lundi 22 mai 2017

Les Innocents, de Jack Clayton (1961)

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Fantastique psychologique

En règle générale, je mesure la qualité d'un film appartenant au registre élargi du fantastique à sa capacité à me surprendre. Surprendre par exemple par la minutie de sa description, comme La Maison du diable de Robert Wise (1963), ou bien par la richesse de ses thématiques au sein de contraintes propres à la série B comme Le Carnaval des âmes de Herk Harvey (1962). Dans le cas présent, les réussites émergent à plusieurs niveaux.

L'ambiance, tout d'abord, qui règne à l'intérieur de la maison et dans les alentours, dans les jardins et au bord de l'étang. La photographie extrêmement soignée capture quelque chose d'à la fois délicat et menaçant, de manière très diffuse, distillant son charme vénéneux avec parcimonie. Les jeux de lumière, le travail de composition et de cadrage sont autant d'aspects qui se savourent facilement. Quelques plans retiennent étrangement l'attention, avec ces très faibles ouvertures en longue focale capturant une grande profondeur de champ et provoquant un sentiment incertain, avec deux personnages évoluant dans le cadre de droite à gauche et du premier au second plan sans que l'on ne sache où placer le centre de l'action. Le noir et blanc contribue par ailleurs à dépeindre un univers à la frontière du réel, aidé en cela par une gestion de l'environnement sonore saisissante dès qu'une apparition se manifeste.

La description du mal, ensuite, d'une remarquable ambivalence. Au cœur de la dynamique narrative, un glissement sous forme de retournement de perspective fait passer notre regard d'une dimension purement fantastique à quelque chose de beaucoup plus réel et psychologique. De la véracité des apparitions aperçues ci et là, on passe à un questionnement tout autre sur la santé mentale de la protagoniste. L'effrayant et le dérangeant tous deux saisis dans un même mouvement, très bien cadencé.

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Le propre d'un tel film, c'est sans doute de poser une série de questions qui évoluent au cours du temps. On commence par l'énigme des supposés fantômes (des apparitions aussi énigmatiques que glaçantes, notamment celle lors de la partie de cache-cache), un peu classique, pour petit à petit douter du caractère irréprochable de Miss Giddens et remettre en question sa position. Après le passage nocturne où les réminiscences des ébats passés de Quint et Miss Jessel résonnent dans les couloirs de la maison, on n'est plus sûr de rien. Cette sexualité semble la surprendre et la déranger profondément (elle est fille de pasteur), et son image de protectrice vis-à-vis des deux jeunes enfants s'efface progressivement au profit d'une forme d'emprise insoupçonnée. Les fantômes sont-ils issus du fantastique en prenant possession des enfants, pour éventuellement continuer leur histoire d'amour brutalement interrompue, ou bien ne seraient-ils pas tout simplement la projection de la frustration de Miss Giddens ?

La beauté du film réside dans sa capacité (et sa volonté) à maintenir le doute jusqu'à la fin, à entretenir les possibilités d'interprétation (jusqu'à l'irruption finale du fantastique alors que l'hypothèse psychologique avait gagné du terrain) sans qu'aucune piste ne contredise fondamentalement l'autre. Et quelle que soit la piste retenue, le monde des enfants semble inexorablement contaminé par celui des adultes.

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jeudi 18 mai 2017

Jugement à Nuremberg, de Stanley Kramer (1961)

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"The judge doesn’t make the laws, he carries out the laws of his country." Il existe un très bon indicateur de l'efficacité d'un film de prétoire et de sa capacité à envoûter, à fasciner, à faire pénétrer dans un univers donné : ne pas avoir vu le temps passer dans un genre qui n'a  […]

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jeudi 11 mai 2017

Quand passent les cigognes, de Mikhaïl Kalatozov (1957)

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Une goutte de pondération dans l'océan de démesure Que ce soit en termes thématiques ou esthétiques, la beauté des œuvres de Mikhail Kalatozov est renversante. La démesure est une composante essentielle de sa façon de délivrer un message, comme peuvent en attester des films comme La Lettre  […]

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dimanche 16 avril 2017

Entre le ciel et l'enfer, d'Akira Kurosawa (1963)

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Par-delà bien et mal Pour mesurer l'importance (subjective) d'un film, on fait la plupart du temps le bilan à la fin du visionnage, dans l'immédiat plus ou moins réduit, dans les instants qui suivent. Vite, vite, apposons une note, quand ce n'est pas déjà fait avant la fin, et éventuellement un  […]

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samedi 15 avril 2017

Missing, porté disparu, de Costa-Gavras (1982)

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1973 — Le chaos dans les rues de Santiago Plus que l'histoire vraie au cœur du film que Costa-Gavras souhaite retranscrire, sans doute beaucoup moins admise comme "vraie" à l'époque cela dit, c'est l'ambiance étouffante se dégageant des quartiers de Santiago sous contrôle militaire qui me  […]

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jeudi 13 avril 2017

Greenpeace - Comment tout a commencé (How to Change the World), de Jerry Rothwell (2015)

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Bob, Paul et Patrick sont dans un bateau. On s'attend à un documentaire élogieux, comme on en voit tant, qui sacraliserait une institution en misant sur des aspects classiques ayant trait à l'émotionnel ou au nostalgique... alors que How to Change the World est avant tout un portrait de groupe  […]

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jeudi 06 avril 2017

Utu, de Geoff Murphy (1984)

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Guérilla maorie Utu est un film intéressant du fait de son contexte, de sa perspective et de son contenu (par ordre décroissant d'intérêt) tous trois relativement originaux. Une des premières œuvres, semble-t-il, au début des années 80, à aborder la thématique de l'indépendance du peuple maori en  […]

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mercredi 05 avril 2017

2017 n'aura pas lieu, d'Olivier Minot

Le titre de ce documentaire radiophonique me rappelle Irene Kampen qui écrivait  En raison de l’indifférence générale, demain est annulé . ou encore la nouvelle de SF intitulée The shortest science-fiction story ever told publiée dans l'anthologie Bateaux ivres au fil du temps (1978) que je  […]

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samedi 01 avril 2017

Dersou Ouzala, d'Akira Kurosawa (1975)

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L'amitié inachevée Dersou Ouzala fait partie de ces films enveloppés dans le voile apparent de leur simplicité alors qu'ils renferment une subtilité, diffusée avec délice et délicatesse, dans le traitement de tous les thèmes qu'ils abordent. Au-delà des différents stades de l'amitié unissant le  […]

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samedi 25 mars 2017

Les Réprouvés, de Luis Buñuel (1950)

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"Implacable comme la marche silencieuse de la lave." Octavio Paz Los Olvidados ("Les Réprouvés", passe encore, mais alors "Pitié pour eux", quelle horreur... Pitié pour nous, oui !) rappelle dans une certaine mesure la misère et l'extrême dureté du microcosme que  […]

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