Quatre siècles d'histoire britannique parcourus en 1h30, du XVIIe au XXe siècle, à coups d'ellipses bondissantes de 50 ans, au creux d'un récit aussi baroque que sérieux, aussi esthétique que comique, initié au travers d'un ordre intimé par Elizabeth I (interprété par Quentin Crisp, ce qui fera sens plus tard) au jeune noble Orlando éponyme : ne pas vieillir. Toute la particularité du film, si l'on met de côté juste un instant son incroyable emprise graphique, tient au fait que le protagoniste est interprété par Tilda Swinton et que son potentiel androgyne tournera a plein régime. Une particularité extrêmement efficace sur la forme et riche de significations dont Sally Potter — en adaptant ici un roman de Virginia Woolf publié en 1928 — tirera largement profit.
Orlando est une bizarrerie de première catégorie, et pas uniquement pour l'avant-gardisme de sa réflexion sur la transidentité (même si elle reste secondaire, derrière la féminité) plusieurs décennies avant que le sujet ne jouisse d'une visibilité claire. Il fait partie de ces films qui peuvent vivement emporter quand bien même on n'accrocherait pas à tous les partis pris et à tous les rebondissements scénaristiques : simplement parce qu'il exerce une forme d'hypnose au travers de sa recherche esthétique incroyable, avec un soin remarquable apporté aux costumes, aux accessoires, aux décors, et aux lumières sur 400 ans. Regarder Swinton évoluer au gré des siècles, des courants et des genres est pour moi une fin en soi.
Curiosité insolite qui ne prétend jamais établir une vision encyclopédique de l'histoire anglaise mais qui malgré tout pose quelques jalons permettant de suivre les difficultés pour le personnage de Swinton à trouver une place dans le monde au fil des décennies. Une sorte de voyage dans le temps articulé autour d'une poignée d'époques et de lieux, nous faisant passer des jardins glacés de l'Angleterre géorgienne aux territoires désertiques de l'empire ottoman, sans qu'Orlando ne vieillisse jamais — le personnage, initialement masculin, se transformera en femme entre deux époques, après une confrontation traumatique à la guerre et une phrase adressée à la caméra : "Same person, no difference at all. Just a different sex". La seule constante réside peut-être dans la façon dont l'état du monde provoquera des transformations, intellectuelles, psychologiques ou physiques, chez Orlando. Tout ne fonctionne pas en matière d'humour et d'histoire, mais la tonalité anglaise décalée (comme cousine d'un Peter Greenaway, période The Draughtsman's Contract / Meurtre dans un jardin anglais et Drowning by Numbers / Triple Assassinat dans le Suffolk) alliée aux merveilles esthétiques permettent de faire pencher la balance du bon côté sans trop forcer.
Dernières interactions
Et encore merci à toi. Je note les deux films dans un coin, enfin surtout le…
27/08/2025, 14:47
Merci Nicolas ! Je me suis repassé quelques images des deux films que tu cites…
27/08/2025, 14:44
Merci pour cette critique (bis). Je n'avais jamais entendu parler de ce film.…
27/08/2025, 14:08
Merci pour cette critique, Renaud. Je partage globalement ton opinion sur ce…
27/08/2025, 13:52
"La mort en direct"... sauf qu'on n'est pas chez Tavernier. :-/ Chaque jour, il…
21/08/2025, 16:22
On vient de trouver le chaînon manquant entre la malveillance vraie et l'horreur…
21/08/2025, 12:19