Une truie et ses porcelets. Des poules. Des vaches. C'est un résumé exhaustif des 90 minutes de Gunda, un documentaire norvégien tourné en noir et blanc exclusivement consacré à ces animaux, sans dialogue, sans musique, sans présence humaine (un tracteur à la fin vient terminer le mouvement en enlevant la portée d'une douzaine de porcelets qui ont grandi). Des plans fixes, des lents mouvements de caméra en pleine campagne norvégienne, espagnole ou britannique : on le comprend très vite, l'intérêt sera essentiellement esthétique ici. Il y a une poule à une patte. Il y a un porcelet fébrile, perdu dans la paille, trouvé puis écrasé sans explication par sa mère. Il y a des vaches qui se mettent en binôme, tête-bêche, pour profiter chacune de la queue de sa voisine comme un balai anti-mouche. Et il y a Joaquin Phoenix en producteur exécutif. C'est à peu près tout.
Victor Kossakovsky vise clairement la fascination et la poésie autour de ces animaux qui évoluent (presque) librement dans de grands espaces. Les cochons sortent progressivement de leur abri, les poules sortent timidement de leur cage, et les vaches s'élancent vigoureusement hors de leur hangar — au ralenti. Il n'y a pas de voix off mais il y a une forme d'écriture, évidemment, dans beaucoup de séquences dont la toute dernière, en particulier, un plan-séquence sur la truie pendant qu'on lui retire ses porcelets et sur les moments d'errance qui suivent. Les porcelets à la naissance ressemblent à des petites machines aux mouvements saccadés et maladroits. Les pattes de poules en gros plans semblent sortir d'un film de science-fiction type Godzilla. L'environnement sonore est en outre particulièrement riche : ça grogne, ça grouine, ça couine, ça meugle, ça beugle, ça mugit, ça glousse, ça caquète. Quand la douzaine de porcelets se met à table, les mamelles de la truie se transforment en un banquet bruyant. Quand la poule unijambiste se trouve confrontée à un grillage, elle essaye de le traverser de nombreuses manières. Les vaches, elles, un peu comme dans Bovines, observent paisiblement l'œil qui les scrute.
De l'observation à haute valeur esthétique, rien de plus, rien de moins.

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