mardi 27 janvier 2026

America at Work. Lewis W. Hine, de Peter Walther (2018)

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Des regards et du travail du début du XXe siècle

Je suis toujours partagé concernant ces recueils photographiques dans des formats intermédiaires comme celui-ci, à mi-chemin entre la carte postale minuscule, peu respectueuse du travail mais peu onéreuse, et le plein format presque A3 poussant à dévaliser une banque pour se le procurer. En tous cas, il me semble que pour un travail de cette ampleur et de cette importance, un format proche du A4 aurait été un minimum, surtout de la part de Taschen, ne serait-ce que pour éviter les coupures médianes des clichés exposés sur deux pages.

Cela étant dit, c'est une excellente compilation de plusieurs centaines photographies généreusement contextualisées de Lewis W. Hine, pionnier de la photo documentaire du début du XXe siècle consacrée au travail. Une petite dizaine de chapitres structurent les 500 pages, et c'est clairement le travail des enfants qui occupent la plus grande partie, divisé en deux sections, côté ville / usines et côté campagne / champs. En comparaison, les thèmes Ellis Island (immigration), Europe 1918/1919 (conséquences de la guerre), ou encore Empire State Building (chantier de construction) paraissent presque survolés, mais c'est à mettre au crédit de l'incroyable effort pour documenter le sort des gamins du début du siècle dernier, en sachant que Hine avait pour objectif affiché de contribuer à dénoncer ces conditions et à faire évoluer la législation. Réussite totale de ce point de vue-là, l'immersion est saisissante même un siècle plus tard.

Franchement, on ne compte plus les clichés d'enfants ouvriers qui s'impriment sur la rétine. Tout un pan de la vie ouvrière s'ouvre à nous, des filatures de coton aux mines de charbon en passant par le travail dans les champs et les ventes de journaux dans la rue dès 4 ans. Il n'y a pas forcément besoin d'en arriver aux photos de mutilés divers et fréquents pour ressentir des émotions aiguës, entre les regards vifs, les haillons crasseux, et les gueules salies déjà particulièrement marquées chez des enfants qui n'ont même pas 10 ans. Un travail fondateur et remarquable.

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lundi 26 janvier 2026

Manthan (The Churning), de Shyam Benegal (1976)

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Producteurs laitiers de toutes les contrées, unissez-vous

Qui aurait pu croire qu'un film sur l'organisation des coopératives laitières indiennes et les luttes qu'elles ont menées pour se développer dans les contrées reculées de l'Inde rurale puisse aboutir à une film aussi stimulant et divertissant... Et en ce milieu des années 1970, Manthan (qui signifie littéralement barattage, l'opération qui transforme la crème de lait en beurre) coche une autre case aussi improbable que réjouissante : en quelque sorte aux racines du crowdfunding, le film a pu voir le jour grâce aux contributions de 500 000 fermiers du Gujarat — la région d'Inde située le plus à l'ouest.

Les prémices sont relativement simples : un médecin vétérinaire, le docteur Rao, débarque en train dans un village isolé de tout avec pour objectif la mise en place d'une coopérative laitière, donc, afin d'améliorer les conditions de vie des fermiers, jusque-là maltraités. Ses intentions ont beau être nobles et entièrement fondées sur le bien-être des habitants, il se heurtera à différents obstacles plus ou moins conséquents et frontaux : les notables locaux, d'abord, qui voient forcément d'un très mauvais œil ce début de fédération des miséreux en route vers l'autonomie (et qui sait, un jour, peut-être l'indépendance et le libre arbitre !), mais aussi les villageois eux-mêmes, dans un premier temps très méfiants envers ce citadin débarqué chez eux en costume et leur donnant des conseils qui ressemblent de loin à des ordres.

Un schéma politique et social très intéressant, dans les bouleversements provoqués par cet inconnu (Girish Karnad dans le rôle principal) qui menace l'équilibre bien établi jusqu'alors et qui profitait confortablement aux intermédiaires usuriers, mais aussi dans le décor de société féodale qui enserre tout le village — le sort des dalits et le système de castes sont forcément beaucoup évoqués. Une composante dramatique et romantique portée par le personnage d'une femme pauvre, interprétée par Smita Patil, complexifie agréablement les enjeux, au même titre que le versant quasi-documentaire sur les éleveurs-producteurs de lait et le discours (certes un brin didactique) sur la nécessité pour les classes opprimées à se saisir de leurs combats.

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samedi 24 janvier 2026

The Mastermind, de Kelly Reichardt (2025)

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“You’re not made for human eyes.”

On n'y croit vraiment pas longtemps au sérieux de l'entreprise qui consisterait à prendre The Mastermind pour un heist movie sérieux et premier degré, avec options cambriolage d'un musée et vol de tableaux. Et il faut reconnaître à Kelly Reichardt un talent certain dans la confection d'une atmosphère très particulière, allant bien au-delà de la simple reconstitution — réussie au demeurant — de la période des 1970s états-uniennes. Une atmosphère dédiée au comportement de son protagoniste, interprété par Josh O'Connor (vu tout récemment dans Wake Up Dead Man - Une histoire à couteaux tirés, un acteur au charme curieux), navigant avec hésitation dans son univers perdu quelque part entre assurance et maladresse, entre planification supposément millimétrée d'un casse artistique et mise en œuvre grossière pétrie d'imprévus et de gestes amateurs.

C'est donc un peu de la même façon que Reichardt s'était servie de la toile de fond du western pour First Cow (et dans une certaine mesure pour Meek's Cutoff aka "La Dernière Piste" en France) sans investir le registre de manière attendue : ici, bien que l'incursion délictuelle des bras cassés accessoirement voleurs au sein du musée traînera des conséquences jusqu'à la toute fin du film, ce n'est qu'un prétexte pour laisser à la réalisatrice tout le soin de développer son style, à la fois tranquille et observateur, avec pour objectif le portrait de ce père de famille sans morale et sans scrupules. Le genre à abandonner ses jeunes enfants dans un centre commercial pour la journée, le temps d'aller faire son petit larcin et son petit trafic d’œuvres d’art. À ce titre, la mise en scène du casse fait beaucoup penser à du Wes Anderson avec son sens du détail, ses plans fixes, ses imprévus à effets comiques, et ses cadrages.

The Mastermind brille par sa capacité à dépeindre une banlieue comme anesthésiée du Massachusetts, avec d'un côté Josh O'Connor et ses déboires interminables (figure de proue des pieds nickelés du cambriolage, cavale marquée par les rejets successifs de ses proches, même si le cortège de personnages secondaires participent également à cette ambiance, avec Alana Haim en épouse délaissée et John Magaro en ancien pote) et de l'autre le tableau de l'époque (guerre du Vietnam, mouvement pour les droits des femmes). Le film vire en réalité rapidement à la chronique d'une déchéance et d'une incompétence, peuplée de séquences mi-comiques mi-navrantes dans lesquelles le héros fait prendre des risques inconsidérés à ses proches — mais il subira lui-même le résultat de ce manque de lucidité et d'empathie lorsque la violence policière le punira en conclusion : il aurait mieux fait de lever les yeux que de voler l'argent d'une petite vieille. Un film d'ambiance, clairement, qui fonctionne bien mieux à ce niveau que dans son intrigue un peu (et bien que volontairement) amorphe.

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mercredi 21 janvier 2026

Je sais où je vais (I Know Where I'm Going!), de Michael Powell et Emeric Pressburger (1945)

je_sais_ou_je_vais.jpg, 2026/01/06
Voyage aux Hébrides

Manifestement I Know Where I'm Going! n'est pas la réalisation la plus élaborée du duo Michael Powell et Emeric Pressburger, mais pourtant elle jouit d'un charme romantique (et légèrement comique) qui a fini par m'envoûter dans des proportions que je n'ai pas du tout su anticiper. Tout commence comme une comédie un peu décalée avec la protagoniste Joan voyageant en direction des Hébrides écossaises : elle quitte Londres et sa vie de fille de banquier en train, dans le but de rejoindre son futur mari sur l'île de Colonsay (appelée Kiloran dans le film) et de nombreux gags visuels rythment cette partie peu trépidante du voyage. Suite à des péripéties diverses, elle atterrit sur l'île voisine de Mull, contrainte d'y séjourner un temps indéterminé, dans l'attente d'une météo plus clémente qui permettra la traversée jusqu'à sa destination finale.

Dans un premier temps, on reste circonspect face à ce jeu de caricatures opposant d'un côté la protagoniste, grave et citadine, en route vers un mariage dit de raison avec un riche industriel, et de l'autre les habitants de l'île, capturés dans leur dimension hautement pittoresque. Mais peu à peu le sujet bourgeonne : Joan découvre un mode de vie que son assurance l'avait empêchée de voir, et ses certitudes se mettent à vaciller. Joli festival de bizarreries dans cet environnement îlien et écossais, avec toutes les particularités de ces Hébrides singulières. Autant de particularités qu'elle sera obligée de côtoyer à cause de la tempête, et qu'elle apprendra à apprécier — tout particulièrement la présence du farfelu mais sympathique Torquil McNeil.

Et c'est là qu'on se souvient d'un précédent film de Michael Powell, The Edge of the World, qui décrivait la nature hostile de cette même région d'Écosse sur fond de (véridique) évacuation de l'île de Saint-Kilda en 1930. On aborde la thématique du bouleversement de destin, le long d'une galerie de portraits attachants, avec une succession de coutumes un peu folkloriques adossées à des légendes millénaires. Le périple intérieur de l'héroïne se fait de plus en plus explicite et attendu, mais sans que cette lisibilité ne nuise à la dimension envoûtante du conte. Rudesse d’une terre battue par les vents et les marées, personnages excentriques, aigles royaux, et un beau final amorcé par le son des cornemuses.

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lundi 19 janvier 2026

Sirāt, de Óliver Laxe (2025)

sirat.jpg, 2026/01/06
Le calvaire de la peur

Une fois l'expérience Sirāt digérée, j'avoue ne pas vraiment m'expliquer comment un film aussi singulier, baroque, lent, immersif, et porté sur un symbolisme de premier plan ait pu susciter un engouement aussi généralisé dans tous mes cercles proches, et plus généralement au niveau de critiques institutionnelles. Avec un exercice de style aussi particulier, reposant sur de très nombreux aspects anti-conventionnels du point de vue de la mise en scène, en marge du cinéma classique de la même façon que le milieu des ravers est peuplé de marginaux, j'aurais pensé que le clivage serait infiniment plus prononcé.

Mais peu importe. C'est le genre de film qui assomme, à tous les niveaux, dans tous les registres. On plonge dans les décors montagneux du sud du Maroc et on s'enfonce progressivement dans les profondeurs d'un désert impitoyable. Le fait que le personnage de Sergi López (seul acteur pro il me semble) recherche sa fille constitue au final un argument mineur, presque un prétexte : l'essentiel portera sur un voyage, avec son fils, en compagnie de deux vans de teufeurs, avec une composante spirituelle / métaphorique / suggestive plus ou moins pesante. De mon côté, j'ai trouvé que les différentes ambiances s'équilibrent très bien, entre le pragmatisme de la traversée du désert et la quête existentielle prenant de très nombreuses formes — en toile de fond, une Troisième Guerre mondiale se profile, on voit des militaires actifs, etc.

J'ai aussi beaucoup apprécié comment Óliver Laxe a intégré ses références, sans savoir si tout ça est volontaire / conscient ou non. On pense à de très nombreux coins de cinéma, de Mad Max à Sorcerer (ou "Le Salaire de la peur") en passant par Freaks et Gerry, et je trouve ces influences particulièrement bien assimilées, produisant un cocktail assez neuf. Du point de vue scénaristique, on peut relever pas mal de points qui coincent à cause de faiblesses d'écriture, qui auraient d'ailleurs pu être très facilement évitées (d'autant plus qu'il y a une sorte de fuite en avant à ce sujet dans la dernière partie, marquée par un jusqu'au-boutisme à double tranchant). Mais rien d'insurmontable en matière de visionnage, pour peu qu'on soit envoûté par au moins l'une des dimensions du film, la vibration techno, la quête du père, le voyage périlleux, le parfum de fin du monde, le train des rescapés — la liste est pas loin d'être infinie. Dans l'arrière-plan se joue aussi un basculement, tour à tour rendu de manière pragmatique ou sensorielle, parfois rugueux, parfois bancal, sur le thème du lâcher prise, de la finitude, et de la cruauté de l'existence. Et c'est un film qui ne ressemble à rien (que j'aie vu récemment du moins), chose assez exceptionnelle dans le domaine de la fiction : les sensations qui en résultent valent de l'or.

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vendredi 16 janvier 2026

Samba Traoré, de Idrissa Ouedraogo (1993)

samba_traore.jpg, 2025/12/01
Retour impossible

L'histoire est très simple : un hold-up en ville, une fuite, un retour au village avec un petit surplus de fortune, et une tentative de retour à la normale. Le braquage est mis en scène de manière totalement explicite et frontale, dès les premières secondes il n'y a aucun doute sur l'identité du coupable qui deviendra le protagoniste. Pourtant, Samba Traoré jouit d'un charme qui se déploie lentement, aidé en cela par la chronique d'un quotidien avec lequel on n'est que très peu familier (à l'image d'autres films comme Et la lumière fut d'Otar Iosseliani, tourné au Sénégal) : la vie dans un village reculé du Burkina Faso, dans la région hautement photogénique des Cascades — un décor remarquable avec ses cours d'eau, ses palmiers immenses, ses étendues semi-désertiques.

Au mode de vie local et exotique se greffe une thématique qu'on connaît bien, le poids de la culpabilité. Samba (Bakary Sangaré) revient près de sa famille et de ses amis, et embrasse de nombreux projets dont il rêvait mais qu'il ne pouvait pas réaliser faute d'argent. Il offre des vaches au village, il ouvre un bar avec son ami Salif (Abdoulaye Komboudri), et surtout il propose à Saratou (Mariam Kaba) de devenir sa femme après leurs premiers moments intimes. Une pensée ne le quitte pas et domine malgré tout le reste : en laissant filer le temps et les années, il espère que la police oubliera l'affaire et qu'il parviendra à vivre normalement, dans l'oubli. Mais bien sûr, rêve et réalité ne sont pas toujours parfaitement alignés...

Le film d'Idrissa Ouedraogo suit le chemin d'un scénario assez classique pour tisser une sorte de conte moral, en jouant sur de nombreuses dualités, la ville et ses dangers opposée à la campagne apaisée, les traditions qui ne sont pas toujours miscibles dans la modernité. Pour agrémenter cette composante, plusieurs autres registres rythment les péripéties, avec notamment des petits encarts comiques autour des frasques de Salif moyennement tolérées par sa femme Binta (interprétée par Irène Tassembedo), avec toujours présent à l'horizon le portrait d'un homme hanté par son passé. Les erreurs commises collent à la peau et rendent impossibles certains nouveaux départs : entre les interrogations des habitants sur l'origine des moyens décuplés de Samba et l'accouchement de Saratou nécessitant un retour à la ville, la menace d'une arrestation ne disparaîtra jamais vraiment. Il en résulte un portrait touchant de la culpabilité, tout en pudeur, au travers des confessions avortées et des insomnies, avec quelques très beaux moments comme le mariage et la tendresse du lien qui unit les amants.

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mardi 13 janvier 2026

Pic de Tarbésou et Étangs de Rabassoles

C'est l'hiver. Il fait gris et froid. On attend encore les mètres de poudreuse dans les Pyrénées.

Soudain, on retombe sur de vieilles photos ensoleillées de juin 2023. Une petite balade ariégeoise au-dessus de la station d'Ascou, facile d'accès, à deux heures de route de Toulouse.

C'était chouette, on était presque seuls au monde, les cimes au loin étaient encore couvertes de neige.

Des sacs légers, une dizaine de kilomètres de long, un petit millier de mètres de dénivelé.

Largement le temps de flâner.

Émilie et Renaud.


N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les afficher en plein écran.


INFORMATIONS DIVERSES

Tracé en 3D et dénivelé de la randonnée.
carte_3d.png, septembre 2025 denivele.png, septembre 2025

RANDONNÉE


Juste en dessous du Col de Pailhères, au-dessus de la station de ski d'Ascou, un petit parking d'où l'on peut apercevoir le fameux Pic de Tarbésou (2364 m), ainsi que le Col de la Coumeille de l'Ours (2176 m) à gauche.
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Montée douce au pic, avec une belle vue dégagée vers l'est tout le long. Au sommet, joli spectacle proposé par les vautours fauves qui profitent d'une colonne d'air chaud pour s'élever très haut dans le ciel sans un battement d'ailes. Autour, vue plongeante sur les différents lacs au creux du mini cirque, ainsi que sur cette partie de la chaîne pyrénéenne. On peut voir le Pic Carlit pointer le bout de sa cime à 2921 mètres sur la partie droite des deux dernières photos de cette série.

img2-1.jpg, 2025/09/17 img3-1.jpg, 2025/09/17 img4-1.jpg, 2025/09/17 img5-1.jpg, 2025/09/17

Joli parcours le long de la crête au sud du pic, avec de belles vues sur la célèbre Dent d'Orlu (aussi connue comme Pic de Brasseil) et sur cimetière de troncs.
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Après avoir longé tous les étangs en contrebas, on redescend sur le tout petit Étang de la Pée. Festival de reflets sur les eaux calmes. Même les bébés tritons se font des bisous sous l'eau.
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Depuis la petit forêt entre l'Étang Noir et l'Étang Bleu, un dernier regard sur l'Étang de Rabassoles le plus bas avant de boucler la boucle.
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lundi 12 janvier 2026

Les 10 billets les plus consultés en 2025 sur "Je m'attarde" (et autres bilans personnels)

Je reprends le concept de la rétrospective de bonne année initiée l'année dernière dans ce billet, avec un petit tour d'horizon des billets les plus lus lors de l'année précédente, du 1er janvier au 31 décembre 2025.
Cette fois-ci, un petit top 20.

  1. Le GR 10 Oriental, de Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer reste le billet et la randonnée la plus consultée, incontestablement.
  2. R.A.S., de Yves Boisset, l'un des premiers films abordant de manière frontale la Guerre d'Algérie.
  3. La caverne des introuvables, notre disque d'or à nous.
  4. Un autre bout de GR 10, ariégeois, de Mérens-les-Vals à Bagnères-de-Luchon.
  5. Le Propre et le sale de Georges Vigarello, un livre sur l'évolution de notre rapport à l'hygiène au fil des siècles.
  6. Encore du trek : la traversée des Pyrénées, un peu de GR10 et beaucoup de hors-sentier, entre la maison du Valier et Saint-Lary-Soulan.
  7. Randonnées en étoile autour des boums de Vénasque, près de Luchon.
  8. Cruising, la chasse, de William Friedkin.
  9. Randonnée dans les Pyrénées ariégeoises, entre étang de Soulcem et étangs de Fourcat.
  10. L'Homme qui voulait savoir (Spoorloos), de George Sluizer (1988)
  11. Le Droit de tuer ?, de Joel Schumacher (1996)
  12. En route vers le sud (Goin' South), de Jack Nicholson (1978)
  13. Raymond Depardon, photographié par Gilles Caron
  14. High School, de Frederick Wiseman (1968)
  15. La Source (Jungfrukällan), de Ingmar Bergman (1960)
  16. Les Chambres, de Louis Aragon (1969)
  17. Tranchecaille, de Patrick Pécherot (2008)
  18. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack (1972)
  19. Music Box, de Costa-Gavras (1989)
  20. Le Piège du diable, de František Vláčil (1962)


Et par souci d'archivage, trois top 10 personnels pour des découvertes faites en 2025 :
Top 15 films
  1. À l'ouest des rails, de Wáng Bīng (2003)
  2. Past Lives - Nos vies d’avant, de Celine Song (2023)
  3. Hollywoodgate, de Ibrahim Nash’at (2023)
  4. Rébellion, de Masaki Kobayashi (1967)
  5. Tardes de soledad, de Albert Serra (2024)
  6. Grizzly Man, de Werner Herzog (2005)
  7. Sirāt, de Oliver Laxe (2025)
  8. Deaf, de Frederick Wiseman (1986)
  9. Le Royaume, de Julien Colonna (2024)
  10. No Other Land, de Yuval Abraham, Basel Adra, Hamdan Ballal et Rachel Szor (2024)
  11. Les Vieux, de Claus Drexel (2023)
  12. Petites, de Pauline Beugnies (2021)
  13. Hardcore, de Paul Schrader (1979)
  14. Larmes de clown, de Victor Sjöström (1924)
  15. The Betrayal, de Tokuzô Tanaka (1966)

Top 3 livres
  1. Anthracite, de Cédric Gras (2016)
  2. Des électeurs ordinaire, de Félicien Faury (2024)
  3. Alpinistes de Staline, de Cédric Gras (2020)

Top 11 albums
  1. Mirage, de Glass Beams (2021)
  2. PeteStrumentals, de Pete Rock (2001)
  3. 8 años, de Hermanos Gutiérrez (2017)
  4. Sujud, de Senyawa (2018)
  5. On the Intricate Inner Workings of the System, de The Bug Club (2024)
  6. I Got Heaven, de Mannequin Pussy (2024)
  7. Data Doom, de Frankie and The Witch Fingers (2023)
  8. Visions of the Country, de Robbie Basho (1978)
  9. Mirrored, de Battles (2007)
  10. Let’s Get Free, de dead prez (2000)
  11. Lamps, de Lamps (007)

jeudi 08 janvier 2026

L'Ogre d'Athènes (Ο δράκος, O Drákos), de Níkos Koúndouros (1956)

ogre_d_athenes.jpg, 2025/12/01
Découverte soudaine d'un pouvoir

L'Ogre d'Athènes coche beaucoup de cases singulières qu'on n'aurait probablement pas pensé associer avant le visionnage : cinéma grec des années 1950 (6 ans avant le célèbre Zorba le Grec de 1964), film noir aux allures expressionnistes, touches satiriques mêlées à des emprunts néoréalistes, suspense hitchcockien impromptu, tragédie nihiliste remplie d'amertume, embardées romantiques disparaissant aussi vite qu'elles sont apparues... Impossible de savoir dans quoi on se lance avant d'avoir vu ce long-métrage à la fois avant-gardiste et anachronique réalisé par Nikos Koundouros.

Si le film se termine sur une note mélancolique et sépulcrale, les premiers instants font davantage penser à une sorte de pastiche mettant en scène un employé de banque présenté comme tout à fait insignifiant, découvrant par hasard dans le tramway le ramenant chez lui en fin de journée que sa trombine fait la une des journaux — plus précisément, il s'agit de celle du plus grand criminel du moment dont il s'avère être le parfait sosie... Pas de bol, pour un réveillon de Noël, ça s'annonce comme un joli début d'emmerdes. Poursuivi malgré lui par la police, il trouve refuge dans un bar souterrain mal famé qui se trouve être un repaire de gangsters en tous genres : les ennuis passent alors au niveau supérieur quand ces derniers le prennent pour leur maître, l'ogre d'Athènes éponyme, et surtout qu'il se prend au jeu et assume bien au-delà de l'acceptable son nouveau statut et sa fulgurante prise de galon.

Une bizarrerie assez étonnante de manière générale (ou en particulier dans le cadre du cinéma grec, avec mes maigres connaissances), montrant la soudaine prise de pouvoir d'un homme qu'on imagine peu habitué à ce genre de place centrale, découvrant l'ascendant qu'il peut prendre sur ses congénères mâles et le charme qu'il peut exercer sur une femme. Mais sans le savoir, la corde se resserre autour de son cou... On y traite déjà de frustration sociale mais aussi d'un exemple de capitalisme prédateur au travers de clients américains désireux d'acheter au marché noir une colonne de l'Olympiéion, le temple de Zeus. Regard assez halluciné sur les marginaux et les classes populaires de l'époque, avec de nombreux numéros de rébétiko (musique) et de zeibekiko (danse) assez inoubliables.

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lundi 05 janvier 2026

2 et This Old Dog, de Mac DeMarco (2012 et 2017)

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Chill

Découverte d'un registre que je ne connaissais pas avec un premier album, 2 : la Jangle Pop, sous-genre du Rock caractérisée par des sons de guitare assez aigus et des mélodies arpégées. Il a l'air très cool ce Mac DeMarco, avec sa chemise de Canadien, décontracté, clope au bec. Les mélodies sont très simples, les textes légers, sous forme de ballades plus ou moins tranquilles. Beaucoup de morceaux se ressemblent car le style ne varie que très peu, certaines tentatives sont des échecs (le refrain de la toute dernière chanson, Still Together, me pète les oreilles à chaque fois avec ce falsetto forcé désagréable), mais il y a un côté tout doux et easy listening qui m'a convaincu, au moins pour une période. J'ai eu un peu l'impression de retrouver des sensations d'un Jack Johnson de 2005 en termes de cool, même si ce dernier est beaucoup plus typé surfeur californien...

Extrait de l'album : Cooking Up Something Good.

..

À écouter également : Robson Girl.

Sur d'autres albums, il travaillera des sonorités un peu différentes, à l'image des ambiances 1980s sur Salad Days (le morceau Chamber Of Reflection entre autres), et quelques notes d'amertume et de mélancolie sur le suivant, This Old Dog (qui exploitera davantage une poésie simple et parfois planante caractéristique de son style).

À écouter également sur cet autre album This Old Dog : Watching Him Fade Away, Baby You're Out et One Another.

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