Il y a quelques années, je découvrais Divine Carcasse, un film bizarroïde de 1998 réalisé par une cinéaste belge qui observait le destin hypnotisant, surréaliste, mi-fictionnel mi-documentaire, d'une vieille Peugeot fraîchement débarquée dans un port du Bénin. Ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise que la filiation avec les travaux de Jean Rouch va bien au-delà de la simple supputation esquissée à l'époque, puisque lorsqu'on découvre Cocorico Monsieur Poulet la relation devient on ne peut plus évidente.
Ce film réalisé par Jean Rouch dans les années 1970, en collaboration avec les deux acteurs principaux Damouré Zika et Lam Ibrahim Dia dans des rôles à la frontière entre réalité et fiction, nous embarque dans ce qui s'apparente à un bon gros délire, de l'ethnographie comique en quelque sorte. L'histoire de leurs péripéties s'est vraisemblablement écrite un peu au jour le jour, et il flotte sur l'intrigue une ambiance de petite folie pas toujours maîtrisée : un habitant de la région de Niamey se lance dans le commerce de poulet et embarque deux énergumènes avec lui dans un long voyage chaotique à travers la savane nigériane, dans le but d'aller chercher lesdits poulets à bord d'une 2 CV légendaire par l'ampleur de ses cahots.
Cocorico Monsieur Poulet raconte ce périple chaotique semé d'embûches, rempli d'imprévus aussi nombreux que diversifiés, peuplé de diablesses à la recherche d'éléphants (puis d'hippopotame) et de fleuve à traverser (trois fois, de trois manières différentes). De pannes, aussi. Le commerce de poulet ne se passera absolument pas comme prévu, et le regard se posera bien davantage sur la myriade d'événements insolites qui surviennent dans la brousse, formant ainsi une sorte d'imaginaire ludique et burlesque de la campagne du Niger. La rigueur de la mise en scène et la qualité de la prise de son (les sous-titres anglais sont bienvenus) ne figurent pas parmi les qualités prédominantes du film, mais c'est du côté de la sincérité foutraque jalonnée de maladresses perchées qu'il faut creuser, tant le road movie permet de parcourir une multitude de recoins, de coutumes, de singularités vivifiantes.








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