Le hasard fait que parmi les œuvres recensées dans ma liste des meilleurs films vus récemment, le premier et le dernier (en termes chronologiques) correspondent à des documentaires ayant pour thème la surdité — entre autres choses, les deux n'ayant pas grand-chose à voir en matière d'enjeux, de période, de sensibilité : d'un côté, Frederick Wiseman avec Deaf (1986) sondant les institutions spécialisées de l'Alabama, et de l'autre, Elle entend pas la moto de Dominique Fischbach (2025). Très beau titre au passage, évoquant une séquence particulière présentée sur l'affiche du film.
Ici on voyage en Haute-Savoie, à la rencontre d'une famille dont on apprendra à connaître presque tous les membres, les particularités, ainsi que l'objet de cette réunion en montagne avec beaucoup de délicatesse. Le personnage principal est Manon, la maman sourde, accompagnée de son fils de deux ans, et c'est autour d'elle que se structure le récit familial selon deux modes : une chronique de l'instant présent avec les parents et des amis évoquant le passif du groupe, et une évocation de l'enfance puis de l'adolescence au gré de flashbacks ponctuels, renvoyant 25 ans en arrière, amenés par des vidéos familiales et des images de la réalisatrice. Mais comparé à d'autres documentaires embrassant une très longue temporalité, je n'ai pas eu la sensation que cette dimension avait été particulièrement travaillée ici, en tous cas l'effet produit m'a paru largement en-deçà, comme si les images du passé ne servaient qu'à ponctuer de manière épisodique tel ou tel événement présent.
Bien sûr, à un premier niveau, à travers le handicap touchant plusieurs membres de la famille, Elle entend pas la moto aborde des enjeux éthiques propres à la prise en charge de la surdité. Mais là où le film se fait le plus émouvant, à mon sens, c'est dans le portrait de famille qui se dessine petit à petit, par touches successives et nuancées, laissant entrevoir une longue série de blessures égrainées au fil du temps. Les douleurs infligées ont trait à l'accès aux soins et à l'éducation, aux interactions au sein d'une fratrie, au rôle des parents dans la gestion du handicap, ainsi qu'au deuil — une thématique qui flotte sur l'ensemble du documentaire sans jamais vraiment se révéler, ou du moins avec une parcimonie particulièrement bien gérée. On aborde le poids de l'absence, les regrets vis-à-vis de l'accompagnement à l'époque (les parents, malgré leur douceur, ne sont pas épargnés, à l'image de ce refus du père, à l'époque, d'apprendre la langue des signes). Quelques passages souffrent à mes yeux d'un excès d'explicitation (ou en tous cas d'un effet un peu raté), notamment lorsque la bande-son essaie de recréer les sensations auditives de Manon lorsqu'elle retire son appareil, autant d'effets de mise en scène pas franchement réussis. Mais l'écriture du docu concernant le parcours de Maxime, le frère de Manon n'ayant pas bénéficié des mêmes conditions de prise en charge de son handicap et n'ayant pas le même tempérament, gomme absolument toutes ces imperfections.







Dernières interactions
Ah, très étrange oui celui-ci. J'avais moins accroché mais je ne me souviens…
26/07/2026, 13:25
Le mélodrame à la mode nippone me convient très bien ! Et je n'ai vu aucun des…
26/07/2026, 10:46
Salut Nicolas ! Ça fait plaisir de te lire, merci pour ce retour. Quelle…
24/07/2026, 16:51
Merci pour cette belle critique, Renaud ! Je note bien le nom de Yasuzō…
24/07/2026, 15:31
Non non, c'est en totale connaissance de cause haha, et ce en ayant résisté…
08/07/2026, 21:38
tu t'es fait enfler par tes influenceurs habituels (surtout si tu penses ne pas…
08/07/2026, 21:07