Le sujet suffit à lui seul à susciter une certaine fascination : La Chute d’Otrar raconte les événements du début du XIIe siècle qui ont conduit au siège et à la chute de cette ville située au sud de l'actuel Kazakhstan, alors qu'elle constituait jusque-là un important carrefour culturel et commercial. Elle occupait une position stratégique sur la route de la soie, au carrefour entre la Chine, la Perse et le monde méditerranéen, et avait permis le développement d'un pôle intellectuel islamique conséquent. Au cours des deux siècles précédents, Otrar appartenait à l'empire des Khwarezmiens, une puissance musulmane d’Asie centrale caractérisée par sa dimension fortifiée imposante — qui sera illustrée avec beaucoup d'éloquence lors de la dernière séquence de bataille.
Le réalisateur soviétique (mais bientôt kazakh) Ardak Amirkoulov prend le parti de détailler les tensions politiques, les rivalités internes et la gestion très autoritaire du pouvoir qui peuvent expliquer la défaite lors du conflit avec Gengis Khan. C'est à ce titre un film très long (près de 3 heures) mais pas forcément lent, structuré de manière habile par le fil rouge de son personnage principal, Undzhu, témoin de tous les événements. Une première partie conséquente est consacrée à la constitution d'un tableau géopolitique, la toile de fond qui permet de se familiariser avec la culture et les coutumes locales (peu avares en pratique de la torture il faut dire) et de bâtir les fondations de l'épopée historique. Une première moitié vraiment passionnante, mise en scène dans une certaine tradition de scénographie soviétique de l'époque, avec cette oscillation entre sépia et couleurs hypnotiques.
Puis un élément déclencheur majeur, fait historique décisif de 1218 : une caravane commerciale envoyée par Gengis Khan et comptant plusieurs centaines d'hommes est arrêté à Otrar par le gouverneur, qui les accuse d’espionnage, fait exécuter les marchands et confisquer leurs biens. Et lorsque Gengis Khan exige ensuite réparation diplomatique en envoyant des ambassadeurs, l'un est mis à mort tandis que les deux autres sont renvoyés avec le crâne rasé... Il n'en fallait pas autant pour déclencher une guerre, aboutissant au siège de la ville pendant plusieurs mois — magnifiques séquences montrant l'assaut des troupes mongoles sur la forteresse dans cet environnement désertique battu par le sable et les vents. Un décor vraiment écrasant, qui finira par ensevelir les lieux pour en faire une ville-fantôme. Et on gardera vraiment longtemps en tête autant les panoramas majestueux que les épisodes de violence, avec une attention particulière sur la période du siège et sur le sort réservé aux vaincus. La mise à mort du chef déchu par injection in vivo de métal en fusion pour réaliser son masque mortuaire, je ne suis pas prêt de l'oublier.











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