jeudi 06 décembre 2012

« La femme ne doit pas être la proie des partis ! »

Ah, le bon vieux temps du Mouvement Démocrate-Chrétien...

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Magnifique slogan du milieu du XXe siècle (ou de la fin de la Préhistoire, on ne sait pas trop), plein de tendresse et d'attention patriarcales à l'égard de la gente féminine. Il paraît même que depuis, les femmes se sont tellement émancipées qu'elles seraient en quête d'une égalité salariale homme-femme...
Heureusement, des pays responsables tels que l'Irlande veillent au maintien de traditions millénaires, notamment en matière d'IVG. Le 28 octobre dernier, une femme victime d'une fausse couche à 17 semaines de grossesse est morte d'une septicémie après s'être vue refuser un avortement (lien France 24). Le blasphème a été évité de justesse, alléluia !

N.B. : Alors comme ça, « on n'a pas besoin d'être féministe » dans la génération de Carla Bruni ? Parfait, on progresse...

vendredi 30 novembre 2012

Le Monde diplomatique - Novembre 2012

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Un choc de compétitivité pour les actionnaires ?
Laurent Cordonnier

Ce mois-ci, je vous propose la retranscription d'un article trouvé sur le site du Diplo. Il permet de mettre des chiffres précis sur des concepts éminemment politiques comme compétitivité, répartition des revenus des entreprises et prélèvements publics. Les deux graphes résument parfaitement la tendance et font vraiment froid dans le dos quand on songe à l'avenir...

«

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé, mardi 6 novembre, une réduction de la fiscalité des entreprises de l’ordre de 20 milliards d’euros par an, par l’instauration d’un « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi ».

La mesure, adoptée à l’issue d’un séminaire gouvernemental, sera financée à parts égales par des hausses de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et par des coupes supplémentaires dans les dépenses publiques. Il s’agit de la mesure phare prise par le gouvernement suite au rapport remis la veille par Louis Gallois, commissaire général à l’investissement (1).

Reprenant l’essentiel des propositions du rapport concernant les mesures destinées à améliorer la compétitivité dite « hors coût », le gouvernement a choisi de s’en écarter sensiblement concernant le volet « compétitivité coût » : ce sera une baisse d’impôt sur les bénéfices des sociétés, plutôt qu’une baisse des charges patronales. Une telle mesure suscite légitimement l’incompréhension. Elle est destinée, selon le chef de l’exécutif, à créer un « choc de confiance ». Comme le résume le journal Les Echos, c’est « un signal majeur envoyé au patronat, aux organisations internationales (FMI, OCDE...) et aux économistes, qui n’ont de cesse d’affirmer, pour la plupart, que la France fait trop porter son ajustement budgétaire sur les impôts depuis trois ans ». Un « signal » à 20 milliards d’euros, payé par l’ensemble des contribuables, pour amadouer le patronat... On est en droit de se demander si cela aura des effets tangibles en dehors du cercle magique — dont on aimerait bien connaître le périmètre et l’initiation — qui en a supposé l’incantatoire efficacité.

Une baisse des impôts sur les bénéfices des sociétés peut-elle améliorer la compétitivité des produits français (les rendre plus attractifs relativement aux produits étrangers) ? En théorie, oui. Mais à condition seulement qu’elle soit répercutée sous forme de baisse du prix des produits (pour améliorer la compétitivité prix), ou que l’impôt économisé serve aux investissements nécessaires à l’amélioration de la compétitivité hors coût : investissements privilégiant l’innovation, investissements visant à augmenter la qualité des produits, ou investissements accompagnant des réorientations stratégiques destinées à mieux positionner les produits français sur les segments de la demande mondiale en croissance — si l’économie française rencontre des problèmes de compétitivité, c’est plutôt sur ce dernier aspect qu’il faudrait aller les chercher.

La recherche-développement n’est pourtant pas la priorité des entreprises françaises, mais davantage considérée comme une variable d’ajustement, tel que le décrit un rapport récent de la Fondation Copernic et d’Attac. Lorsque leurs marges sont sous tension, comme cela a été le cas durant la période de surévaluation de l’euro, elles ont préféré sacrifier l’innovation pour continuer à augmenter les dividendes versés aux actionnaires (2).

Une baisse des impôts sur leur bénéfice sera-t-elle de nature à soulager cette tension ou encouragera-t-elle à l’inverse une utilisation rentière de cette manne ? On dispose de quelques éléments pour en juger.?

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Source : Banque de France, base de données des comptes sociaux, novembre 2011.

Comme le montrent ces graphiques, l’impôt sur les sociétés a déjà fortement baissé en France durant ces quinze dernières années. Dans la répartition du revenu global créé par l’ensemble des entreprises — revenu qui est la contrepartie de la richesse créée et vendue par ces mêmes entreprises — la part qui revient à l’Etat a diminué de près de quatre points. Pour les seules grandes entreprises, qui représentent plus du tiers de la valeur ajoutée produite et de l’emploi, les efforts de l’Etat ont été significatifs : la part des prélèvements sur le revenu global a baissé de 6,4 points (3). Sans pour autant que cela ait créé un « choc de compétitivité ». Le commerce extérieur de la France s’est en effet dégradé sur cette période (hors facture énergétique) de plus de 50 milliards d’euros. C’est peut-être pourquoi, en bonne logique, le gouvernement s’apprête à augmenter la dose.

La baisse des prélèvements sur les entreprises n’a cependant pas été mise en œuvre en pure perte. Elle a sans doute permis aux entreprises, qui en ont bénéficié, de verser toujours plus de dividendes à leurs actionnaires. La part du revenu global des entreprises distribuée aux actionnaires et aux associés a en effet augmenté de six points sur la même période. Avec la diminution de quatre points de la part qui rémunère le personnel (4), ce sont les seuls et véritables changements notables dans la répartition des revenus crées par les entreprises depuis quinze ans : baisse des rémunérations, baisse des prélèvements étatiques et hausse de la rente. De là à parler de vases communicants entre les baisses d’impôts et les dividendes, il y a un pas... qu’il est tout à fait tentant de franchir en l’absence de bonnes raisons de penser le contraire.

D’autant que le crédit d’impôt en question, qui est fonction de la masse salariale, arrosera sans discernement l’ensemble des entreprises françaises. N’en sont en effet pas exclues, a priori, les 2,55 millions de micro-entreprises (moins de dix salariés) qui emploient en moyenne à peine plus d’un salarié, et qui ne sont sans doute pas les champions actuels (ni futurs) de la projection du « site France » à l’étranger. Comme le note le Conseil économique, social et environnemental : « Selon les dernières données disponibles, la France compte 92 000 entreprises exportatrices (2009) et l’Allemagne 364 000 (2007), soit un rapport de un à quatre. De plus, 1 % des entreprises réalisent environ 70 % des exportations en France et 60 % en Allemagne (5). » Bref, pour 1 % des entreprises qui exportent réellement (et pour les 2 % que l’on espère demain), faut-il faire un chèque en blanc de 20 milliards d’euros aux 98 % qui n’exportent pas et n’exporteront sans doute jamais rien ?

»

Laurent Cordonnier

(1) « Pacte pour la compétitivité de l’économie  », Rapport au premier ministre, 5 novembre 2012.
(2) « En finir avec la compétitivité », Attac et Fondation Copernic, octobre 2012.
(3) Au passage : la part des salariés (et du personnel extérieur) est passée de 50,5 points à 43,6.
(4) Part non transcrite sur les graphiques, pour ne pas alourdir la présentation.
(5) « La compétitivité, enjeu d’un nouveau modèle de développement », Conseil économique, social et environnemental, octobre 2011.


Et aussi :

  • Premier importateur de poisson de la planète, l’Union européenne a mis en place une politique commune de la pêche qui, tout en affichant un objectif de « préservation des ressources naturelles », encourage des pratiques industrielles destructrices jusqu’en Afrique. Un reportage hallucinant.
  • Un tour d’horizon mondial des combats pour la reconnaissance des droits des minorités sexuelles à la veille de la présentation du projet de loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe à l’Assemblée nationale en janvier prochain. Où l'on apprend qu'il vaut mieux faire profil bas dans de (trop) nombreux pays quand on n'est pas hétérosexuel...

À écouter : L'émission de Daniel Mermet sur France Inter, Là-bas si j'y suis (www.la-bas.org), qui débat autour du Diplo une fois par mois. Celle de novembre est disponible sur http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2592.
À farfouiller : Le site du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr.

mardi 27 novembre 2012

Interview de Frédéric Lordon par Daniel Mermet : qu'est-ce que la finance ?

Vendredi 23 novembre, Là-Bas si j'y suis (l'émission de Daniel Mermet sur France Inter) avait pour titre « Prolétaires de tous les pays, devenez trader ! ». Je vous en retranscris le résumé :

« Le Hero du père, c’était Che Guevara, le Hero du fils, c’est Jérôme Kerviel. Le monde change. Vous aussi, devenez trader, apprenez le trading, écoutez BFM Business ! N’importe qui peut s’enrichir vite et facilement. C’est ce que nous sommes allés voir. En effet, la connaissance et la pratique de la finance et du placement, voilà ce qui est indispensable à la France pour sortir de la crise et connaître un avenir radieux. Ecoutez les conseils de notre expert, Frédéric Lordon, laissez tomber la lutte des classes, prolétaires de tous les pays, devenez trader ! »

L'émission a rencontré un franc succès — tout comme l'émission de la veille, autour du livre de Jean Stern, Les patrons de la presse nationale, tous mauvais (éditions La Fabrique, 2012). Aussi, le lundi suivant, l'équipe de Là-bas a publié le message suivant :

« Ça ne vous a pas échappé, chers AMG [auditeurs modestes et géniaux], dans notre reportage du vendredi 23 novembre, "Prolétaires de tous les pays, devenez trader !", on a fait appel à notre expert financier, Frédéric Lordon. Résultat, on a passé tout le weekend à lire vos messages réclamant plus de Lordon dans Là-bas si j’y suis ! C’est incroyable. Certains d’entre vous décrivent des troubles du comportement, d’autres des tremblements, des frissons, et même des accès de fièvre ! Chers AMG, on ne pouvait pas vous laisser plus longtemps dans cet état. Voici donc, en exclusivité pour les auditeurs de Là-bas, un entretien indispensable pour comprendre ce qu’est la finance. »

Je vous invite donc à prendre dix minutes de votre temps (libre) pour écouter le professeur Frédéric Lordon, très bon pédagogue, expliquer ce qui se cache derrière ce mot fourre-tout : la finance. Une notion élémentaire, rébarbative de prime abord, mais nécessaire à la compréhension du bordel planétaire actuel.
 

Si vous voulez en savoir un peu plus, écoutez l'émission sur le métier de trader, à l'origine de cette interview : Prolétaires de tous les pays, devenez trader !

dimanche 25 novembre 2012

Sur l'utilité de « Stayin' Alive », des Bee Gees

Jamais la chanson des Bee Gees n'aurait eu autant de sens...

Il s'agit de la version longue d'un spot de prévention réalisé par la British Heart Foundation. Y figure, entre autres, l'ex-footballer et acteur Vinnie Jones, mafieux invétéré tout droit sorti d'un film de Guy Ritchie comme Snatch ou Arnaques, crimes et botanique (Lock, Stock and Two Smoking Barrels) — dans lesquels il a effectivement incarné des truands notoires.

lundi 19 novembre 2012

The Social Network, de David Fincher (2010)

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The Social Network est le 8ème film de David Fincher, mettant en scène Jesse Eisenberg (déjà vu dans The Village de M. Night Shyamalan et To Rome with Love de Woody Allen), Justin Timberlake (vu l'année d'après dans In Time d'Andrew Niccol) et Rooney Mara (remarquée pour son interprétation de Lisbeth Salander dans le Millénium de David Fincher). Il s'agit d'un biopic nous replongeant au début des années 2000, aux origines quelque peu tumultueuses de la création d'une des entreprises les plus lucratives jamais créées sur Internet : Facebook.

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Le film s'ouvre sur un vif échange entre le jeune Mark Zuckerberg et sa petite amie, au terme duquel l'étudiant de la prestigieuse université de Harvard essuie une énième rupture. Cette discussion à bâtons rompus (1) est révélatrice de l'état d'esprit du prodige en herbe, génie de la programmation informatique mais doté d'un tempérament radicalement asocial le prémunissant de toute relation sentimentale « normale ». Asocial, certes, mais pas insensible : prédisposé à l'humiliation affective répétée, il décide de mettre en ligne sur l'intranet de son campus un programme douteux baptisé « Facemash », permettant de noter le physique de la gente féminine par le biais de photos piratées. Son cynisme et son arrogance démesurés trouvent ainsi dans ses compétences en informatique une échappatoire, un moyen de se défouler et de se vider de ce trop-plein de ressentiment accumulé.

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Facebook est donc né sur les cendres encore chaudes des sentiments made in Zuckerberg, mélange poisseux de voyeurisme et d'impudence. Facemash suscite un engouement tel que des personnes influentes du campus le sollicitent pour travailler à l'élaboration d'un site de rencontre appelé « Harvard Connection ». Il détournera par la suite ce projet à son avantage, avec l'aide de son seul véritable ami, pour lancer « The Facebook », prémices des réseaux sociaux exclusivement dédiés aux étudiants de l'université. Dépourvu de toute forme d'empathie et de ne serait-ce qu'un soupçon de sociabilité, c'est de manière tout à fait fortuite qu'il brisera les maigres liens qui constituaient son entourage et qui le reliaient à la vie en société. C'est devant les tribunaux, des centaines de millions de dollars en jeu, que l'histoire se conclura.

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Deux grandes incompréhensions entourent cependant la réception critique de The Social Network.
De manière assez étrange, beaucoup de gens n'ont pas été capables d'apprécier le film indépendamment de leur aversion pour le réseau social lui-même. Pourtant, le film n'est qu'une description clinique et historique de la naissance de Facebook, et non une ode aux amis virtuels et au narcissisme généralisé — c'est quasiment le contraire.
À l'opposé, de très nombreuses personnes ont vu en la personne de Mark Zuckerberg (et de Sean Parker, co-fondateur de la plateforme musicale Napster) un symbole de réussite — économique, et « donc » sociale pour beaucoup d'entre elles, malheureusement — chez cet étudiant devenu le self made man milliardaire mondialement connu et envié.
Ce dernier point incarne le symbole par excellence de notre époque, un phénomène particulièrement inquiétant et affligeant qui augure à mon sens de bien funestes lendemains. Il y a quelque chose de profondément malsain dans ce culte planétaire voué au personnage, lui qui a bâti son empire financier sur l'exploitation de pulsions parmi les plus viles que compte l'humanité.

(1) Jamais je n'avais vu des sous-titres s'étaler sur 5 lignes d'un écran télé, 16/9 de surcroît... (retour)

N.B. : Merci Yohann pour les échanges de points de vue sur le film, mis à profit dans ce billet.

mercredi 14 novembre 2012

La carte des meilleurs films de tous les temps

Glanée sur le site vodkaster.com, la carte ci-dessous regroupe les 250 « meilleurs films de tous les temps » (appellation peut-être un peu excessive) classés par genre : 20 au total, dont les originaux masterpiece about show business, drama about tolerance et dark and weird drama. À l'image d'un plan de métro, on peut suivre chaque rame du début à la fin ou bien s'attarder aux intersections. On peut aussi y voir une source abondante d'idées pour occuper les longues soirées d'hiver à venir...

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Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

N.B. : Les données proviennent du site IMDb (voir la page www.imdb.fr/chart/top).

vendredi 09 novembre 2012

La bouche musicale

Mieux que l'air guitar : la mouth guitar. Ci-dessous, une interprétation du célèbre solo de guitare de Parisienne Walkways, titre composé par Gary Moore en 1979 et revisité ici par Michael Gregorio. Bluffant.

Dans un autre registre, moins électrique et plus cuivré, Marianne Aya Omac (ex-membre du groupe Ginkobiloba) démontre ses talents en matière de mouth trumpet sur la chanson Closer (à partir de 2'30).

dimanche 04 novembre 2012

J'ai le Droit de Vivre, de Fritz Lang (1937)

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J'ai le droit de vivre (You Only Live Once en V.O.) est un film noir réalisé par Fritz Lang en 1937, dix ans après Metropolis. Il s'agit du second film américain (après Furie) du réalisateur allemand d'origine autrichienne, après qu'il ait émigré à Hollywood en 1934, laissant derrière lui 15 années de labeur et autant de films tournés en Europe. Le film est souvent considéré comme un classique du film noir, sinon le premier, avec un scénario s'inspirant de l'histoire tumultueuse de Bonnie and Clyde (1). Il met en scène, entre autres, Sylvia Sidney et le très jeune Henry Fonda, 20 ans avant son interprétation du juré n°8 dans Douze Hommes en Colère (lire le billet).

Après deux ou trois petits larcins, Eddie Taylor sort de prison, bien décidé à rentrer dans le droit chemin avec l'aide et l'amour (aveuglant par moments) de sa petite amie, Joan « Jo » Graham. Mais, très vite, il va se heurter à la rancune de ses semblables pour lesquels il demeurera, quoi qu'il fasse, un éternel repris de justice. Mis à la porte de son hôtel, licencié de son travail, Eddie enchaîne les injustices. Il subit les désillusions d'une société arc-boutée sur des positions rétrogrades qui se refuse à croire en une possible évolution de l'être humain face à l'adversité de la faute. Mis au ban de l'humanité, incapable — ou, plus précisément, jugé comme tel — de se réinsérer dans la vie civile malgré le soutien appuyé de quelques uns de ses proches, il sera à nouveau entraîné dans la spirale infernale de l'illégalité.

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La malchance et le mauvais sort s’acharnent sur Eddie et Jo, couple éperdu qui se dérobe aux autorités et qui se retrouve piégé, malgré lui, dans une fuite en avant qu’on sait perdue d’avance. Fritz Lang filme brillamment cette lente descente aux enfers pleine de vicissitude, usant de subterfuges visuels et scénaristiques pour mieux éblouir et égarer le spectateur. À l'aide d'un magnifique jeu d’ombre et de lumière, en resserrant le cadre autour des visages inquiets de ces amoureux transis, il enferme ses personnages dans des cadres et des grilles pour mieux figurer le caractère illusoire et chimérique de leur entreprise.

Les prestations de Henry Fonda et de Sylvia Sydney, prisonniers de leur destin dès les premiers instants du film, sont d'une intensité tout à fait remarquable. À eux deux, ils représentent cet équilibre fragile qui sous-tend l'existence du commun des mortels. Pour Lang, la société dans laquelle nous évoluons, tout autant que notre simple condition d'être humain, nous enferme de manière inexorable dans une prison aux barreaux opaques. Les conséquences sont sans appel : l'innocence et l'intégrité ne se suffisent pas à elles seules ici-bas ; pire, elles ne prémunissent en rien de contrecoups moraux ou sociaux dramatiques. J'ai le droit de vivre illustre admirablement ce propos, dans un équilibre gracieux conjuguant l'émotion du drame romantique et le tragique du film noir.

(1) À noter la sortie en salles en octobre de God Bless America, avec Joel Murray (le frère de), narrant une équipée sauvage, sanglante et grand-guignolesque, sur les routes de la bêtise made in USA. Ce film tire lui aussi une partie de son inspiration de la vie de Bonnie and Clyde. (retour)

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