité du précédent, au moins dans la première partie, l'intensité monte crescendo à vous en donner des frissons. Ces émotions courent la foule qu'on ressent fébrile, frémissante et stupéfaite à l'écoute des arrangements inattendus entre l'orchestre et le groupe. C'est une parfaite symbiose musicale qui opère, un réenchantement de leurs morceaux les plus athlétiques. Parmi mes morceaux préférés, je retiendrai la musique de The Call Of Ktulu qui dure quasiment 10 minutes, le titre fait référence à la tentaculaire créature des nouvelles fantastiques de Lovecraft, écrivain majeur pour ses récits d'horreurs et de SF dont je parlerai certainement à une autre occasion sur le blog.

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mardi 17 avril 2012

I wish, de Hirokazu Kore-Eda (2012)

Je change de ville, et je retrouve maintenant le chemin des petites salles obscures qui ne payent pas de mine, et projettent parfois de petites merveilles, ce qui représente une grande consolation quand dehors il caille et il flotte. Je vais donc vous parler d'un film réalisé par Hirokazu Kore-Eda sur une enfantine aventure ferroviaire.

Affiche de I wish

Le titre original du film en japonais Kiseki signifie « le miracle »... un miracle qui pourrait, dit-on, se produire au point de croisement des trains de la nouvelle ligne qui relie les domiciles respectifs de ces deux frères. Séparés après le divorce de leurs parents, ils organisent secrètement ce voyage avec la connivence de quelques amis.

SakurajimaL'histoire commence tout près du volcan Sakurajima qui recouvre les villes avoisinantes de ses cendres, en faisant de ce lieu un horizon tout à fait extraordinaire. C'est ici que Koishi, l'aîné, est parti vivre avec sa mère chez ses grands-parents. Quant à son petit frère Ryunosuke au sourire malicieux, il est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île de Kyushu.

Quand Koishi et ses deux meilleurs amis ne sont pas à la bibliothèque de leur école pour dévorer des yeux les jambes de la bibliothécaire, ils se réunissent pour discuter, et s'amuser à ces préparatifs du jour J où ils feront école buissonnière.

Je gage que l'affiche et le résumé devraient suffire à vous pousser à aller voir cette tendre histoire. Ou plutôt à aller la vivre, car s'il y a bien une impression qui se dégage de ce film, c'est sa respiration lente et relaxante qui convient naturellement au rythme de vie de ces deux frères, et c'est aussi l'énergie spontanée que les enfants délivrent avec un plaisir manifeste.

Cette escapade des enfants le long de la nouvelle ligne de TGV est joyeusement rendue à l'écran avec beaucoup de simplicité et de plaisir. Ces deux frères m'auront épaté.

Les 7

Nb : Je n'ai pas vu les autres films de ce réalisateur japonais qui a été récompensé par de nombreux prix internationaux dès ses premiers longs-métrages, Maborosi (1995), After Life (1999), ou plus récemment Nobody Knows (2004), et Still Walking (2008) qui ont été très bien reçus tant au Japon qu'à l'étranger.

dimanche 15 avril 2012

Somebody That I Used to Know, une reprise par Walk off the Earth

Difficile de ne pas avoir déjà entendu cette chanson du duo australien Gotye et Kimbra, ou de ne pas avoir été arrêté par le clip musical où ils interprètent nus leurs remontrances amoureuses pendant une séance de peinture corporelle. Mieux ! Les cinq artistes du groupe canadien indépendant Walk off the Earth se partagent une seule et même guitare le temps d'une reprise captivante à regarder comme à écouter. That's a bingo.


vendredi 02 mars 2012

Nager sans se mouiller, de Carlos Salem (2010)

A l'endroit, une blonde aguicheuse.
A l'envers, une quatrième de couv' croustillante .
A l'intérieur, c'est un roman noir délirant, et burlesque qui va vous chauffer les joues.

Nager sans se mouiller, de Carlos Salem

Comme le héros d'Un petit boulot de Iain Levison (chroniqué ici), Carlos Salem réussit à nous rendre sympathique un tueur à gages dont la droiture et le sens particulier de la probité vous feraient jalouser.

Le centre de toutes les attentions s'appelle Juanito Pérez Pérez, alias Numéro Trois. Dans la vie, ce quadragénaire effacé et divorcé travaille pour une multinationale qui vend des produits médicaux. Mais, en réalité, il s'est forgé une autre identité, il est un des plus redoutables tueurs à gages d'une « Entreprise » qui l'embauche pour supprimer des hommes d'affaires gênants.

Alors qu'il part prendre ses premières vacances seul avec ses enfants, le Numéro Deux de l'Entreprise lui colle un contrat de dernière minute. Elle lui a réservé un emplacement avec ses enfants dans un camps de naturistes où il pourra assurer parallèlement la surveillance d'une future victime qui y séjourne.

Commence alors une fantaisie amoureuse de vacances des plus excitantes, un imbroglio de rencontres et de coïncidences intrigantes lorsque son meilleur ami d'enfance borgne et unijambiste, son ex-femme dans les bras de son nouvel amant, un flic qui a plusieurs fois croisé sa route, et un écrivain avec le patronyme de Andréa Camilleri se retrouvent par le plus mystérieux des hasards tous nus dans le même camps de naturiste.

C'est la naissance d'une conscience dont Juanito ignorait l'existence, il lui faudra assumer ses différentes identités, se demander qui il est. Les doutes l'assaillent, et il ne sait plus où la menace se cache, craignant que ces coïncidences soient une manigance pour l'atteindre lui. Les rebondissements en valent le cul et la chandelle..!