samedi 07 mars 2026

La Sentinelle, de Arnaud Desplechin (1992)

sentinelle.jpg, 2026/01/19
Étude de tête

Aux origines de la carrière d'Arnaud Desplechin, on peut donc trouver ce curieux premier long-métrage étrangement hybride, contenant des maladresses assez classiques en matière de premières expérimentations, mais mêlant habilement des registres aussi disparates que la chronique d'une jeune bourgeoisie parisienne, le thriller d'espionnage durant la Guerre froide, et la romance impossible teintée d'étude sociale. Cette association d'ingrédients paraît improbable de prime abord mais la tambouille opérée dans La Sentinelle les incorpore progressivement, en partant d'une atmosphère ouvertement mystérieuse, pour évoluer vers un pragmatisme surprenant entre les deux blocs est / ouest au début des années 1990.

Emmanuel Salinger interprète le personnage central d'un étudiant en médecine et fils de diplomate entraîné malgré lui dans une affaire dont il ne cerne aucun des enjeux dans un premier temps. Lors d'un voyage en train entre Allemagne et France, prétextant une incohérence de visa, un homme menaçant aux intentions indéterminées le menace dans un wagon avant de disparaître. Un peu plus tard, dans sa chambre d'hôtel, il découvrira une tête humaine momifiée, le laissant dans un état second avant de reprendre ses esprits et s'engager on ne sait pas trop pourquoi (probablement le point faible du film, en déficit de contextualisation psychologique au sujet de la non-restitution immédiate à des autorités) dans la recherche de l'identité du défunt. Une enquête qui passera autant par les laboratoires de la médecine légale, exploitant opportunément le cadre de ses études, que par les agents de la DGSE, l'exécution froide et analytique d'un agenda politique, et une recherche de la vérité aux relents allégoriques partagés entre l'insoupçonné et le maladroit.

Rétrospectivement c'est amusant de voir cette nuée d'acteurs relativement jeunes composer ces cercles bourgeois de la capitale chez Desplechin, lui qui y consacrera plus tard une large part de sa filmographie — dans un style radicalement différent plus frontalement néo-Nouvelle vague. On croise notamment Thibault de Montalembert, Valérie Dréville, Marianne Denicourt, Emmanuelle Devos, Jean-Louis Richard, Philippe Laudenbach, Louis-Do de Lencquesaing, Jeanne Balibar (si l'on est très attentif), et même Mathieu Amalric dans un petit rôle parmi les étudiants médecins légistes. Dans cet univers le protagoniste passe par différentes étapes, presque autant de récits d'apprentissage sur l'amitié et l'amour, puis le mode opératoire des agents secrets impliqués dans un réseau d'ingénieurs russes passés à l'ouest, avant de clore sur une réflexion plus ésotérique sur les conséquences de la chute du mur de Berlin et le devoir de mémoire.

Malgré toutes les faiblesses de certains gestes un peu trop sûrs, c'est un film long au rythme lent qui se suit agréablement, que ce soit pour les pérégrinations de son personnage principal (dont on ne perçoit pas immédiatement la finalité) ou pour le propos plus général sur le climat politique de l'époque. Curieuse disposition, aussi, qui consiste à suivre avec une précision toute clinique les différentes étapes de l'analyse biologique des tissus humains conservés sur ces restes de décapitation. Ambiance bizarre garantie.

img1.jpg, 2026/01/19 img2.jpg, 2026/01/19 img3.jpg, 2026/01/19 img4.jpg, 2026/01/19 img5.jpg, 2026/01/19

mercredi 04 mars 2026

Left-Handed Girl (左撇子女孩, Zuopiezi nuhai), de Shih-Ching Tsou (2025)

left_handed_girl.jpg, 2026/01/19

Taipei Story Le duo de scénaristes Shih-Ching Tsou et Sean Baker avait déjà collaboré au début des années 2000 en co-écrivant et co-réalisant Take Out, chronique du quotidien d'un immigré new-yorkais chinois travaillant comme livreur de repas dans des conditions précaires, sujet à divers problèmes  […]

Lire la suite

samedi 28 février 2026

L’Attestation — Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, de Théo Boulakia et Nicolas Mariot (2023)

attestation.jpg, 2026/01/18

Se souvenir de cette parenthèse d'auto-autorisation et d'obéissance de masse Le confinement du printemps 2020 que l'on a tous connu au début de la pandémie constitue une expérience sociale d'une ampleur aussi conséquente que la diversité des analyses sociologiques que l'on pourrait conduire sur des  […]

Lire la suite

lundi 16 février 2026

À 2000 mètres d'Andriivka (2000 метрів до Андріївки, 2000 metrіv do Andrіїvki), de Mstyslav Tchernov (2025)

a_2000_metres_dandriivka.jpg, 2026/01/06

Horreur et trivialité de la contre-offensive L'autre film de Mstyslav Chernov, 20 Jours à Marioupol, chronique d'un hôpital croulant sous les morts et les blessés en période de siège en 2022, m'avait moyennement convaincu, la faute à un déficit d'enjeux cinématographique sur le plan de la  […]

Lire la suite

jeudi 12 février 2026

Walker Evans, Dorothea Lange & les photographes de la Grande Dépression, de Thierry Grillet (2017)

walker_evans_dorothea_lange.jpg, 2026/02/08

Les racines de la colère Excellente compilation photographique du début du XXe siècle, essentiellement focalisée autour des années 1930 états-unienne et de la Grande Dépression. Tout est maîtrisé dans cet ouvrage supervisé par Thierry Grillet : le format (presque carré, autour de 30 cm) rend  […]

Lire la suite

mercredi 04 février 2026

Robot Stories, de Greg Pak (2003)

robot_stories.jpg, 2026/01/19

Réflexions robotiques Exercice de style baroque, très typé cinéma indépendant états-unien des années 2000, confectionné à partir de bouts de ficelles mais débouchant sur une anthologie plutôt honorable sur des thématiques de science-fiction ayant trait de près ou de loin aux robots. Un film composé  […]

Lire la suite

lundi 02 février 2026

Love (Women in Love), de Ken Russell (1969)

love.jpg, 2026/01/06

"There's a lust for passion and a greed for self-importance in love." Très curieux et intéressant film de début de carrière de Ken Russell, tout comme à peu près tout ce qu'a pu réaliser le cinéaste britannique au demeurant, invariablement original et intrigant à défaut de convaincre  […]

Lire la suite

samedi 31 janvier 2026

The Movie Orgy, de Joe Dante (1968)

movie_orgy.jpg, 2026/01/06

Orgie de bisseries 50s On est vraiment plus proche du délire potache d'étudiants que du long-métrage original à proprement parler, étant donné que The Movie Orgy se présente comme un travail de montage conséquent, agrégeant des centaines de films, publicités, émissions, cartoons et autres produits  […]

Lire la suite

- page 1 de 198

Haut de page