Même si pour l'instant le style et l'éloquence de Vsevolod Poudovkine ne me convainquent pas entièrement et avec autant de force ou de spontanéité que ses compatriotes soviétiques contemporains, je dois reconnaître une originalité claire dans le registre du cinéma muet de propagande soviétique. En positionnant ici le discours assez loin de la réalité historique (très différent de La Fin de Saint-Pétersbourg donc, en prise avec la révolution d'Octobre), loin historiquement et géographiquement, Tempête sur l'Asie prend de la distance mais conserve un certain systématisme dialectique en le transposant sur les terres mongoles au début des années 1920 (occupée par l'armée britannique dans cette fiction). Un récit aux confins d'un royaume, en quelque sorte, dans le Far East, centré sur la destinée d'un nomade interprété par Valery Inkijinoff.
Un cadre aussi ambitieux, de par la fresque qu'il embrasse, que minimaliste, dans les valeurs qu'il développe — le cadre étriqué, forcément, du film de propagande avec son lot de manichéismes divers. L'Européen perfide et corrupteur, et le rebelle fait prisonnier pour avoir rejoint la résistance, en l'occurrence sauvé in extremis de la mise à mort grâce à un artéfact qui aurait appartenu à Gengis Khan : ce qui fera de lui à la fois le grand héritier du peuple et le parfait objet instrumentalisé par les étrangers pour détourner le peuple du communisme. Pas de suspense évidemment, il parviendra à se défaire de ces liens aliénants et rejoindra la lutte pour l'émancipation dans une séquence finale qui n'a rien à envier au cinéma de Griffith — référence peut-être un peu tirée par les cheveux mais une chevauchée soviétique sur les terres mongoles en rappelle une autre dans The Birth of a Nation...
Le point le plus original du film se trouve majoritairement du côté des passages quasi documentaires sur la vie monastique au Tibet des années 1920, des images littéralement uniques puisque Poudovkine a obtenu l'accord du dalaï-lama pour tourner dans une lamaserie et récolter des images de cérémonies bouddhistes. Valery Inkijinoff incarne donc un personnage-réceptacle de la prise de conscience révolutionnaire, à la fois candide et révolté, balloté entre les différentes parties pour finir ardent défenseur de la cause nationale contre les injustices et l'impérialisme. Et, bien sûr, contre le pouvoir tsariste montré comme illégitime.

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