dimanche 17 juin 2018

Amadeus, de Miloš Forman (1984)

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La découverte horrifiée du génie

Le grain de folie caractéristique du cinéma de Miloš Forman peut suffire à réconcilier avec un genre, celui du biopic, qui ne figure pas en règle générale dans la catégorie des mouvements les plus novateurs. On est d'ailleurs très loin du mètre étalon des productions trop sages en la matière, toutes périodes confondues. Amadeus constitue ainsi un très bon exemple de ce qu'il est possible de faire, totalement adapté au format et au thème, loin des pamphlets soporifiques qui résument souvent mal une page Wikipédia.

Il y a un petit tour de passe-passe amusant qui permet à Forman de prendre toutes les libertés qu'il veut : l'histoire est racontée du point de vue d'Antonio Salieri, éternel rival de Mozart, à la fin de ses jours, en s'appuyant sur une structure en flashbacks. Dès le début, ce procédé peut mettre la puce à l'oreille et donner quelques indices quant à la position biaisée ou partielle des faits qui sont relatés. L'écart à la vérité est légitimé.

Évidemment, ce n'est pas une biographie officielle et rigoureuse : difficile de prendre le film pour autre chose qu'un regard décalé sur l'artiste, et surtout un regard sur une condition, celle du génie, plus que sur une personne. C'est d'ailleurs l'objet de contrastes qui reviendront tout au long du film, opposant les deux figures de l'artiste. L'opposition entre les deux hommes est à ce titre constante : deux écoles, deux modes de vie. Le conformisme contre la transgression, l'acceptation des règles et la rébellion, le consensus du temps présent et l'énergie chaotique de la création novatrice : en plus simple, le classique contre l'original, l'ancien contre le nouveau, un conflit sans esbroufe et dénué de substance réactionnaire.

Forman ne se concentre toutefois pas uniquement sur ce débat d'idées, et le travail de reconstitution aura fait l'objet d'un soin tout particulier en termes de costumes et de décors : c'est impressionnant de se retrouver dans les salons viennois de l'aristocratie de l'époque. L'introduction du (très long) film pose les jalons esthétiques et thématiques du film, l'air de rien. La façon dont Salieri se trouve ridicule devant sa propre tentative de lutter contre une forme de génie est touchante, comme le point de chute de sa jalousie dévorante.

Au final, Amadeus expose avec toute la grandiloquence et le fatalisme que cela nécessite l'impuissance d'un personnage studieux et standard comme Salieri face à l'immense puissance créatrice de Mozart. Il y a dans ce constat autant de tragique que de comique, et le film joue sur cette ligne de crête en parfait équilibriste. Comme l'a dit Forman semble-t-il en entretien, le personnage principal serait plutôt Salieri car c'est lui qui permet de cristalliser une part d'indicible, c'est lui la passerelle entre le monde du commun des mortel et celui des prodiges comme Mozart. Une autre ligne de crête apparaît peu à peu : celle qui sépare la haine jalouse de l’admiration fascinée. Une grande partie du film est d'ailleurs basée sur sa découverte horrifiée du génie, vécu presque comme un scandale tant cela entre en conflit avec l'enseignement religieux de Salieri qui lui assurait une égalité devant dieu. Il se fait un peu le relai du spectateur, impuissant devant une telle manifestation de supériorité.

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mardi 12 juin 2018

Une Jeunesse allemande, de Jean-Gabriel Périot (2015)

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Une histoire de privation de parole Le parti pris qu'adopte Jean-Gabriel Périot dans sa retranscription de l'histoire de la RAF (Fraction armée rouge) produit deux effets bien distincts et potentiellement constructifs : c'est une expérience à la fois déroutante dans son accumulation conséquente de  […]

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lundi 04 juin 2018

Les Sorcières de Salem, de Raymond Rouleau (1957)

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"L'ennemi est chez nous et dans nos propres foyers." Les Sorcières de Salem est un objet étonnamment peu connu du cinéma français, une pépite non pas incontournable ou transcendante, mais un de ces films à l'originalité notable qui était resté relativement confidentiel. Il prenait  […]

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mercredi 30 mai 2018

Dans la brume, de Sergeï Loznitsa (2012)

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Peinture contrastée de la résistance biélorusse Dans sa démarche radicale et immersive nous projetant sans ambages dans un segment particulier de la Seconde Guerre mondiale, Dans la brume peut vaguement faire penser à son cousin (éloigné) hongrois Le Fils de Saul. L'enveloppe formelle revêt ici  […]

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The Devil and the Almighty Blues (2015)

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Un intermède musical norvégien, entre Stoner, Hard Rock et Blues Rock, avec l'album et le groupe du même nom, The Devil and the Almighty Blues. Des riffs hypnotiques qui se répètent indéfiniment, lentement, une basse résolument lourde, une atmosphère forte qui se construit progressivement du début  […]

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jeudi 24 mai 2018

Le Trésor, de Corneliu Porumboiu (2015)

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Il était une fois en Transylvanie Voilà un genre d'humour que je ne connaissais pas dans l'absolu, pas sous cette forme précise, et encore moins dans le cadre du cinéma d'Europe de l'Est, plus connu (en France en tous cas) pour ses drames glaciaux que pour ses francs moments de rigolade. Ceci étant  […]

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mercredi 23 mai 2018

L'Exposition universelle de 1937

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Il y a des photos qui restent gravées sur la rétine. L'Exposition universelle de 1937 s'est tenu à Paris du 25 mai au 25 novembre 1937, et ce fut le premier et le dernier événement de ce genre à avoir lieu ici. Cette exposition est restée célèbre pour l'affrontement symbolique et titanesque entre le  […]

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lundi 21 mai 2018

La Ballade du petit soldat, de Werner Herzog (1984)

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Un sourire suffit La Ballade du petit soldat s'intéresse à un groupe d'Indiens Miskito, en lutte contre les troupes sandinistes au Nicaragua, et plus précisément à l'utilisation d'enfants-soldats pour mener cette guerre. Herzog est emmené là-bas par un de ses amis, Denis Reichle, qui fut lui-même  […]

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mardi 15 mai 2018

Land Of The Living, de The Schizophonics (2017)

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Une décharge électrique tout droit venue de Californie, du Garage Psyché d'une énergie communicative assez folle encapsulée dans une ambiance faite de sonorités très 70s. L'EP Ooga Booga est sans doute un peu plus efficace que l'album Land Of The Living, plus concis et direct, mais l'esprit est le  […]

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vendredi 11 mai 2018

Retour de la page de présentation

La foule en liesse de lecteurs attardés la réclamait avec insistance depuis longtemps (sans aucune exagération), la voici de retour ! La page de présentation du site et de ses scribouilleurs acharnés est à nouveau accessible en suivant ce lien ou via l'onglet consacré dans le menu en haut de toutes  […]

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