lundi 16 avril 2018

Crainquebille, de Jacques Feyder (1922)

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Réalisme des rues et surréalisme du tribunal

Une plongée dans le début du XIXe siècle, en plein cœur de Paris, sur les places de marché et dans les ruelles avoisinantes, itinéraires des marchands ambulants. Le (Jérôme) Crainquebille du titre fait partie de ces gens-là, et son histoire est contée en trois actes dans le film de Jacques Feyder : la description de la vie parisienne, avec ses différentes déclinaisons (les femmes en calèche, le docteur qui sommeille, l'activité des marchands, l'animation dans les rues, etc.), puis une séquence partagée entre le tribunal et la prison suite à une accusation tragi-comique d'outrage à agent, et enfin le retour en ville d'un homme brisé, teinté de mélancolie, à sa sortie de prison.

Dans son portrait de la vie urbaine, avec ses rues bondées de gens, de fiacres, de marchandises et de marchands, Crainquebille fait preuve d'un réalisme cinématographique impressionnant. Ce n'est pas du niveau de A Trip Down Market Street Before the Fire - San Francisco 1906 (des images hypnotisantes, quelque temps avant le tremblement de terre et l'incendie qui suivit : voir la vidéo sur Youtube) en termes d'immersion, mais on y croit très facilement. Pour l'époque, 1922, le résultat est remarquable du point de vue purement technique, mais aussi dans l'interprétation de Maurice de Feraudy dans le rôle-titre. De son métier de marchand de rue à son altercation avec un policier et le quiproquo autour de "mort aux vaches", de son jugement au tribunal à son séjour en prison, de son retour à la ville a sa rencontre avec un gamin des rues, il incarne son personnage avec beaucoup de simplicité, de gouaille, de sincérité et de talent.

De cette adaptation d'Anatole France (une œuvre de 1903 qui a vraisemblablement inspiré d'autres films, comme Le Kid de Chaplin), c'est surtout le degré de réalisme qui frappe, sans pour autant négliger l'importance de la mise en scène. La composition est omniprésente, et le contraste avec le réalisme des rues parisiennes éclate au moment du procès, rendu de manière incroyablement subjective à l'écran, du point de vue de Crainquebille. À l'intérieur du palais de justice, le tribunal vire au cauchemar et les effets visuels explosent dans tous les sens pour montrer l'injustice de la justice ainsi rendue. Le policier qui devient géant lors de son témoignage incriminant, à l'opposé du minuscule médecin défendant l'accusé, pour montrer le crédit respectif accordé à chacun d'eux. La panique est partout, les jeux de lentilles déforment les images, la statue de Marianne s'anime, et des mouvements de caméra simulent un malaise de manière extrêmement avant-gardiste. Un peu plus tard, à la faveur d'un vrai cauchemar, le curseur sera encore poussé plus loin dans la folie avec les juges aux couleurs inversées (maquillés en noir et en robes blanches), sautant par-dessus leurs bureaux dans une séquence totalement surréaliste et filmée au ralenti.

Et le film de se terminer sur la sortie de prison de Crainquebille, moment éminemment éprouvant pour lui qui avait trouvé un grand confort enfermé, au chaud, avec de quoi manger, boire, et un lit pour dormir. Feyder se focalise sur son rejet généralisé, toute la population lui reprochant son séjour en prison, et le condamnant presque de facto à l'alcoolisme et à la misère. C'est un jeune enfant vivant dans la rue, "La Souris", qui le sauvera de cet état en lui manifestant le seul geste d'affection de cette dernière partie, à la faveur d'une magnifique séquence. Détail amusant, presque aussi drôle que les conséquences d'une application très littérale de la loi Evin au sujet d'une affiche pour une rétrospective consacrée à Jacques Tati (qui l'avait privé de sa pipe), les normes cinématographiques en matière de tabagisme juvénile n'étaient visiblement pas les mêmes qu'aujourd'hui.

N.B. : Le film est visible sur le site d'Arte jusqu'en mars 2019 : https://www.arte.tv/fr/videos/034722-000-A/crainquebille.

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vendredi 13 avril 2018

La Belle et la Bête, de Nils Malmros (1983)

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La confusion des sentiments Tout l'intérêt de La Belle et la Bête tourne autour de la relation extrêmement complexe entre un père et sa fille de 16 ans, aux prémices de l'éveil de sa sexualité. Force est de constater que le film du cinéaste danois Nils Malmros (inconnu au bataillon) est parvenu à  […]

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vendredi 06 avril 2018

Hypocrites, de Lois Weber (1915)

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La vérité nue, ou la vertu en surimpression Le montage parallèle qui sous-tend Hypocrites met en correspondance deux figures religieuses de deux époques très différentes : un pasteur contemporain du film, prêchant un sermon sur l'hypocrisie à une audience assez peu concernée, et un moine nommé  […]

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mardi 03 avril 2018

Convoi de femmes, de William A. Wellman (1951)

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La deuxième vague de la conquête de l'Ouest Westward the Women est un western qui pourrait être considéré comme l’œuvre duale de La Piste des géants (réalisé deux décennies plus tôt par Raoul Walsh), une sorte d’exploration de l’Ouest américain revisitée, dans une version que l'on serait tenté de  […]

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vendredi 30 mars 2018

Peau de pêche, de Jean Benoît-Lévy et Marie Epstein (1929)

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Des visages d'enfants En forçant un peu l'analogie, Peau de pêche se situe quelque part entre la chronique de l'enfance dans Visages d'enfants (1925, lire le billet), de Jacques Feyder, et la poésie champêtre impressionniste dans La Ligne générale (1929, lire le billet), de Sergueï Eisenstein. Il y  […]

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mardi 27 mars 2018

Out Of Season, de Beth Gibbons & Rustin Man (2002)

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Un peu de douceur, dans ce monde de brutes (et de Garage). Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead, s'est associée avec l'ancien bassiste du groupe Talk Talk, Paul Webb (sous le pseudonyme Rustin Man), le temps d'un album Folk : Out of Season. On savoure. Extrait de l'album : Tom The Model. Un  […]

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lundi 26 mars 2018

Where Are My Children?, de Lois Weber (1916)

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D'un siècle à l'autre, la relativité du jugement moral Il n'est évidemment pas sensé d'analyser un film vieux d'un siècle avec la grille de lecture morale, sociale et politique d'aujourd'hui. Son appréhension dans ces conditions, déjà, n'est pas la chose la plus aisée qui soit. On pourrait  […]

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jeudi 22 mars 2018

From The Fires, de Greta Van Fleet (2017)

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Le nouvel album de Led Zeppelin est sorti, sous le pseudonyme "Greta Van Fleet", avec un Robert Plant à la jeunesse renouvelée. ... (Si on m'avait présenté les choses de la sorte, vraiment, j'aurais pu y croire.) Les jeunes frères Kiszka derrière Greta Van Fleet ont réussi à reproduire,  […]

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mercredi 21 mars 2018

Les Quatre Fils de Katie Elder, de Henry Hathaway (1965)

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"We can be famous, like the Dalton Brothers! — They're famous... but they're just a little bit dead. They were hung!" La structure narrative correspond "presque" à celle de The man who shot Liberty Valance : c'est en se rendant à un enterrement de leur mère que trois (voire  […]

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mardi 20 mars 2018

Black Moon, de Roy William Neill (1934)

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Une autre licence du Pré-Code Un intéressant fragment du cinéma hollywoodien du Pré-Code (la période de 1930 à 1934 avant la création du Code Hays, un code de censure américain), dans lequel la licence ne porte pas sur les mœurs ou sur une certaine liberté de discours autour de la chose sexuelle :  […]

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