mardi 19 octobre 2021

City of the Sun, de Rati Oneli (2017)

city_of_the_sun.jpg, oct. 2021
Effets de style dans une ancienne cité minière géorgienne

La matière est là, évidente, immense, dans une ancienne ville minière prospère aujourd'hui presque abandonnée. Une ville fantôme située en Géorgie occidentale, Chiatura, dans laquelle les vestiges d'une gloire passée, à l'époque où elle assurait 50% de la production mondiale de manganèse, ne sont quasiment pas visibles. C'est une ville grise, terne, peuplée de bâtiments délabrés et voie de démolition. L'activité dans les mines n'a pas totalement disparu, comme en témoigne quelques séquences en immersion dans ces profondeurs, mais on voit très vite qu'il n'y a pas d'éclat, simplement quelques souvenirs d'un passé meilleur.

Pourtant, c'est la déception qui domine en sortant de City of the Sun, car la sensation d'être passé à côté de quelque chose de génial est tenace. Un peu comme si Rati Oneli avait trop hésité à investir un sujet précis et s'était perdu dans les différentes pistes explorées (ainsi qu'un excès de stylisation). Le portrait dressé de quelques-uns de ses derniers habitants semble trop distancié, entre le professeur de musique et l'acteur de théâtre qui ont, comme beaucoup d'autres, une double vie du côté des travaux manuels, dans la mine ou sur des chantiers de déconstruction. On voit bien la perspective, la ligne d'horizon dessinée au loin : les deux jeunes athlètes qui s'entraînent dans un immense stade désaffecté, on l'apprend vite, ne peuvent pas manger à leur faim (un seul repas par jour) et ne pourront donc pas être à la hauteur pour les prochains jeux olympiques. Le message est assez clair, en contraste avec le titre : le soleil n'est pas près de briller sur cette région murée dans la grisaille.

Ainsi les habitants poursuivent leur routine, tranquillement, dans ce qui pourrait ressembler à un décor de science-fiction. Il est vraiment dommage que le réalisateur s'échine un peu trop ouvertement à "faire cinéma", à mettre en scène une sorte de fiction avec ces mouvements de caméra un peu trop calculés (ces nombreux plans de dos un peu trop calculés) et pas assez gorgés de chair. À l'image des mots conclusifs : "They are rich because they want nothing, poor because they possess nothing, and consequently they are not slaves to circumstances, but circumstance serve them". La mise en scène est très élégante, aucun doute là-dessus, mais quelque chose cloche. Malgré cela, les symboles forts sont évidents, comme cet ouvrier qui démolit une tour à coup de masse du haut de la structure, comme cette vache prisonnière d'un trou dans le sol bétonné : les images sont caractéristiques de ces paysages en ruine et de la résilience qui en anime les rues grises. Un peu trop de forme et pas assez de fond, sans doute.

exterieur.jpg, oct. 2021 route.jpg, oct. 2021 piece.jpg, oct. 2021

dimanche 17 octobre 2021

Les Bêtes, de Ariane Doublet (2001)

betes.jpg, oct. 2021

"Quel métier !" Le plan initial donne le ton : on y voit un vétérinaire derrière une vache, en pleine fouille, un bras enfoncé jusqu'à l'épaule dans le cul de l'animal (il se trouve que chez la vache, l’éloignement des ovaires correspond exactement à la dimension d'un bras d'homme ; chez  […]

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jeudi 14 octobre 2021

A Hole in the Head, de Eli Kabillio (1998)

hole_in_the_head.jpg, oct. 2021

Trou story Des gens qui racontent que c'est chouette de se faire des trous dans le crâne. Pas trop gros, pas trop profonds, et au bon endroit quand même, ils sont pas fous. Avec même des petits tutos pour faire ça à la maison, en DIY, face à un miroir. Voilà le contenu du très explicite A Hole in  […]

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jeudi 07 octobre 2021

Still Life, de Jia Zhangke (2006)

still_life.jpg, sept. 2021

Les adieux à Fengje Still Life s'insère remarquablement bien dans le courant cinématographique chinois du début du XXIe siècle, que l'on pourrait qualifier de nouvelle vague critique, sociale et pessimiste, aux côtés de So Long, My Son (2019, Wang Xiaoshuai), An Elephant Sitting Still (2019, Hu  […]

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lundi 04 octobre 2021

Une Soirée étrange, de James Whale (1932)

soiree_etrange.jpg, août 2021

"That’s fine stuff, but it’ll rot" James Whale, un an après avoir posé le jalon du premier Frankenstein (si l'on oublie les obscurs courts-métrages muets), réalisait un thriller horrifique particulièrement surprenant dans le cocktail de registres explorés. Les parfaits innocents pris au  […]

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samedi 02 octobre 2021

The Final Member, de Jonah Bekhor et Zach Math (2012)

final_member.jpg, août 2021

Course contre la montre pour un pénis dans du formol Sans jamais tomber dans le graveleux facile mais sans non plus s'interdire de nombreuses boutades, Jonah Bekhor et Zach Math se sont embarqués du côté de l'Islande pour aller à la rencontre du fondateur et conservateur de l'unique musée au monde  […]

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mercredi 22 septembre 2021

L'Intruse, de Friedrich Wilhelm Murnau (1930)

intruse.jpg, août 2021

Life on a farm Je n'avais jamais réalisé à quel point la carrière de Murnau était condensée, une vingtaine de films en l'espace d'une décade seulement, autour des années 20. City Girl est proche de L'Aurore sous certains aspects mélodramatiques, mais il emprunte des sentiers lyriques sensiblement  […]

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jeudi 16 septembre 2021

La Mort du travailleur, de Michael Glawogger (2005)

mort_du_travailleur.jpg, sept. 2021

Du charbon, du soufre et du sang Le travail au XXIe siècle, c'est aussi ça. Une grande claque dans la gueule. Cinq segments principaux et un épilogue pour décrire quelques parcelles d'une réalité difficile à regarder en face. On aura beau disserter sur l'échantillonnage des lieux, sur le contexte  […]

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mercredi 08 septembre 2021

Liquid Sky, de Slava Tsukerman (1982)

liquid_sky.jpg, sept. 2021

Trip graphique sous acide Liquid Sky (du nom donné à l'héroïne) : un gros OFNI sur un tout petit OVNI. Il serait vraiment très tentant d'essayer de résumer l'intrigue de ce film réalisé aux États-Unis par le Russe Slava Tsukerman, mais l'idée même de se lancer dans une synthèse de cette bizarrerie  […]

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lundi 06 septembre 2021

Basic Training, de Frederick Wiseman (1971)

basic_training.jpg, juil. 2021

Les soldats oubliés Dans la continuité du regard posé sur l'endoctrinement et le formatage en milieu lycéen de High School, Frederick Wiseman poursuit sa radioscopie passionnante de l'institution américaine en s'intéressant à une autre forme de catéchisme, celle assurée par les neuf semaines  […]

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