mardi 11 décembre 2018

Un Mariage, de Robert Altman (1978)

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Misères et meurtrissures du mariage

Trois ans après Nashville et quinze ans avant Short Cuts (pour ses incursions les plus célèbres dans le registre du film choral), Robert Altman s'adonnait encore une fois au genre qu'il semble affectionner tout particulièrement, celui qui nécessite la direction d'une troupe conséquente de protagonistes et sur lequel sa réputation s'est bâtie. Il faudrait presque inventer une nouvelle location pour Un Mariage tant l'étendue du chœur est impressionnante ici : près d'une cinquantaine de personnages se partage les deux heures de bobine de manière presque équitable, des personnages d'importance à peu près égale, s'agitant désespérément devant la caméra au cours d'une cérémonie de mariage qui n'en finira pas d'en révéler tous les travers possibles et imaginables, tout le potentiel de compromission.

Si l'institution est bien sûr attaquée de front et détruite dans la joie et la bonne humeur par une série de sarcasmes aussi vigoureux qu'incessants, c'est à travers la quantité incommensurable de petits arrangements induits par un tel mariage qu'Altman délivre l'essentiel de sa charge satirique. Un Mariage, c'est l'union impossible dans ses termes de la vieille aristocratie et de la nouvelle bourgeoisie, dont le caractère bancal est intronisé dès les premiers instants via une messe gâteuse donnée par un évêque mi-sénile mi-décrépi, en pleine dépossession de ses moyens. De l'église au manoir familial, la cohorte de personnages déplacera sa mauvaise foi et ses turpitudes en refusant constamment d'affronter les antagonismes naturels avec courage et de regarder la réalité en face : de la mort de la grand-mère (sous les traits charismatiques de Lillian Gish) à la nymphomanie de la sœur de la mariée (Mia Farrow totalement à l'ouest), tous refusent obstinément de constater ce qui est évident, de prendre conscience du fait accompli, de poser un regard franc sur ce qui est exposé en pleine lumière.

Un Mariage a les défauts de ses qualités, à savoir la profusion de portraits à charge dépeignant un tableau bourgeois d'une hystérie globale assez prononcée. Mais on ne sent jamais vraiment Altman sermonner, faire la morale, ou s'embarquer dans de vaines conjectures psychologiques. Seul compte le cœur de la mécanique comique, l'hypocrisie des uns et la bassesse des autres s'assemblant dans un fatras qui vire à l'exercice de style — parfaitement maîtrisé, toutefois : l'aisance dont témoigne Altman pour naviguer à travers ce joyeux bordel est évidente, palpable. Dans ce flux de détresse et de meurtrissures, misère intellectuelle et misère affective se marient dans une symphonie magistralement et délicieusement cacophonique.

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Sira, de Ablaye Cissoko et Volker Goetze (2008)

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L'association de la kora du Sénégalais Ablaye Cissoko et de la trompette de l'Allemand Volker Goetze produit une ambiance incroyablement suave. Une douceur qui n'a jamais été aussi prononcée dans les premiers albums de Cissoko, beaucoup plus traditionnels en termes de musique mandingue, comme des  […]

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lundi 10 décembre 2018

Mai Morire, de Enrique Rivero (2013)

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Divagations sur les rives du Styx Au fil du temps, des explorations cinéphiles et des découvertes étonnantes ou incongrues, les films comme Mai Morire se font (chez moi) de plus en plus rares. Des œuvres qui proposent un univers extrêmement codifié, baignant dans une atmosphère très travaillée, et  […]

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vendredi 07 décembre 2018

Brewster McCloud, de Robert Altman (1970)

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Envolée émancipatrice marquée du sceau de la fiente Avec That Cold Day in the Park, Le Privé et surtout Trois Femmes, Brewster McCloud entérine l'attrait de Robert Altman pour l'étrange et parachève un portrait très singulier de l'auteur, dans un style décidément très éloigné de tout ce que ses  […]

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mercredi 05 décembre 2018

Un Drame au studio, de Anthony Asquith et A. V. Bramble (1928)

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Histoire d'étoiles filantes Il serait sans doute bien présomptueux d'établir une filiation directe entre Un Drame au studio et le film le plus connu d'Anthony Asquith, L'Ombre d'un homme (The Browning Version), mais il reste tentant de trouver un point commun, à cheval entre cinéma muet et cinéma  […]

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mercredi 28 novembre 2018

Trois Femmes, de Robert Altman (1977)

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Ballet existentiel autour de la féminité Parcourir l'univers quelque peu ésotérique de Trois Femmes lorsqu'on ne connaît Robert Altman qu'à l'aune de ses films les plus célèbres (M*A*S*H, John McCabe, Nashville, et sans doute le plus connu Short Cuts) est une expérience dotée d'un fort potentiel  […]

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mardi 27 novembre 2018

Le Sortilège du scorpion de jade, de Woody Allen (2001)

Le sortilège du Scorpion de Jade

"Germs can't live in your blood - it's too cold." Apprécier Le Sortilège du scorpion de jade a quelque chose de presque rassurant, sur la capacité à être agréablement surpris dans le registre de la comédie, et qui plus est dans les mailles de la filmographie de Woody Allen  […]

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lundi 26 novembre 2018

Le Privé, de Robert Altman (1973)

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"That's OK with me." A-t-on déjà vu un film policier dans lequel l'enquête à proprement parler avait aussi peu d'importance dans le déroulement de l'intrigue ? J'ai rarement ressenti un tel degré de détachement entre le registre théorique et son application, en tous cas. Robert Altman  […]

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vendredi 23 novembre 2018

More Iran, de Mohama Saz (2015)

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Mohama Saz, c'est un souffle de Rock psychédélique aux consonances turques, qui s'est catalysé au-dessus de Madrid. Une fusion entre les rythmes tribaux de Tinariwen et l'ambiance psyché envoûtante de Goat, avec des sonorités andalouses saupoudrées un peu partout. Totalement captivé par cet album,  […]

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jeudi 22 novembre 2018

Black Mountain Side, de Nick Szostakiwkyj (2014)

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Wendigo & bactéries antédiluviennes Black Mountain Side, même s'il ne semble avoir aucune prétention démesurée, aurait pu être un tout autre film, une sacrée bonne surprise, s'il avait évité quelques écueils assez dommageables. Dans cette base scientifique reculée, confinée dans une région  […]

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