dimanche 19 mai 2024

Mes petites amoureuses, de Jean Eustache (1974)

mes_petites_amoureuses.png, avr. 2024
Chronique adolescente du sud-ouest

L'avantage de s'être durablement exposé aux méthodes de Bresson (pour le meilleur) et Rohmer (pour le pire), c'est que le style narratif très particulier de Mes petites amoureuses, avec ses saynètes discontinues qui s'enchaînent, sa voix off particulièrement erratique, et sa direction d'acteur toute en théâtralité contenue concernant Martin Loeb dans le rôle principal de Daniel, paraît très abordable. Ce dernier marche dans les pas d'un Jean-Pierre Léaud jeune, entreprenant, maladroit, émouvant, et au travers de sa rencontre avec le monde des adultes et de sa découverte de la sexualité, alimente un portrait très attachant des premiers remous de l'adolescence. Ballotté entre la campagne bordelaise bienveillante avec sa grand-mère et le monde plus dur de sa mère habitant à Narbonne, il donne l'occasion d'observer une chronique un peu triste en plusieurs fragments de désillusion, à différents degrés de violence et d'amertume.

Mais clairement il faut franchir le premier palier de l'interprétation atone généralisée, voire l'apprécier pour les plus déviants d'entre nous. Une fois cette étape acquise (moins difficilement que les références citées précédemment, il faut reconnaître), la formule peut alors délivrer tout son potentiel, toute son ironie, et tout son charme. Eustache embraye très vite sur cette façon d'allier les véritables tressaillements existentiels propres à l'adolescence (et en particulier la découverte du corps de l'autre) et les passages à caractère presque burlesque (l'une des premières scènes raconte l'éveil du désir à l'église). En ce sens on n'est absolument pas surpris de voir débarquer Maurice Pialat en tant qu'acteur dans un rôle aussi minuscule que mémorable, à un moment où le garçon est confronté au monde du travail (forcé par sa mère en l'occurrence, qui l'a sorti de l'école) pour en constater les rapports de force et les déséquilibres.

Toutes ces précautions prises, le format de la chronique (avec des scènes qui s'interrompent et qui se succèdent un peu brutalement en termes de montage) adopté par Eustache correspond très bien aux réminiscences de l'adolescence, aux souvenirs parcellaires qui se structurent autour de quelques moments marquants. Des élans joyeux pour la découverte des sentiments (voire parfois des simples gestes, presque mécaniques, par reproduction) aux impasses marquées par leur amertume (un désespoir doux mais tenace rôde partout dans Mes petites amoureuses), c'est un film qui évoque le désenchantement adolescent dans tout ce que le sentiment a d'universel, et en prime avec une rare authenticité.

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vendredi 17 mai 2024

ITEKOMA HITS, de Otoboke Beaver (2019)

itekoma_hits.jpg, avr. 2024

Du Punk hardcore japonais complètement décomplexé, basé sur un quatuor féminin spécialiste en matière de beuglements aigus. De la musique ultra simpliste, très accessible, qui n'invente absolument rien de neuf, mais qui travaille son côté bourrin avec joie et sincérité. Les riffs de guitare /  […]

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jeudi 16 mai 2024

Béhémoth - Le Dragon noir (悲兮魔兽, Bei xi mo shou), de Zhao Liang (2015)

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Des prairies de pâturées aux villes-fantômes. D'entrée, avec son sens esthétique aiguisé, sa contemplation des horreurs humaines sur fond de paysages magnifiques, son attachement à décrire un aspect peu reluisant de l'exploitation des travailleurs, Béhémoth - Le Dragon noir rentre immédiatement  […]

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mercredi 15 mai 2024

Happiness of Us Alone (名もなく貧しく美しく, Na mo naku mazushiku utsukushiku), de Zenzō Matsuyama (1961)

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Surdité et ténacité La dure condition du couple ou de la famille dans le Japon d'après-guerre qui se bat pour vivre dignement, ce n'est pas un sujet particulièrement nouveau au début des années 1960. En revanche, le traitement de ce thème à travers le prisme de deux amants sourds-muets l'est bien  […]

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mardi 14 mai 2024

Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential), de Phil Karlson (1952)

quatrieme_homme_A.jpg, avr. 2024

"It don't take no big thinking to figure a couple of guys like us ain't in this bananaville on a vacation!" Le film noir a été le support par excellence de l'enquête policière, il me semble, au cours des années 1940 et 1950 : avec ses archétypes et sa ligne de démarcation très nette entre  […]

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lundi 13 mai 2024

The Challenge, de Yuri Ancarani (2016)

challenge.jpg, avr. 2024

Concours de fauconnerie et étalage de richesses au milieu du désert Aparté n°1 : premier film au format long de la part de Yuri Ancarani que je vois, le plus récent également, et très clairement il n'arrive pas à égaler ses brillants courts documentaires que sont Da Vinci (un système d’opération  […]

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lundi 06 mai 2024

The Bubble, de Valerie Blankenbyl (2021)

bubble.jpg, avr. 2024

Maintien acharné d'une illusion Sous un certain angle, Valerie Blankenbyl et son équipe montre dans The Bubble une ville certes artificielle, construite à quelques dizaines de kilomètres d'Orlando en Floride sur des terrains certes obtenus par prédation immobilière, peuplée de plus de 150 000  […]

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jeudi 02 mai 2024

Story of a Junkie (Gringo), de Lech Kowalski (1985)

story_of_a_junkie.jpg, avr. 2024

Dope Sick Love Les encarts initiaux ne mettent pas en confiance, description aussi rapide que (presque) sensationnaliste du sujet qui va occuper Story of a Junkie, à savoir le quotidien d'un gros camé zonant dans les rues mal famées de New York au milieu des années 1980 — autant dire qu'il ne  […]

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