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"Sometimes being in love is lonelier than being alone."

La science-fiction d'anticipation et la romance font régulièrement bon ménage, et leur association forme dans mon imaginaire une petite constellation agréable avec parmi les réussites des films comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, Il était temps de Richard Curtis, Perfect Sense de David MackenzieHer de Spike Jonze et The Lobster de Yórgos Lánthimos. Il y a en plus de cela pas mal de points communs en matière d'ambiance et de douceur mystérieuse avec un autre film de Christos Nikou, Apples, plus original et moins calibré par l'industrie américaine.

Il y a beaucoup d'ingrédients qui présagent quelque chose de positif : le côté aseptisé (sans en faire trop) de la société qui propose les tests au cœur du film, permettant de savoir combien s'aiment deux personnes, l'association obligatoire mais désagréable de sensations opposées puisque pour faire ce test d'amour il faudra s'arracher un ongle, et sur un plan plus intellectuel, le message du film questionnant la possibilité et au-delà l'intérêt de connaître le chiffre tant attendu. À travers cette satire douce, bien sûr, résonne une multitude d'injonctions contemporaines visant à évaluer les sentiments, à sonder notre distance à la norme, et plus généralement au carcan qui se pose à nous à mesure que les critères prétendument sûrs et objectifs s'imposent dans la vie quotidienne.

Mais à mes yeux Christos Nikou ne creuse pas suffisamment le concept moteur du film, le fameux test, il se contente de le poser comme un prérequis pour mieux se concentrer sur le reste. Dommage, car beaucoup de questions sont suscitées par un tel concept et on reste un peu sur sa faim (même si ce n'est pas son but, je l'entends). J'aime bien les questionnements existentiels et sentimentaux qui flottent autour des personnages cela dit, mais elle est tenace cette impression que le concept n'est pas utilisé à fond. Finalement le film digresse vers une romance un peu classique, mais néanmoins touchante entre Jessie Buckley et Riz Ahmed — à noter Luke Wilson qui fait de la figuration. On est un peu dans les mêmes limitations que beaucoup d'épisodes de Black Mirror, l'esthétique vintage est chouette, la satire dystopique est pertinente dans ses intentions, mais le dérèglement introduit reste faiblement observé, comme un potentiel inexploité, et le final laisse un sentiment d'inachèvement.

img1.jpg, nov. 2023 img2.jpg, nov. 2023