samedi 30 août 2025

Orlando, de Sally Potter (1992)

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"Same person, no difference at all. Just a different sex."

Quatre siècles d'histoire britannique parcourus en 1h30, du XVIIe au XXe siècle, à coups d'ellipses bondissantes de 50 ans, au creux d'un récit aussi baroque que sérieux, aussi esthétique que comique, initié au travers d'un ordre intimé par Elizabeth I (interprété par Quentin Crisp, ce qui fera sens plus tard) au jeune noble Orlando éponyme : ne pas vieillir. Toute la particularité du film, si l'on met de côté juste un instant son incroyable emprise graphique, tient au fait que le protagoniste est interprété par Tilda Swinton et que son potentiel androgyne tournera a plein régime. Une particularité extrêmement efficace sur la forme et riche de significations dont Sally Potter — en adaptant ici un roman de Virginia Woolf publié en 1928 — tirera largement profit.

Orlando est une bizarrerie de première catégorie, et pas uniquement pour l'avant-gardisme de sa réflexion sur la transidentité (même si elle reste secondaire, derrière la féminité) plusieurs décennies avant que le sujet ne jouisse d'une visibilité claire. Il fait partie de ces films qui peuvent vivement emporter quand bien même on n'accrocherait pas à tous les partis pris et à tous les rebondissements scénaristiques : simplement parce qu'il exerce une forme d'hypnose au travers de sa recherche esthétique incroyable, avec un soin remarquable apporté aux costumes, aux accessoires, aux décors, et aux lumières sur 400 ans. Regarder Swinton évoluer au gré des siècles, des courants et des genres est pour moi une fin en soi.

Curiosité insolite qui ne prétend jamais établir une vision encyclopédique de l'histoire anglaise mais qui malgré tout pose quelques jalons permettant de suivre les difficultés pour le personnage de Swinton à trouver une place dans le monde au fil des décennies. Une sorte de voyage dans le temps articulé autour d'une poignée d'époques et de lieux, nous faisant passer des jardins glacés de l'Angleterre géorgienne aux territoires désertiques de l'empire ottoman, sans qu'Orlando ne vieillisse jamais — le personnage, initialement masculin, se transformera en femme entre deux époques, après une confrontation traumatique à la guerre et une phrase adressée à la caméra : "Same person, no difference at all. Just a different sex". La seule constante réside peut-être dans la façon dont l'état du monde provoquera des transformations, intellectuelles, psychologiques ou physiques, chez Orlando. Tout ne fonctionne pas en matière d'humour et d'histoire, mais la tonalité anglaise décalée (comme cousine d'un Peter Greenaway, période The Draughtsman's Contract / Meurtre dans un jardin anglais et Drowning by Numbers / Triple Assassinat dans le Suffolk) alliée aux merveilles esthétiques permettent de faire pencher la balance du bon côté sans trop forcer.

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jeudi 28 août 2025

Le Signe de Vénus (Il segno di Venere), de Dino Risi (1955)

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Tribulations sentimentales de deux cousines Une satire comico-amère grinçante typique d'une partie du cinéma italien de la décennie 1950s, avec son étude de mœurs révélant les grands travers de la société de l'époque dans une ambiance à la fois légère et grave. La dynamique (à tous les niveaux) est  […]

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mercredi 27 août 2025

The Catch (魚影の群れ, Gyoei no mure), de Shinji Sōmai (1983)

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Règlements familiaux en mer Je n'ai vu que trois films de Shinji Sōmai (sur la dizaine que compte sa filmographie entre 1980 et 2000) et sans rentrer dans le délire frénétique de la politique des auteurs, il me semble qu'à chaque fois une ambiance très particulière est travaillée avec soin, de  […]

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lundi 25 août 2025

La Marche sur Rome (La marcia su Roma), de Dino Risi (1962)

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Des suiveurs affamés face à l'horreur déguisée Ce que j'avais trouvé drôle et pertinent chez Mario Monicelli dans La Grande Guerre (1959) s'est avéré tout aussi pertinent mais un peu moins agréable à regarder chez Dino Risi, à l'occasion de La Marche sur Rome (1962). Les thématiques sont voisines,  […]

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jeudi 21 août 2025

Sang-froid (Curdled), de Reb Braddock (1996)

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Chroniques d'une femme de ménage sur scènes de crimes Curdled me fait prendre conscience d'à quel point je suis bon public en matière de cinéma déviant néo-noir des années 1990, quand bien même un tel film porterait la trace un peu trop remarquée de Tarantino — producteur ici, suite à un  […]

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mercredi 20 août 2025

Femme ou Démon (Destry Rides Again), de George Marshall (1939)

femme_ou_demon.jpg, 2025/07/28

"Well, folks are all gonna miss you around here. All except a few wives, I suppose." Surprenante cette association entre deux registres pas forcément très proches, le western et la screwball... Mais western avant tout, et relativement classique qui plus est, forcément, en 1939 : aussi on  […]

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mardi 19 août 2025

Concerning Violence, de Göran Olsson (2014)

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La violence à l’état de nature Nouvelle coïncidence, à la croisée du cinéma, de la littérature, et du podcast. Nouvelle évocation de l'œuvre de Frantz Fanon après l'avoir découvert dans l'essai en psychiatrie de Camille Robcis Désaliénation (2021) sur Tosquelles, Fanon, Guattari et Foucault, puis  […]

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lundi 18 août 2025

Jarhead : La Fin de l'innocence (Jarhead), de Sam Mendes (2005)

jarhead_la_fin_de_l-innocence.jpg, 2025/07/28

L'attente et l'ennui Agréable surprise provoquée par des attentes minimales, ainsi que par la présence d'une séquence mémorable — celle des puits de pétrole en feu, image mythique et marquante de la première guerre du Golfe, avec cette ambiance fantastique comme issue d'un film de science-fiction,  […]

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