jeudi 10 janvier 2013

Les Franchises Hollywoodiennes

Après l'annonce du rachat de Lucasfilm par Disney, après la mise en chantier des nouveaux Star Wars fin octobre, et un mois après la sortie du film Le Hobbit : un voyage inattendu, il peut être bon de faire le point sur cette horde de blockbusters qui savent se montrer extrêmement lucratifs.

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À l'instar du site Vodkaster et sa « carte des meilleurs films de tous les temps » (voir le billet), le magasine Empire a réalisé une infographie assez réussie (voir ci-contre), très belle et très complète, montrant quels studios possèdent quelles franchises. La concurrence a l'air rude : Disney, Warner Bros., Sony, Universal, Lionsgate, 20th Century Fox et Paramount doivent se partager le gâteau...
On apprend que Star Wars et les Avengers sont désormais cousins (via Disney), ou encore que Batman, Bilbon et Sherlock Holmes sont logés à la même enseigne (Warner Bros., en l'occurrence).

À noter que seules les franchises ayant récemment enfanté un film ou laissant présager une sortie prochaine ont été recensées. C'est pourquoi y figure la saga Pirates des Caraïbes (elle pourrait bientôt revenir sur nos écrans), alors que les franchises Harry Potter et Matrix en sont exclues (elles sont a priori terminées). Petit bémol : certains films doivent encore faire leurs preuves pour accéder au statut de véritable franchise, comme par exemple le récent Jack Reacher (Paramount) avec Tom Cruise.

Cliquez sur l'image (ou bien ici) pour l'agrandir et ainsi éviter, s'il n'est pas déjà trop tard, myopie et presbytie.

lundi 07 janvier 2013

« Mais qu'est-ce que tu bétonnes, doudou, dis donc ? »

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Le projet d'autoroute sur la côte ouest de La Réunion.

Dans le Charlie Hebdo de cette semaine, un article plein de réminiscences de mon séjour sur l'île de La Réunion écrit par Fabrice Nicolino, auteur des passionnants Bidoche, l'industrie de la viande menace le monde (2009) et Qui a tué l’écologie ? (2011) (1), tous deux sortis chez Les Liens qui Libèrent (voir le site de l'éditeur). On se situe au cœur des Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) du type Notre-Dame-des-Landes, qui ont leur propre site internet (lien) et qui avaient fait l'objet d'un article dans le Diplo d'août 2012 (lire le billet correspondant, ou lire l'article intégral sur le site du Diplo).

À La Réunion, comme on ne sait plus trop comment dilapider l'argent public, les politiques locaux (un certain Didier Robert en tête) et le lobby du BTP (incarné par Bernard Siriex, président de la fédération réunionnaise du BTP) semblent prêts à dépenser entre 1,6 et 3 milliards d'euros pour une route de 12 kilomètres, entre Saint-Denis et La Possession. Tous ceux qui vivent ou ont vécu à La Réunion connaissent les problèmes récurrents de circulation sur l'île, localisés aux abords des deux grandes villes (Saint-Denis au nord et Saint-Pierre au sud) et qui resteront donc grosso merdo inchangés suite à ce projet pharaonique. La principale cause de ces embouteillages : des transports en commun pratiquement inexistants, qui assurent seulement 6% des déplacements aujourd'hui contre 30% il y a une vingtaine d'années.
Jean-Pierre Marchaud (voir son site), écolo réunionnais et l'un des « criminels » dénoncés par l'homme du BTP local, se démène avec une poignée d'autres pour faire capoter ce qu'il appelle « Notre-Dame-du-littoral » et rappelle que, jusqu'en 2007, l'ancien conseil régional envisageait la construction d'une ligne de chemin de fer pour une sorte de tram-train, sur le même tracé que l'actuel projet. Le coût aurait été bien moindre, certes, mais le béton n'aurait pas coulé avec autant d'enthousiasme, pour le plus grand bonheur de Siriex & Cie...

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Jean-Pierre Marchaud, « criminel » selon certains, mais surtout écolo.

Rappelons que La Réunion est une île de 880 000 habitants, l'un des départements français les plus pauvres et les plus endettés, et que 30% de la population est au chômage, avec un pic à 60% chez les jeunes actifs de 15 à 24 ans. Investir une somme aussi colossale pour faire passer les lotos (bagnole, en créole réunionnais) signifie très probablement qu'aucun autre investissement ne sera envisagé, comme ce tram-train qui aurait au passage rendu un immense service aux pauvres, dans cette île où un habitant sur trois n'a pas de voiture.

(1) Écouter à ce sujet l'émission de Mermet consacrée au bouquin de Nicolino : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2139. Attention, amateurs du Grenelle de l’environnement, de WWF, de France Nature environnement, de Greenpeace ou encore de la Fondation Nicolas-Hulot : déprime assurée... (retour)

mardi 01 janvier 2013

The Hitcher, de Robert Harmon (1986)

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The Hitcher est un film américain réalisé par Robert Harmon en 1986. Il a fait l'objet d'un — mauvais — remake en 2007, sous la houlette de Dave Meyers.
Jim Halsey, un jeune américain originaire de Chicago, traverse les États-Unis en voiture jusqu'à San Diego, en Californie. Fatigué par cette longue route monotone (mais par ailleurs très évocatrice, en référence à Sur la Route, de Jack Kerouac, chroniqué ici par Clément), évitant de justesse un accident en plein désert, il décide de prendre quelqu'un en stop. Ce personnage sombre et mystérieux, un certain John Ryder, s'avèrera être un redoutable psychopathe...

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Un pauvre auto-stoppeur sous la pluie...

Il s'agit du deuxième film dans lequel jouent Jennifer Jason Leigh (Nash, une fille rencontrée en cours de route par Jim, aka C. Thomas Howell) et Rutger Hauer (John Ryder, l'auto-stoppeur psychopathe) après le désormais culte dans son genre La Chair et le Sang, réalisé par Paul Verhoeven en 1985. Rutger Hauer avait déjà tenu des rôles inquiétants (le cardinal Roark dans Sin City, de Frank Miller et Robert Rodriguez, et surtout le célèbre réplicant « Roy Batty » dans Blade Runner, de Ridley Scott), des rôles envoûtants (comme celui du sculpteur bohème de Turkish Délices, ou Turks fruit en V.O., de Verhoeven), ou même des rôles insignifiants (une apparition dans le Batman Begins de Christopher Nolan, et dans pas mal d'autres films de Verhoeven). Mais ici, il pousse le concept de la terreur encore un peu plus loin, le psychopathe qu'il incarne faisant preuve d'un parfait sadisme et d'un jusqu'au-boutisme effrayant. Sa relation pour le moins ambiguë avec Jim participe de cette atmosphère pesante, et chacune de ses nombreuses apparitions glace le sang.

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Un duel épique entre Rutger Hauer (ci-dessus) et C. Thomas Howell (ci-dessous).

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Le scénario est signé Eric Red ; il déclara que l'histoire lui fut inspirée par la chanson des Doors Riders on the Storm. Quand on songe au film réalisé par Morrison, An American Pastoral (en filigrane du documentaire de Tom DiCillo, cf. le billet correspondant), la filiation devient évidente. Le désert américain y tient une place de choix, symbolique, tour à tour magnificence et oppression de la nature, théâtre du duel opposant John Ryder à Jim Halsey. Malgré l'immensité de ses étendues, le désert semble être une prison pour le protagoniste qui subit les assauts répétés du psychopathe. On notera le parallèle avec le premier (et seul vraiment bon) Mad Max, de George Miller, autre film exaltant l'hystérie frénétique d'une lutte gratuite sur des routes ensanglantées — et sorti 7 ans plus tôt. Cette gratuité vient renforcer l'identité mystérieuse de Ryder (dont on ne saura absolument rien), consacrant la terrifiante omnipotence de ce personnage magnétique et destructeur.
En définitive, The Hitcher a beau traîner son lot de casseroles (des incohérences et des absurdités éparses), il n'en reste pas moins un très bon thriller de série B, sobre, efficace, rigoureux, et qui semble se bonifier avec le temps.

samedi 29 décembre 2012

Le Monde diplomatique - Décembre 2012

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Recherche publique, revues privées
Analyse d'un paradoxe en Sciences
Par Richard Monvoisin, chercheur et membre du CORTECS (lien)

Aux lourds rayonnages des bibliothèques universitaires s’ajoutent désormais une pléthore de revues spécialisées en ligne, qui offrent sans délai et souvent sans barrière de paiement les derniers résultats des laboratoires de recherche. Cette transformation pousse les scientifiques à s’interroger sur leurs modèles de publication, afin de les remettre au service de la connaissance et du public.

« Publier ou périr » (citation du zoologiste Harold J. Coolidge) résume aujourd'hui la vie de n'importe quel chercheur. Peu importe la qualité de son enseignement ou du suivi de ses étudiants : pour son prestige universitaire, l'évaluation ne repose que sur la quantité et la qualité des articles publiés dans des revues scientifiques avec comité de relecture — par des experts du domaine, c'est ce qu'on appelle le peer review. La revue doit être choisie avec soin, en conjuguant prétention personnelle et facteur d'impact, cette dernière valeur étant fondée sur le nombre moyen de citations des articles de ladite revue dans d'autres articles scientifiques. Et il faut viser juste : trop bas (une revue peu connue), et l'article ne sera pas apprécié à sa juste valeur ; trop haut (les meilleures publications), et il peut être bloqué des mois durant par les relecteurs, pour finalement se voir refusé.

C'est dans les aspects pécuniaires que le bât blesse. Non seulement l'auteur de l'article n'est pas rémunéré, mais son laboratoire doit très souvent participer aux frais de secrétariat et d'impression, quand bien même nombre de revues s'orientent vers la publication électronique exclusive. Il reçoit en échange un capital non pas financier, mais symbolique : reconnaissance, prestige, ou plus précisément le droit d'indiquer le titre de son article sur son CV... Les lecteurs-évaluateurs de l'article sont quant à eux des chercheurs sollicités par les revues, eux aussi rémunérés en capital symbolique. La concurrence entre chercheurs du monde entier peut induire certains effets pervers, à la croisée de la collusion et du conflit d'intérêts, même si l'honnêteté et la bonne foi demeurent prédominantes. De plus, ce système est loin de garantir la véridicité et l'exactitude de toutes les publications : des résultats frauduleux, maquillés ou parfois complètement bidonnés passent régulièrement entre les mailles du filet.
Autre souci : l'évaluation des chercheurs, qui entraîne via la quête de citations une forme de trafic d'influences, amenant par exemple à citer des amis. Il n'est pas rare de voir des articles signés d'une dizaine de noms, ceux de jeunes chercheurs ayant réalisé l'essentiel du travail et ceux de directeurs de laboratoire, nettement moins impliqués. Il s'agit là du dévoiement d'un procédé qui peut s’avérer légitime dans de nombreux cas.

Ce système s'avère en outre très coûteux pour la communauté scientifique. Le contribuable finance une recherche que le scientifique publiera, parfois à ses frais, dans une revue adossée à une entreprise privée, que d'autres chercheurs devront relire gratuitement et que les universités devront ensuite racheter à prix d'or. La moitié du budget de fonctionnement des bibliothèques universitaires passe en effet dans les abonnements, ce qui désavantage d'emblée les établissements les moins riches et a des répercussions inévitables sur les frais de scolarité des étudiants. Cette année, l'éditeur Elsevier a été au cœur d'une polémique dans le milieu universitaire, quand un projet de loi visant à interdire le libre accès des travaux financés par le public a été présenté aux États-Unis. De nombreux scientifiques se sont révoltés, parmi lesquels Timothy Gowers, médaille Fields 1998, qui annonça qu'il boycottait désormais les revues liées à Elsevier. Pour certaines bibliothèques, l'abonnement aux journaux de cet éditeur représente jusqu'à près de 40 000 dollars, générant des profits qui avoisinent le milliard d'euros en 2011. De prestigieuses universités comme celle de Harvard, qui se déleste chaque année de 3,75 millions de dollars pour acheter des revues, ne peuvent qu'approuver et se joindre à cette fronde universitaire.

Il existe d'ores et déjà des solutions alternatives à ce mécanisme très commercial, en particulier du côté de la publication libre et ouverte (avec les sites PLoS, HAL, arXiv, etc.). À long terme, la communauté des chercheurs n'aura sans doute guère d'autre choix que de les développer afin de gripper le système actuel.


Et aussi :

  • Qui défendra les inspecteurs du travail ?, entre hostilité patronale et réformes gouvernementales, par Fanny Doumayrou.
    Une belle double page du Diplo est consacrée à ce corps de métier souvent mal connu et soumis à une politique (chiffrée pour les uns, laxiste pour les autres) aux conséquences dramatiques. En juin 2012, Dassault a été condamné pour discrimination syndicale à l’égard de dix-sept salariés de son usine de Biarritz, qui n’ont pas eu une évolution de carrière normale. Le procès a abouti en partie grâce à l’enquête de l’inspection du travail. Un exemple des missions qu’accomplit ce corps de fonctionnaires détesté par le patronat et repris en main par le pouvoir.
  • Safari scalpel à New Delhi, inégalités sanitaires et bactéries résistantes, par Sonia Shah.
    Grippe aviaire, dengue, chikungunya rappellent que les épidémies voyagent dans les mêmes véhicules que les humains et les animaux. Aller se faire opérer à l’étranger peut paraître, à titre individuel, avantageux. Toutefois, le développement du tourisme médical n’est pas sans lien avec la montée en puissance de maladies résistant aux antibiotiques. Un reportage très instructif sur des dérives (sanitaires et humaines) dont on peine à imaginer l'existence.
  • Un gendarme du nucléaire bien peu indépendant, dans les méandres de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, par Agnès Sinaï.
    Impuissante à réguler la circulation des matières fissiles et à régler le dossier iranien, l’Agence internationale de l’énergie atomique a deux visages : zélatrice du nucléaire civil d’un côté, gendarme du nucléaire militaire de l’autre. Elle a défendu les vertus de l’atome y compris à Fukushima, où elle a tenu sa conférence ministérielle du 15 au 17 décembre. Des conflits d'intérêts manifestes qui font parfois froid dans le dos...

À écouter :
L'émission de Daniel Mermet sur France Inter, Là-bas si j'y suis (www.la-bas.org), qui invite l'équipe du Diplo une fois par mois. Celle de décembre est disponible sur http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2623.

À farfouiller :
Le site du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr.

mercredi 26 décembre 2012

Doom And Gloom, des Rolling Stones (2012)

Il semblerait que les Rolling Stones soient encore vivants, eux !
Doom and Gloom est l'une des deux compositions (avec One Last Shot) enregistrées en août dernier à Paris. La bande à Mick Jagger et Keith Richards a bien vieilli (euphémisme) et l'époque des Stones de Brian Jones, avec Beggars Banquet et Let It Bleed, semble à des années-lumière de... ça.

On aura reconnu l'actrice Noomi Rapace, vue récemment dans Prometheus et dans les Millenium de Niels Arden Oplev.

N.B. : Le dernier ratage en règle de cette ampleur qui me vient à l'esprit est le duo Bertrand Cantat - Shaka Ponk, l'année dernière, avec le titre Palabra Mi Amor (voir la vidéo). Mais où était-il allé se fourrer celui-là...

vendredi 14 décembre 2012

Profession, domestique : un film photographique

En septembre 2011, le Monde diplomatique publiait un dossier consacré aux emplois de service à la personne, comprenant une enquête de Julien Brygo sur la formation des bonnes aux Philippine (voir le billet).

[...] Chaque année, plus de cent mille Philippines choisissent l'exil dans les services à la personne à l'étranger, assurant 12 % du PIB du pays pour l'année 2010. Des écoles y sont spécialisées dans la formation de domestiques « exportables » dans le monde entier. On y apprend à se servir correctement d'une soupière, à formuler les phrases suffisamment polies sans être trop insistantes, à respecter à la lettre les préceptes issus d'un manuel de bonne conduite, etc. Un diplôme en bonne et due forme est remis en fin de formation, avec la prise en compte des compétences, des connaissances théoriques et des qualités comportementales. Un service marketing rôdé vante même la qualité du service rendu, avec des accroches du genre « Avec Shiva, la corvée des tâches ménagères ne sera plus qu'un mauvais souvenir ». À tel point qu'en 2005, le dictionnaire américain Merriam-Webster donnait comme définition : «Philippine : 1. Femme originaire des Philippines ; 2. Employée de maison ».[...]

Renaud (dans un exercice subtil d'auto-citation), extrait du billet « Le Monde diplomatique - Septembre 2011 »

Aujourd'hui, le Diplo propose (en complément de cet article et en accès libre : lien) un film photographique inédit, alimenté par des entretiens de terrain et accompagné d’une bande-son originale. Un reportage sidérant qui se termine sur les préceptes du manuel de bonne conduite cité plus haut. On en rirait presque, s'il ne traduisait pas une tragique réalité : la « professionnalisation » de ce phénomène de surexploitation des travailleurs immigrés.

Montage : Matthieu Parmentier
Musique : Antoine Dubost
Réalisation et photographies : Julien Brygo

mardi 11 décembre 2012

La Classe Américaine, de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette (1993)

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Ceci n'est pas l'affiche du flim (il n'a jamais été commercialisé)

« Attention ! ce flim n'est pas un flim sur le cyclimse.
Merci de votre compréhension »

Séquence d'ouverture de La Classe Américaine

La Classe américaine, parfois sous-titré Le Grand Détournement, est un (télé)film français réalisé par Michel Hazanavicius (auteur de The Artist et des deux OSS 117) et Dominique Mézerette. Jamais officiellement commercialisé, à l'époque échangé sous le manteau, ce film expérimental ne fut diffusé que deux fois en 25 ans (sur Canal+ en 1993 et sur Festival en 2004). Il s'agit d'un long-métrage réalisé sur le principe du détournement : composé d'extraits de plus de 80 films anglophones édités par Warner Bros entre les années 1950 et 1980, montés astucieusement et doublés en français afin de faire émerger un « flim » à l'intrigue totalement inédite. Le tour de force des auteurs fut de réussir à réaliser un long-métrage complet, à la limite de la légalité, en s'adjoignant les services des doubleurs authentiques des personnages détournés de l'époque, comme Raymond Loyer (John Wayne, Charlton Heston, Robert Mitchum, Henry Fonda, Burt Lancaster) ou Roger Rudel (Kirk Douglas).

Selon Michel Hazanavicius, tout est parti d'une délire assez potache : « On a fait ce petit programme de 15 minutes où on a pris des héros de séries télé comme Maigret, et on les a fait péter et dire des conneries », en évoquant la réalisation du premier projet Derrick contre Superman. Un court-métrage plus tard (Ça détourne), Canal+ obtient l'autorisation par la Warner d'utiliser les extraits de son catalogue, contenant plus de 3 000 titres, afin de réaliser un film promotionnel (1). Quelques recommandations furent cependant formulées : ne toucher ni à Clint Eastwood ni à Stanley Kubrick, entre autres...
Ainsi naquit La Classe américaine, avec un casting interminable comprenant les plus grands acteurs du cinéma américain, parmi lesquels on peut citer John Wayne, Dustin Hoffman, Robert Redford, Paul Newman, Henry Fonda, Clark Gable, Orson Welles, Charles Bronson, etc. (2).

Les deux réalisateurs garderont la recette qui a fait le succès des deux premiers détournements : faire dire des âneries et des blagues pipi-caca à des légendes du cinéma. Pendant 4 mois, ils visionnent à longueur de journée les classiques Warner, sans le son, et conservent les passages en fonction de ce qu'ils lisent sur les lèvres des personnages. Au final, le film se regarde comme une parodie potache du Citizen Kane d'Orson Welles (3) dans laquelle deux journalistes enquêtent sur la mort d'un certain Georges Abitbol (joué par un John Wayne malgré lui), « l'homme le plus classe du monde » dont les dernières paroles avant de mourir furent « monde de merde ! ». Les deux enquêteurs ne sont autres que le duo Dustin Hoffman / Robert Redford du film Les Hommes du président (All the President's Men en V.O.), qui retraçait l'histoire du scandale du Watergate.

Le résultat est à mourir de rire, que l'on soit un intégriste de la V.O. ou un fanatique de la V.F. Le travail de montage derrière ces 70 minutes de pot-pourri cinématographique semble colossal — impression confirmée par un ami adepte du montage amateur — et a vraisemblablement inspiré de nombreuses personnes, à l'image du désormais célèbre Mozinor (www.mozinor.com). Hommage de cinéphiles ou parodie de sagouins, quoi qu'il en soit et quoi qu'on en pense, on serait bien tenté de conclure que le piratage ne tue pas forcément la création...


Merci à Olivier grâce à et avec qui j'ai découvert ce flim.

N.B. : Le film est disponible (pour le moment, et en mauvaise qualité) intégralement sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=ZDMUu_JTa3s. Profitez-en !

(1) Petite précision (cf. moteurcatourne.blogspot.fr, à lire pour plus de détails) :
Comment sont-ils passés entre les dents des requins défendant l'un des plus grands studios américains ? Par un heureux concours de circonstances. Michel Hazanavicius se souvient : « Le patron de Warner monde nous avait autorisé à utiliser le catalogue de son studio pour faire un pseudo hommage au cinéma. Quand les dirigeants ont vu notre truc, qui n'était pas du tout un hommage au cinéma, mais un truc de sagouin, ils se sont dits: "on s'est engagé, c'est bien, on l'a fait. Maintenant, on le diffuse une fois, et après on met les bandes sous clé." » Robert Nador avait promis au duo que ce détournement serait diffusé au cinéma pour les convaincre de s'engager dans cette longue aventure. Raté. Le film n'aurait le droit qu'à une unique diffusion. « Sauf qu'on a chopé un exemplaire, que des mecs de Canal aussi et que des téléspectateurs l'avaient enregistré. Le film s'est alors échangé sous le manteau », explique Michel Hazanavicius. (retour)
(2) L'ensemble des acteurs et des films détournés est disponible ici : http://i2307.in/tags/megaupload+gorge+profonde. (retour)
(3) Rappelons que dans le film Citizen Kane, le personnage Charles Foster Kane meurt en prononçant dans un dernier souffle « Rosebud », mot dont la recherche de la signification constitue l'intrigue de l'œuvre. Le film d'Orson Welles fonctionne aussi par flashbacks. (retour)

vendredi 07 décembre 2012

Hommage à Dave Brubeck

Dave Brubeck, l'un des plus grands pianistes de Jazz de tous les temps est mort avant-hier, le 5 décembre 2012, la veille de son 92ème anniversaire. Il formait avec Paul Desmond (virtuose du saxophone), Eugene Wright (contrebasse) et Joe Morello (batterie) le Dave Brubeck Quartet. En guise d'hommage, la moindre des choses serait de réécouter l'un des morceaux de Jazz les plus connus au monde : Take Five, composé par Desmond en 1959 sur l'album Time Out.

D'autres titres de l'album au succès retentissant : Blue Rondo A La Turk (voir la vidéo) et Three to Get Ready (voir la vidéo).

N.B. : Pour les connaisseurs, le titre du morceau Take Five vient de la signature rythmique en 5/4, rarissime dans le jazz des années 1950 et qui révolutionna le genre en cassant le mécanisme des rythmes et du tempo de l'époque.

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