mardi 27 juin 2017

Les Plus Belles Années de notre vie, de William Wyler (1946)

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Les Plus Belles Années de notre vie (à ne surtout pas confondre avec la variante romantico-dramatique signée Sydney Pollack...) me rappelle bien malgré moi que je ne suis pas fondamentalement hermétique au genre mélodramatique : avec un scénario solidement ficelé et un sous-texte stimulant (ici, la fin de la guerre et le retour des GIs), je suis en mesure de l'apprécier. C'est un peu con à dire, mais j'aurais tendance à l'oublier avec tout ce que je peux m'envoyer comme niaiseries dans ce registre. Et les presque trois heures que dure le film ne doivent en aucun cas effrayer : on ne les voit pas passer.

À travers les portraits bien différents de trois vétérans de la Seconde Guerre mondiale , à la limite de l'archétype (un sergent d’infanterie, un capitaine d’aviation, et un engagé de la marine ), Wyler entend bien sûr analyser à sa manière la difficile réintégration du corps militaire dans la société civile. D'un côté, des héros ; de l'autre, des inadaptés sociaux (mais on n'est pas pour autant chez Ted Kotcheff). Chacun des trois personnages illustre une facette de ce retour, et le spectateur contemporain est un peu forcé de penser à à un autre triptyque, une autre vision de la chose, avec ses trois portraits croisés en temps de guerre (du Vietnam) : Cimino et son immense Voyage au bout de l'enfer. Mais la comparaison s'arrête là.

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Il y a tout d'abord celui qui a perdu ses mains à la guerre et qui peine à retrouver la normalité aux yeux des autres (et de lui-même, aussi, avant tout). Le regard des autres lui renvoie sans cesse l'impression d'être rejeté. Harold Russell, véritable vétéran qui perdit ses deux mains et acteur non-professionnel, est touchant de justesse. Il y a ensuite celui qui se voit offrir un "joli" poste de banquier mais qui peine à faire son travail sans renier ses convictions d'avant la guerre. Les problèmes d'alcool sont là, évoqués de manière très secondaire, avec beaucoup de soin et d'originalité quand il s'agit d'en esquisser les failles. Et il y a enfin celui qui devrait communément être considéré comme un héros pour ses exploits au sein d'un bombardier mais qui ne trouvera aucun travail compatible avec son expérience et dont la femme ne correspond manifestement plus aux rêves qu'il avait entretenus durant la guerre.

Et chacun de ces trois destins est traité soigneusement, avec un égal intérêt. L'ensemble sait préserver son fil conducteur et rester passionnant jusque dans ses détails. Des dialogues excellents, des portraits psychologiques soignés, même si les canons hollywoodiens ne sont pas toujours très loin. Et puis quelques belles trouvailles de mise en scène, avec notamment, à plusieurs reprises, un événement crucial en arrière-plan qui alimente ce qui se joue au premier plan. Je pense surtout à la scène au bar, avec le piano sur le côté inférieur droit du cadre et la cabine de téléphone sur la gauche : la puissance évocatrice de certains détails est remarquable. Que ce soit dans la famille ou au travail, au sein d'une relation amoureuse ou amicale, le film balaie un spectre large de problématiques sans les dénaturer, sans les essentialiser. Les meurtrissures et les dilemmes moraux sont abordés avec une finesse très agréable, sans que cela ne paraisse démesurément consensuel (on est en 46-47 tout de même !). Le contraste offert par cette galerie de portraits est une belle opportunité pour prendre du recul et l'équilibre général s'impose naturellement.

Des espoirs qui vacillent, des désillusions qui se matérialisent, un désarroi qui gangrène toutes les strates de la vie privée. Et au-dessus de tout cela, la nécessaire solidarité illustrée sans trop de didactisme (étant donnée l'époque, encore une fois).

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lundi 26 juin 2017

La Passion de Jeanne d'Arc, de Carl Theodor Dreyer (1928)

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L'aliénation du dogme et la prison de l'indicible Le personnage de Jeanne d'Arc ne fait pas partie de ceux que je trouve fondamentalement et directement passionnants dans l'Histoire de France, mais même en prenant en compte ces considérations édulcorantes, le regard que Dreyer porte (et celui qu'il  […]

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Haewon et les hommes, de Hong Sang-Soo (2013)

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Variations émotionnelles Encore un regard partagé entre légèreté et intensité sur le sentiment amoureux. Encore cette délicatesse et cette acuité toutes deux immenses pour décrire des faiblesses émotionnelles. Encore une fois, l'étude de variations infinitésimales autour d'une position d'équilibre,  […]

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dimanche 25 juin 2017

Imaginary Appalachia, de Colter Wall (2015)

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Colter Wall, c'est avant tout une voix terriblement envoûtante. Imaginary Appalachia commence comme du Nick Drake et ça se termine en un puissance mélange de Folk, Country et Blues. Une voix qui s'impose naturellement, et un EP comme une pépite brute qui accroche plus que l'album de 2017 portant  […]

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mercredi 21 juin 2017

Regarde-moi, de Audrey Estrougo (2007)

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Regard double sur la banlieue C'est peut-être l'une des seules fois que je n'ai pas eu l'impression de regarder un film dit "de banlieue" en me sentant harassé par sa pléthore de clichés, par son manque d'ambition, ou par la pauvreté de ses problématiques. Tout ce qui nous est montré ici  […]

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vendredi 16 juin 2017

Black And White, de Tony Joe White (1969)

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Swamp / Country Rock plutôt sympa, comme un Kris Kristofferson avec quelques gènes d'Elvis qui aurait grandi dans les bayous de Louisiane. J'aime beaucoup sa voix grave de baryton, son utilisation de la Wah Wah, et même les ballades bluesy du début d'album me conviennent bien. L'inspiration vient  […]

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Alexandre Nevski, de Sergueï Eisenstein (1938)

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"Celui qui viendra chez nous avec une épée périra par l'épée. Telle est la loi de la terre russe." Un bien étrange objet, œuvre de propagande, politique et cinématographique. D'un côté, le film-propagande commandé par Staline, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La menace nazie à la  […]

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lundi 12 juin 2017

Qui a peur de Virginia Woolf ?, de Mike Nichols (1966)

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MARIAGE [maʁjaʒ] n. m. — Institution pour malades mentaux. Drôle d'expérience que de voir le film après une représentation de la pièce d'Edward Albee de 1962, dont il fut adapté quelques années plus tard. C'est un cas de visionnage un peu à part, l'intrigue étant étrangement familière : ce n'est pas  […]

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jeudi 01 juin 2017

The Wonderful World Of Sam Cooke, de Sam Cooke (1960)

Voilà le registre dans lequel j'apprécie beaucoup Sam Cooke, la Soul, plus que celui par lequel il a débuté sa carrière, axé Swing et Jazz L'album n'est pas d'une homogénéité sans faille en termes de qualité, mais il suffit de quelques pépites pour le faire briller. Il y a quelques petites  […]

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Dresses Too Short, de Syl Johnson (1968)

Syl Johnson est comme un cousin éloigné d'Otis Redding (la voix, surtout, et les cuivres dans la Soul aussi), avec un premier album contenant beaucoup de compositions personnelles. La cohérence de l'album est solide, et même s'il n'y a pas de vraies grosse fulgurance, des morceaux comme Same Kind Of  […]

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