mardi 19 juillet 2022

La Cible, de Peter Bogdanovich (1968)

cible.jpg, juin 2022
"All the good movies have been made."

Pour son premier film réalisé sous le patronage de Roger Corman, on peut dire que Peter Bogdanovich avait su tirer pleinement profit du réseau de contraintes qu'on lui avait imposées. Le jeune critique ciné de 29 ans se lance dans une production dont il ne maîtrise pas grand-chose et pourtant il parviendra à extraire de la situation quelque chose de vraiment singulier, le genre de friandise dont beaucoup de cinéphiles sauront se délecter. Corman impose un budget minable, il impose aussi la présence de Boris Karloff (dans un de ses derniers grands rôles) qui lui devait encore quelques films d'un point de vue contractuel, et voilà Bogdanovich lancé dans un machin qui sentait bon le piège casse-gueule. Pourtant, en dépit de toutes ses maladresses et de toutes ses limitations, Targets reste un film très attachant.

Déjà, il faut reconnaître au tout jeune réalisateur un certain talent pour avoir su mêler avec une adresse rare chez les débutants les deux fils narratifs : d'un côté un Américain moyen qui se met à tuer un bout de sa famille puis à trucider une pelletée d'inconnus avec son sniper fraîchement acheté, et d'un autre côté un acteur de cinéma horrifique de série Z vestige d'un art passé qui décide de prendre sa retraite anticipée. Les deux récits filent tout droit vers leur climax mutuel, au cours d'une de ces séquences de cinéma en voiture et en plein air typiquement américaines.

C'est le comportement de Karloff (aka Byron Orlok dans le film) qui met la puce à l'oreille, quand on se questionne sur ses raisons pour prendre une telle retraite anticipée — un acteur désillusionné qui semble écœuré par la violence quotidienne de la vie réelle en regard de la violence sur pellicule. Il se fait très vite le porteur du message du film, et en ce sens Bogdanovich lui fait un très beau cadeau, un an avant sa mort, sur les braises de l'assassinat de Martin Luther King et avec celui de Kennedy flottant encore dans l'air.

Un film vraiment bizarre, avec deux intrigues qui se commentent l'une l'autre, de même que la réalité et la fiction, et l'ensemble accouche d'une réflexion bizarre et étonnante sur l'évolution de la violence dans la société américaine, à la fois troublante et prémonitoire. Des mises en abyme en pagaille qui font écho à la tuerie perpétrée par Charles Whitman dans les années 1960, dans un maelström bigarré d'émotions — le final, bien que maladroit, provoque des sentiments surprenants, avec ce tueur fou paniquant à la vue d'un personnage de fiction horrifique qui surgit dans la vraie vie.

Un film bizarre jusque dans ses sursauts comiques, notamment au terme de la séquence réunissant Bogdanovich lui-même ("all the good movies have been made") et Karloff dans une chambre d'hôtel, avec dans un premier temps le réalisateur-acteur sursautant au réveil en voyant son acteur dans son lit, et dans un second temps l'acteur sursautant à la vue de son image dans un miroir (une blague inventée par Karloff paraît-il). Il y a bien quelques longueurs dans pas mal de scènes, mais toutes les singularités du film permettent d'alléger le tout. La description froide de la mort en Amérique, de la vie de plusieurs métiers de cinéma, de deux prises de libertés (retraite et tuerie de masse) très antagonistes, et tout particulièrement la configuration finale avec le tireur qui tire syr des spectateurs à travers l'écran même de projection. La transition observée à travers l'apparition de nouveaux monstres de l'autre côté de l'écran, comme s'ils l'avaient traversé, est en tous cas troublante.

img1.jpg, juin 2022 img2.jpg, juin 2022 img3.jpg, juin 2022 img4.jpg, juin 2022

vendredi 08 juillet 2022

Tour du parc national de la Vanoise, entre Grande Casse et Dent Parrachée

map2_v2.png, juil. 2022

365 jours plus tard et un an de procrastination dans les jambes, c'est la préparation du prochain trek pyrénéen dans les prochaines semaines qui me pousse à vaincre une flemme monumentale et évoquer celui de l'année dernière, dans le splendide massif de la Vanoise. En suivant l'alternance Pyrénées /  […]

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jeudi 07 juillet 2022

La Femme et le Pantin, de Jacques de Baroncelli (1929)

femme_et_le_pantin.jpg, juin 2022

Désirs de la vamp ibère La Femme et le Pantin, réalisé par Jacques de Baroncelli qui m'était jusqu'alors totalement inconnu dans le paysage cinématographique muet français, trouve sa raison d'être presque entièrement dans un personnage unique : la jeune danseuse espagnole interprétée par Conchita  […]

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mardi 05 juillet 2022

Tous les autres s'appellent Ali, de Rainer Werner Fassbinder (1974)

tous_les_autres_s-appellent_ali.jpg, mai 2022

La peur dévore l'âme Lee sentiment est chez moi tenace et persistant avec Fassbinder : j'ai une sorte de revanche à prendre suite à quelques déconvenues (des films qui m'ont laissé un goût de bâclage amer, Roulette chinoise, et Le Bouc en tête) et quelques tentatives qui ont laissé l'impression  […]

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mardi 28 juin 2022

Flag in the Mist, de Yoji Yamada (1965)

flag_in_the_mist.jpg, mai 2022

Un long chemin vers la vengeance Cette histoire complexe de vengeance, avec une narration éclatée, elliptique, comptant nombre de flashbacks et flashforwards, développant méthodiquement en toile de fond un discours social critique, s'inscrit parfaitement à mes yeux d'amateur dans le cadre du cinéma  […]

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mercredi 22 juin 2022

La Complainte du sentier, de Satyajit Ray (1955)

complainte_du_sentier.jpg, mai 2022

"Une vieille femme ne peut-elle pas aussi avoir des souhaits ?" Un premier film de Satyajit Ray impressionnant de maîtrise, technique et narrative, dans la suggestion et dans l'émotion — sans doute aidé dans cette première mise en scène par le tournage du film de Renoir Le Fleuve qu'il  […]

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lundi 20 juin 2022

Teenie Model : Le Journal d'un jeune top model, de David Redmon et Ashley Sabin (2011)

teenie_model.jpg, avr. 2022

"What's exciting about this business is that it's unpredictable." L'horreur de l'industrie du mannequinat, loin du prestige et du glamour des façades revendiquées, à travers ses coulisses et la trajectoire d'une jeune adolescente sibérienne. Nadya, 13 ans, symbole d'innocence et grande  […]

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vendredi 17 juin 2022

L'Animal et la mort, de Charles Stépanoff (2021)

animal_et_la_mort.jpg, juin 2022

Animal-matière et animal-enfant À l'origine de L'Animal et la mort, il y a chez l'ethnologue Charles Stépanoff par ailleurs spécialiste de la Sibérie (et de ses chamans) la volonté de comprendre l'origine d'un hiatus omniprésent dans les sociétés modernes, et de multiples paradoxes afférents. La  […]

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mercredi 15 juin 2022

Études sur Paris, de André Sauvage (1928)

etudes_sur_paris.jpg, avr. 2022

Voyage au début du XXe siècle dans les rues de Paris Ce film de 1928 satisfait un fantasme cinéphile et historique personnel, en montrant dans sa plus totale simplicité documentaire la vie à une époque largement révolue — en l'occurrence Paris au début du XXe siècle. Dans la lignée de ces films  […]

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mardi 14 juin 2022

Derborence, de Francis Reusser (1985)

derborence.jpg, avr. 2022

Bizarrerie d'alpages de haute montagne suisse C'est un film mal foutu, malgré la qualité de la restauration, malgré le travail sur le son. Un film rempli de maladresses, avec des qualités et des défauts à chaque poste, à l'image de l'interprétation qui oscille entre le théâtral bancal et le lyrisme  […]

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