Qui aurait pu croire qu'un film sur l'organisation des coopératives laitières indiennes et les luttes qu'elles ont menées pour se développer dans les contrées reculées de l'Inde rurale puisse aboutir à une film aussi stimulant et divertissant... Et en ce milieu des années 1970, Manthan (qui signifie littéralement barattage, l'opération qui transforme la crème de lait en beurre) coche une autre case aussi improbable que réjouissante : en quelque sorte aux racines du crowdfunding, le film a pu voir le jour grâce aux contributions de 500 000 fermiers du Gujarat — la région d'Inde située le plus à l'ouest.
Les prémices sont relativement simples : un médecin vétérinaire, le docteur Rao, débarque en train dans un village isolé de tout avec pour objectif la mise en place d'une coopérative laitière, donc, afin d'améliorer les conditions de vie des fermiers, jusque-là maltraités. Ses intentions ont beau être nobles et entièrement fondées sur le bien-être des habitants, il se heurtera à différents obstacles plus ou moins conséquents et frontaux : les notables locaux, d'abord, qui voient forcément d'un très mauvais œil ce début de fédération des miséreux en route vers l'autonomie (et qui sait, un jour, peut-être l'indépendance et le libre arbitre !), mais aussi les villageois eux-mêmes, dans un premier temps très méfiants envers ce citadin débarqué chez eux en costume et leur donnant des conseils qui ressemblent de loin à des ordres.
Un schéma politique et social très intéressant, dans les bouleversements provoqués par cet inconnu (Girish Karnad dans le rôle principal) qui menace l'équilibre bien établi jusqu'alors et qui profitait confortablement aux intermédiaires usuriers, mais aussi dans le décor de société féodale qui enserre tout le village — le sort des dalits et le système de castes sont forcément beaucoup évoqués. Une composante dramatique et romantique portée par le personnage d'une femme pauvre, interprétée par Smita Patil, complexifie agréablement les enjeux, au même titre que le versant quasi-documentaire sur les éleveurs-producteurs de lait et le discours (certes un brin didactique) sur la nécessité pour les classes opprimées à se saisir de leurs combats.








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