vendredi 17 août 2018

Les Aventures du prince Ahmed, de Lotte Reiniger (1926)

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Délices de papier

Que ce soit le premier ou le second (ou le troisième) film d'animation de l'histoire du cinéma, on est en droit de ne pas s'en soucier outre mesure. C'est sans doute à l'heure actuelle le plus vieux que l'on soit parvenu à conserver et à retrouver, certes, mais ce genre d'assertion ("le premier dessin animé de l'histoire du cinéma") me paraîtra toujours aussi temporaire, difficilement démontrable, et donc plutôt vaine. On peut déjà le formuler un peu différemment : c'est l'un des premiers longs métrages d'animation de silhouettes de l'histoire du cinéma. Pas besoin d'aller au-delà pour apprécier pleinement, d'une part, la minutie exquise avec laquelle ces bouts de papiers sont animés pour créer des personnages incroyablement vivants, des costumes hauts en couleur, et des décors foisonnants, et d'autre part, la capacité de cette œuvre à rayonner aujourd'hui, malgré son petit centenaire, et à émouvoir comme au premier jour.

Les influences d'un tel procédé sont forcément innombrables, tous supports confondus, et c'est sans hésitation le Princes et princesses de Michel Ocelot qui vient le plus directement à l'esprit. Le travail de Lotte Reiniger me semble quoi qu'il en soit beaucoup plus passionnant dans sa gestion des ombres et dans son décorum onirique, à défaut d'adopter une narration claire et concise. Ce mélange de contes féériques issus des Mille et une nuits a de quoi en égarer plus d'un sur son chemin, tant les histoires et les actes s'enchaînent avec une vitesse un peu trop importante pour profiter pleinement du spectacle. Un spectacle entièrement basé sur du découpage, faut-il le rappeler, qui dura trois ans. Le souci du détail explose dès les premières images, nourrissant un charme sidérant.

Il y a de quoi être impressionné par la profondeur graphique d'un tel dispositif se contentant de mettre en lumière (bleu, rouge ou orange, principalement) des ombres, toutes situées au même plan, sans effet de perspective pour étoffer le champ. L'enchantement est entièrement lié à l'image, et au final très peu à la narration (ou beaucoup moins, en tous cas). Les aventures du prince Ahmed recèle une part de mystère dont on peut se délecter, bien qu'elle soit renforcée de manière indirecte, par la complexité du scénario. Je me contenterai de garder en mémoire quelques séquences fabuleuses, incrustées sur ma rétine : le prince Ahmed qui s'envole sur le cheval du mage africain, le duel entre la sorcière et le mage dans un tourbillon de transformations et de boules de feu, et surtout la poésie somptueuse de la baignade de Pari-Banou alors que le prince est caché dans la végétation avoisinante.

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jeudi 16 août 2018

Au bord du monde, de Claus Drexel (2014)

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Au bord du monde, à la frontière du visible Au bord du monde adopte une hauteur de regard et une distance au sujet toutes deux parfaites pour exposer des échanges avec une poignée de sans-abris parisiens. Claus Drexel et son équipe ont passé beaucoup de temps (plus d'un an) dans cet environnement,  […]

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lundi 13 août 2018

Tetsuo, de Shinya Tsukamoto (1989)

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La nouvelle chair Rares sont les films aussi expérimentaux dans la forme qui parviennent à m'agripper du début à la fin, et laisser dans un état second, totalement abasourdi, dans le sillage de leur tumulte. La ligne de démarcation entre génie et esbroufe, dans ce registre particulier et selon mes  […]

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mercredi 08 août 2018

Close-Up, d'Abbas Kiarostami (1990)

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Quand la fiction s'engouffre dans la réalité La beauté de la dernière séquence, pourtant mutilée dans sa bande son à cause d'un micro ne fonctionnant qu'à moitié, est renversante. Un choc émotionnel d'une rare intensité, et difficile à anticiper. Close-Up est un film unique dans sa manipulation du  […]

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lundi 06 août 2018

Gueule d'amour, de Jean Grémillon (1937)

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Le fruit défendu Je n'avais jamais entendu parler de Jean Grémillon, et c'est sans doute un tort, à la lumière de Gueule d'amour. Il filme Jean Gabin, héros national de la décade en question, d'une manière très singulière, dans une tendresse et une sensibilité que je ne lui connaissais pas, et qui  […]

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vendredi 27 juillet 2018

America, de Claus Drexel (2018)

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La distance au sujet À mi-chemin entre la photographie sociale de Walker Evans, le sens du cadre d'un Raymond Depardon et le goût pour les bizarreries pas toujours avouables comme Ulrich Seidl, le documentaire de Claus Drexel est un projet plein de promesses qui ne s'avère pas aussi intéressant que  […]

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jeudi 26 juillet 2018

Bonjour, de Yasujirō Ozu (1959)

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Essai sur les formules de politesse et les concours de pets On croit connaître l'œuvre d'un cinéaste... jusqu'au film qui change plus ou moins radicalement la donne. J'aime beaucoup ce genre de leçon indirecte de modestie, qui invite à la mesure, à la précaution, au jugement pondéré. Je ne me base  […]

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mercredi 25 juillet 2018

L'Atalante, de Jean Vigo (1934)

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Le Rimbaud du cinéma ¹ Impossible de rapprocher ce film de Jean Vigo, son unique long-métrage, à d'autres qui furent produits dans la décennie des années 30, à ma connaissance. Il y a peut-être quelques traces du coté de Robert Flaherty (avec Tabou, sorti en 1931), dans un contexte exotique à  […]

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mardi 24 juillet 2018

Leçons de ténèbres, de Werner Herzog (1992)

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Instantanés de destruction et poésie funèbre du chaos J'étais prêt à enterrer le Herzog des années 90, sur la base très partielle d'œuvres assez peu passionnantes comme Jag Mandir (chronique d'une gigantesque fête indienne), et voilà que Leçons de ténèbres surgit presque par surprise, comme un  […]

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Fric-Frac, de Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara (1939)

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"J'eusse préféré que vous vinssiez seule. - Quoi ?" Chipotons un peu. Avec une profondeur psychologique un peu plus affirmée, un scénario un peu plus original, et un final un peu moins dans le rang (ainsi qu'une bande son d'un peu meilleure qualité, accessoirement, bien que ce soit  […]

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