mardi 18 juin 2024

Graphic Sexual Horror, de Barbara Bell et Anna Lorentzon (2009)

graphic_sexual_horror.jpg, juin 2024
"The Michelangelo of bondage and torture."

N'étant pas un grand connaisseur des pratiques BDSM, le documentaire Graphic Sexual Horror a déjà à la racine un mérite important, celui de la documentation sérieuse sur des pratiques sexuelles souvent présentées dans des cadres parmi les plus sordides, à commencer par la cave d'un serial killer ayant connu une enfance tragiquement malheureuse. C'est un film qui avance en toute transparence, à commencer par son titre parfaitement explicite tiré de la page d'avertissements qui s'affichait quand on souhaitait accéder au site "insex.com", apparu à l'aube d'internet en 1997 et contraint de fermer pour des raisons financières à la suite de pressions exercées par le gouvernement américain dans le cadre du Patriot Act. C'est donc en partie une petite explication en images (vraiment très) explicites de personnes qui recherchent du plaisir par la douleur, la contrainte, et l'humiliation érotique, au moyen d'un espace en ligne qui proposait aux 35 000 adhérents des sessions en direct, entre autres, avec diverses interactions possible. Le premier stream bondage à la fin du XXe siècle, en quelque sorte. Et un documentaire à réserver aux âmes peu sensibles sur le sujet.

Mais cette composante éducative n'est pas représentative de l'ensemble. On pourra certes découvrir toute une gamme de pratiques pour le moins exotiques à base de cages en métal, de liens en cuir, de cuves en verre, et de tout un tas d'objets destinés à faire souffrir volontairement en suivant les termes d'un contrat parfaitement explicite entre les deux parties. Pourtant c'est assez rapidement le fonctionnement de l'entreprise et les portraits des différents intervenant(e)s qui prend le dessus, une fois la sidération passée, après le premier contact avec ces images dérangeantes (de mon point de vue en tous cas).

D'abord le fonctionnement : comment Brent "pd" Scott, un ancien professeur d'université apparemment passionné par ces pratiques depuis sa plus tendre enfance, s'est reconverti en créateur et animateur de insex.com (qui générait au faîte de sa gloire un chiffre d'affaires d'environ 2 millions de dollars chaque mois). Un personnage forcément intéressant, dont la personnalité, la créativité, la passion, le sens des responsabilités, la fascination pour son art et le sens des affaires s'esquisseront progressivement au cours du docu. Un homme ira même jusqu'à dire de lui que "no matter how fucked up he is as a person, is in my opinion the Michelangelo of bondage and torture"... Il suffit de le voir discuter avec la personne en charge des accessoires au sujet de différentes contraintes techniques pour susciter des sentiments très contrastés. Cette sensation ne s'éloignera jamais vraiment : on sait que l'on regarde des personnes consentantes, mais cela n'enlève rien à la réalité de ce qu'elles subissent.

Et c'est là qu'apparaît une thématique centrale, celle du consentement. Tout est censé être clean, et de fait sur le papier il n'y a rien qui dépasse, les contrats sont signés en bonne et due forme, les participantes témoignent leur volonté de se soumettre à diverses pratiques en exhibant carte d'identité et contrat. Probablement que beaucoup savent très bien à quoi elles s'exposent et sont sincères dans leur démarche. Mais peu à peu se dessine le contour d'une autre réalité, lorsque certaines femmes réagissent à chaud après une session live en avouant qu'elles se sont senties violées, qu'elles n'ont pas prononcé le fameux "safe word" (un mot spécial pour arrêter, puisque les "oh no please stop!" font partie du spectacle) de peur que le direct s'arrête et que leur contrat soit rompu. La question économique arrive très vite et finalement c'est bien ça le plus choquant dans Graphic Sexual Horror et ce n'est pas rien, étant donné la dureté de certaines images. Sans doute que la séquence la plus marquante n'a rien à voir avec des aiguilles, des seins maltraités, ni même avec des marques de flagellation : lors d'une session en direct, une participante nommée s4 fond en larmes, sanglots et hyperventilation, suite à un geste qu'elle n'avait pas anticipé — quand on connaît les contraintes économiques sous-jacentes, la scène prend une tournure vraiment terrible. En s'interdisant tout jugement moral mais sans laisser beaucoup d'angles morts, Barbara Bell et Anna Lorentzon ouvrent une boîte de Pandore sur le sujet et referment leur film avec beaucoup de questions aussi imprévues que fascinantes.

img1.jpg, juin 2024 img2.jpg, juin 2024 img3.jpg, juin 2024
(des screenshots softs)

lundi 17 juin 2024

Darkon, de Luke Meyer et Andrew Neel (2006)

darkon.jpg, juin 2024

"I’ve always felt like I was kind of born out of time" Je découvre au travers de Darkon un monde que je connaissais très peu et très mal : le LARP, ou "live action role-playing game", soit une activité rassemblant des dizaines voire des centaines de personnes pour s'adonner à un  […]

Lire la suite

jeudi 13 juin 2024

Pirates et Guerriers (忠烈圖, Chung lieh tu) de King Hu (1975)

pirates_et_guerriers.jpg, juin 2024

Opération côte nette Dans un référentiel tout à fait subjectif, les films de King Hu dans le registre des arts martiaux de Pirates et Guerriers sont de ceux qui articulent chorégraphie, mise en scène, narration et thématiques avec la plus grande aisance et la plus claire efficacité à l'échelle des  […]

Lire la suite

mercredi 12 juin 2024

African Marketplace, de Abdullah Ibrahim (1980)

African_Marketplace.jpg, mai 2024

Découvert à travers la bande originale du film de Claire Denis Chocolat, une musique Afro-Jazz très posée, très joyeuse, gorgée de sonorités heureuses enracinées dans la culture sud-africaine de Abdullah Ibrahim. Autour de lui un large ensemble de musiciens pour composer des morceaux  […]

Lire la suite

mardi 11 juin 2024

Blague

blague.jpg, juin 2024

Et là je leur dis « je serai le rempart contre l’extrême-droite » ! Guillaume Meurice  […]

Lire la suite

Melvin et Howard (Melvin and Howard), de Jonathan Demme (1980)

melvin_et_howard.jpg, juin 2024

"It says you can be anything you want to be if you'll just believe in yourself. And you believe in yourself - it's just the believing hasn't been enough to let you become what you believe you can be." Melvin et Howard est un de ces films en retard, caractéristiques d'une époque précise  […]

Lire la suite

lundi 10 juin 2024

Menus-Plaisirs - Les Troisgros, de Frederick Wiseman (2023)

menus_plaisirs_les_troisgros.jpg, juin 2024

Cuisine et descendance Wiseman et la cuisine : il y a comme une évidence à côté de laquelle j'étais passé jusqu'à présent. Lui qui a passé sa vie à scruter le fonctionnement de diverses institutions, à faire preuve d'un sens du détail exacerbé, à agréger des grandes quantités de matière première  […]

Lire la suite

vendredi 07 juin 2024

Xala, de Ousmane Sembène (1975)

xala.jpg, mai 2024

D'une oppression à l'autre Un autre regard sénégalais porté sur la décolonisation par Ousmane Sembène, écrivain avant d'être cinéaste. Dans un style très différent de Camp de Thiaroye qui, bien que réalisé 13 ans plus tard, comportait / comportera beaucoup plus de maladresses dans l'interprétation  […]

Lire la suite

- page 1 de 167

Haut de page