Le monde de la cuisine italienne professionnelle comme un carrefour thématique d'une étonnante diversité et d'une surprenante complexité : Big Night occupe une place de choix dans la section relative aux bizarreries cinématographiques relativement maîtrisées. C'est un film qui appartient au grand registre ciné-culinaire mais dont la part relative à la cuisine reste disons un tremplin pour aborder d'autres sujets, et ce quand bien même l'essentiel de l'action se déroulerait à l'intérieur du restaurant — tenu par Tony Shalhoub et Stanley Tucci incarnant deux frères Primo et Secondo, le premier davantage orienté vers la gastronomie et le second vers les affaires. C'est un projet qui devait tenir à cœur à Tucci, lui qu'on retrouve du côté de l'interprétation, de la réalisation (avec Campbell Scott) et de l'écriture (aux côtés de Joseph Tropiano).
Grand numéro d'acteurs d'ailleurs, par lesquels le courant passe de manière prioritaire : c'est eux qui donnent vie au restaurant (et surtout à ses cuisines), et c'est au travers de leurs denses interactions que tout le sous-texte familial et toutes les racines italiennes sont véhiculées. Chemin faisant, on délaisse peu à peu les problématiques propres à la préparation des plats et à l'équilibre financier (même si elles resteront en filigrane du début à la fin) pour se déplacer sur un terrain connexe, beaucoup plus émouvant, ayant trait à la relation entre les deux frangins, aux tentatives répétées (et presque désespérées) de suivre leur plus grande passion, et aux innombrables obstacles qui se dressent sur le chemin de la réalisation d'un tel projet. Dans le paysage, on remarque notamment Ian Holm dans le rôle d'un concurrent particulièrement enflammé et Isabella Rossellini communiquant entre les deux pôles.
Pour accompagner ce geste, le scénario alimente un arc narratif assez singulier : l'organisation d'un banquet fastueux pour célébrer l'arrivée d'un chanteur très renommé dans la région, l'occasion de susciter la curiosité d'un grand nombre de personnes, de faire culminer les réservations, et de renflouer les caisses — au détriment d'un autre restaurant italien, totalement opposé en termes de principes : en gros, la cuisine italienne authentique et intègre contre la cuisine italienne corrompue par les attentes du public états-unien. Sauf que l'invité d'honneur à l'origine de la grande cérémonie prend vraiment son temps pour arriver... Dans le même temps, Big Night sera parvenu à formuler pas mal d'observations pertinentes sur le processus créatif, sur les failles de l'American Dream, sur les rapports au sein d'un fratrie, sur la trahison, et sur les difficultés de mener à bien un projet professionnel que l'on chérit autant.
Et au passage, une des meilleures scènes de fin, sans dialogue, avec une omelette de la communion partagée entre les deux frères.







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