Le personnage de Steve Buscemi, réalisateur novice se démenant pour financer son premier film alors qu'il n'arrive pas à payer son propre loyer, dégage quelque chose de très attachant. Le capital sympathie ne provient pas uniquement de l'acteur lui-même, très à l'aise dans ce rôle de new-yorkais un peu paumé et entraîné dans différentes péripéties de voisinage. Il ne provient pas non plus du formalisme très "cinéma indépendant états-unien des années 1990" adopté par Alexandre Rockwell, qui pour le coup souffre de certains signes de vieillesse prématurée : disons qu'on sent un peu trop fortement les influences affichées voire revendiquées, entre le style de production d'un John Cassavetes (dont il a repris un acteur fétiche en l'occurrence, Seymour Cassel) et le côté très indie cool d'un Jim Jarmusch (qui fait en outre une petite apparition dans le rôle d'un réalisateur de télévision travaillant pour l'émission "The Naked Truth" et interviewant des auteurs à poil).
Non vraiment ce sont les déboires d'Aldolpho Rollo (Buscemi) pour accéder à son rêve de mettre en scène son scénario qui font tout le charme potentiel de In the Soup. Ça ainsi que l'alchimie bizarre qui se met en place avec Joe (Cassel), un vieux mafieux uber cool au sourire ravageur qui le prend sous son aile sans qu'on sache trop pourquoi, prêt à devenir le producteur de son film. Il y a aussi une galerie de portraits assez émouvants au sein de la cohorte de personnages secondaires, parfois touchants, parfois délirants, à commencer par le duo de mafiosis peu recommandables chargé de collecter les loyers dans l'immeuble qui finira tout doux après avoir rencontré Joe et ses pouvoirs de persuasion, la voisine (interprétée par Jennifer Beals) dont le héros tombe forcément amoureux, ainsi qu'une petite troupe de têtes connues plus ou moins psychopathes — Stanley Tucci, Sam Rockwell, Will Patton.
Quelques accès de loufoque égayent de temps en temps le tableau, comme cette évocation surréaliste de Dostoïevski et Nietzsche, hanté par les trajectoires de losers parfois particulièrement pathétiques. Quelques micro-séquences particulièrement réussies, comme les apparitions du personnage de Sam Rockwell, le passage hors du temps sur la plage, une petite expression sur le visage subjugué de Buscemi en plein crush sur sa voisine... On cite explicitement du Godard et du Tarkovski, de manière très détachée, mais le protagoniste se retrouve constamment malmené (voire condamné) par la trivialité de son existence, incapable de réaliser que c'est bien cette rencontre avec Joe qui devrait constituer la base la plus importante de son inspiration artistique.









Dernières interactions
Avec quelques années de décalage... j'ai enfin posé les yeux sur "Les…
03/06/2026, 16:14
@iakoi iaksa Je suis tombé sur Hundreds of Beavers, gros OVNI en effet hahahaha.…
27/04/2026, 21:28
Oui c'est tout à fait ça, c'est avant tout une chronique d'un quotidien avec des…
11/04/2026, 15:14
Hey salut Nicolas ! Merci à toi pour ce retour, et oui, j'ai désormais hâte de…
11/04/2026, 15:09
Souvenir un peu flou de ce film vu il y a bien longtemps… Sans doute parce qu'il…
11/04/2026, 10:30
Premier contact électrique avec la carrière du cinéaste Keisuke Kinoshita me…
11/04/2026, 10:09