dimanche 13 mai 2012

Out of Africa, de Sydney Pollack (1985)


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Out of Africa, sous-titré « Souvenirs d'Afrique » en version française, est un film américain réalisé en 1985 par Sydney Pollack d'après le roman autobiographique de Karen Blixen, La Ferme Africaine, paru en 1937.
Suite à une déception amoureuse, la jeune Karen Blixen (Meryl Streep) fuit son Danemark natal et s'installe au Congo – alors colonie britannique – pour un mariage voué à l'échec. À l'aube de la première guerre mondiale, elle décide de se consacrer à la culture de caféiers sur les terres arides de sa ferme, faisant ainsi figure de pionnière en la matière, dans l'espoir de protéger la tribu Kikuyu qui y vit. Son amitié naissante et grandissante pour l'aventurier Denys Finch Hatton (Robert Redford) se transformera très vite en amour, mais il lui sera bien difficile de retenir cet homme quelque peu farouche, cet animal épris de liberté.

« J'avaisredford_streep.jpg une ferme en Afrique, au pied de la montagne du Ngong. » Tels sont les mots qui ouvrent le film et qui nous transportent dans les souvenirs éthérés de Karen Blixen, au soir de sa vie. D'une voix cassée, érodée par le temps, elle dessine les contours d'un passé radieux et révolu où son gramophone jouait du Mozart, la musique rythmant de paisibles journées ensoleillées en se mêlant aux horizons orangés de la savane africaine. C'était en 1914. Elle allait se découvrir une passion, pour une terre et pour un homme, aussi sauvages l'un que l'autre. Au plus fort du désir qui la porte vers cet aventurier incapable d'abandonner sa liberté d'homme solitaire, Meryl Streep murmure cette phrase troublante et émouvante, d'un lyrisme absolu : « Si, dans ce moment, vous me disiez quelque chose, je le croirais. »

Par bien des aspects, Out of Africa rappelle Sur la route de Madison (The Bridges of Madison County, sorti dix ans plus tard en 1995), de Clint Eastwood. Outre la présence de Meryl Streep, les deux films dépeignent une fresque sentimentale où la relation amoureuse, aussi intense que complexe, brille de mille feux avant de se consumer et de s'évanouir, telle une étoile filante. La beauté des paysages et de leur amour y est éblouissante ; la poésie des sentiments contrariés, bouleversante.steppes.jpg

vendredi 11 mai 2012

La revue 6 Mois


Non contents d'avoir redonné vie au grand reportage avec la revue XXI (que j'avais présentée dans ce billet), Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria continuent leur coup de balai sur l'univers aseptisé de la presse avec une nouvelle revue : 6 Mois. Avec eux, le photoreportage renaît.

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Reprenant les recettes qui font le succès de XXI avec un design original et une qualité de contenu inégalée, 6 Mois est paru pour la première fois au printemps 2011. Le biannuel réussit à passionner le lecteur avec des reportages photos variés, fouillés et saisissants. 6 Mois soigne la forme avec un papier glacé et une impression de belle qualité. Les photos sont ainsi mises en valeur et le support ne contraint pas la lecture. Même remarque que pour XXI : le prix qui peut paraître élevé — 25 euros — est la juste valeur d'un travail accompli, profond et large (plus de 300 pages). Je présente ici la revue à travers son numéro 2 paru à l'automne 2011. Un numéro plus récent vient néanmoins de sortir, à vos librairies !

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Les rubriques sont moins variées que dans XXI : la revue s'articule autour d'un triptyque (ici, sur des destins de femmes). Sinon, on retrouve une photobiographie (Vladimir Poutine), un entretien avec un photographe (David Goldblatt, grand photographe sud-africain qui a voué sa vie à photographier son pays à travers les évolutions de sa société, sans jamais se perdre dans l'actualité) et des récits variés. Les photographies sont souvent accompagnées d'une courte légende qui permet au lecteur de comprendre le contexte et le sujet. Comme dans XXI, les travaux sont conclus par un texte d'approfondissement : interview du photographe, d'un des sujets, dossier sur le contexte ...

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Le triptyque de ce numéro aborde le thème de la femme. On y retrouve un reportage sur les femmes Cosaques, membre d'une école militaire qui tente de redonner vie à ces peuples cavaliers et guerriers. On y découvre un contexte géopolitique complexe et des relations avec la Russie ambigües. 

Le deuxième récit dresse le portrait de Cecilie, jeune cadre danoise, qui décide de partir à Katmandou sauver une enfant orpheline touchée d'un cas rare et grave d'hydrocéphalie dont elle a vu la photo dans un journal. On y découvre le sort terrible de ces enfants dont on attend la mort par manque de moyen. Pourquoi Cecilie n'a-t-elle pas tourné simplement la page comme beaucoup l'auraient fait ? Une belle plongée dans les paradoxes de notre monde occidental et de ses individus. 

Le dernier récit, illustré ci-dessus, raconte l'histoire de ces femmes venues de l'Est qui viennent en Italie pour travailler comme badanti, dames de chevet. Elles laissent souvent famille et mari pour venir gagner de l'argent en s'occupant des personnages âgées et seules dont regorge l'Italie, à la population vieillissante. Elles sont roumaines ou géorgiennes et racontent leur histoire.  

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Parmi les autres récits, difficile d'en choisir un et inconcevable d'en faire une liste exhaustive : le lecteur curieux préfèrera se laisser surprendre. De la bourgeoisie huppée de New-York aux prisons de la drogue en Birmanie, les sujets passionneront votre regard et questionneront vos certitudes. 

J'évoque ici plus en détail le travail de Venetia Daerden qui s'est plongée dans l'univers intemporel du Somerset, cette région du Sud-Ouest de l'Angleterre où gitans, hippies et jeunes en quête de la terre viennent y chercher la liberté d'une vie rurale et partagée. On y croise des familles vivant dans des roulottes et d'autres habitants la maison de leurs ancêtres. Tous sont épris d'un amour de ces paysages sereins, d'un respect profond pour la nature et le travail de la terre. Un voyage déconcertant et bouleversant. 

Toute tentative de décrire plus en profondeur ces travaux photographiques souvent issus d'années et d'années de travail, de présence et de rencontres serait vaine. Si le photoreportage se doit d'exister, c'est qu'il dit l'indicible. Il est en cela bien supérieur au reportage de presse classique car il touche tous les domaines de notre émotivité. Comme disait Cartier-Bresson, la photographie, c'est « mettre sur la même ligne la tête, l'oeil et le coeur ».

mardi 08 mai 2012

Le Quinquennat


En guise de souvenir...

lundi 30 avril 2012

DSK, Hollande, etc. de Julien Brygo, Pierre Carles et Aurore Van Opstal (2012)


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DSK, Hollande, etc. est le dernier film documentaire de Pierre Carles (accompagné de Julien Brygo et Aurore Van Opstal), réalisateur corrosif dont la réputation tient essentiellement à une analyse critique et alerte des médias. Souvent ostracisé, c'est pourtant à lui qu'on doit par exemple la révélation du scandale de la fausse interview de Fidel Castro, que Patrick Poivre d'Arvor prétendit avoir réalisée en 1991. Il est l'auteur de nombreux travaux étudiant la mécanique implacable de l'univers médiatique comme Juppé, forcément (1995), Pas vu pas pris (1998), Enfin pris ? (2002) et Fin de concession (2010). Il porte par ailleurs un regard singulier sur le monde du travail dans des documentaires comme Attention danger travail (2003) ou Volem rien foutre al païs (2007). Enfin, on retiendra le film de 2001, La sociologie est un sport de combat, œuvre de sensibilisation à la sociologie au travers des travaux de Pierre Bourdieu (1).

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C'est aujourd'hui le principal paradoxe de – la majorité de – la presse : un corps opaque censé faire la transparence sur le monde qui nous entoure. Les quelques téméraires qui ont accepté de recevoir l’équipe sont confrontés, de manière plus ou moins détendue, à un regard critique sur leur métier, preuves à l’appui. Il s'agit là d'un retour critique salutaire au regard de l’amnésie ordinaire qui frappe le monde médiatique, comme l'analysent Frédéric Lordon, Gilles Balbastre, François Ruffin et d'autres belles cervelles dont les commentaires s’insèrent entre les interviews et les images d’archives. Exactement comme dans Les Nouveaux Chiens de Garde (excellent film documentaire de 2012 chroniqué ici)...

Ici, Jean-Michel Apathie, Nicolas Demorand, Laurent Joffrin et les autres journalistes-éditorialistes ne se prêtent au jeu de l’interview qu’avec une grande méfiance, alors qu'ils pratiquent l’exercice quotidiennement dans leurs médias respectifs. Si le début de l'entretien se passe relativement bien, ils sentent peu à peu le piège se refermer sur eux ; il faut dire que Julien Brygo (dont je vous conseille le site perso) excelle en matière de fausse naïveté et de vrai sournoiserie...

« Depuis plusieurs années, le Parti de la presse et de l'argent (PPA) sélectionne pour nous les candidats qu'il juge suffisamment capables de perpétuer l'ordre dominant [...] À l'approche du premier tour de l'élection présidentielle 2012, le PPA favorise délibérément le candidat de l'Union pour un mouvement populaire (dont le temps de parole est le plus important depuis le 1er janvier) et le candidat du Parti socialiste, qu'ils s'efforcent de peindre en rose, voire en rouge, pour créer l'illusion d'une opposition fondamentale entre ce qu'ils appellent "la gauche" et "la droite".
En réalité, ce match annoncé, ce duel préparé, cet affrontement mis en scène (qui devait se jouer entre Sarkozy et Strauss-Kahn, lequel fut remplacé après l'affaire du Sofitel, toutes choses égales par ailleurs, par Hollande), n'est pas un combat politique entre "droite" et "gauche" mais entre la droite dure (l'UMP, ex-RPR) et le centre-droit (le PS), les deux partis politiques français qui ont le plus œuvré pour le triomphe du libéralisme économique ces trente dernières années. »

Julien Brygo, « La fabrique de l'opinion électorale » sur son site www.julienbrygo.com.

Au vu du résultat, les journalistes interrogés auront sans doute le sentiment d’avoir été dupés (2). S'ils avaient connu les raisons de l'interview, ils n’auraient probablement pas accepté… ce qui aurait été bien dommage, tant ils nous font à la fois rire et réfléchir. Sans doute est-il juste de dire, comme le soutiennent les protagonistes, que les éditorialistes ne font pas l’opinion. Mais, de fait, ils confisquent le débat public en délimitant un espace du politiquement pensable : plus ils quadrillent l'espace médiatique, plus ils bornent celui des possibles. Ne leur en déplaise, car leur franchise a des limites, ils cèdent bien volontiers à « la tentation de faiseurs de rois » (3). Comme ne le dit pas Alain Duhamel (cf. son apparition dans Les Nouveaux Chiens de Garde), la pluralité des médias n’empêche malheureusement en rien l'unanimité idéologique.
Et pour terminer sur une note guillerette pleine d'espoir, comme disait Pierre Desproges, « L’adulte ne croit pas au père Noël. Il vote. » Aïe.

N.B. : Le film est disponible, gratuitement, sur le site de Pierre Carles (merci à Olivier pour sa vigilance en ce qui concerne les liens morts).

N.B. : Un premier montage du film a pu être diffusé avant le premier tour de l’élection présidentielle. Un second montage est disponible depuis peu (10/05/2012). Réalisé en autoproduction grâce à des amis et à une équipe de techniciens bénévoles, la version finale devrait voir le jour, en salles puis en DVD, d'ici fin 2012. Les auteurs sollicitent pour cela le soutien du public sur le site www.pierrecarles.org.

À lire : Noam Chomsky et Edward Herman, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Agone, 2008.

(1) Pierre Bourdieu, sociologue français de talent mort en 2002. Voir l'article du Diplo de janvier 2012 sur la fabrique des débats publics, œuvre posthume retranscrivant un cours au Collège de France (1989 - 1992) consacré à l'État. (retour)
(2) Et même plus que ça, puisque avant même que le film ne soit terminé, Laurent Joffrin, Renaud Dély et Jean-Michel Aphatie attaquent les auteurs, par le biais de leurs avocats, pour faire en sorte que ce film ne voie pas le jour. (retour)
(3) Alain Garrigou dans « Qui fait l’opinion : "DSK, Hollande, etc." », sur les blogs du Diplo : lien. (retour)

dimanche 29 avril 2012

Metallica et l'orchestre symphonique de San Fransisco (1999)


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S&M est un double album live qui réunit une collection des plus grands titres de Metallica (Master of Puppets, Fuel, The Memory Remains...) sur lesquels est venu s'unir l'orchestre symphonique de San Francisco dirigé par Michael Kamen. L'idée originale vient du bassiste de Metallica, Cliff Burton, qui a une grande passion pour les compositeurs classiques. C'est ainsi que le temps de deux dates en 1999 dans le théâtre de Berkeley, ils ont joué un mélange de métal et de symphonie à nous en hérisser l'épiderme !

Ces interprétations éclatantes éclipsent à mon humble avis les versions originales. Là, je me mets à dos les vieux croutons ;-) fiers d'avoir découvert ces bêtes de scène durant leurs très longues tournées de 1989 à 1993 quand le groupe parcourait le monde pour jouer les titres du célèbre Black Album, ainsi que les djeun's métaleux chevelus qui arborent les t-shirts à l'effigie de leurs idoles en dodelinant de la tête.

L'interlude sur une des plus célèbres compositions d'Ennio Morricone, The Ecstasy of Gold démarre le concert magistralement. Puis, Metallica rejoue leurs morceaux les plus connus avec une précision grisante. Pas de temps mort, chaque titre semble suivre la continuité du précédent, au moins dans la première partie, l'intensité monte crescendo à vous en donner des frissons. Ces émotions courent la foule qu'on ressent fébrile, frémissante et stupéfaite à l'écoute des arrangements inattendus entre l'orchestre et le groupe. C'est une parfaite symbiose musicale qui opère, un réenchantement de leurs morceaux les plus athlétiques. Parmi mes morceaux préférés, je retiendrai la musique de The Call Of Ktulu qui dure quasiment 10 minutes, le titre fait référence à la tentaculaire créature des nouvelles fantastiques de Lovecraft, écrivain majeur pour ses récits d'horreurs et de SF dont je parlerai certainement à une autre occasion sur le blog.

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