Deuxième film en couleur de Masumura que je vois, peu de temps après Tatouage (1964), mais manifestement La Berceuse de la grande terre appartient à un tout autre registre même si on reste dans le mélodrame (mais bon, Masumura a-t-il déjà fait autre chose ?). La décennie 1970s apporte quelque chose d'un peu particulier à son style, à la toute fin de sa carrière — il réalisera seulement trois autres films après celui-là.
Énième variation sur le thème de la tragédie d'une femme, ici en l'occurrence une jeune fille que l'on suit de ses 13 ans à ses 16 ans, tandis qu'elle découvre les comportements humains parmi les plus vils, après la mort de la vieille femme qui s'occupait d'elle, après avoir été vendue à une maison close par un homme à qui elle a eu le malheur de faire confiance. On pourra reconnaître le grand talent d'actrice de Mieko Harada dans la composition de ce portrait, que ce soit dès le début en orpheline sauvage vivant en autonomie et en toute naïveté, ou dans la descente aux enfers qu'elle endurera en matière de déchéance morale, au contact de la prostitution. Masumura insiste longuement sur le système d'exploitation que constitue le bordel perdu sur une île (formant une sorte de prison), avec bien sûr de manière frontale l'exposition aux rapports sexuels sous le signe de la soumission, mais également un joli cocktail de comportements abjects au sein desquels la solitude reviendra la frapper régulièrement.
Seules quelques rares accalmies sont à noter, mais elles sont marquantes : que ce soit le passage avec Meiko Kaji dans le rôle d'une femme bienveillante recueillant Rin lors de ses premières règles, ou bien les flashforwards la montrant apparemment libérée dans une tenue bouddhiste, ces moments contrastent tout particulièrement avec son quotidien sordide. On reconnaît Masumura à quelques effets de style bien tranché, à l'image de la figuration d'un état de stress post-traumatique final résumant l'ensemble des sévices subis au cours des dernières années sous la forme d'un montage éclair. Rude conquête de l'indépendance et rude traversée d'un monde impitoyable, qui se termine sur une note bien amère.








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