mercredi 22 septembre 2021

L'Intruse, de Friedrich Wilhelm Murnau (1930)

intruse.jpg, août 2021 intruse_v2.jpg, août 2021
Life on a farm

Je n'avais jamais réalisé à quel point la carrière de Murnau était condensée, une vingtaine de films en l'espace d'une décade seulement, autour des années 20. City Girl est proche de L'Aurore sous certains aspects mélodramatiques, mais il emprunte des sentiers lyriques sensiblement différents que je ne connaissais pas chez lui, et que j'associerais davantage à des réalisateurs qui lui étaient contemporains comme Borzage. C'est déjà, en 1930, l'avant-dernier film de Murnau, juste avant le magnifique Tabou, et également son troisième film américain.

L'Intruse est un agréable mélange de différents courants classiques, avec le crépuscule du cinéma muet et la simplicité presque revendiquée des trames narratives associées au registre du mélodrame. Murnau semble avoir totalement délaissé l'emprise allemande et expressionniste qui persistait encore dans son précédent Sunrise: A Song of Two Humans, d'après mes vagues souvenirs, pour embrasser une histoire et un style beaucoup plus américains, en quelque sorte. C'est également le terrain de ses principales limitations, car le manichéisme des antagonismes peut rapidement lasser.

En revanche l'opposition entre la ville (première partie du film) et la campagne (seconde partie) est relativement moderne, et à ce titre agréable, avec d'une part le lieu de la vanité et de la prostitution, puis de l'autre celui de la rudesse, de l'autorité, de l'aliénation. De manière assez surprenante, car je ne m'attendais pas à cette tournure, c'est la citadine insoumise qui permet à son mari d'éclore en tant qu'homme dans le cadre ultra-rigoriste du carcan familial. Si on poussait le concept un peu plus loin, il serait tentant d'y voir un accès de féminisme chez Murnau.

Une ferme perdue au milieu des champs, avec une manière très singulière de filmer le blé et le vent qui l'embrasse (il faudrait revoir le Days of Heaven de Malick), une photographie remarquable. S'interfèrent ainsi une situation initiale déjà conflictuelle (le patriarche autoritaire face au fils immature) et une péripétie sentimentale tout aussi complexe (la passion initiale laissant bien vite la place aux impératifs agricoles quotidiens). J'ai bien aimé la naissance du sentiment de rébellion chez cet homme prisonnier de son obéissance absolue et de cette austérité presque religieuse. Un film d'ailleurs un peu plus austère et moins baroque que d'habitude chez le réalisateur, dans l'ensemble.

pere.jpg, août 2021 rencontre.jpg, août 2021 ferme.jpg, août 2021 final.jpg, août 2021

jeudi 16 septembre 2021

La Mort du travailleur, de Michael Glawogger (2005)

mort_du_travailleur.jpg, sept. 2021

Du charbon, du soufre et du sang Le travail au XXIe siècle, c'est aussi ça. Une grande claque dans la gueule. Cinq segments principaux et un épilogue pour décrire quelques parcelles d'une réalité difficile à regarder en face. On aura beau disserter sur l'échantillonnage des lieux, sur le contexte  […]

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mercredi 08 septembre 2021

Liquid Sky, de Slava Tsukerman (1982)

liquid_sky.jpg, sept. 2021

Trip graphique sous acide Liquid Sky (du nom donné à l'héroïne) : un gros OFNI sur un tout petit OVNI. Il serait vraiment très tentant d'essayer de résumer l'intrigue de ce film réalisé aux États-Unis par le Russe Slava Tsukerman, mais l'idée même de se lancer dans une synthèse de cette bizarrerie  […]

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lundi 06 septembre 2021

Basic Training, de Frederick Wiseman (1971)

basic_training.jpg, juil. 2021

Les soldats oubliés Dans la continuité du regard posé sur l'endoctrinement et le formatage en milieu lycéen de High School, Frederick Wiseman poursuit sa radioscopie passionnante de l'institution américaine en s'intéressant à une autre forme de catéchisme, celle assurée par les neuf semaines  […]

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dimanche 05 septembre 2021

Trois histoires montueuses

LePoidsDuPapillon.jpg, sept. 2021

C’est bien un mot de la ville, ça, la nature. Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l’est. Nous, ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu’on peut montrer du doigt. Qu’on peut utiliser. Les choses qu’on ne peut pas utiliser, nous, on ne s’embête pas à leur chercher un nom, parce qu’elles ne servent à rien.

Les huit montagnes de Paolo Cognetti


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lundi 30 août 2021

Sur le chemin des glaces, de Werner Herzog (1978)

sur_le_chemin_des_glaces.jpg, août 2021

La route de la solitude En novembre 1974, Lotte Eisner tombe malade. Lorsque Herzog l'apprend, il est à Munich, elle à Paris : "elle ne peut pas mourir", se répète-t-il comme un mantra, et pour conjurer une sorte de mauvais sort dont les contours resteront majoritairement flous, il se  […]

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samedi 28 août 2021

Machines, de Rahul Jain (2016)

machines.jpg, août 2021

Au cœur des ténèbres du textile Immersion au cœur (ou plutôt dans les tripes, aurait-on envie de dire) d'une immense usine textile en Inde, au plus près des ouvriers qui font tourner cette machine infernale qu'on dirait sortie d'une fiction post-apocalyptique. Rahul Jain parcourt les couloirs  […]

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mercredi 25 août 2021

American Pimp, de Albert Hughes et Allen Hughes (2000)

american_pimp.jpg, juil. 2021

"Priests need nuns, doctors need nurses, so whores need pimps" Autant dire qu'avec les inserts d'extraits de films de blaxploitation (Willie Dynamite, The Mack, Dolemite), la réalité et la fiction se mélangent dans un fracas de "bitch" et de "pimp" qui découpent une  […]

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vendredi 20 août 2021

Chronique du soleil à la fin de l'ère Edo, de Yûzô Kawashima (1957)

chronique_du_soleil_a_la_fin_de l-ere_edo.jpg, juil. 2021

Zizanie en maison close Il y autant de monde devant que derrière la caméra dans ce film choral faisant partie des rares comédies japonaises de la période classique — instinctivement on peut penser à Sazen Tange, le pot d'un million de ryos (Sadao Yamanaka, 1935) — dans laquelle on retrouve Shōhei  […]

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mercredi 18 août 2021

Hospital, de Frederick Wiseman (1970)

hospital.jpg, juil. 2021

Du vomi et des hommes Wiseman dans un format inférieur à 90 minutes, encore. L'objet de son documentaire, le destinataire de son regard : le Metropolitan Hospital de New York. Dans le prolongement de son précédent Law and Order consacré à la police de Kansas City, c'est l'exercice de la vie  […]

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