vendredi 15 décembre 2017

Le Reptile, de Joseph L. Mankiewicz (1970)

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"Like asking a pack of coyotes to keep quiet about a dead horse."

Quand on voit la dénomination de western apposée sur une œuvre réalisée par Joseph L. Mankiewicz, la (ou plutôt "ma") première réaction est de l'ordre de la surprise, quand on est ne serait-ce qu'un peu familier avec sa filmographie (Le Limier, Ève, Chaînes conjugales, Cléopâtre, L'Aventure de Mme Muir et No Way Out en ce qui me concerne), au sujet de ce qui semble être son unique incursion dans le genre. Et les premières séquences ne mettent pas vraiment en confiance : si le film s'inscrit très vite dans la catégorie des "westerns atypiques", loin du carcan moral et souvent manichéen de son ascendant classique, il y a quelque chose de très décalé dans le ton, dans l'utilisation de la musique et dans les accents de comédie impromptue qui s'invitent étrangement dans une scène de hold-up familial. Un mélange déstabilisant de violence et de courtoisie. Mais peu à peu, à mesure que le style se pose et que l'on s'y accoutume, à partir du moment où la galerie bigarrée de personnages est introduite (et accessoirement envoyée dans une prison isolée au milieu du désert), on finit par réunir les prédispositions nécessaires pour éventuellement aborder la suite des événements de manière beaucoup plus sereine.

Ironie omniprésente, enchaînements inattendus, faux-semblants psychologiques, ambivalences morales : tout le style caractéristique de Mankiewicz est bien là, en filigrane, caché sous le vernis du western qui aurait pu suggérer un développement différent. Les apparences sont trompeuses, les stéréotypes sans cesse malmenés, et sans réduire cette dimension au final qui voit le personnage auquel on s'attendait le moins filer avec le magot, le film brosse un portrait choral plutôt original et bariolé. There was a crooked man (titre original hautement suggestif, avec cette forme indéfinie, puisqu'on aura une idée de l'identité de cet escroc en constante évolution) n'hésite pas à jouer la carte de la surprise et de l'originalité à tous les niveaux : les femmes sont plutôt en retrait mais érotisées de manière très franche, le shérif en la personne de Henry Fonda est avant tout dépeint comme un benêt particulièrement niais (au point d'entrer en négociation avec un malfrat peu amène en déposant son propre pistolet, une très mauvaise idée), Kirk Douglas joue constamment avec la dualité de son personnage aussi doux que manipulateur (et son look si étrange lorsqu'il porte des lunettes, avec un grand sourire), et un couple homosexuel dont le portrait soigné a de quoi étonner pour l'époque et pour le genre. Et bien sûr, comme souvent chez Mankiewicz, spectateurs comme personnages n'auront de cesse d'être dupés à leurs échelles respectives.

La chose la plus inattendue est sans doute l'horizon vers lequel le film se dirige à la fin, alors que Kirk Douglas révèle son vrai visage, lors de l'évasion presque finale. Une forme de misanthropie féroce se cristallise à ce moment-là, sans jamais sombrer dans la lourdeur ou l'insistante inutile. La pluie de morts qui clôt le film est à la fois assommante de noirceur et presque drôle, surtout si l'on se concentre sur le personnage de Kirk Douglas. On aurait presque envie de le plaindre en dépit des nombreuses saloperies dont il aura été l'auteur. Dans sa dimension de jeu de massacre principalement personnifié par les deux têtes d'affiche vieillissantes, en soulignant avant tout leur caractère hypocrite et lâche, Le Reptile malmène quelque peu les figures traditionnelles du héros et déboulonne, dans une certaine mesure, le mythe. Un (petit) pavé aussi réjouissant que déstabilisant.

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mercredi 13 décembre 2017

Dance Album Of... Carl Perkins (1957)

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Chaude recommandation à tous les fans de Rockabilly en général, et d'Elvis Presley en particulier. Carl Perkins, c'est l'auteur de Blue Suede Shoes et Honey Don't, que Presley reprendra peu de temps après avec le succès qu'on connaît. Un album bien fourni en pépites rockab 50s. D'autres morceaux  […]

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lundi 11 décembre 2017

Titicut Follies, de Frederick Wiseman (1967)

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Le piétinement du libre-arbitre Le premier film de Frederick Wiseman, en se basant sur une connaissance très limitée de sa filmographie, fait preuve d'une férocité incroyable, que je n'avais jamais ressentie comme telle dans ses autres documentaires. Indépendamment de son sujet principal, les  […]

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mardi 05 décembre 2017

¡Jesse Davis!, de Jesse Ed Davis (1971)

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Un album de Blues / Swamp Rock du guitariste Jesse Ed Davis, né de parents amérindiens Comanche et Kiowa et collaborateur occasionnel de John Lennon ou encore Willie Nelson dans les 60s-70s. Certains passages sont un peu fades (la face B surtout, avec Rock And Roll Gypsies) mais l'ensemble est assez  […]

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lundi 04 décembre 2017

La porte s'ouvre, de Joseph L. Mankiewicz (1950)

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"Don't cry, white boy. You're gonna live." De la part de Mankiewicz qui en est déjà à son huitième long-métrage en 1950, on était en droit d'attendre un peu plus de finesse en termes d'écriture, et plus particulièrement dans celle des personnages au sein d'une histoire cristallisant  […]

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jeudi 30 novembre 2017

Téhéran Tabou, d'Ali Soozandeh (2017)

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La dilution du sexe dans le puritanisme institutionnel Sur le papier, c'est un film d'animation sur une ville, Téhéran, et le rapport de ses habitants aux nombreux interdits, aux prohibitions autant juridiques que morales qui quadrillent leur vie quotidienne. En pratique, c'est un regard étonnant  […]

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lundi 13 novembre 2017

Gabriel et la montagne, de Fellipe Barbosa (2017)

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Peintures de la contradiction Gabriel et la montagne est un film surprenant, à plus d'un titre. Sa toute première séquence présente quelques singularités, auxquelles on peut être plus ou moins sensible, et deux d'entre elles propulsent le film dans une direction étrange, incertaine, intrigante. La  […]

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lundi 06 novembre 2017

Reds, de Warren Beatty (1981)

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La Place Rouge sous Reagan Je trouve cela assez sidérant, dans le contexte de l'industrie cinématographique américaine des années 80 (sous Reagan), de voir éclore un film comme Reds : une biographie romancée autour de l'histoire de John Reed, un journaliste américain connu pour ses revendications  […]

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samedi 04 novembre 2017

We Blew It, de Jean-Baptiste Thoret (2017)

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La question qui taraude Thoret Une précision liminaire s'impose : We Blew It, documentaire de Jean-Baptise Thoret qui tire son nom d'un échange entre Peter Fonda et Dennis Hopper dans Easy Rider, s'adresse à un public bien particulier. Quelque part à la croisée des chemins entre les amateurs du  […]

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jeudi 02 novembre 2017

Harry Dean Stanton: Partly Fiction, de Sophie Huber (2012)

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"It's liberating." Sophie Huber a une démarche documentaire, en matière de simili biographie revendiquant son caractère évasif, qui me plaît beaucoup. Le genre de regard adapté à son sujet, insaisissable, non-transposable. Conscient qu'il est inutile de dresser une liste de faits de façon  […]

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