La ballade country composée et interprétée par Kris Kristofferson, "Help Me Make It Through the Night", traverse le film, persiste longtemps après, et contribue discrètement à cette mélancolie tenace qui semble faire partie de sa constitution. On est au tout début des années 1970, Jeff Bridges a 23 ans et en paraît 5 de moins, Stacy Keach a 31 ans et en paraît 20 de plus. La ville californienne de Stockton sert de décor à ces États-Unis de seconde zone, petite bourgade de quelques milliers d'habitants aux regards aussi usés que les silhouettes. Fat City n'est pas à proprement parler un film sur la boxe, mais le milieu de la boxe amateur sert de toile de fond à ce récit de déshérités. Un peu comme si une fiction avait pris racine dans l'univers de la salle du Texas explorée par Wiseman dans son docu Boxing Gym. Ici, Keach incarne Billy Tully, une ancienne gloire à qui on avait fait miroiter une brillante carrière, et à laquelle il croit encore toujours un peu ; en attentant, le temps est passé, sa femme l'a quitté, et les premières minutes le montrent perdu dans l'alcool et les illusions perdues. Par hasard il rencontre Ernie Munger (Bridges), un jeune boxeur fougueux qu'il oriente vers son ancien manager afin de le lancer dans une carrière sportive.
Sur la base de ces prémices, on pourrait croire à une histoire d'amitié entre les deux hommes, sur fond de coups durs et d'existences cabossées. Mais pas du tout, La Dernière Chance est avant tout un bal de solitudes dans lequel les personnages masculins et féminins traînent péniblement leurs carcasses de bars poisseux en bars poisseux, de rings miteux en rings miteux.
Rien ne dure longtemps dans ce coin paumé, les relations professionnelles, les amitiés, les romances, les espoirs. Pour mettre en scène ces relations comme condamnées par un caractère éphémère inéluctable, John Huston déploie une tendresse extrêmement éloquente. On enchaîne les combats dérisoires et pourtant il y a quelque chose de bouleversant au sein de chacun d'entre eux. Il y a ce type aussi amoché que le protagoniste qui pisse du sang avant le combat, et on imagine une existence parallèle tout aussi misérable, juste en dehors du champ. Il y a cet entraîneur (Nicholas Colasanto) qui ne peut compter que sur des promesses d'avenir meilleur pour donner à ses protégés la force de continuer — en attendant, il capte l'essentiel des maigres bénéfices lorsqu'une victoire survient. Le personnage de Bridges aurait dans cette optique gagné à être un peu plus étoffé, lui qui enchaînait les rôles pertinents à l'époque : l'adolescent paumé de La Dernière Séance (Peter Bogdanovich, 1971), le déserteur hors-la-loi pendant la guerre de Sécession dans Bad Company (Robert Benton, 1972), ou encore le jeune aventurier de Thunderbolt and Lightfoot (Michael Cimino, 1974).
Et puis il y a toute la débrouille à laquelle le boxeur en fin de carrière doit consentir pour payer sa chambre louée et ses bouteilles de whisky : c'est notamment l'occasion de nombreuses virées dans les champs et les vergers pour un salaire de misère, à ramasser des oignons ou à bêcher sous un soleil de plomb. Huston parvient à capter admirablement bien ces moments de solitude terrible. La relation avec Candy Clark, pilier de comptoir en attendant que son mari sorte de prison, aussi paumée que le héros, est d'une tristesse terrifiante. Les fameux "You can count on me right down the line" répétés sous l'effet de l'ivresse... Les moments de désespoir, bien que nombreux, contribuent à un climat de chronique blindée d'amertume qui ne se soldera ni dans un happy end ni dans une grande tragédie. Juste un regard sur l'échec, le temps qui passe, et la jeunesse qu'on essaie futilement de rattraper.









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