Je dois avoir un penchant pour les films de science-fiction dans l'espace qui travaillent la thématique de la solitude, en tous cas sur ce créneau les productions d'envergure modérée parviennent à captiver mon attention et à susciter des émotions de manière assez surprenante. Le dernier en date, de mémoire, c'était Le Passager n°4 (Stowaway) de Joe Penna. Et voilà qu'une production biscornue d'origine ukrainienne débarque sur ce terrain, le long d'un parcours de près de 10 ans malmené par différentes crises, entre le covid en 2020 et la guerre avec la Russie depuis 2022 — parmi les différents membres de l'équipe ayant fait leur service militaire, le responsable des effets spéciaux est mort au front.
L'exercice de style est en tout état de cause assumé de bout en bout, avec un casting qui se résume à un personnage interprété par Volodymyr Kravchuk pendant 99,99% du film : une sorte de camionneur spatial en charge de transporter des déchets radioactifs à l'autre bout de la galaxie pour les expulser vers Callisto, une des lunes de Jupiter. Le scénario est partagé entre des notes originales et bien ficelées d'un côté, à l'instar de de cette image d'ouvrier néo-prolétaire de l'espace qui semble contraint à la réalisation des tâches d'éboueur du futur par une administration autoritaire, et des passages sous-écrits assez faibles (surtout en introduction et en conclusion à vrai dire, que ce soit dans la description des explosions nucléaires qui anéantissent la Terre dans les 5 premières minutes ou dans le voyage en taxi-fusée-déchet dans les 5 dernières). Mais le reste de l'intrigue, qui s'attache à décrire les conditions de vie du pilote dans son vaisseau qui pense être le seul survivant de la galaxie avant d'entendre sur sa radio une autre rescapée située à l'autre bout du système solaire ou presque, est exécutée avec une application très appréciable.
L'ambiance est travaillée dans de nombreuses directions artistiques différentes : les quelques effets spéciaux participent à l'immersion dans le vaisseau et dans l'espace, l'habillage sonore et musical apporte sa touche d'originalité à l'aide de vieux tubes ukrainiens (entre autres, car on relève aussi du Desireless et une référence au mètre-étalon de Kubrick, 2001, l'Odyssée de l'espace, à travers l'utilisation de Also sprach Zarathustra de Richard Strauss), et la gestion de la solitude ainsi que ses interactions avec un robot m'ont rappelé les bons moments de Moon avec Sam Rockwell. Je reste légèrement circonspect quant au recours à un twist et son contre-twist dans le dernier tiers, mais malgré tout la gestion des émotions apparaît comme agréablement maîtrisée.






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